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Invalidation des
élections présidentielles au Togo ?
Une transition qui se dessine...
Aujourd'hui le 8 mars 2010, sans que l'on sache qui a donné les
ordres, la FOSEP, la Force Sécurité Election Présidentielle du Togo, a
bouclé le quartier général du candidat commun du Front Républicain pour
le Changement et l'Alternance (FRAC).
1. La fin de l'Etat de droit au Togo : émergence de forces
anti-républicaines
Il est vrai que le FRAC se propose d'inviter les populations togolaises
à une marche , le mardi 09 mars 2010, à partir de 07 heure à travers les
rues de Lomé, pour demander l'invalidation des résultats du scrutin
présidentiel du 04 mars 2010 entachés d'irrégularités graves que le
Président de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) a
proclamés en l'absence de tout consensus conformément au règlement
intérieur de cette institution. Les manifestations au Togo sont
autorisées au plan constitutionnel et sont soumises à une information
préalable. Mais il semble que cette information préalable est
interprétée différemment par le Gouvernement qui vient d'interdire cette
manifestation. La FOSEP est donc de fait aux ordres du gouvernement et
non de la CENI. Pourtant, c'est en principe la CENI qui devrait
autoriser la FOSEP à intervenir. Le silence de la direction de la CENI
pose problème. Cela risque d'augmenter son discrédit du fait de la
difficulté qu'il y a à procéder à des vérifications des informations
électorales.
Dans la matinée du 8 mars 2010, un membre du Conseil Mondial de la
Diaspora Togolaise (CMDT) en mission à Lomé a été illégalement passé à
tabac au motif qu'il portait dans son sac un badge d'identification
officielle du CMDT qui est aux couleurs nationales, lequel est aussi le
sigle du CMDT.
Les agents FOSEP ne semblent plus se soucier des
entorses répétées à la liberté d'aller et de venir des citoyens togolais
y compris ceux de la Diaspora. L'accumulation de ces actes
non-Républicains qui reposent sur l'arbitraire et la loi de la force ne
permet plus de croire que le Togo vit encore sous un régime d'Etat de
droit. Il ne s'agit pas simplement d'intimidation mais bien de menaces
dont les conséquences se chiffrent en des soins médicaux que la FOSEP ne
s'est pas encore engagée à rembourser, sans compter les explications de
la hiérarchie de cette structure.
2. Vers l'invalidation du scrutin électoral ?
Il est à l'honneur de la mission d'observation de l'Union européenne
d'annoncer qu'elle ne quittera pas le Togo juste après les élections et
surtout qu'elle offre, en toute transparence, les résultats de ses
investigations sur les insuffisances de nature à conduire à
l'invalidation du scrutin présidentiel du 4 mars 2010. Il aurait été
intéressant de pouvoir comparer les données de l'Union européenne avec
celles de la CEDEAO et de l'Union africaine, actuellement indisponibles.
Toutefois, en tentant d'identifier quelques irrégularités graves à
partir de la déclaration préliminaire recueillie par les observateurs
électoraux de l'Union européenne, il est possible de fournir les
éléments juridiques et politiques conduisant à l'invalidation possible
du scrutin électoral, voire même de faciliter l'établissement d'un droit
d'ingérence électoral (voir le tableau ci-joint).
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DECLARATION PRELIMINAIRE DE LA MISSION D'OBSERVATION
ELECTORALE DE L'UNION EUROPEENNE (extraits)
(MOE
- UE)
Extraits
d'irrégularités susceptibles de conduire à
un droit
d'ingérence électoral précédé d'une invalidation du scrutin
électoral
Analyse
par Afrology, 8 mars 2010 |
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Liste des irrégularités |
Conduisant à une invalidation du scrutin électoral |
Fondant
un droit d'ingérence électoral |
|
11 % sur
657 bureaux de vote dans 35 préfectures visités par MOE-UE
pour observer le vote et le dépouillement
|
Non |
Oui |
|
Rapport
final publié deux mois après la fin du processus électoral y
compris contentieux sur les résultats |
Non |
Oui |
|
Non-transparence dans la prise de décision au niveau de la
CENI |
Oui |
Oui |
|
Deux
révisions inopinées du Code électoral par le gouvernement
sans consensus entre majorité et opposition notamment sur la
composition et la présidence de la CENI (principe d'égalité
des partis politiques et de leur représentation au sein de
la CENI) |
Oui |
Oui |
|
Campagne
électorale dominée par la "machine électorale de Faure
Gnassingbé" |
Oui |
Oui |
|
Non-participation de Gilchrist Olympio, leader historique de
UFC |
Non |
Non |
|
Absence
de données démographiques fiables pour s'inscrire au fichier
électoral révisé et non apurement des personnes décédées
dans les listes |
Oui |
Oui |
|
Décision
unilatérale de la CENI de ne pas procéder à une révision
complète mais simplement à une mise à jour du fichier
électoral de 2007 qui exclut tous les togolais de
l'extérieur, la Diaspora |
Oui |
Oui |
|
Mode de
vérification ex-post et délais courts accordés par
l'Administration togolaise ne permettent pas de garantir la
fiabilité du fichier électoral |
Oui |
Oui |
|
Vote par
procuration sans contrôle a permis des votes multiples |
Oui |
Oui |
|
Système
de contrôle par l'Administration, juge et partie, ne permet
pas de garantir la crédibilité des décisions de la Cour
constitutionnelle sur l'invalidation du candidat indépendant
Kofi Yamgnane |
Non |
Non |
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Prise de
décision au sein de la CENI non transparente et suspension
de la participation des partis de l'opposition parlementaire
du 11 au 15 février 2010 avec une pratique de la décision
unilatérale du Président de la CENI |
Oui |
Oui |
|
Modalité
d'authentification des bulletins au moment du vote
inexistante du fait d'une absence de consensus entre les
partis |
Oui |
Oui |
|
Affichage des feuilles de centralisation des données et
système de contrôle croisé des données réceptionnées par des
modes des transmission défectueux n'assurent pas la qualité
des données transmises des CELI vers la CENI |
Oui |
Oui |
|
Inégalité de traitement des candidats à l'élection
présidentielle avant et pendant la campagne électorale face
aux médias d'Etat |
Oui |
Oui |
|
Non
respect des procédures lors du vote anticipé du 1er mars
2010 des forces de sécurité avec des défaillances pour le
vote par dérogation et le vote par procuration notamment
dans les régions des Savanes et de la
Kara |
Oui |
Oui |
|
Nouvelles listes d'émargement utilisées dans les bureaux de
vote dans les régions des Savanes et de la Kara |
Oui |
Oui |
|
Enregistrement de mineurs notamment dans la région de la
Kara et des Savanes et un recours important au témoignage
des chefs traditionnels |
Oui |
Oui |
|
Elections présidentielles de 2005 contestées et ayant
débouché sur des graves violences |
Non |
Oui |
|
Facilitation devenue médiation de Blaise Compaoré, Président
du Burkina Faso |
Non |
Oui |
|
Recommandations de l'UE portant sur le processus électoral
de 2007 (élections législatives) n'ont pas été suivies dans
leur grande majorité |
Non |
Oui |
|
Report
de 4 jours (du 28 février au 4 mars 2010) des élections
présidentielles n'a pas permis de procéder aux vérifications
des listes électorales qui n'ont pas été affichées (ou
intégrer les électeurs exclus) |
Oui |
Oui |
|
Absence
de réaction de la CENI face aux requêtes et demande
d'information des CELI |
Non |
Oui |
|
Pas de
consensus sur la traçabilité des bulletins de vote
notamment du fait de bulletins à souches numérotées sans
mention du numéro de série sur le bulletin |
Oui |
Oui |
|
Formation des membres des CELI tronquée (près de 50% des
bureaux de vote n'ont pas eu de guide et la formation s'est
limitée à 1-3 heures au lieu de deux jours de formation |
Oui |
Non |
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Campagne
électorale a démarré bien avant la date officielle du 16
février 2010 (précampagne officieuse dominée par la machine
électorale de Faure Gnassingbé |
Oui |
Non |
|
Distribution de riz à des prix trois à quatre fois
inférieurs au prix du marché par les militants du RPT et
connu sous le nom de "Riz Faure" notamment dans les
préfectures de Kloto, Kpélé, Agou, Danyi et Wawa, Akebou,
Amou, Kozah et Binah |
Oui |
Oui |
|
Utilisation des préfets et de l'Administration pour servir
les intérêts du candidat Faure Gnassingbé |
Oui |
Oui |
|
Dans 58%
des 576 bureaux de vote, le contrôle de la présence d'encre
indélébile sur les doigts des électeurs n'a pas été effectué |
Oui |
Oui |
|
La
qualité des scellés des urnes n'était pas optimale et les
séries des scellés portant le même numéro de série par
rapport à ceux distribués officiellement sont discutables... |
Oui |
Oui |
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Copies
du procès verbal et des feuilles de dépouillement affichées
pour examen public uniquement dans 35 % des cas mais tous
les partis politiques ont reçu une copie des procès verbaux |
Oui |
Oui |
|
Président de la CENI a omis de présenter le personnel des
entreprises en charge de la transmission des données via
VSAT (internet satellitaire), Fax et GSM aux membres de la
CENI et a offert une résistance passive a résulté en un
manque de transparence et une manque de crédibilité dans les
résultats transmis |
Oui |
Oui |
|
Contrôle
croisé lors de la centralisation des données électorales
transmises par les CELI et non par les bureaux de vote par
trois modes de transmission sont défaillants et permettent
pas de garantir l'intégrité des résultats |
Oui |
Oui |
|
Source:
A partir de Union européenne , "Déclaration préliminaire",
UE Mission d'observation électorale - Togo 2010 -
élections présidentielles, Lomé, 6 mars 2010, 12 pages,
voir www.moeue-togo.eu. |
3. La paix militarisée : le nouveau choix des
communautés internationales et africaines ?
A la lumière de cette liste d'anomalies de formes, de procédures,
d'organisation, de comptage et de transmission de la vérité des urnes,
c'est encore le peuple togolais qui se voit priver de la vérité des
urnes. Si c'est comme cela que la communauté internationale pourra faire
progresser les adeptes de la démocratie au Togo, elle se trompe. Les
procédures de recours seront mises en œuvre mais chacun sait comment ces
procédures de recours ont fini au Gabon et ailleurs en Afrique. Ce n'est
pas non plus comme cela que les pays occidentaux pourront faire diminuer
leur niveau d'immigration puisqu'une grande partie de cette migration
repose fondamentalement sur des raisons politiques et économiques.
L'absence de vérité des urnes empêche la liberté de s'établir dans un
pays comme le Togo et ce ne sont pas les formes nouvelles de démocratie
palliative et de surface qui aideront à la construction d'une société de
confiance.
Face à cette impasse, il reste aux représentants de la communauté
internationale, adeptes de démocratie et de liberté de ne pas légitimer
un système qui conduit à l'émergence de deux présidents et de deux
gouvernements. Malheureusement, la communauté internationale finit par
prendre ses décisions de légitimation d'un régime non pas en fonction de
la vérité des urnes mais bien en fonction de ses intérêts
individualisés. Reste à espérer un sursaut d'éthique ! Le Togo risque
d'avoir besoin d'une transition si la communauté internationale décide
de mettre en œuvre un droit d'ingérence électoral. Une paix des
cimetières pourrait faire croire à une accalmie passagère... mais c'est
bien cette même communauté internationale qui prépare les "bombes à
retardement" dont les contours internationaux risquent de faire sortir
le Togo de son havre de paix militarisé. Face au silence des communautés
internationales et africaines devant une énième démocratie falsifiée en
Afrique, une transition doit passer par un nouveau consensus dont les
termes restent à redéfinir.
Dr. Yves Ekoué AMAÏZO
Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence "Afrology"
8 mars 2010
© amaizo.info et afrology.com
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