Retour à la liste


Afrique: La longue marche de l'Afrique


Des décennies de lutte n'ont toujours pas affranchi les Etats africains de la domination économique occidentale qui se maintient grâce à une combinaison de traités commerciaux fondés sur l'exploitation, voire le pillage des richesses, un accès restrictif aux marchés, le piège des emprunts sur les marchés internationaux des capitaux, l'accoutumance à l'industrie de l'«aide», l'absence d'investissements domestiques, les dettes, les interférences politiques et même les interventions militaires.

C'est pour contrecarrer cette situation dramatique que l'Union africaine a été voulue et mise en oeuvre, afin de concrétiser une intégration continentale d'autant plus problématique que l'Afrique continue à être le théâtre de conflits d'un autre temps et souffre d'une somme d'insuffisances économiques et socioculturelles.

Certes, des efforts sont accomplis, dans ce cadre, pour faire avancer la paix et la sécurité mais d'aucuns prédisent au continent la multiplication de problèmes d'une époque révolue que le mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits peut difficilement endiguer, laissant ainsi la voie ouverte à la menace pendante d'une intervention de puissances étrangères ou à l'immixtion d'organismes internationaux.

Conduit par l'Algérie, l'Afrique du Sud, le Nigeria, l'Egypte et le Sénégal, le train de l'Afrique a entamé la «longue marche» qui doit le faire accéder à la modernité, notamment politique, tributaire d'ancrage de la démocratie et de respect des droits de l'Homme autant que d'émancipation socio-économique, à travers la mise en chantier du Nepad. Suivi avec un certain intérêt et des calculs complexes par les pays du G8, cet effort se heurte à de multiples contraintes dont la principale a trait à l'incapacité chronique des Etats africains à maîtriser leurs ressources naturelles qui demeurent encore et toujours objet de convoitises et sont raflées à vil prix par des conglomérats d'intérêts supra nationaux.

Tout au long du 8ème sommet de l'UA, derrière les apparats des discussions et des conciliabules, a dominé le spectre qui hante les mémoires des peuples africains et, en premier lieu, celle du pays hôte. L'Afrique est-elle, en effet, définitivement à l'abri des stigmates de la famine, des pandémies, des atteintes intolérables aux droits de l'Homme ? Si le programme du Nepad recèle, par son ambition et son volontarisme, une immense espérance qui brille tel un feu follet annonciateur d'une modernité promise à l'horizon, il reste que les problèmes actuels pèsent d'un poids particulièrement cruel, si l'on se réfère au désespoir de ces milliers de candidats à l'émigration qui affrontent des conditions dantesques pour échapper au mal-vivre, à ces populations confrontées à des maladies d'un autre âge, à ces groupes ethniques menacés jusque dans leur droit à l'existence.

Après l'OUA, l'UA fait face à des défis qui donnent le vertige. Mais les dirigeants savent qu'ils n'ont plus droit à l'erreur et qu'ils doivent, contre vents et marées, écrire la nouvelle page que réclame la communauté internationale en termes de démocratie et de bonne gouvernance, certes avec des hauts et des bas, mais dans les normes et les délais requis par un monde qui subit des bouleversements accélérés et une intégration prodigieusement brutale et soutenue.

L'Afrique en a-t-elle pris conscience ? Il semble que oui, si l'on en juge par la présence au sommet d'Addis-Abeba du secrétaire général de l'ONU, du président de la Commission européenne et, surtout, du président du Conseil italien, Romano Prodi, ainsi que de l'invité d'honneur, le Premier ministre turc Recep Erdogan.

Vu de loin, à l'aune des problèmes et des souffrances endémiques des peuples, le 8ème sommet de l'Union africaine peut sembler une réunion sans grande conséquence. En réalité, il fut un moment de bilans, de projections et peut-être même de prospective, à la fois pour le continent et pour ses partenaires internationaux. L'Italie a signifié, à cette occasion, sa volonté et son aptitude à mener une coopération plus ambitieuse et plus éclairée que celle de l'ensemble politico-économique auquel elle appartient. Quant à la Turquie qui est devenue, ces dernières années, très entreprenante en Afrique où ses produits industriels et manufacturés se sont fait une place remarquable, elle entend tisser un lien charnel avec un continent qui la soutient dans ses ambitions européennes et lui souhaite un rôle et un poids régional conséquent dont l'impact ne peut être bilatéralement que profitable.

C'est d'ailleurs le cas pour l'Iran dont une source bien introduite nous dit qu'il est également offensif dans la région, ce qui prouve que l'Afrique, malgré la multitude et la dimension de ses problèmes, suscite un attrait et un engouement indéniables auprès des pays émergents. Quant à la Chine, tout le monde sait qu'elle a mis les bouchées doubles pour s'implanter en Afrique du Sud, au Nigeria et partout ailleurs, de sorte qu'à l'horizon 2015 elle sera, probablement, le principal partenaire de l'Afrique, à tout le moins dans certains domaines comme celui, stratégique, de l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire.

Dans un tel contexte d'enjeux et de défis complexes, la part de l'Algérie ne saurait être négligée. La patiente et méthodique gestion du dossier africain par le président Bouteflika est en train de se concrétiser avec des perspectives dont notre pays n'aurait jamais osé rêver il y a dix ans à peine ! Le rôle qui lui est désormais dévolu à la tête du Conseil pour la paix et la sécurité de l'Union africaine est un premier pas, décisif, vers le couronnement d'une ambition plus grande encore. Celle-ci n'était ni assurée ni aisée, tant les prétentions et les visées sont nombreuses et prégnantes, sur le terrain de la représentativité de tout un continent.

Le président Bouteflika a consenti, au cours des dernières années, d'intenses efforts pour plaider la cause de l'Afrique dans différents cénacles, à commencer par le G8. Il a su, par son expérience éprouvée des mécanismes et des enjeux auxquels fait face l'Union africaine ainsi que par sa disponibilité avérée à son égard, conférer à l'Algérie une puissance de premier plan dont on a bien vu, à Addis-Abeba, l'impact édifiant.



1 Février 2007

Azzedine Chabane
Source: La Tribune (Algiers)



Réagissez à cet article!


Début de page