Former et se former:
Le défi
des Petits dans le monde des Grands
Vivre dans un monde globalisé, c’est vivre dans un monde de
compétition économique exacerbée où les limites spatiales et temporaires
sont brouillées. Simple construction symbolique ou réalité ? De toute
évidence, la vogue du concept de mondialisation est annonciatrice d’une
autre façon de vivre l’espace et le temps. Une façon d’organiser la
production de la richesse, aussi. En économie politique, en vingt ans,
le principe des avantages concurrentiels s’est progressivement substitué
au principe des avantages comparatifs. Et suivant cette option,
l’économie du savoir structure le nouveau monde dans lequel le savoir
est devenu le principal facteur d’inégalité entre les nations.
Du fait de la mondialisation, les sociétés sont prises dans une
tourmente, contraintes à une véritable mue. Pour répondre aux exigences
politiques, économiques et surtout intellectuelles de gestion de cette
transformation au forceps, il faut des hommes dotés de la
ressource-savoir (savoir, savoir-faire et savoir-être) adaptée aux
nouveaux enjeux d’un monde en perpétuel recomposition. D’autant plus que
le siècle qui débute interdit tout recours aux kits idéologiques du
passé qui n’offre aucune recette pour gérer le présent. Puisqu’il
n’existe plus de modèles transposables ici et ailleurs, plus que jamais,
la réinvention permanente du « soi collectif » est désormais un
impératif.
Dans les pays du Nord, l’existence d’un espace public favorise une mise
en débat des questions nouvelles même si la recherche de solution n’est
pas évidente. Des mécanismes de mise en compétition des intérêts et de
régulation politique toujours renégociés, travaillent à la
transformation de ces sociétés de l’intérieur. La logique du
questionnement et de la remise en question est poussée au bout, au nom
des principes de responsabilité et de précaution qui fonctionnent comme
des philosophies régulatrices. Le champ du possible est exploré par la
science tandis que la ethnoscience expérimente la créativité grandeur
nature. Le débat éthique s’interpose avec plus ou moins de succès pour
freiner ceux que Benveniste appelle les "Ayatollahs de la science",
insuffler un peu plus de transparence dans l’activité
technoscientifique, réguler les usages qui peuvent en être faits. Les
affaires de "sang contaminé", de "vaches folles", de
contamination à la dioxine peuvent être utilisés par les esprits
conservateurs pour créer la peur en entretenant la confusion entre
l’exploration des capacités du potentiel scientifique et la machinerie
scientifico-technique et politique qui en use et en abuse. Mais, c’est
oublier que l’histoire de l’humanité est faite aussi de ratés. La force
d’une société tient dans sa propension à cultiver la prise de risques du
savoir et les savoirs du risque, à donner sens aux échecs qui peuvent en
résulter, mais surtout à tirer leçons de ces échecs.
La quête de vérité, la quête des choses cachées par la nature, n’a
pas de prix, même si elle a un coût. De plus, les philosophes
pragmatistes américains comme Charles Sanders, Peirce, William James
ajouteront que ces vérités ne sont pas immuables. Car toute vérité est
tout simplement une connaissance plus ou moins utile à un moment donné
de l’histoire. Et cela vaut autant pour les croyances ordinaires, les
connaissances scientifiques, les valeurs morales que pour les doctrines
politiques. Le principe de dévoilement au cœur de la production
explicite de ces “ connaissances utiles ” est une force incontestable de
l’Occident. Il n’y a aucun complexe à le reconnaître. L’Europe
occidentale a vite compris que le tout n’est pas d’être le père de telle
ou telle autre invention. Il est plus essentiel d’en assurer la
pérennité et la diffusion. Sur la base de ce principe, l’Europe et son
extension (Les Etats-Unis) sont devenues la pompe à propulsion de
connaissances qui ont parfois leurs souches ailleurs. Le culte de la
connaissance y justifie la mise en place des instruments de sa
production et de sa reproduction (laboratoires et centres de recherche,
réseaux de circulation de l’information, universités et écoles de
formations spécialisées, supports électroniques). Ces instruments
fondent les piliers de leur domination économique, politique et
culturelle dans et sur le monde. L’Europe et les Etats-Unis auront
montré que la force d’une société se mesure moins à sa richesse en
ressources naturelles qu’à l’aune de ressources humaines de qualité
parce que capables de relever des défis existentiels. Leçon de choses
cachées pour les Petits de ce monde : Eduquer plus et mieux doit être le
défi à relever. Car, tout enfant éduqué, formé et surtout bien formé est
une haute valeur ajoutée à la société.
31 mars 2008
Prof. Francis AKINDES
Université de Bouaké / IRD Petit Bassam
BP 1245 Abidjan 06 Côte d'Ivoire
Autre email : akindes@ird.ci |
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Francis AKINDES
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