Afrique du Sud: la première
économie du continent va rationner son électricité
L'Afrique en mal d'énergie
JOHANNESBURG (AFP) — L'Afrique du Sud s'apprête à rationner
l'électricité pour des années, incapable de faire face à la demande
croissante de la première économie du continent.
Face à la colère suscitée par des coupures répétées, qui ont déjà causé
d'énormes pertes, le gouvernement a annoncé qu'il allait mettre en place
des quotas de consommation et des sanctions contre les contrevenants.
Selon Nelisiwe Makubane, directrice générale adjointe du ministère de
l'Energie et des Minéraux, cette réglementation, préparée avec la
compagnie publique d'électricité Eskom, pourrait entrer en vigueur dans
les trois mois.
"Une fois que nous aurons reçu les commentaires du public, les autorités
et Eskom appliqueront ces règles qui prévoient, entre autres, des
incitations à rationner la consommation et des pénalités pour s'assurer
que les gens respectent leurs engagements", a-t-elle déclaré.
Le chef de l'Etat Thabo Mbeki a reçu dimanche des responsables de la
compagnie pour parler de la crise énergétique qui frappe le pays et met
en danger les investissements.
Bien que les coupures affectent l'ensemble du pays depuis plusieurs
semaines, sa capitale économique, Johannesburg, est la plus touchée. Et
Eskom a averti qu'il serait insensé de lancer de gros projets
industriels tant que la situation ne se sera pas améliorée, soit pas
avant cinq ans.
"C'est une question d'offre et de demande. Ce serait irresponsable de
développer maintenant des entreprises grosses consommatrices d'énergie",
a déclaré le directeur financier d'Eskom, Bongani Nqwababa, au quotidien
Business Day.
Les pannes et délestages touchent toutes les activités, des usines aux
feux de circulation et ont causé jusqu'à présent plus de deux milliards
de rands (280 millions USD/200 millions EUR) de pertes.
"La situation réduit la compétitivité mondiale du pays en matière
d'investissements, notamment parce qu'elle affecte son image de pays
doté d'une électricité à bas coût", a dénoncé le directeur de
l'organisation représentative des entreprises (Busa), Jerry Vilakazi.
La principale centrale syndicale, Cosatu, membre de l'alliance
gouvernementale, partage ses inquiétudes.
"C'est devenu un sérieux sujet d'embarras national et pourrait avoir un
impact important sur la croissance économique et la création d'emplois",
a souligné son porte-parole, Patrick Craven.
La faute en est rejetée sur le gouvernement, le président Mbeki ayant
admis le mois dernier que les demandes d'investissements formulée par
Eskom avaient été rejetées pendant des années.
Les journaux reflètent la colère des Sud-Africains, The Times jugeant
que "Les coupures d'électricité sont une honte nationale", tandis que
The Star souhaitait "Bienvenue au Moyen Age".
L'opposition est montée au créneau, estimant que la suspension de
projets industriels serait une catastrophe.
"Un moratoire pourrait faire dérailler un certain nombre de grands
projets", ce que l'Afrique du Sud ne peut se permettre avec un taux de
chômage de près de 40%, a affirmé Hendrik Schmidt, porte-parole de
l'Alliance démocratique.
Même le Congrès national africain (ANC, au pouvoir) ajoute à la
pression, son comité national exécutif ayant recommendé ce week-end que
"le gouvernement développe d'urgence un programme d'action national,
dont le but unique soit de maintenir l'approvisionnement en
électricité".
La crise fait cependant des heureux, en particulier les installateurs de
générateurs électriques.
"Ils se vendent comme des petits pains. Nous n'avons plus rien en stock,
hormis ce qui est en rayon", a déclaré McLaren Magwaza, vendeur dans un
magasin d'outillage Mica, à Johannesburg.
Source: AFP |
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