Les Etats-Unis dressent une frontière contre l'excision
Des familles somaliennes réfugiées au Kenya pourraient être privées du visa qui leur était promis.
La route vers le rêve américain risque de finir en impasse au Kenya pour
bon nombre de familles somaliennes. Après leur avoir promis un visa, les
autorités américaines menacent aujourd'hui de leur interdire d'émigrer aux
Etats-Unis. Raison de ce revirement : l'ambassade américaine à Nairobi a
pris connaissance de récentes cérémonies collectives d'excision pratiquées
sur les jeunes filles dans le gigantesque camp de réfugiés somaliens de
Dadaab (Kenya). «L'excision est un crime, et nous considérons les
parents responsables comme des criminels, affirme le porte-parole de
l'ambassade. Cette pratique est illégale aux Etats-Unis comme au Kenya.
Nous allons mener des enquêtes dans les camps pour déterminer quand les
cérémonies ont été organisées. Si c'est récent, les familles ne seront pas
autorisées à immigrer.»
Décès. D'après des humanitaires travaillant dans les camps de
réfugiés, les campagnes d'excision se sont multipliées en fin d'année
dernière. Dans le camp, les familles avaient appris que les mutilations
traditionnelles génitales étaient interdites aux Etats-Unis. Dans
l'urgence, des parents ont fait passer sous les couteaux des exciseuses
des gamines âgées de seulement deux ans. «Les cérémonies se déroulent
en général la nuit et souvent sans anesthésie, raconte une
humanitaire. Les filles sont maintenues au sol par des membres de leur
famille. Les cas d'hémorragies graves sont courants. Il y a parfois des
décès.»
Même s'il s'agit d'une pratique traditionnelle largement répandue dans
la Corne de l'Afrique, les Américains veulent se montrer fermes. «Il
n'y aura pas d'exception culturelle», déclare Tom Hart. Les Somaliens
impliqués dans cette affaire sont membres d'une mi norité bantoue,
descendants d'esclaves expédiés en Somalie au début du XVIIIe siècle par
les marchands de Zanzibar. D'après l'Office international des migrations (IOM),
chargé de ce programme d'installation aux Etats-Unis, les Bantous,
installés comme agriculteurs dans le sud de la Somalie, sont persécutés
dans un pays déchiré par une guerre civile de plus d'une décennie. Ils ne
sont protégés par aucun des clans féodaux qui gèrent la vie et la mort
en Somalie et dans les misérables camps de réfugiés du Kenya voisin, où
sont installés quelque 130 000 Somaliens. Maltraités et assignés aux
basses besognes par les autres clans, les Bantous ont été transférés vers
le camp de Kakuma.
«Tradition». En 1999, le gouvernement américain avait accepté
l'immigration de la totalité des 12 000 membres de la communauté. Les
premiers doivent quitter le Kenya pour les Etats-Unis avant 2003. Mais l'OIM
essaie à présent de temporiser. «Les anciens de la communauté ont mené
une campagne d'information pour que les parents changent d'avis,
indique Sasha Chanoff, porte-parole de l'organisation à Nairobi. Ils
nous ont affirmé qu'il n'y a eu aucun cas d'excision depuis le transfert
de quasiment toute la communauté de Dadaab vers le camp de Kakuma. Mais on
ne peut pas changer les traditions de ces gens d'un jour à l'autre.».
Par Alexis MASCIARELLI
Libération
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