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Togo: Coup d'Etat du 21ème siècle

Plein exercice de l'arbitraire au Togo depuis la mort du président Eyadèma: l'armée confisque le pouvoir et le confie au jeune fils Faure, le seul intellectuel de la famille du défunt.

L'Union africaine (UA) avait dénoncé par avance comme un coup d'Etat l'installation de Faure Gnassingbé (39 ans) et la communauté internationale a multiplié les appels au respect de la légalité constitutionnelle, prévoyant l'intérim du président de l'Assemblée nationale et des élections dans les 60 jours. Vingt-quatre heures à peine après l'annonce officielle du décès du président Eyadèma (69 ans), les députés togolais, dans leur écrasante majorité (61 sur 81) membres du parti du président défunt (le RPT), ont donc voté des modifications pour adapter la Constitution à la décision de l'armée.

Ils ont ainsi modifié, à main levée et à l'unanimité des 67 présents, l'article 65 de la Constitution prévoyant qu'«en cas de vacance de la présidence de la république par décès (...), la fonction présidentielle est exercée provisoirement par le président de l'Assemblée nationale» et l'organisation d'une élection présidentielle "dans les soixante jours". La modification supprime le mot «provisoirement», ne fait plus mention d'organisation d'un scrutin présidentiel mais stipule que "le nouveau président de la République exerce ses fonctions jusqu'au terme du mandat de son prédécesseur", soit juin 2008.

Pour faire bonne mesure, les députés ont modifié l'article interdisant de réviser la Constitution pendant une période d'intérim et aménagé la loi électorale pour permettre le retour de Faure Gnassingbé à son siège de député... préalable à son élection à la présidence de l'Assemblée. Ils ont enfin voté la destitution du président de l'Assemblée, Fambaré Natchaba Ouattara, empêché de rentrer au Togo par la fermeture des frontières décidée par l'armée et qui se trouve actuellement au Bénin.

Ce dernier, s'il insiste, devra certainement faire face à la résistance aveugle des militaires togolais...

Des réactions négatives venues de l'étranger

La décision de l'armée avait été immédiatement dénoncée samedi comme un coup d'Etat par l'UA et a suscité au fil des heures de nombreuses réactions négatives.

Le président en exercice de l'organisme panafricain, le chef de l'Etat nigérian Olusegun Obasanjo, a réaffirmé dimanche que l'UA n'acceptera aucun transfert anticonstitutionnel du pouvoir au Togo.

La France a souligné que la transition doit être assurée, conformément aux dispositions de la Constitution, et dans le strict respect de la légalité, par le président de l'Assemblée nationale. Le président Jacques Chirac a eu de son côté des entretiens téléphoniques avec plusieurs dirigeants africains. La France est évidemment totalement solidaire de la condamnation par l'UA de toute forme de coup de force au Togo, selon la présidence française. Le ministre français de la Défense Michèle Alliot-Marie a déclaré pour sa part que Paris avait mis par précaution en alerte ses troupes présentes dans la région du Togo et que le temps des coups d'Etat militaires en Afrique est terminé.

Au nom de l'UE - qui était en train de négocier avec Lomé la reprise de son aide, suspendue depuis 1992 en raison de violences politiques - le commissaire européen au Développement et à l'action humanitaire, le Belge Louis Michel, a également appelé les responsables togolais au respect strict des procédures prévues par la Constitution. Toute autre démarche ne pourrait qu'hypothéquer la stabilité du pays, le dialogue politique interne ainsi que les perspectives d'amélioration des relations avec l'UE, a-t-il estimé.

Ces bouleversements n'ont suscité aucune réaction populaire à Lomé, où la situation était parfaitement calme depuis samedi soir. Aucun déploiement militaire anormal n'était signalé dans les rues de la capitale. Dans les capitales occidentales, les populations togolaises en exil sont en émoi et préparent la réponse pour les semaines à venir.

Les autorités togolaises ont décrété deux mois de "deuil national" pour le président Eyadéma, arrivé au pouvoir en 1967 par un coup d'Etat et qui a depuis régné sans partage sur ce petit pays d'Afrique de l'ouest, qui compte moins de 5 millions d'habitants. Il était le doyen des chefs d'Etat africains en exercice.

Afrology
avec AFP
 

Faure Gnass

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