Les inconséquences des
forces alternatives togolaises
Il s’agit ici d’une réaction à l'article du 30 décembre 2006 : Les
inconséquences de l'Union européenne, paru chez notre confrère
LeTogolais.com.
Lire
Félicitations à la rédaction de "Le togolais.com" pour un article qui
éclaire sur les conséquences du prétendu « accord global de Ouagadougou
». Il appartient néanmoins d’apporter quelques compléments d’analyse. En
effet, ce qui apparaît comme des « inconséquences de l’Union européenne
sur le Togo » relève plus d’une inconséquence de l’opposition togolaise
de s’organiser en réseau en respectant les identités des apports et des
expertises. A force de chercher à ce que chacun fasse « allégeance » à
chacun, les nombreuses « forces alternatives » n’arrivent pas à se
constituer en organisation crédible, structurée et démocratique
permettant aux partenaires de développement soutenant la démocratie, les
droits de l’homme et les libertés au Togo de les soutenir.
C'est un excellent résumé de la situation qui permet de comprendre
comment le Togo, la bonne gouvernance, la démocratie et les droits de
l'homme se marchandent entre les principaux responsables du conseil des
ministres de l'Union européenne. Mais c'est peut-être cela aussi la
"real politic".
Il faut toutefois se réjouir qu'il y a encore des pays de l'Union
européenne notamment l'Autriche, l'Allemagne, la Finlande et bien
d'autres qui tiennent à ce que le respect de la démocratie, la liberté
et la bonne gouvernance ne soit plus modulé selon le bon vouloir de
quelques responsables politiques africains, souvent en mal de légitimité
suite à des utilisations dolosives de l'armée et des institutions
républicaines.
Cependant, il n'est pas tout à fait exact de dire que le parti de
l'opposition "Union des forces du changement" - UFC a aussi simplement
accepté de ne pas inscrire dans le prétendu arrangement politique appelé
"accord global" ses propres revendications, ainsi que celles des réseaux
de la société civile qui souhaitent plus de liberté au Togo.
Il n'est pas exact non plus de dire que l'UFC et d'autres représentants
de la Diaspora présents à Ouagadougou se sont contentés de "déclarations
de bonne intention" ou d'un "gentleman agreement". En effet, l'arbre ne
doit pas cacher la forêt, en l'occurrence une manipulation subtile a été
introduite.
En fait, il faut savoir comment ont fonctionné les pressions des chefs
d'Etat africains sur les protagonistes du soi disant "Dialogue
inter-togolais de Ouagadougou", surtout lorsqu’on sait que l'information
et les décisions ne se prenaient pas simplement à Ouagadougou mais aussi
en réseautage avec la France, le Gabon et le Nigeria. La visite éclair
du Président du Burkina Faso à Libreville juste avant le texte final
peut servir de début d'explication à un "accord" qui, semble-t-il a été
édulcoré avec beaucoup d'oralité au lieu et place de l'écriture alors
que les signatures avaient déjà été obtenues. Comment en parler en
public sans "embarrasser" certains hauts responsables africains et
perdre du coup le lien de communication qui permet l'espoir... ?
Le Président de l'UFC aurait compris dès le début la supercherie et a
refusé de participer personnellement et d'engager sa signature sur des
documents qui font l'objet de modifications intempestives. Par ailleurs,
il faut plutôt se poser la question de savoir si la parole de certains
chefs d'Etat africains de la zone peut encore rester crédible sur la
résolution du cas Togo. En refusant les deux approches proposées par
l'Union africaine et les Nations Unies d'aller chercher un facilitateur
en dehors de l'Afrique de l'Ouest, les protagonistes (gouvernement et
opposition) se retrouvent à travailler avec des personnalités qui sont
souvent juge et parti. La neutralité d'un facilitateur ou d'un médiateur
doit être revisitée si l'on souhaite faire progresser ce dossier dans la
transparence et dans la paix. Le rôle des forces armées togolaises ne
peut être négligé même si le silence des cimetières fait office de
"non-intervention officielle".
Le vrai problème de ce dossier est la propension des autorités
dirigeantes africaines à n'organiser la gouvernance que sur la base d'un
statu quo où la démocratie, les droits humains, la liberté des citoyens
se conjuguent selon une version africaine bien édulcorée eu égard à la
version originale. Il faut reconnaître que le choix des dirigeants tant
dans les partis au pouvoir que dans ceux de l’opposition ne se fait pas
toujours de manière libre et démocratique.
Si le conseil de l’Union européenne est conséquente avec elle-même, elle
se doit de réclamer :
1. un chronogramme détaillé de l'organisation des élections législatives
à venir (la date de juin reste à confirmer),
2. une lettre des finances pour 2007 qui ne fera pas l’objet
d’amendements intempestives, et surtout
3. faire accepter la venue d’un nombre suffisant de forces
d'interposition pour la paix et la démocratie comme ce fut le cas en
République démocratique du Congo, avant, pendant et après les élections
au Togo. En effet, la sécurité des personnes et des urnes ne peut être
laissée à ceux qui par le passé ont démontré que la décision finale
n'est pas celle des urnes mais celle dont "ils se réclament".
Continuer à refuser à la Diaspora togolaise de voter et de se faire
représenter lors des prochaines élections alors qu’elle constitue plus
d’un million d’âmes ne présage pas de vrais changements. Continuer à
usurper les postes des chefs des rois choisis selon la tradition et les
remplacer par des « agents à la solde de l’Etat » ne permet pas de
croire véritablement à une amélioration des pratiques sur le terrain. Au
contraire, ce sont les bases de la stabilité dans les zones
décentralisées qui sont mis en cause. Cela ne peut que favoriser
l’impunité surtout que même les responsables de la mort d’un diplomate
étranger (en l’occurrence allemand) et de plusieurs togolais se
promènent librement dans ce « Togo » dit « nouveau ».
Les chefs traditionnels doivent retrouver leur droit et rappeler à la
conscience des citoyens togolais l’importance de la démocratie
ancestrale, celle qui a été mise en sommeil depuis l’esclavage et la
colonisation. Que 2007 apporte paix, sécurité, démocratie et respect des
droits humains au Togo.
Afrology Think Tank
Groupe de réflexion, d’action et d’influence
30 décembre 2006 |
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