|
L'argent des migrants
africains affecté par la crise
"Les fonds envoyés par la diaspora ont diminué de moitié". Dans une
interview au site internet Co-développement.org, Soulé Mana Lawani,
ministre de l'Economie et des finances du Bénin revient sur l'impact de
la crise économique mondiale sur les économies africaines. Ce
responsable politique a participé, vendredi 5 juin, au Forum économique
international sur l'Afrique, organisé par la Banque africaine de
développement (BAD) et le centre de développement de l'Organisation de
coopération et de développement économique (OCDE), au ministère de l'Economie,
de l'Industrie et de l'Emploi à Paris.
"Le gouvernement béninois s’attend à une réduction d’environ 40
milliards de francs CFA de l’argent envoyé par les migrants, ce chiffre
étant largement sous-estimé puisqu’il ne prend en compte que les flux
formels qui passent par le système bancaire", poursuit Soulé Mana
Lawani.
L'OCDE est plus alarmiste puisqu'elle anticipe un "tarissement"
des envois de fonds des travailleurs émigrés. S'ajoutant à la baisse du
cours des matières premières, à la chute de la demande des pays
développés ainsi que de celle des crédits commerciaux et des
investissements directs étrangers, cela fait peser "une lourde menace
sur la viabilité de la balances des paiement" des pays d'Afrique
subsaharienne.
Pour 2009, l'OCDE prévoit un "tassement brutal" de la croissance
sur le continent en 2009 avec un produit intérieur brut (PIB) africain
qui devrait progresser de 2,8% l'an prochain, soit moitié moins qu'en
2008 (+5,7%). Le FMI est encore plus pessimiste (+2,0%). "Néanmoins,
la réorientation des échanges, les réformes macro-économiques prudentes
et les initiatives d'allègement de la dette ont placé l'Afrique dans une
meilleure position qu'il y a dix ans, pour affronter la crise",
tempère l'OCDE.
Egalement présent au Forum économique international sur l'Afrique de
vendredi, Louis Kasekende, chef économiste de la BAD a lancé un cri
d'alarme. Pour lui, la récession mondiale risque de "provoquer des
tensions sociales et être le déclencheur des conflits" en Afrique et
d'effacer "les avancées en termes de gouvernance et de réduction des
conflits" réalisées ces dix dernières années sur le continent.
"Ma plus grand peur serait que la croissance du revenu par habitant soit
inférieure à la croissance démographique, ce qui ferait de nouveau
tomber les populations dans la pauvreté", a-t-il déclaré .
D'où son appel aux pays riches qu'il a appelé à "tenir leurs
engagements" en termes d'aide au développement et à "limiter"
la période de crise pour relancer l'activité mondiale. "Nous avons
besoin de faire davantage de commerce et d'être à nouveau connectés aux
marchés de capitaux", a-t-il précisé.
Vendredi, François Fillon a affirmé que l'effort global de la France
pour les pays en développement ne diminuera pas en raison de la crise
économique. L'objectif est toujours de consacrer en 2015 (Jacques Chirac
l'avait promis pour 2012...), 0,7% du revenu national brut à l'aide au
développement. La moitié de cet argent ira à "14 pays pauvres
prioritaires" d''Afrique subsaharienne et sera axée sur cinq
secteurs prioritaires: santé, éducation et formation, développement
durable et climat, agriculture et sécurité alimentaire, soutien à la
croissance.
Sur le fait de savoir quel impact a la crise sur l'émigration africaine,
on dispose en revanche de peu d'éléments. Lundi 1er juin, le
gouvernement espagnol a révélé qu'aucune embarcation d'immigrés n'avait
abordé l'archipel des Canaries depuis le 30 mars. Selon Madrid, ce
phénomène serait dû à la coopération avec les pays d'origine ou de
transit des clandestins, Sénégal, Maroc, Mauritanie ou Mali ainsi qu'au
dispositif européen Frontex de contrôle des frontières mis en place au
large des Canaries et des côtes africaines et à la crise économique qui
découragerait les candidats au départ vers l'Europe.
Source: http://immigration.blogs.liberation.fr/coroller/2009/06/largent-.html
|
 |
 Réagissez à cet article!
|