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Total-Birmanie : Douze ans de répression militaire

Cela fait aujourd'hui dix ans que le Parlement élu par les Birmans ne s'est toujours pas réuni. La junte militaire qui tient le pays sous sa botte continue à ignorer le choix massif fait le 27 mai 1990 par les électeurs en faveur de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dont la figure emblématique est Aung San Suu Kyi, la fille du héros de la libération nationale de la colonisation britannique, Aung San.

Et pourtant ces élections avaient été organisées par les militaires eux-mêmes qui croyaient dur comme fer qu'ils allaient être plébiscités pour avoir écarté le déjà vieux dictateur Ne Win. Ce dernier avait pris le pouvoir en 1962, à l'occasion d'un coup d'État dont le programme qualifié de voie birmane au socialisme avait, au fil des ans, couvert la mainmise des militaires sur l'économie du pays. Aujourd'hui encore, Ne Win demeure, dans sa retraite, le parrain de la junte.

La défaite des militaires aux élections de 1990 fut sans appel : la LND recueillait 60 % des suffrages et 80 % des sièges. Aujourd'hui encore la " commission électorale " instaurée par la junte continue à faire la chasse aux élus. Sur les 392 députés LND, L'élection de 66 des 392 députés élus sous l'égide de la LND, a été " annulée " sous de faux prétextes de fraudes. 70 autres parlementaires ont été contraints à démissionner de leur mandat. 70 élus sont embastillés dans des prisons ou dans ce que les militaires appellent des " maisons d'hôtes " de l'armée. 11 parlementaires sont morts de mauvais traitements et 5 ont été assassinés. 15 autres vivent en exil. Quant au prix Nobel de la Paix 1991, Aung San Suu Kyi, elle est toujours privée de liberté de mouvement.

La lutte pour la démocratie birmane avait pris son envol en 1988 parmi les étudiants. Le point de départ fut la dévaluation de 80 % de la monnaie birmane en septembre 1987. Les 24 et 25 août 1988 une grève générale. Au moins trois mille personnes ont été tuées par les militaires. L'un de leurs moyens favoris fut le tir sur la foule à partir de passerelles enjambant les grandes avenues. Le 8 septembre 1988, un million de personnes défilait dans les rues à Rangoon et 700 000 à Mandalay. Là encore des centaines de manifestants ont été tués. C'est à la suite de cette révolte populaire que les militaires, sous couvert de leur appendice de l'époque, le " Parti du programme socialiste birman ", décidèrent d'organiser des élections législatives.

Depuis, la junte a mis en place une prétendue Convention nationale chargée de rédiger un projet de Constitution, un exercice laborieux qui procède à un train d'escargot. Après l'adoption de la Constitution, qui leur garantirait un quota de sièges au Parlement, puis éventuellement un référendum, et seulement après, les généraux promettent d'organiser de nouvelles élections.

Le système militarisé birman asphyxie la vie économique et politique. Le travail forcé est l'un de ses instruments, comme l'est le trafic de la drogue, notamment depuis le ralliement au régime du " roi " de l'héroïne, Khun Sa. Ce chef de guerre avait commencé à bâtir sa fortune durant la guerre du Vietnam dans le cadre du trafic organisé par la CIA pour financer sa " guerre secrète " au Cambodge et au Laos.

Le système éducatif a été paralysé par la junte. Les universités sont régulièrement fermées depuis l'été 1988. Aux rares périodes d'ouverture ont rapidement succédé la répression, des campus déserts et de longs mois d'inactivité, à peine compensée par les petits boulots et les cours privés pour les étudiants les plus fortunés. Les dépenses consacrées à l'éducation en Birmanie représentent un peu moins de 0,5 % du PIB, contre 2,7 % en moyenne dans les autres pays de la région.

" Il nous faudra travailler très dur pour rattraper toutes ces années perdues, (...) parce que les dictatures n'ont aucun intérêt à l'éducation des peuples et préfèrent les maintenir dans l'ignorance et la soumission ", a récemment déclaré Aung San Suu Kyi à l'AFP.

Michel Muller

Source : L'Humanité


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