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Dérives autocratiques: La
dictature se renforce en Afrique francophone
Après Gnassingbé Eyadema, Omar Bongo et Lansana Conté, c'est autour d'Idriss
Déby de s'autoproclamer président à vie, en décidant de manière
autoritaire et cavalière de modifier la constitution. La liste devrait
s’allonger...
Le 2 Juin 2004 :
La lueur d’espoir née de l’ouverture
démocratique dans le continent africain, au début des années 90, inhérente
aux vents d’Est et au sommet de la Baule en France a fait long feu et n’a
eu de cesse de céder du terrain, pour laisser place à l’encrage de la
dictature.
Tels des moutons de panurge qui se sont passés le mot, les autocrates au
pouvoir en Afrique, arrivés au pouvoir pour la plupart suite à des coups
d’Etat, des guérillas ou des dispositions constitutionnelles, tentent,
contre la volonté de leur peuple, de s’éterniser au pouvoir en manipulant
la constitution à leur guise. Ces pourfendeurs de la République dont ils
prétendent être pourtant des "humbles" serviteurs veulent transformer le
continent africain en conglomérat de royaumes, où chaque potentat au
pouvoir se décrète roi, et installe une monarchie en lieu et place de la
République comme le veut pourtant la constitution de leur pays.
Mauvais exemples.
Après le Togolais Etienne Gnassingbé Eyadéma qui a changé la
constitution de son pays en 2002, alors qu’en principe il devait quitter
le pouvoir au terme de ce mandat, ancien tirailleur arrivé au pouvoir à
Lomé depuis 37 ans à la faveur d’un coup d'Etat sanglant contre son
prédécesseur Sylvanus Olimpio, a fait voter une loi abrogeant la
limitation du mandat présidentiel. Désormais, le "doyen" est assuré d’y
rester jusqu’à la fin de sa vie. L'ordre de succession étant presque
assuré par son fils, Faure Eyadéma, dont les agissements à en croire des
observateurs, sont apparents à ceux d’un prince héritier qui n’attend que
son moment pour monter au trône. Chrétien de par ses parents, Etienne qui
se veut plutôt un mordu de l’authenticité africaine, à l’exemple de feu le
maréchal Mobutu Sesse Seko Kuku Wanga Banga, - qui a installé un régime de
terreur au Zaïre - s’autoproclame, général et devient Gnassingbé, est
présenté comme celui qui a écrit en lettre noire, l’histoire du Togo.
Dans un continent africain où dirigeants et populations sont enclins à
copier les mauvais exemples, Eyadéma n’a pas attendu longtemps pour que
son exemple fasse des émules au sein de la classe politique dirigeante.
Comme premier relais, son alter ego, l’autre doyen des chefs d’Etat,
Omar Bongo Odimba qui dirige le Gabon sans partage depuis décembre 1967,
ne s’est pas fait prier pour changer la constitution en 2003. Ce qui lui
confère désormais la possibilité de diriger ce pays pendant de longues
années encore, au grand dam de l’écrasante majorité des Gabonais plutôt
"fatigués de la même personne depuis quarante ans". Si Bongo se défend de
n'être pas arrivé au pouvoir par les armes, il n’y a point de doute que la
France avait déjà préparé sa succession alors que Léon Mba n’était même
pas encore mort. Comme Eyadéma, Bongo a changé son nom pour devenir dans
un premier temps, El Hadj Omar Bongo après son islamisation, avant de
devenir Omar Bongo Odimba l’année dernière. Sa progéniture, présente dans
la gestion du pays, est prête à lui succéder. Sa fille Pascaline Bongo,
conseillère de son père, et son fils Ali Ben Bongo, ministre de longue
date, étant certainement préparés pour continuer l'œuvre royale.
Evidemment, comme au Togo, la France et les autres pays Occidentaux connus
pour leurs vertus démocratiques et de "liberté", n’ont rien fait pour
contraindre ces potentats à quitter le pouvoir, brandissant "la
non-ingérence dans les affaires internes d’un pays". Eux qui, à
d’autres occasions, ont contribué à chasser, voire à l’assassinat des
présidents "indésirables" à leurs yeux, et n’ont eu aucune pudeur pour le
reconnaître officiellement.
Le silence complice des Occidentaux.
Parce qu’il n’y a jamais deux sans trois, un troisième larron, Lansana
Conté en Guinée, a fait voter une nouvelle loi dans son pays faisant de
lui le président à vie, alors qu’il en était à son dernier mandat. Malgré
son état de santé précaire, Lansana Conté a décidé de s’y accrocher,
poussant le ridicule de voter dans sa voiture.
Quoi qu’il en soit, "l'appétit venant en mangeant", un quatrième
despote vient de signaler dans les bords du lac Tchad, en faisant modifier
la constitution. Désormais, Idriss Déby peut s’éterniser au pouvoir, lui
qui ne devrait plus se représenter dès la fin de son second mandat en
cours. Sous prétexte de garantir la "paix et la sécurité des Tchadiens",
l’ex-maquisard Gazhawa arrivé au pouvoir en 1990 au terme d’une guérilla
dans le désert sahélien contre son beau-frère Hissène Habré, voudrait
s’ériger en exemple en matière de démocratie. Selon des sources
concordantes, à cause d’importantes ressources financières à la base de la
construction de l’oléoduc Tchad-Cameroun, Idriss Déby entend rester maître
du jeu. Comme il fallait s’y attendre, la décision du président de la
République de mourir au pouvoir ne pouvait qu'être mal accueillie par le
peuple. Du coup, l’opposition civile et armée ne s’est pas fait prier pour
hausser le ton, obligeant Déby à différer le voyage qu’il devait effectuer
au Cameroun la semaine dernière pour co-présider, avec son homologue
camerounais, Paul Biya, l’inauguration du terminal pétrolier de Kribi.
Autres conséquences, les combats se sont intensifiés notamment à
proximité de la frontière tchado-soudanaise. tandis que dans le sud, les
populations installées sur le site des immenses richesses pétrolières
crient au complot et déclarent ne pas désarmer. Que de similitudes pour
les quatre potentats: ce sont tous des pays francophones qui avaient
organisé des simulacres de conférence nationale au début des années 90;
les quatre présidents ont une formation militaire et sont arrivés au
pouvoir soit par les armes, soit par un concours de circonstances
malheureuses; les quatre ennemis de la démocratie sont tous soutenus par
les puissances occidentales, - grands donneurs de leçons de démocratie
quand cela ne les arrange pas- notamment la France qui tient lieu de
puissance tutélaire. Dans les quatre pays, les populations vivent dans une
extrême pauvreté, tandis qu’une minorité contrôle toutes les richesses du
pays. La gestion de leur pays se confond à leur famille où la corruption,
le clientélisme, le tribalisme, la manipulation sont érigés an mode de
gestion. Selon toute vraisemblance, ce quatuor ayant fait des émules, il
ne devrait pas attendre longtemps pour être rejoint.
© A. MBOG PIBASSO, La Nouvelle Expression
Source : www.cameroon-info.net |
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