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Libéralisme(s)

Qui, plus que l’Afrique, est concerné par les réunions qui viennent de s’achever à New York ( Davos délocalisé ) et à Porto Alegre ( Brésil )? Beaucoup des questions qui ont été débattues ont, à des degrés divers, un interêt pour le Continent : dettes, environnement, fluidité des échanges internationaux, mécano financier international, recherche de l’équité face aux scories de la mondialisation etc. Pourtant, si on excepte le cas d’une Aminata Traoré, ancienne ministre du Mali, les figures africaines n’ont pas été très visibles au forum alternatif du Brésil. Le profil des participants reflète certes une grande diversité, mais deux risques pointent tout de même à l’horizon. D’abord, celui de confisquer les revendications légitimes des vraies victimes des dérives du libéralisme, au profit de groupes de pression en mal de recyclage de certaines vielles thèses tiers-mondistes qui n’ont pas toujours rendu service au ….Tiers-monde. Ensuite, le second risque, d’ailleurs corrolaire du premier, serait que les manifestations comme celles de Porto Alegre se transforment elles aussi en coteries, en clubs mondains, s’arrogeant le droit de déterminer ce qui est bon ou mauvais pour les pauvres. Au point de reproduire ce que, précisement, ces mêmes associations reprochent au forum de Davos, aux G8, au FMI et à la Banque Mondiale : prendre des décisions à la place des victimes directes ou collatérales des brutales évolutions économico-financières de la planète.

En face, dans le camp des tenants du libéralisme, combien y’a t-il de vrais libéraux, sur la grande masse des nouveaux convertis? Combien sont-ils ceux qui seraient prêts éventuellement, à assumer toutes les conséquences de véritables politiques libérales qui ne se contentent pas de subtituer à des monopoles publics, des monopoles privés âpres au gain, exigeant des Etats qu’ils se dépouillent un peu plus, leur enjoignant un « strip-tease » encore plus osé, mais sont toujours prêts à quémander auprès de ces mêmes Etats un soutien, dès lors que des initiatives concurrentes menacent leurs avantages.

Dans ces conditions, considérer que la moindre réserve, la plus petite tentative de débat sur les limites des modèles prétendument libéraux sont une hérésie, revient à mettre au goût du jour ces procès idéologiques qui, naguère, disqualifiaient toute opinion divergente. Il serait trop simpliste de considerer que tous ceux qui vont à Davos sont des « affameurs de peuples endettés » et que le spontanéisme, les propositions oeucuméniques des gens de Porto Alegre transforment ceux-ci en « sauveurs de L’Humanité ». En économie, hélas, le vice cotoie la vertu, et la réalité ne peut être peinte soit en blanc, soit en noir. Heureusement, cette réalité est plus souvent nuancée. Comment, par exemple, convaincre les pays africains de se méfier des flux financiers internationaux, d’opérer en quelque sorte une « déconnexion » d’avec le système mondial, alors que, justement, d’autres analyses suggèrent que leur salut passe par une meilleure intégration à ce système? D’autre part, que les Etats éssoufflés soient obligés de s’ajuster, d’abandonner les secteurs où leur présence n’est pas indispensable, ne fait plus aucun doute. Mais, cela ne clôt pas, tant s’en faut, le débat sur la question du seuil optimum de la sphère publique. De fait, l’attitude des grands acteurs privés demeure un facteur déterminant. Car, que constate-t-on? Chaque rétrécissement des Etats ( c’est en tout cas valable dans maints pays africains ), s’accompagne d’une montée en puissance de monopoles dominateurs, trop sûrs d’eux et qui ne tiennent pas toujours compte, quand ils ne la nient pas carrément, de la dimension sociale des entreprises. Or, avec l’objectif unique qu’est le profit immédiat, certains de ces monopoles agissent plus en spéculateurs qu’en entrepreneurs; ils ne rêvent que d’augmentations subreptices de tarifs et de prix, en complicité avec les Etats, quand ceux-ci ont des politiques fiscales incohérentes. Rien n’est plus légitime en économie que la recherche du profit, qui en est même le moteur, toutefois, le manque de vision à long terme, le refus de prendre en compte une part plus importante dans le renforcement des systèmes sociaux, la marginalisation des nouveaux diplômés, sont autant de facteurs qui, à terme, pourraient avoir des conséquences très néfastes. La nécessité d’approches plus équilibrées en la matière, devient donc impérieuse. Une fois cela admis, et lorsqu’on sort ici du méssianisme généreux mais folklorique, là de la gangue technocratique, que reste t-il réellement des divergences de fond entre Davos et Porto Alegre ?

Par Ibrahim SY SAVANE

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