FRANCE-AFRIQUE : Le temps du réalisme
Les changements politiques en France continuent étrangement de provoquer, dans la vaste « banlieue » qu’est l’Afrique francophone, des espérances folles et autant de frayeurs tout aussi irraisonnées. Les uns s’illusionnent en pensant que l’arrivée de leurs « amis » au pouvoir, résoudra leurs problèmes, tandis que les autres se font peur en pronostiquant leur prochaine mise en quarantaine. Les uns et les autres ont tort. Car, si on ne s’arrête pas à l’écume des choses, on s’aperçoit bien vite que pas grand chose ne change dans la politique africaine de la France.Cette politique, dont certains nient jusquà l’existence, ressemble à un énorme paquepot qui, pour faire demi-tour, est obligé de faire un long détour en haute mer. Et qui pour cette raison, y renonce. C’est ainsi, depuis la grosse alternance survenue en 81 avec, au début, ses allures de secousses telluriques. Depuis, on peut dire que l’Afrique a « digéré » les changements de majorité du cycle politique français. Certes, ici et là, on peut détecter des points d’inflexion selon les sensibilités des acteurs du moment, mais il est difficile d’en déduire de véritables changements doctrinaux. Lignes de force et de fuite continuent de se superposer.
Au fond, tout cela n’aurait que peu d’intérêt si le rôle de la France en Afrique n’était pas si important. De temps à autres, des propos laissent entendre que l’Afrique peut et doit renverser ses alliances. Cela ne va jamais plus loin, tout simplement parce que, en réalité, les pays africains concernés n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre. Il est vrai que l’Afrique se prépare à vivre « sans la France », mais cela est paradoxalement une raison de plus pour apprécier à leur juste valeur les tentatives françaises de limiter les dégats sur le Continent, notamment par des prises de positions et un soutien constant à la cause africaine, dans les grands forums internationaux. Et ce n’est pas parce que la survie de l’Afrique est profitable aussi à la France que cet engagement doive être mésestimé. Parfois hélas, cela est occulté au profit de l’impact négatif de certaines décisions relatives à l’immigration, aux visas etc. Pourquoi continuer de faire semblant d’ignorer les contraintes qu’affronte la France et d’oublier que, en ce domaine, celle-ci n’a pas les réglementations les plus retorses en Europe? La réponse est simple : en Afrique, Francophone surtout, l’on a tendance à surestimer les possibilités de la France. Or, le verrouillage de l’espace Shengen a été un test pour la France elle-même dont certains partenaires européens jouent plutôt les maximalistes.
Mais à trop espérer d’un tuteur, on ne peut qu’être souvent déçu, d’autant que, parfois la lisibilité générale de la politique africaine est souvent brouillée par des déclarations fracassantes de responsables sur l’immigration, par des attitudes rugueuses de rapatriements, par des soutiens, il est vrai désormais discrets, à des dictateurs qui refusent des élections libres, en inventant des stratagèmes et des expédients pour se maintenir au pouvoir. Pourtant, ce serait dommage que tout cela -qui est grave- fasse oublier des aspects essentiels de cette longue et tumultueuse histoire : Le renouvellement inéluctable des générations politiques qui va à son rythme en France va bien finir par bouleverser la politique de coopération. Ce même renouvellement se fait, en Afrique, de façon plus radicale encore. Alors la question de fond est celle-ci : l’Afrique se prépare-t-elle à ces nouvelles modalités de coopération sans esbroufe, moins paternaliste, tenant mieux compte du reste du monde, en un mot, plus lucide?
Par Ibrahim SY SAVANE
Source : Ouest Afrique Economie
|
 |
 Réagissez à cet article!
|