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TOGO
2008-2009 : BILAN DU PREMIER DES MINISTRES
1. Quelle analyse faites-vous des 12 mois de gouvernance de Gilbert
Houngbo ?
(politique, économique et sociale)
Il faut d'abord poser cette question à l'intéressé lui-même et s'assurer
qu'il pourra en parler en toute transparence, notamment sur les volets
budgétaires. En réalité, la responsabilité est collective et ne peut
faire abstraction du donneur d'ordre. Le Premier Ministre Gilbert
Houngbo n'a pas eu la possibilité de choisir la plupart de ses
collaborateurs. Il avait pourtant dit en janvier 2009, sur la base des
promesses qui lui avaient été faites, qu'il avait "les coudées franches
pour accomplir sa mission ". Force est de constater que cette position
n'est pas aussi évidente aujourd'hui.
Aussi, il s'agit de revoir les 12 mois de gouvernance du Premier
Ministre Houngbo par rapport à deux considérations principales :
1.1 les objectifs par rapport à son propre programme, les réformes du
système de gouvernance et les grands chantiers notamment dans
l'infrastructure, la santé, l'éducation et l'économie, et s’attacher à
vérifier si ces actions ont contribué à la création de richesses et à
leur partage au profit de tous les Togolais ; et
1.2 les objectifs par rapport aux attentes de la population, lesquelles
sont énormes.
Sur le second point, les 12 mois n'ont pas encore donné de résultats
palpables par les populations. Sur le premier point, le Premier Ministre
ne dort pas beaucoup. Pourtant les initiatives démarrent mais
n'aboutissent que lentement sans compter les retards liés à la
bureaucratie de nombreux bailleurs de fonds qui tardent à mettre à
disposition concrètement leurs engagements. Avec les conséquences
décalées de la crise de la fin 2008 sur le Togo, ce retard risque de
s'accentuer en 2010. Il faut donc remercier la Diaspora togolaise qui a
envoyé plus de 230 millions de $US au cours de 2008 , ce qui a permis de
soulager concrètement les familles togolaises.
Alors que certaines réformes annoncées ont démarré, elles ont du mal à
se poursuivre pour des raisons budgétaires et d'interférences politiques
non sollicitées du fait de l'existence de domaines réservés gérés
directement par le Chef de l'État.
De ce fait, le bilan de 12 mois de gouvernance est mitigé et doit être
considéré comme une forme de gouvernance du bougisme malgré la bonne
volonté du Premier des Ministres. Le bougisme se définit en l’occurrence
comme la capacité à bouger beaucoup sans que rien de fondamental ne
bouge. Cette forme de gouvernance est mieux explicitée par la "politique
du chien qui aboie et la caravane qui passe". La tragédie dans un tel
système est que l’on ne sait jamais qui, du citoyen togolais ou du
Gouvernement togolais, est celui qui passe ou celui qui aboie, surtout
lorsque les rôles sont régulièrement interchangeables sans que personne
n’en rende compte. Les conclusions lapidaires des nombreuses commissions
sur les abus des droits humains au Togo, plus particulièrement l’absence
d’explications acceptables et concordantes depuis un an sur la mort
suspecte de Dr. Atsutsè Agbobli , Président du parti politique MODENA
(Mouvement pour le Développement National ), sont telles qu’on est amené
à se demander si le Premier des Ministres ne sert pas que d’alibi à tout
un système pour organiser la légitimation d’un pouvoir dont les effets
collatéraux de la mal-gouvernance appauvrissent les Togolais -si l’on en
croît les statistiques officielles. C’est donc un système qui bloque en
définitive le développement rapide du Togo, surtout en comparaison aux
pays voisins. La croissance annuelle réelle du Produit intérieur brut
par habitant s’est dégradée au Togo passant de -0,6 % en 2007 à -1,4 %.
Les estimations pour 2009 sont autour de -0,8 % . En comparaison, le
Ghana est passé de 3,5 % en 2007, à 4,5 % en 2008 et 1,9 % pour 2009
malgré les conséquences de la crise de 2008. On comprend peut-être mieux
pourquoi le Président Obama n’est pas venu au Togo .
Le redressement des finances publiques et la relance de l'économie par
Mr Houngbo ont reposé sur une confiance trop grande dans les programmes
des bailleurs de fonds. Tout finissait par passer par le Document
stratégique de réduction de la pauvreté qui n’est d’ailleurs pas un
document démocratiquement approuvé par le peuple togolais et repose plus
sur des prêts que sur des dons. C'est une erreur de conception que de
croire que l'argent des contribuables des pays riches viendra développer
le Togo sans un minimum de légitimité et bonne gouvernance.
Il faut proposer des alternatives économiques en offrant des programmes
formulés par les Togolais, y compris de la Diaspora et reposant sur
l'entreprenariat et la satisfaction des marchés de proximité afin
d'attaquer frontalement le problème de la création d'emplois et de la
dignité retrouvée dans les familles togolaises. Trop d'énergies ont été
consacrées à satisfaire les exigences des institutions de Bretton Woods
afin de parvenir rapidement à l'annulation de la dette extérieure du
Togo… Cette annulation n’est d’ailleurs pas encore faite et à fortiori
palpable dans les faits. C’est en fait le capacité à solder la dette
intérieure qui est prioritaire d'autant plus que l'État est un mauvais
payeur ou un payeur qui paye en retard les entrepreneurs nationaux sans
compter les contraintes liées à la corruption sous toutes ses formes.
Au-delà de tout ceci, c’est bien la hausse des prix qui préoccupe le
Togolais moyen. Il est de plus en plus difficile de remplir le panier de
la ménagère avec des salaires bloqués depuis de nombreuses années et un
système de concurrence entre le secteur privé biaisé avec des pans
entiers du privé occupés par les membres des familles des agents du
pouvoir civil comme militaires. Même le FMI a noté que le prix à la
consommation en variation annuelle (autrement dit l’inflation) au Togo a
été catapulté de 1 % en 2007 à 8,4 % en 2008 . Les prévisions pour 2009
sont autour de 2,8 % sauf que les conséquences de la crise financière de
fin 2008, dont la responsabilité entière et totale incombe à la
politique de dérégulation sans contrôle des pays riches, n’ont pas
encore touché pleinement le Togo…. Le Premier Ministre devrait fournir
les explications sur cette augmentation importante de l’inflation sous
sa primature et les mesures prises pour éviter que cela ne continue dans
le futur.
Il est vrai que le Premier des Ministres togolais n'a pas eu les budgets
qu'il espérait au niveau du Togo et les bailleurs de fonds multilatéraux
comme bilatéraux ne sont pas tous de retour depuis la fin de l’embargo
de l’Union européenne. Beaucoup des bailleurs de fonds ne sont de retour
que sur papier. La mise à disposition de l’argent cash n’aura lieu
qu'après les élections présidentielles de 2010 si celles-ci accouchent,
cette fois-ci, de la vérité des urnes et bénéficient ainsi de la
légitimité de tout le peuple togolais. Certains pays européens l’ont
déjà fait comprendre aux représentants du Togo, d’autres se contentent
de manœuvres dilatoires en gardant de bonnes relations d’apparence.
L'économie togolaise piétine et est l’une des plus faibles dans la
sous-région. En effet, et selon les chiffres du Fond monétaire
international, la croissance du Produit intérieur brut réel du Togo est
l'une des plus faibles d'Afrique, chutant de 1,9 % en 2007 à 1,1 % en
2008 avec des estimations autour de 1,9 % pour 2009. Ce chiffre était de
5 % au Burkina-Faso et au Bénin et de 7,2 % au Ghana en 2008 et 5,3 % au
Nigéria. C'est sans compter sur les effets collatéraux des conséquences
de la crise économique sur le Togo . Les conditions de décollage rapide
du Togo ne sont donc pas réunies.
Le Premier Ministre a contribué à l'amélioration du solde budgétaire
global du Togo hors dons qui est passé entre 2007 et 2008 de -3,6 % à
-2,5 % du PIB. Mais il est prévu que les conséquences de la crise
économique sur le Togo et les dépenses pour les élections
présidentielles vont faire chuter ce solde à -5,3 % du PIB en 2009. Les
dons permettent d'amortir le choc mais principalement au plan comptable
car cela ne se traduit pas dans la vie quotidienne des populations. Par
contre, le solde de la balance commerciale du Togo entre 2007 et 2008
s'est aggravé passant de -10 % à -13,4 % du PIB. Il ne devrait pas
remonter de manière significative en 2009 avec des prévisions autour de
-13,4 % . Le déficit du solde extérieur courant y compris les dons s'est
aussi aggravé passant de -3,9 % du PIB en 2007 à -6,6 % du PIB en 2008
et peut-être une stabilisation autour de -6,1 % du PIB en 2009 . Il
n'est donc pas étonnant que les réserves du Togo, exprimées en nombre de
mois d'importations de biens et de services, aient été légèrement
grignotées, passant de 5,3 mois en 2007 à 5 mois en 2008, avec l'espoir
qu’en 2009, le niveau de réserves soit restauré autour de 6 mois , un
espoir qui risque d'être révisé à la baisse. L'Etat togolais vit donc
bien au-dessus de ses moyens alors qu’une grande partie des recettes de
l'Etat qui échappe au Trésor togolais permettrait d'équilibrer les
comptes. Mais, même le FMI et la Banque mondiale n’osent pas "mettre
leur pied" dans ces «comptes-là". Vous comprenez que ce n’est pas un
Premier Ministre qui s’y risquerait.
Par ailleurs, Le Premier des Ministres a surestimé les capacités des
bailleurs de fond multilatéraux ainsi que leur bureaucratie dans leur
soutien effectif permettant d’amorcer avec des chances de succès ses
propres réformes. Le travail qu'il a fait sur l'éducation doit être loué
mais le principe de la gratuité à terme peut poser des problèmes de
pérennisation. Du reste, je ne crois pas qu'il faille accepter le
concept de Mr Houngbo que le Premier Ministre est là "pour prendre des
coups" comme il l'a affirmé en février 2009 . Ce n'est pas une
conception fondée sur la responsabilité collégiale d'un gouvernement et
d'un système. On peut d’ailleurs prendre des coups et rendre des
comptes, si on y est autorisé. Tout va dépendre de qui va autoriser cet
exercice périlleux : la population ou le patron du Premier Ministre ?
Le problème est que Mr Houngbo est en fait le Premier des Ministres du
Président et non un véritable Premier Ministre. A ce titre il est à
plaindre car il travaille sous un système de régime présidentiel qui ne
permet pas à un véritable Premier Ministre au sens de la constitution de
1992 de travailler. Cela pose le problème du niveau de délégation de
pouvoir entre le Président et le premier de ses ministres car le bilan
de Mr. Houngbo ne peut être dissocié de celui du régime politique dans
lequel il opère. C'est un régime présidentiel dans lequel les différents
ministres peuvent faire des missions sans que le 1er des ministres ne
soit au courant. La décision vient donc de plus haut et ne semble pas
créer de la prospérité pour l'ensemble du peuple togolais. Il faut donc
changer un tel système si l'on souhaite valablement que l'ensemble de la
population togolaise contribue et profite des fruits de la croissance
togolaise dignement. Certains continuent de croire que ce système peut
se changer de l’intérieur ou qu’on peut le changer de l’intérieur.
Plusieurs politiciens renommés du Togo l’ont cru, l’ont dit et l’ont
fait. Mais ils ont été changés de l’intérieur au point d’être devenus
pour certains les vrais instruments de la pérennisation du système. Le
Premier Ministre devrait vraisemblablement arriver à la même conclusion,
c’est une question de temps et parfois d’humiliation.
2. Peut-il encore quelque chose pour soulager le peuple togolais
comme il l'a promis ?
Bien sûr, c'est un grand nationaliste mais pas nécessairement au poste
où il est si les moyens ne lui sont pas donnés avec une équipe
techniquement plus solide, plus libre, plus responsable dans ses moyens
d'actions et rendant compte régulièrement sur la base d’un contrat
sectoriel avec le peuple togolais.
D’un autre point de vue, il semble qu'il ait sous-estimé le poids des
pesanteurs dans le fonctionnement de l'Administration togolaise. C'est
pour cela que dans mes publications j’indique que le Togo a besoin d'un
management agile où l'essentiel des priorités doit être concentré sur la
diffusion de contenus technologiques et la participation active de tous
les citoyens à la vie de la cité. Le concept actuel est encore basé sur
les rentes de situation et une certaine dépendance économique envers
certains pays européens. Mais l'arrivée d'autres acteurs comme la Chine,
Israël, la Libye, l'Iran mais aussi le Nigeria dans la sous-région, ou
même le Maroc et la Tunisie est de nature à modifier le mode de
gouvernance et donner plus de marge de manœuvre au Gouvernement.
Cependant, il faut constater qu'il y a beaucoup de bougisme sans un
véritable décollage économique, même si un an constitue une période trop
courte pour un bilan définitif.
Personne ne peut reprocher au Premier des Ministres de s'activer pour
tenter de mettre en œuvre ses engagements envers les populations
togolaises . Mais s’agit-il vraiment d’engagement au service du peuple
togolais ? Le système de gouvernance à la togolaise repose encore trop
sur le clientélisme, le déficit de crédibilité du Togo à l’extérieur, et
partiellement à l’intérieur du pays. De fait, ce pays est trop souvent
encore considéré comme un pays risqué pour les investisseurs et certains
gouvernements. Ce point sensible est palpable dès qu’il s’agit de lever
des fonds sur le marché libre des capitaux pour le Togo.
Puisqu’une des vraies priorités du Premier des Ministres demeure la
relance de l'économie en commençant par une réduction substantielle de
l'endettement du Togo et des actions ciblées dans l’éducation, la santé
et l’agriculture, il va de soi que, lorsqu'il y a des situations non
anticipées comme les inondations et les destructions d'infrastructures
qui s'en sont suivies, la marge de manœuvre demeure étroite.
Paradoxalement, les grandes annonces sur le portail numérique du
Gouvernement notamment dans le domaine des infrastructures se révèlent
n’être souvent que des travaux de maintenance et de rénovation que ce
même gouvernement avait oublié d’effectuer en temps opportun. Jouer sur
le mot "chantier" ne passe plus comme une illusion mais bien comme une
erreur de parallaxe. Les principaux chantiers sont souvent la nouvelle
appellation pour des travaux de réhabilitation que le gouvernement
aurait dû faire. Cette défaillance ne peut servir d’alibi pour ne pas
réfléchir à des vraies alternatives à un système qui a opté pour une
forme de désinformation. Il semble d’ailleurs que la Haute autorité de
l'audiovisuel et de la communication (HAAC) veille à ce qu’aucune
plainte ne vienne gripper cette nouvelle approche. En effet, celle-ci
est censée s’occuper officiellement de l’information, notamment celle
qui est politiquement correcte, et moins de la désinformation.
Il semble difficile qu'un Premier des Ministres puisse influencer
l'orientation du budget de l'État sans accepter qu'une large partie de
ce budget échappe à sa signature. Il a permis malgré tout de rassurer
les principaux bailleurs de fonds mais pas vraiment les investisseurs
étrangers. Les vraies critiques reposent sur l'interventionnisme d'un
État et moins sur le rôle du secteur privé libre avec des institutions
judiciaires et administratives neutres et efficaces. Des déblocages
budgétaires ont permis ici et là des réhabilitations de structure de
santé, des mises à disposition de moustiquaires et de médicaments, les
constructions de puits ou de châteaux d'eau, la gratuité de l’éducation
en maternelle et primaire, les subventions aux agriculteurs sous forme
de mise à disposition d'engrais, un budget pour faciliter l'éclosion de
la presse privée malgré des intimidations discrètes de la Haute autorité
de l'audiovisuel et de la communication, etc. Mais la réalité est que
les institutions ne fonctionnent pas efficacement. La régie des eaux ou
la structure en charge de l'électricité au Togo continue à faire des
facturations aux gens sans que cela ne corresponde à une consommation.
En réponse, ceux qui le peuvent préfèrent devenir autonomes en
développant l’énergie solaire chez eux ou en mettant des systèmes
automatisés de pompage des nappes phréatiques. Mais ceux qui ne le
peuvent pas subissent. Aussi, il ne faut pas s’étonner que la
malnutrition et la famine des enfants soient en train d'augmenter au
Togo.
Malgré cela, les points suivants (liste non
exhaustive) continuent de poser problème :
- pas d'amélioration substantielle dans la lutte contre la pauvreté, avec près
de 67 % de Togolais en-dessous du seuil de pauvreté ;
- difficultés rencontrées pour mobiliser la totalité des ressources
budgétaires et donc améliorer les recettes fiscales ; une partie des recettes ne
lui est pas communiquée ; aussi, le renforcement de la gestion et du contrôle
des finances publiques lui échappent plus que partiellement;
- les populations au plan de la prospérité économique n'ont pas ressenti
un véritable changement dans l'amélioration de leurs conditions de vie
quotidienne et n'arrivent pas à percevoir un espoir pour le futur ;
- l'approche adoptée de relancer l’économie par la consommation et
l’investissement dans les secteurs porteurs de croissance est bonne mais est
restée au niveau des intentions ; il y a lieu réellement de se concentrer sur le
développement des capacités productives qui permettent la création d'emplois
décents et la valorisation de l'éthique dans la génération de revenus. Les
budgets ne sont pas mis à sa disposition pour une telle stratégie qui demande
d'ailleurs une véritable adhésion de la population et donc une légitimité qui
reste malgré tout à conquérir ;
- l'efficacité de la Commission "Vérité, Justice et Réconciliation" ;
- la capacité de la Commission électorale nationale indépendante (CENI)
composée de 17 membres à stopper le comptage des voix lors de la restitution de
la vérité des urnes aux prochaines élections présidentielles afin d’inverser les
résultats des urnes au profit d’un maître d’œuvre comme, semble-t-il,
l’opposition gabonaise tente de le prouver au Gabon. Il faut rappeler d’ailleurs
que la Diaspora a été exclue de la composition de la CENI du Togo composée d’un
membre du pouvoir, cinq membres de la majorité parlementaire RPT, cinq membres
de l’opposition parlementaire (UFC, CAR), trois membres de l’opposition
extraparlementaire, et trois membres de la société civile .
3. La résolution du problème togolais passe-t-elle
en partie par la nomination d'un technocrate à la primature ?
Non, ce n'est pas un problème d'individu mais d'équipes et de programmes
politiques qui doivent correspondre à une forme de contrat social avec
la population et où une importante considération est donnée à l'éthique,
la bonne gouvernance et donc à la transparence des comptes. Si vous
remplissez votre contrat socio-économique qui n'oublie pas la culture et
l'environnement, alors la population votera en votre faveur. Sinon, vous
devez aller améliorer votre copie et laisser d'autres se positionner.
C'est ce phénomène d'alternances des talents, du savoir et de
l'intelligence dans un esprit de compétition saine et structurée dans un
environnement judiciaire et des affaires transparent et non corrompu qui
a contribué à l'accumulation systémique du capital, à sa distribution
sous forme de salaires et à son réinvestissement dans les pays
émergents. Il n'y a pas de secret. Il faut travailler mais mieux avec
intelligence et efficacité. Avec du contenu technologique partout où
c'est possible, avec le développement des capacités productives pour les
marchés de proximité. La prospérité pourrait en découler si des
interventions intempestives de l'Etat ou de multinationales non éthiques
et sans responsabilité sociale ne venaient entraver ce processus. Mais
le Premier des Ministres n’a pas changé la fiscalité pour permettre que,
par exemple, lorsque la Diaspora revient au pays avec de la technologie
et du savoir-faire, cela ne soit pas taxé de manière exorbitante. Cette
situation qui perdure fait que personne n’oser s’engager dans le
transfert de technologie si l’Etat doit en prendre une grande partie
sous forme de taxes de dédouanement avant même que l’on ait commencé à
rendre productive la technologie en question.
Bref, ce sont des équipes multidisciplinaires, dont une partie
proviendra de la Diaspora, une autre du Togo, qui ensemble pourront se
serrer les coudes pour, petit à petit, redonner l'éclat intellectuel
d'abord, économique et social ensuite à ce pays. Il faut aussi
privilégier le partenariat intelligent. C'est cela la voie vers la
prospérité. Elle n'est pas l'apanage des technocrates uniquement mais de
tout un peuple qui cherche à créer des richesses et à les partager de
manière éthique et équitable. C'est un nouveau concept qui n'a rien à
voir avec les dialectiques occidentales de gauche et droite. Il s'agit
de retrouver les valeurs africaines en promouvant l'afrocentralité dans
toutes les actions. Encore faut-il ne pas confondre l'afrocentralité
avec un processus anti-occidental que je rejette. Il s'agit aussi de
promouvoir le concept de l'interdépendance car la dépendance n'a pas
apporté la prospérité pour tous les Togolais. Quelques uns ont peut-être
profité d’un système de dépendance et le font perdurer, mais beaucoup y
ont perdu leur dignité. Le peuple Togolais est un peuple digne et ne
peut pas ne pas se relever.
4. Soutien des bailleurs et vérité des urnes
Ce soutien passe par le retour de la vérité des urnes. Vous savez que
beaucoup de bailleurs de fonds sont très intéressés pour aider
financièrement le Togo si le régime est légitimé par la vérité des
urnes. Des associations de la société civile comme le Congrès mondial de
la Diaspora, Synergie-Togo, Afrology ou encore le GRAD pour ne citer
qu'elles ont depuis fort longtemps expliqué qu'il s'agit de laisser des
équipes, disposant de nouvelles approches alternatives et fondées sur
les valeurs éthiques et d'équité, gérer pour une période déterminée qui
pourrait varier entre 3 et 5 ans afin d'apaiser réellement les esprits.
Ce n'est à mon sens qu'à cette condition que les Togolais et le
Togolaises pourront retrouver une unité qui nous fait défaut alors qu'en
fait au niveau social, ce peuple Togolais est très intégré. Ce sont de
vieilles fausses querelles qui continuent de faire croire que les
régions doivent s'opposer. Il n'y a pas fondamentalement de réelles
contraintes à travailler ensemble si les citoyens de chaque région du
Togo estiment que les fruits de la croissance togolaise, le port par
exemple, rentrent effectivement dans le budget de l'Etat et que les
péréquations budgétaires qui sont faites reposent sur un système
équitable, transparent de répartition.
5. S'il faut donner une note à Gilbert Houngbo, combien lui
donneriez-vous?
Je ne suis pas du genre à cataloguer les gens surtout sur un poste aussi
important que celui de Premier Ministre où il faut de la
multi-compétence mais aussi un vrai budget prévisionnel qu'il n'a pas.
Il faut aussi rappeler que la note se donne en tenant compte des moyens
dont il a disposé et sa marge de manœuvre. Les déceptions, peut-être de
la naïveté, doivent aussi être prises en compte. Donc je donnerais deux
notes avec des coefficients.
- Commençons par la mauvaise note : La première concerne sa stratégie de
sortie de crise du Togo et sa mise en œuvre dans un contexte où la majorité
parlementaire ne permet pas un dialogue sain et transparent. D'ailleurs, tout
ceci contribue à ralentir énormément la prise de décision au Togo, ce d'autant
plus que nous n'avons pas encore mis en place un système de prise de décision
électronique, transparent et sans mesures de rétorsion contre ceux qui ont le
courage de dire la vérité et leurs opinions. Sur ce plan, le Premier Ministre
n'a pas atteint les objectifs qu'il s'est lui-même fixés. La note sera de 7 sur
20 et aura un coefficient de 3 car c'est vraiment le cœur de l'action politique,
économique, sociale et culturelle.
- Maintenant la bonne note : La seconde note concerne sa détermination à
vouloir rassembler le Togo et donner de sa personne pour que les choses avancent
et s'améliorent au Togo malgré l'environnement de contraintes dans lequel il
opère : la note sera de 13 sur 20.
Vous me direz que la moyenne est de 10 sans les
coefficients. En fait non, car il y a un coefficient triple pour la
première note puisque c’est sur ces points qu’il s’est personnellement
engagé devant le parlement et donc devant le peuple. Ainsi sa note est
de (3 x 7) =21 + 13 = 34 divisé par 4 soit 8,5. Il n'a pas la moyenne.
C'est donc un bilan bien mitigé qui reste à parfaire. Mais en un an et
dans un environnement de régime présidentiel, on ne peut guère faire
plus avec les contraintes que l'on connaît, même si la bonne volonté du
Premier des Ministres n'est pas à mettre en doute.
6. Conclusion : changer la fonction du Premier Ministre : opter pour
un Chancelier ?
De nombreuses critiques semblent se focaliser sur le fait que le Premier
des Ministres organise beaucoup de séminaires ou les préside au point
d’occulter le rôle des Ministres en charge des dossiers. Qu’à cela ne
tienne si c’est l’arrangement au sein du gouvernement. Mais, il est par
contre inadmissible qu’à la suite d’un séminaire gouvernemental sur
l’état d’avancement des réformes engagées par le Premier des Ministres,
personne ne veuille rendre des comptes aux citoyens togolais. Du coup,
faire le point sur les "réalisations tant attendues par nos populations"
d’après Mr Houngbo , revient alors donner l’impression que les
réalisations sont au point mort. Il devient urgent que le Premier des
Ministres au nom de son gouvernement et tous les ministres (les restants
et les sortants ) puisse rendre compte par écrit des réalisations en
voie d’achèvement ou achevées et moins sur les initiatives et les
actions du bougisme. Cela permettra de revoir la note attribuée au bilan
d’un an du Premier des Ministres.
En réalité, le Togo n'a pas besoin d'une Constitution avec un Premier
Ministre qui n'est que le Premier des Ministres dans un régime devenu
très présidentiel et qui refuse de rendre des comptes aux populations.
Le Togo a besoin d'un Chancelier , en s'inspirant des approches
allemandes et autrichiennes, et pourquoi pas oser aller vers un
fédéralisme qui pourrait mettre fin au faux problème "nord-sud".
La vraie question est de savoir si le système actuel, en cheville avec
une armée discrétionnaire, peut contribuer à la construction d'une
capacité endogène de transformation des mentalités. La réponse est
manifestement non ! Et c’est cela qui, de fait, bloque et empêche que
chaque Togolais et Togolaise puisse avoir l’opportunité de contribuer, à
son niveau, à créer de la richesse et non pas à chercher à obtenir des
subsides d'un Etat. C’est aussi cela qui limite les chances de voir les
talents, les expertises et le savoir-faire disponibles au Togo et dans
la Diaspora soutenir la création d'un système productif au service des
populations, système qui doit conduire à retrouver l'autosuffisance
d’antan et frayer les chemins vers l'indépendance économique.
Pour ce faire, il faudra nécessairement refonder les institutions
d'appui sur des bases éthiques et de justice. Noter le Premier des
Ministres n’est qu’une appréciation partielle de la note qui doit être
administrée par les Togolais au Bilan du système dominant au Togo depuis
plusieurs années. Il n’est pas étonnant que les prochaines échéances
électorales au Togo se jouent sur la vraie restitution des résultats du
vote de tous les Togolais. C’est d’ailleurs ce sujet qu’il faut
clarifier en proposant à tous les protagonistes de l’enjeu présidentiel
de déclarer solennellement qu’ils n’interfèreront pas, avant, pendant et
après le vote dans le processus de décomptage et de restitution de la
vérité des urnes. Les associations comme, entre autres, Synergie-Togo ,
le GRAD , Afrology , et le Congrès mondial de la Diaspora Togolaise
(CMDT) , etc. s’en préoccupent "énergétiquement" en rappelant aux
bailleurs amis du Togo leur responsabilité dans l’absence de la vérité
des urnes au Togo.
Les élections de 2010, si elles sont transparentes, devraient pourvoir
offrir les chances d'alternatives nouvelles pour débloquer le potentiel
des Togolais, partout où il est disponible. Il faut nécessairement donc
réorganiser le Togo sur la base d'un contrat social décentralisé
(communal, ville, région et national) afin de s'assurer que le fait de
devoir rendre des comptes et assurer ainsi la participation active de la
population, est effectif. C'est ce processus qui permettra au Togolais
de juger leurs dirigeants sur des bases objectives. Noter le Premier des
Ministres, c'est noter en fait l'action d'un mode de gouvernance au
Togo. Les efforts doivent venir de tous les bords pour corriger un tel
système dans le cadre d’un processus négocié et pacifique.YEA.
Dr. Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du groupe de réflexion, d'action et d'influence "Afrology"
20 septembre 2009
1. L’article sera disponible sur www.afrology.com et
www.amaizo.info ainsi que sur le site de Radio Nostalgie-Togo et
d’autres portails numériques de référence sur le Togo. 2.
Republicoftogo, "Togo : Houngbo defend son bilan", in AllAfrica, 24
janvier 2009, voir : <http://fr.allafrica.com/stories/printable/200901260162.html>
3. World Bank, World Development Indicators 2009, p. 386.
4. Voir < http://www.facebook.com/note.php?note_id=138437266881> et <www.agbobli.org>
5. FMI, Perspectives économiques régionales. Afrique subsaharienne,
avril 2009, p. 73. 6. Voir sur www.amaizo.info les
articles suivants http://amaizo.info/2009/07/25/des-solutions-pour-le-togo-liberons-les-energies/,
les Diaporama <http://amaizo.info/category/multimedia-et-conferences/diaporama-multimedia-et-conferences/>
et "Obama et l’Afrique : Déverrouiller les dirigeants africains pour
libérer les Africains", voir <http://www.afrology.com/pol/amaizo_obama09.htm/>
ainsi que les interventions de la journée du Premier Congrès mondial des
Togolais de la Diaspora <http://amaizo.info/2009/07/25/des-solutions-pour-le-togo-liberons-les-energies/>
7. FMI, op. cit., p. 75. 8. Ibid, p. 71.
9. Ibid, p. 87. 10. Ibid, p. 88. 11. Ibid,
p. 95. 12. Gilbert Houngbo, "Le Premier Ministre doit
être prêt à prendre des coups", RepublicofTogo, 3 février 2009, voir : <http://www.republicoftogo.com/central.php?o=5&s=1&d=3&i=3129>
13. L.C., "Et si Gilbert Houngbo rendait le tablier : Non respect des
engagements librement pris", in Togocity, 1er avril 2009, voir <www.togocity.com/ímpression.php3?id_article=3587>
14. RepublicofTogo, "Les membres de la CENI ont prêté serment",
RepublicofTogo, 1er septembre 2009, voir : <www.republicoftogo.com/central.php?o=9&s=0&d=3&i=4240>
15. Gilbert Houngbo, "Houngbo : Il fat mener à bien les réalisations
tant attendues par nos populations", RepublicofTogo, 7 février 2009,
voir : <http://www.republicoftogo.com/central.php?o=6&s=4294&d=3&i=4281>
16. Leopold Gnininvi, Ministre d’Etat de l’industrie, de l’artisanat et
des innovations technologiques et Messan Adjimadoh Adowayom, Ministre de
l’enseignement supérieur et de la recherche ont officiellement quitté le
Gouvernement de Mr Houngbo le 11 septembre 2009, voir RepublicofTogo, "Gnininvi
et Adowayom quittent le gouvernement", RepublicofTogo, 11 septembre
2009, voir : <http://www.republicoftogo.com/central.php?o=1&s=0&d=3&i=4294>
17. Yves Ekoué Amaïzo, "Gouverner avec un Chancelier au Togo",
Afrology.com, voir aussi <http://amaizo.info/2005/04/26/gouverner-avec-un-Chancelier-au-togo/>
18. Synergie-Togo, voir
www.synergietogo.org 19. GRAD : Groupe de Réflexion,
et d’Action pour le Dialogue, la Démocratie et le Développement, voir
www.gradtogo.org
20. Un groupe de réflexion, d’action et d’influence, voir
www.afrology.com
21. CMDT, voir www.cmdtogo.org
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Yves Ekoué Amaïzo

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