Des partis africains contre la présence militaire française
Correspondance de la PANA
Paris, 2 octobre 2002
Plusieurs partis politiques africains ont exprimé mardi à Paris leur opposition à tout engagement militaire français en Côte d'Ivoire confrontée depuis le 19 septembre dernier à une rébellion de son armée.
Selon les représentants de ces formations réunis dans un foyer africain de Paris, la présence militaire française en Côte d'Ivoire traduit un retour à "l'ordre ancien" qui est, disent-ils, marqué par le "néocolonialisme".
"Il s'agit d'un problème africain qui appelle une solution africaine au moment même où nous mettons en place une Union africaine (UA). Les Français, les Américains et les Britanniques n'ont eu pour seule préoccupation que l'évacuation de leurs ressortissants, ils sont disqualifiés pour trouver une solution à cette crise", a estimé Yaya Kane du Parti pour l'indépendance et le travail (PIT) du Sénégal.
Emmanuel Boccovi de la Convention démocratique des peuples africains, branche togolaise (CDPA-BT) incrimine, pour sa part, "la naïveté" des dirigeants ivoiriens qui ont sollicité l'appui de Paris en armement.
"Je ne crois pas ce qui nous arrive, nous Africains. Comment pouvons demander à d'autres de nous donner des armes pour nous entre-tuer ? Cela ne nous grandit pas", proteste M. Boccovi, dont la position est partagée par Oumou Kouyaté du Rassemblement des républicains (RDR), le parti de l'ancien Premier ministre ivoirien Alassane Ouattara.
La solution à la crise, dit Mme Kouyaté, ne passe pas par un réarmement des protagonistes, mais par un dialogue assumé par les Africains d'abord.
"Ouattara, Gbagbo, Bédié, pour moi, il n'y a pas de grande différence. Ce qui m'importe, ce qu'on ne laisse pas des pays non africains jouer les premiers rôles. S'il y a une présence militaire, elle doit être africaine", tranche, de son côté, Mohamed Maïga, qui revendique son appartenance à la mouvance du président malien Amadou Toumani Touré.
Cette prise de position des partis politiques africains intervient au moment même où Paris annonce une véritablement modification de la mission de ses troupes dépêchées en Côte d'Ivoire.
Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a en effet indiqué mardi après-midi à la tribune de l'Assemblée nationale que désormais les forces françaises auront pour tâche d'assurer la stabilité dans la région et de préparer l'arrivée du contingent militaire ouest-africain, mandaté par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).
Quelque 70 soldats de la 11è brigade parachutiste de Toulouse ont quitté mardi matin le Sud-Ouest de la France pour la Côte d'Ivoire où ils installeront, selon une source militaire, un "état-major tactique".
"Nous avons maintenant près de 1.200 hommes sur le territoire ivoirien. Et conformément à la doctrine qui régit l'engagement des forces françaises à l'extérieur, une intervention de cette envergure ne peut être commandée et coordonnée que par un général", a ajouté la même source.
En dépit des gages de bonne foi que multiplient les responsables politiques et militaires français, les partis politiques africains ne semblent pas rassurés et affirment préférer une solution politique ou militaire entièrement contrôlée par le continent.
(PANA) |
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