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Fin de l'OUA, naissance de l'Union africaine

Le 38e et dernier sommet de l'OUA s'est placé d'emblée dans l'optique d'une volonté de gouverner différemment pour que l'Union africaine concrétise un "saut qualitatif" en faveur de tout le continent. Dans la ville portuaire de l'océan Indien, seuls manquaient quelques chefs d'Etat, dont le Malgache Marc Ravalomanana, l'Ivoirien Laurent Gbagbo et le Congolais Denis Sassou Nguesso.

La décision de l'OUA ne pas accepter Marc Ravalomanana en raison de son conflit de six mois avec son rival, Didier Ratsiraka, "est une question de principe et une réaffirmation de l'attachement de l'OUA aux idéaux de gouvernance", a déclaré le président sortant de l'OUA, le Zambien Levy Mwanawasa.

Pour le reste, tous ceux qui ont fait, et parfois défait l'histoire chaotique d'une OUA souvent trop lourde pour concrétiser ses ambitions de prospérité et de paix du continent, sont à Durban.

Du Gabonais Omar Bongo au Togolais Gnassingbé Eyadema, au Sud-Africain Thabo Mbeki et au Sénégalais Abdoulaye Wade, en passant par ceux qui, nombreux, sont arrivés (et se maintiennent) au pouvoir par la force des armes.

MANDELA, SYMBOLE

Nelson Mandela, chemise fleurie et démarche hésitante, symbole vivant d'une Afrique du Sud libérée de l'apartheid, côtoyait le colonel Mouammar Kadhafi dans une djellabah mauve. D'emblée, M. Mbeki, dont le pays a pris la présidence dès ce lundi de ce qui était encore l'OUA pour quelques heures avant de céder la place mardi à l'UA, a déclaré que l'Afrique a besoin "d'un nouveau commencement". L'expérience des 39 ans d'OUA "nous dit clairement que nous devons réfléchir et travailler d'une nouvelle façon". "Elle nous dit que nos peuples ont besoin de démocratie, de bonne gouvernance, d'une corruption éradiquée, de droits de l'homme, de paix et de stabilité".

Le secrétaire général de l'OUA, Amara Essy, a estimé qu'avec le passage à l'UA, "le saut qualitatif doit nous conduire à une Afrique des peuples qui revendique et prend possession de ses institutions et de son processus de développement". Kofi Annan, de son ton mesuré habituel, a lancé aux dirigeants africains un avertissement : "Gardons-nous de prendre nos espoirs pour des réalités. (...) Et gardons-nous d'imaginer qu'une fois proclamée, notre Union deviendra une réalité sans plus d'efforts de notre part". Pour construire l'UA avec des chances de succès dans les conditions africaines de sous-développement et de conflits, il faudra "beaucoup de vigueur et une volonté politique de fer, ainsi que la patience voulue pour se prêter à des négociations et des compromis qui paraissent interminables", a-t-il prévenu, évoquant les difficultés rencontrées "à chaque étape" de la construction européenne.

Mouammar Kadhafi, voix sourde et long discours, a lui aussi lancé un avertissement, mais à l'adresse de l'Occident, qui entend lier l'aide financière à l'Afrique à une condition de bonne gouvernance. "Ceux qui veulent nous aider sont les bienvenus, mais nous ne voulons pas de ceux qui veulent nous imposer leurs conditions. Les Africains ne sont pas des mendiants", a-t-il lancé avant de se réjouir de voir se concrétiser la naissance de l'UA, "son rêve africain".

Dans la cacophonie des sirènes de police des cortèges officiels, quelque 200 manifestants tenus à l'écart par d'importantes forces de sécurité criaient leur refus d'une solution libérale pour sauver le continent noir, telle que la préconise le Nouveau Partenariat économique (Nepad) lancé par les principaux dirigeants pour sortir l'Afrique de la misère. "L'Afrique n'est pas à vendre", criaient les manifestants, à quelques mètres d'un grand et luxueux hôtel où beaucoup de dirigeants sont logés.

Lundi soir se tenaient les dernières réunions à huis clos pour finaliser la naissance, mardi, de l'Union africaine et dire ainsi adieu à l'OUA

LEMONDE.FR | 08.07.02 |



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