Des intellectuels ivoiriens soutiennent Wolé Soyinka
"L'intellectuel africain et le pouvoir politique", est le titre de la quatrième livraison de la revue "Les Cahiers du Nouvel Esprit". Sa présentation a donné lieu, récemment à l'Institut Goethe, dans le cadre des rencontres du "Nouvel Esprit", à un débat réunissant tous ceux qui ont écrit sur ce thème et un auditoire respectable.
Quand des intellectuels planchent sur les rapports qu'ils ont ou qu'ils devraient avoir avec les pouvoirs publics, il faut s'attendre à ce qu'ils choisissent volontairement de placer le débat sur leur terrain à eux, celui des idées et de la libre pensée, c'est-à-dire du débat intellectuel. C'est ce qu'il nous a été donné de voir récemment à l'institut Goethe à Cocody lors de la présentation de la quatrième livraison de la revue "les Cahiers du Nouvel Esprit "les intellectuels africains et le pouvoir politique".
La brochette de professeurs et docteurs ayant contribué à cette quatrième livraison et l'auditoire surtout n'ont pas centré le débat sur "les intellectuels africains et le pouvoir politique", thème de la 4ème livraison de la revue.
Le débat s'est déporté plus ou moins sur la notion même d'intellectuel, et la place et le rôle de celui-ci dans la société. Pourtant, dans les propos introductifs, M. César Etou, journaliste, animateur de la rencontre, sans se poser de question sur ce que renferme la notion d'intellectuel, a développé certains clichés des rapports difficiles entre les pouvoirs politiques et les intellectuels africains, le débat a été déplacé.De même, les contributeurs dans la présentation de leur papier ont bien ciblé le thème en prenant soin de bien relever la dialectique intellectuel-pouvoir politique. Du professeur Memel Fotê à Séry Bailly en passant par les professeurs Dédy Séry, Tapé Gozé, Paul N'Da, Gnanagbé Gogoua, Koudou Opadou tous ont retracé les intinéraires de l'intellectuel africain qui devrait être "le gardien de la société et qui n'a pas joué ce rôle" ou qui "a cessé de jouer ce rôle". Parce que n'ayant pu résister aux contingences immédiates surtout d'ordre économique.
"Pourquoi après les indépendances avec le vent de la démocratie ceux qui s'agitaient ont-ils perdu la voix, se sont-ils tous tus dramatiquement contre l'impensable, ce que Zadi Zaourou appelle le Didiga " s'est interrogé le professeur Dédy Séry. Les raisons, a-t-il poursuivi, se trouvent dans l'économie, dans "le manger". Le professeur N'Da Paul n'a pas adopté une autre démarche dans son texte "intellectuels, pouvoir et corruption politique".
Après avoir affirmé que "de plus en plus on entre au pouvoir en prenant soin de s'affirmer intellectuel ( ), il dira que "la lutte est belle mais lourde de conséquences sur le plan économique". Aussi, a-t-il conseillé : "l'intellectuel, aujourd'hui, doit résister et s'encourager soi-même pour cette lutte".
Le Dr Koudou Opadou développera quant à lui le paradoxe de l'intellectuel. Qui bien que représenté positivement dans la société pose des actes contraires à l'éthique et à la justice une fois du côté du pouvoir : "l'intellectuel une fois récupéré, subit une mutation totale pour défendre sa nouvelle position sociale". Le Dr. Gnanagbé Gogoua va lui poser la question du sens à donner à la notion d'intellectuel. Est-ce celui qui est bardé de diplômes universitaires ? pas forcément répondra-t-il.
Prenant l'exemple de N'Krumah il dira que la caractéristique de l'intellectuel c'est l'anticipation. La réponse à son interrogation viendra surtout de l'exposé du professeur Séry Bailly. "L'intellectuel doit jouer le rôle de Zouzou (le coq de Pagode). Il doit chanter avant le coq de la basse cours qui naturellement est entouré par sa cour. Il n'est pas question que Zouzou vienne disputer sa place au coq de la basse cour. L'intellectuel doit être dans la forêt et non dans le village". Cette position tranchée de Séry Bailly est légèrement diluée par le professeur Memel Fotê Pour lui, l'intellectuel ayant fini sa mission, peut devenir autre chose. Chacun a le droit de choisir. Nous fondons l'université pendant que d'autres fondent l'Etat. C'est un choix, c'est leur droit" dira-t-il. Avant le professeur Memel, l'auditoire au cours du débat qui a suivi les exposés des contributeurs a intervenu pour soit faire des remarques ou demander qu'on revienne sur telle ou telle notion. L'abbé Quénum professeur à l'ICAO fera remarquer qu'il y a beaucoup d'intellectuels et peu d'élites.
Le religieux a ainsi lié la notion d'intellectuel à celle d'élite . Il sera battu en brèche par certains contributeurs qui feront remarquer que "les élites se rencontrent dans chaque composante de la société et on a pas besoin d'être forcément intellectuel. L'élite sportive, l'élite scolaire, l'élite politique ne sont pas forcément assimilables à l'intellectuel, "libre penseur et éveilleur des consciences". M. Koffi Dadié, un autre intervenant, après une différenciation très poussée de plusieurs catégories d'intellectuels concluera que "l'intellectuel ne doit pas rester dans son bois sacré". M. Laurent Gbagbo qui participait à cette rencontre en tant que chercheur s'est dit un peu gêné par le terme intellectuel auquel il faut substituer celui d'élite, la définition du mot intellectuel étant très large. M. Laurent Gbagbo relevera au passage les difficultés de 'intellectuel africain. "Nous sommes sur un continent expliquera-t-il où les uvres de l'esprit ne font pas vivre leurs auteurs. On ne peut donc pas rester intellectuel en Afrique et vivre décemment. Lougah, les S urs Comoé, Zakry Noël, Amédée Pierre, Memel Fotê sont des intellectuels. Et au contraire des Jean-Paul Sartre, Raymond Aaron ils ne peuvent vivre de leurs productions, de leurs idées " l'orateur va mettre enfin en exergue l'attitude de beaucoup d'intellectuels qui s'improvisent politiciens alors que "la politique est un métier comme tout autre où on n'a certes pas besoin de diplôme mais qui a ses exigences, ses contraintes" et un minimum de connaissances".
Quelles connaissances ? L'orateur ne les a pas précisées. Le dernier point de l'intervention avait sans doute pour objectif de recentrer le débat sur le thème : "les intellectuels africains et le pouvoir politique sur lequel les approches de définitions des concepts et notions ont pris le pas au cours des discussions.
Cela n'a pas été fait. Le temps imparti aux organisateurs était déjà largement dépassé.
Le professeur Momel Fotê aura néanmoins le temps de proposer qu'il soit pris à ce forum, une notion pour "l'unique africain prix Nobel de littérature", le Nigérian Wolé Soyinko qui est dans le collimateur du général Sani Abacha, chef de l'Etat nigérian.La proposition a été acceptée.
Franck Dally
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