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Le colonel Kadhafi, un leurre?

Le sommet de l’Union Africaine a pris fin à Addis-Abeba.
Les lampions sont éteints ; le crépitement des flashes et des caméras de télévisions aussi.

Les envoyés spéciaux sont tous rentrés ; les multiples émissions spéciales et "spontanées" sur le leader libyen, le Colonel Mouammar KHADAFI ont vécu. L’Afrique elle, debout comme un phare éclairant mille océans en furie reste face à ses difficultés, ses incertitudes, à ces doutes que personne ne comprend, que personne ne veut comprendre ou peut être que l’on ne comprend que trop bien.

Nous avons été pendant plus d’une semaine, distraits sur les médias nationaux et internationaux par des exclamations continues sur le ‘’Pour ou Contre Kadhafi ’’ en laissant de côté le débat cardinal sur le devenir du continent africain et surtout des Africains, en cette période de crise ou toutes les nations, développées et émergeantes se demandent dans combien de semaines ou de mois seront-ils face aux pires contrariétés d’ordre économique que les meilleurs des experts n’ont jamais pu voir venir.

Comment pouvons-nous justifier et convaincre que le Togo, le Ghana, le grand Nigeria, le Bénin, la Côte d’ivoire, le Burkina Faso, le Gabon pour ne citer que ceux-là, aient eu dans la même période, des problèmes énergétiques avec leurs populations régulièrement plongées dans le noir et soumises en temps de paix, à un rationnement désigné par la litote, "délestage".

Et pourtant ces pays pris ensemble pourraient disposer de centrales énergétiques capables de faire tourner cent aciéries à la fois. Si nous sommes trop peu pour générer chacun suffisamment d’énergie, nous pourrons à plusieurs, construire des barrages encore plus grands (la Chine vient d’établir l’exemple), nous lancer dans la production de l’énergie solaire à coût réduit, dans la prospection des énergies renouvelables et envisager sérieusement la production de l’énergie atomique à usage civile.

Que sont devenus les projets d’infrastructures routières promettant de relier le Cap au Caire et Addis-Abeba à Lagos? Il existe aujourd’hui en tout cas, plusieurs chaînons manquants.

Le Continent aurait pu avec la même dose de vision et de volonté qui sont ici suggérées, disposer d’au moins une quinzaine d’hôpitaux de spécialités diverses, disposant des meilleurs plateaux techniques et capables de par leurs infrastructures, d’accueillir la crème des spécialistes du monde entier et empêcher ainsi en 2009, les Africains de mourir encore de certaines curiosités parasitologiques qui ailleurs ne tuent plus, voire qui ont disparu depuis l’invention de la pénicilline. Les mêmes dispositions permettraient de prévenir et de soigner à peu de frais, les maladies les plus redoutables ; compte tenu du milliards d’âmes que nous serons bientôt, un niveau de population permettant la mise en place d’un régime de sécurité sociale garanti par un système de solidarité suffisamment large, efficace et prospère.

Disposant d’au moins une centaine de grands lycées et d’écoles spécialisées, d’une cinquantaine d’Université spécialisées, réparties sur tout le Continent et financées par des ressources mises en commun, les autorités Africaines pourraient là aussi, disposer de moyens pour améliorer le cadre estudiantin et les conditions de travail des enseignants mais être aussi capables de déplacer vers ces écoles et universités, les meilleurs professeurs de Harvard, Berkeley, des universités japonaises et européennes formant ainsi sur place, des ressources humaines de qualité, et immédiatement prêtes à l’emploi ; emplois que nous serons capables dans les mêmes conditions de créer à foison.

Les mêmes idées s’appliquent pour l’agriculture où par une répartition taylorienne du travail et tenant compte des fortunes diverses que nous offre le climat sur toute l’étendue du continent, nous pourrons manger à notre faim et vendre au monde entier des quantités substantielles de céréales et autres produits que rapporterons les terres africaines au lieu de les céder aujourd’hui, pays après pays,(les exemples de Madagascar et de l’Angola et les milliers d’hectares cédés à la Corée du Sud et à Daewoo) à des multinationales qui viennent dans nos régions, cultiver les ressources de leur choix pour nourrir les populations de leurs pays. Très courageux, nous faisons désormais le choix de voir faire chez nous par les autres et en grandeur nature, ce que nous aurions dû faire depuis.

Le monde est aujourd’hui dominé par les pays capables de contrôler l’espace aérien soit par les satellites aux fonctions diverses, soit par les missiles (Faut-il le rappeler en commençant par le plus récent, que l’Iran vient de réussir le lancement de son premier missile balistique, que l’Inde, la Corée du nord, etc., sont rentrés par le travail et l’abnégation, dans ce club très fermé, malgré les mendiants de Bombay et la famine à Pyongyang).
Nous avons les moyens, en mettant ensemble les richesses de la Libye, de l’Angola, du Congo, de l’Algérie, de l’Afrique du sud etc., de mettre sur orbite tout au moins un satellite de communication capable de couvrir toute ou partie de l’Afrique.

La France a publiquement promis de créer une chaîne de télévision capable de présenter sa vision du monde, une vision qu’elle voulait résolument différente de celle de CNN. Ce ne furent pas des paroles vaines prononcées par le Président Jacques CHIRAC. La chaîne France 24 a bel et bien vu le jour et occupe bien sa place depuis. C’est par les prismes de France 24, CNN, TV5, RFI, et la BBC que les Africains sont informés et "guidés" sur ce qui se passe dans chacun de leur pays.

La mise en commun des espaces aussi morcelés que ceux de nos pays peut aussi garantir un espace économique et un marché réels en termes de volume, de pouvoirs d’achat et de zones de prospérité, dont l’absence aujourd’hui disperse les efforts et expose nos pays à toutes formes de prédation et de tutelles économiques nombreuses et diverses.

Les pays Africains malgré les regroupements régionaux signent isolément (Côte d’ivoire, Cameroun) et selon les intérêts du moment, les Accords de partenariat économiques, contrairement à beaucoup d’entre eux qui les trouvent suspects.

Si nous avions encore besoin d’être convaincus, arrêtons-nous sur l’exemple de l’Amérique du nord :

les Etats-Unis :

- 303 millions d’habitants
- 9 millions 826.630km2,
- 4ème plus grand pays au monde,
- PNB : 13 milliards 446.03 dollars US
- Taux d’alphabétisation : 97, 12%

le Canada :

- 33 millions 091.228 habitants
- 9 millions 976.137 km2
- 2ème plus grand pays au monde
- PNB : 177.440 dollars US
- Taux d’alphabétisation : 99%

Le Mexique

- 107 millions 449.525 habitants
- 1 million 972.550 km2
- ème plus grand pays au monde
- PNB ; 643 millions 770 dollars US.

Si ces pays qui, chacun pris isolément constitue à lui seul un pays-continent, développé à souhait (pour mémoire, la Californie à elle seule, est la huitième économie au monde), éprouvent pourtant le besoin de se mettre ensemble pour créer l’ALENA (l’Accord de libre échange nord américain) on comprend mal pourquoi cela nuirait à l’Afrique en termes de taxes à percevoir, de revenus générés par la consommation interne, de mobilisation de l’épargne interne, de compétitivité sur les marchés internationaux et une plus grande capacité de négociation face aux autres espaces économiques parce que disposant ainsi d’une contribution plus forte au PNB mondial. (Le poids de l’Afrique dans le PNB mondial a diminué d’un tiers en cinq ans).

Le regroupement des pays de l’Asie du Sud-est (ASEAN) dont les textes prévoient une intégration économique achevée en 2020 est un autre exemple que nous avons immédiatement sous les yeux.

Cet espace unitaire que nous appelons de nos vœux, s’il est économique doit aussi être monétaire. Contrôler sa monnaie et en disposer est un des facteurs premiers et essentiels du développement.
Une seule monnaie utilisée d’un bout à l’autre du continent (un seul passeport sans besoin de visas multiples, des compagnies aériennes avec un maillage serré du continent), faciliterait non seulement la vie des consommateurs et des contribuables, mais permettrait aussi une meilleure circulation des biens et des personnes, donnera une marge de manœuvre certaine dans le choix des secteurs d’investissement et dans celui du type de développement voulu par l’Afrique.

Un espace politique continental, un vaste marché économique, une monnaie forte et respectée ont besoin d’être protégés. Une armée pourvue en hommes bien choisis et bien formés, dotée d’un armement moderne et sophistiqué et ayant une grande réactivité parce que positionnée sur plusieurs sites stratégiques disséminés à travers le continent, viendrait boucler le dispositif pouvant faire de l’Afrique, une puissance parmi les autres.

Les regroupements régionaux qu’on peut créditer des même perspectives à échelle réduite ont aujourd’hui les mêmes symptômes que le regroupement continental tant décrié par certains ; au moins un symptôme qui leur est commun, c’est le non payement des cotisations par les États.

Ces questions, analysées froidement, ne sont ni souverainistes, ni fédéralistes. Elles sont africaines et relèvent strictement de ce que nous voulons être sur terre en tant que communauté humaine ayant subi longtemps le poids douloureux de l’histoire. "C’est notre devoir-être qui doit orienter notre questionnement" dit Marcien TOA.

Qui peut nous convaincre que parce que ces questions sont posées par tel Colonel ou tel adjudant qu’on aime guère ou que l’on déteste peu, leur caractère objectif est amoindri et nous dédouane collectivement de nos responsabilités, nous protège de la faim, de la maladie, de la pauvreté et de tous les records funestes qui sont quotidiennement adjoints au nom du continent.

Nous n’avons plus besoin qu’on nous apprenne à détester tel ou tel surtout que beaucoup ont été nettoyés sans bruits parce que nous avions été suffisamment préparés longtemps à l’avance ; "How long shall they kill our prophets, while we stand aside and look ?" disait le chanteur.

Aurions-nous donc besoin d’être provoqués de temps en temps afin de ne pas nous accoutumer au cliquetis des chaînes qui nous enserrent et d’invoquer Prométhée face aux redoutables défis qui attendent les populations africaines et leurs Chefs d’État ?


Cornélius AÏDAM



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