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TOGO - Présidentielle du 4
mars 2010
Fraude et contrôles au Togo :
Mode d'emploi et responsabilité internationale
Avec 7 sept candidats en lice , l'élection présidentielle du 4 mars
2010 au Togo a été placée sous haute surveillance . Cela n'empêche pas
la bonne foi et la sincérité du Gouvernement togolais de mener des
élections transparentes, sécurisées et pacifiques d'être mises en cause.
Il demeure deux grandes techniques pour frauder qu'il y a lieu de
contrôler avec des observateurs qui ont été témoins des évènements
postélectoraux tragiques de 2005 au Togo.
1. Couper l'Internet et le téléphone au cours du comptage de voix
La fraude a lieu souvent lorsque les lignes téléphoniques et de
communication Internet et autres sont bloquées ou brouillées au Togo. Il
y a lieu de vérifier entre le 4 et 6 mars 2010 si les liaisons sont
faciles vers le Togo et du Togo vers l'extérieur, car en 2005, le Togo
était coupé du monde en termes de communication. Heureusement, de
nombreux membres de la Diaspora togolaise ont pu mettre à la disposition
de leurs parents des téléphones satellitaires. Quatre niveaux de fraudes
que les observateurs doivent contrôler sévèrement :
- dans les bureaux de vote lorsque les comptages sont effectués mais que les
résultats ne sont pas annoncées immédiatement afin d'éviter que les urnes
bourrées et externes au processus légal ne viennent "participer" aux décomptes ;
le procès verbal doit nécessairement être publié avant les publications
officielles par les commissions électorales locales indépendantes (CELI), ce qui
permet de faire des comparaisons et trouver des consensus ; ce point ne semble
pas être pris en compte par de nombreux observateurs qui commencent le processus
au niveau de ce que leur annoncent les CELI ;
- entre les bureaux de vote et les CELI ; il s'agit là des problèmes de
transfert d'information et en cas de recomptage, d'urnes authentifiées par tous
les partis présents, les observateurs et les contrôleurs d'observateurs que le
Conseil mondial de la Diaspora Togolaise (CMDT ) a mis en place après avoir
informé les autorités togolaises ; et
- entre les CELI et la Commission électorale nationale dite
"indépendante" (CENI). Là encore, il s'agit d'un problème de contrôle du système
de transfert des informations ;
- l'annonce que fera la CENI qui ne peut être inversée ou "ajustée"
selon le bon vouloir de l'Administration centrale.
2. La Diaspora togolaise contrôle les Observateurs
Avant que les résultats des urnes connus des témoins et partis
politiques présents ou représentés dans les bureaux de vote ne soient
annoncés, il suffit aux organisateurs du scrutin (la CENI et le
Gouvernement togolais) de contrôler les bureaux de vote (parmi environ 6
000) où les partis d'opposition et les observateurs ne seront pas
présents. Contrôler la présence des observateurs dans les bureaux de
vote est donc une obligation et la Diaspora s'en est chargée avec plus
de 100 agents répartis sur l'ensemble du territoire et qui feront des
contrôles inopinés.
Avec une liste électorale non transparente et non affichée, personne ne
peut dire ce qui adviendra des 500 000 électeurs impossibles à vérifier
sur le terrain. En effet et en référence à la liste électorale des
élections législatives de 2007, la liste électorale est passée de 2,7
millions d'électeurs à environ 3,2 millions d'électeurs pour les
élections de 2010. L'affichage de la liste électorale aurait permis de
savoir avec certitude le nombre exact d'électeurs inscrits. Rappelons
que plus d'un million d'électeurs de la Diaspora sont exclus d'office.
Le principe du bulletin unique facilite le bourrage des urnes surtout si
ces urnes proviennent de l'extérieur, puisqu'il existe une différence
entre le nombre d'urnes officiellement achetées par le Togo et le nombre
d'urnes en circulation.
Si avec tout ceci, le Togo ne connaît pas des lendemains postélectoraux
mouvementés, c'est que Dieu est passé par là. En réalité, le fait que
trop peu de responsables politiques rechignent à parler de fraude
possible et renouvelée ne contribue pas à la transparence. Certains
médias français ont commencé déjà à faire valoir l'avance du candidat
occupant actuellement la présidence togolaise. Cette forme
d'intoxication est à relever et il faut espérer que la déontologie
reprendra le dessus rapidement.
3. Qui installe un système de transmission illégal et en parallèle à
celui de l'UE ?
Tous les observateurs, la communauté internationale doivent se rendre à
l'évidence que le peuple togolais est un peuple discipliné et pacifique.
la seule unique raison pour laquelle il y a des troupes postélectorales
au Togo est bel et bien la FRAUDE et l'absence de vérité des urnes. Il
convient donc d'empêcher que des techniques subtiles ne soient mises en
place pour frauder.
Il faut toutefois se demander pourquoi l'Union européenne, partenaire du
Gouvernement togolais pour mener à bien des élections transparentes et
sans violence au Togo, demande aux autorités togolaises d'arrêter
l'installation en cours de tout un système de télécommunication
parallèle pour transmettre des résultats contrôlés uniquement par le
pouvoir togolais . La présomption de fraude s'est transformée en un
désaveu et une évaporation de ce qui restait de crédibilité et de bonne
foi. Il y a lieu que le Gouvernement togolais et la Direction de la CENI
fassent une mise au point en infirmant ou confirmant la réalité des
résultats du flagrant délit mis en lumière par les observateurs de
l'Union européenne. Les autres observateurs notamment ceux de l'Union
africaine, de l'Organisation internationale de la Francophonie et de la
CEDEAO sont appelés à confirmer ou infirmer les affirmations des
observateurs de l'UE. Comme c'est le contribuable européen qui finance
une grande partie du processus, et que la mise en place en parallèle
d'un système de communication et de transfert des données électorales se
fait en "violation flagrante de l’article 6 du protocole d’accord signé
le 23 décembre 2009 entre le gouvernement, la CENI et le Programme des
Nations Unies pour le Développement (PNUD ".
Il y a lieu d'attendre peut-être le démenti du Gouvernement togolais, de
la CENI et les confirmations ou infirmations des Observateurs pour
savoir qui réellement et sous les ordres de qui le système de
télécommunications parallèles à celui de l'union européenne a été mis en
place.
4. Le non-respect des engagements pris avec le Facilitateur
Il a été constaté que les militaires togolais ont voté en avance et donc
n'ont pas voté par dérogation, ce qui est en contradiction avec les
engagements du Gouvernement faits à Ouagadougou en présence de tous les
partis politiques et du facilitateur Burkinabé, Blaise Compaoré. Ce
dernier semble bien absent alors que la dialectique "fraude et contrôle"
se mord la queue et le Gouvernement observe un silence coupable . Il y a
lieu d'ailleurs de se demander si, face à de telles libertés prises par
rapport aux accords de Ouagadougou, le maintien du facilitateur est
encore nécessaire dans un Togo qui doit apprendre à régler ses problèmes
en interne. Les contributeurs européens doivent savoir que les fonds
transmis par l'Union européenne pour accompagner le Togo dans des
élections transparentes, apaisées et sécurisées risquent d'être tout
simplement gaspillés si les démentis du Gouvernement togolais finissent
par ne pas clarifier le doute sur sa bonne foi et ses intentions sur la
transmission de la vérité des urnes. Toutefois, il ne faudra pas que la
fraude se perpétue dans l'impunité malgré les contrôles !
Dr. Yves Ekoué AMAÏZO
Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence "Afrology"
4 mars 2010
Contact : yeamaizo@afrology.com
3 mars 2010
© amaizo.info et afrology.com
1. Yves Ekoué Amaïzo, "Président de tous au Togo ?
Tripolarisation et Tractations postélectorales", in www.afrology.com et
www.amaizo.info
2. Carine Frenk, "Présidentielle au Togo : une élection sous haute
surveillance", in RFI, 3 mars 2010, voir <http://www.rfi.fr/contenu/20100303-presidentielle-togo-une-election-sous-haute-surveillance#comment-18661>
et la réaction sur <http://amaizo.info/2010/03/03/togo-presidentielle-du-4-mars-2010/>
3. CMDT, ""Lettre ouverte Aux Responsables des Missions d’Observation de
la présidentielle du 04 mars au Togo", portant en objet : "Information
sur notre Mission d’observation des observateurs (M2O)", Lille, le 02
mars 2010, in Togocity.com, voir <http://www.togocity.com/article.php3?id_article=4926>
4. TOGOCITY, "Installation clandestine d’un appareil de transmission des
résultats à la CENI", in Togocity.com, 3 mars 2010, voir : < http://www.togocity.com/article.php3?id_article=4928&var_recherche=Installation+clandestine+d%92un+appareil+>
5. TOGOCITY, op. cit. "Selon ce protocole, c’est le système de
transmission des résultats des CELI vers la CENI par satellite VSAT qui
est prévu et financé par l’UE dans le cadre du Projet d’Appui au
Processus Electoral (PAPE). Cette disposition consensuelle qui vise à
garantir la fiabilité des transmissions des résultats des CELI vers la
CENI est ainsi violée par le gouvernement qui lui préfère un système
basé sur le réseau national de télécommunication".
6. Yves Ekoué Amaïzo (sous la direction de), La neutralité coupable :
l'autocensure des Africains. Un frein aux alternatives ? avec une
préface de Dr. Abel Goumba et une postface de Godwin T. Tété-Adjalogo,
collection "Interdépendance africaine", éditions Menaibuc, Paris, 2008,
446 p.
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