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La dictature du statu
quo?
L'impossible passage en force au Togo
Il est paradoxal que les responsables de l'organisation des élections
togolaises n'aient pas spontanément annoncé le taux de participation
alors que les électeurs togolais se sont déplacés massivement aux urnes.
1. Pas de taux de participation
Il ne faut pas s'en étonner puisque la liste électorale n'a jamais été
affichée et relève de la discrétion du Gouvernement et du Président de
la Commission électorale nationale dite "indépendante" (CENI). Tout le
problème de la fraude ne peut que provenir d'abord des annonces non
convergentes aux niveaux des commissions électorales locales
indépendantes (CELI), surtout si les différences entre les chiffres des
partis et observateurs présents mettent en lumière des écarts
inexplicables. Mais c'est le mode de transmission par des moyens autres
que ceux acceptés par consensus par tous les partis qui posent problème.
La transmission, pour être crédible, doit être basée sur le système
satellite garanti par les Observateurs des Nations unies et de l'Union
européenne et non celui qu'offre le Gouvernement. Il faut noter que les
coupures téléphoniques observées dans la matinée du 4 mars 2010 n'ont
été poursuivies que par intermittence compte tenu de la concurrence
entre les fournisseurs de l'Etat et le fournisseur privé local, ce
dernier bénéficiant de système satellitaire n’ayant pas pu être
brouillé.
2. Silence non coupable
Heureusement la France et la CEDEAO observent une obligation de réserve
et un silence salutaire, contrairement à ce qui s'est passé lors des
élections présidentielles de 2005 au Togo. Cette rupture dans la
dictature du statu quo est à saluer.
3. L'importance des contrôleurs des observateurs par la Diaspora
De toutes les façons, la population est à féliciter comme l'a d'ailleurs
déjà fait le Conseil Mondial de la Diaspora Togolaise (CMDT) qui
d'ailleurs rappelle par la voix de son Président, Dr. Martin Amouzou,
que "Le CMDT salue la maturité du peuple togolais qui a su s’exprimer
dans le calme en attendant la proclamation des résultats [1]". Les
estimations du CMDT, sur la base des informations récoltées par ses
agents ayant pour mission de contrôler les observateurs, montre que le
Front Républicain pour l'Alternance et le Changement (FRAC) est en tête
du scrutin. Ces informations concordent avec les premières estimations
qui créditent le candidat du FRAC de 59 % contre environ 33 % pour le
candidat du Rassemblement du Peuple du Togolais (RPT), Faure Gnassingbé.
4. Les vieux réflexes des "en haut-d'en haut"
Malgré un scrutin qui s'est globalement bien déroulé sur l'ensemble du
territoire et n'a connu que des heurs mineurs, le réflexe peu
démocratique et peu respectueux des libertés des Togolais qu'à eu
Olusegun Obasanjo, le chef de la mission d'observation de l'Union
africaine, est à déplorer. Celui-ci s'est fait huer dans le quartier de
Bè à Lomé pour avoir tenté maladroitement de "chasser" de nombreux
Togolais et électeurs qui s'étaient amassés autour du bureau de vote
pour assister et contrôler indirectement le dépouillement des bulletins.
Ce "comportement obsolète" témoigne encore des difficultés à
faire passer au Togo le message que le Togo est entré de pleins pieds
dans une ère de liberté. Les menaces des "en haut-d'en haut" ne
tiennent plus face à un peuple mûr au plan électoral et qui ne souhaite
pas la présence d'observateurs venant soutenir la dictature du statu
quo, mais des observateurs observant la vérité des urnes. Il a été
observé par les agents de la CMDT que les observateurs de l'UA étaient
plus visibles dans le sud que dans le nord du pays.
5. Centralisation ou Concentration des données
Avec 35 préfectures, il ne devrait pas y avoir de problème de transfert
des résultats sortis des urnes si la CENI et le Gouvernement ne changent
pas le processus de transmission validé par tous et sous contrôle des
Nations Unies et de l'Union européenne. C'est une phase cruciale du
processus électoral, tout comme la centralisation des données émanant
des 35 préfectures du pays. Pourtant, la vigilance est de mise car c'est
justement lors des centralisations des données au niveau de la CENI que
des "individus non identifiés" peuvent procéder à une concentration des
données électorales et inverser la vérité des urnes. Le manque de
transparence qui sévit, l'absence de déclaration apaisante du côté des
organisateurs posent le problème de l'improvisation quant au système de
transmission non prévu au programme que le Gouvernement souhaiterait
utilisé. En droit, il importe de rappeler que le changement unilatéral
du mode de transmission par le Gouvernement et la CENI, s'il ne fait pas
l'objet d'un consensus avec l'ensemble des candidats, risque d'invalider
tous les résultats pour vice de procédures, ce qui mettrait le Togo dans
une situation à la Zimbabwe où il n'y aurait pas de résultats des
élections présidentielles sauf bien sûr celles annoncées alors dans
l'opacité totale par les autorités locales. Il y a donc lieu de rester
vigilant sur les risques de changement de la définition du mot
"centralisation" par celle de "concentration".
6. Ethique, "fair-play" et trahison des candidats
Face à ces dernières incertitudes, il y a lieu de faire appel à l'esprit
d'éthique et de fair-play des candidats. La plupart d'entre eux
disposent des résultats sortis des bureaux de vote et gagneraient à les
publier eux-mêmes afin de permettre les comparaisons avec ceux des CELI
et la CENI. Il y a de la transparence mais aussi de l'acceptation des
résultats. Car le jeu d'un scrutin uninominal à un tour a joué en plein.
C'est le vote utile qui l'a emporté. Il reste aux candidats qui ont fait
des scores ne permettant pas de les compter parmi les deux en tête, de
jouer le jeu de la candidature unique et d'annoncer publiquement leur
soutien à l'un ou l'autre des candidats en tête.
Comme le pouvoir togolais a interdit des élections à deux tours qui
auraient permis les reports de voix, rien n'empêche les candidats
malheureux d'annoncer à la population leur vraie position. Car pour
l'histoire, le Togo devra aussi commencer à réfléchir au rôle qu'ont pu
jouer certains qui ont refusé la candidature commune et qui, de fait, se
sont retrouvés pris dans le piège du vote unique. Une annonce de leur
propre résultat dans les 35 préfectures devrait permettre de réduire les
fraudes toujours possibles dans le système de concentration des voix au
niveau de la CENI. Une annonce publique permettra aussi d'éviter qu'une
partie de la population ne considère leur stratégie dans la catégorie de
la trahison à l'alternance au Togo.
7. Bon exemple du candidat d'OBUTS
Il y a lieu de saluer les déclarations "fair-play" du candidat
malheureux, Agbéyomé Kodjo, Président d'OBUTS (Organisation pour Bâtir
dans l'Union un Togo Solidaire) qui non seulement reconnaît sa défaite,
mais surtout appelle l'ensemble de la population et les responsables de
l'armée à respecter la vérité des urnes. Il convient de rappeler
toutefois que par ce geste, il finit par rendre son organisation en
conformité avec le titre de son parti politique, le Togo solidaire, en
rejoignant l'une des candidatures communes imposées par la vérité des
urnes [2].
8. Vivre ensemble au Togo avec une armée républicaine
Il semble donc que l'avenir du Togo, si la fraude arrive à être
contenue, passe par une amnistie intelligente et un gouvernement fondé
sur les compétences au service de la population. La dissolution du
parlement devra rapidement prendre forme afin d'amener par contagion la
vague démocratique au niveau de la représentation des populations au
parlement. L'armée républicaine ne peut que sortir vainqueur de ces
élections si elle choisit le camp de la démocratie, la paix et la
sécurisation des populations en référence à la vérité des urnes. En
effet, l'ordre et la hiérarchie ne font aucunement appel à la propension
à soutenir la dictature du statu quo. Le passage en force n'est plus de
mise. Au contraire, le bon exemple du Niger reste à méditer...
Dr. Yves Ekoué AMAÏZO
Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence "Afrology"
5 mars 2010
Contact : yeamaizo@afrology.com
© amaizo.info et afrology.com
1. CMDT, Relevés d’informations de la Mission d’Observation des
Observateurs (M2O) du Conseil Mondial de la Diaspora Togolaise (CMDT),
Antenne CMDT Paris, France.
2. Agbéyomé Kodjo à déclaré que le candidat du FRAC, Jean-Pierre Fabre,
le vainqueur de la présidentielle de ce 4 mars ; voir les déclarations
d'Agbéyomé Kodjo, voir < http://www.obutsonline.org/> |
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