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L'hommage de Dominique de Villepin à Félix Houphouët-Boigny

Notes du webmaster: Hommage ici fort sélectif.
A quand une reconnaissance par la France de ses erreurs politico-économiques et diplomatiques sur le continent africain?


"Les grands hommes ne meurent jamais et les grands hommes africains encore moins"


La tournée en Afrique noire du chef de la diplomatie française aura été menée au pas de charge. Vendredi 19 juillet, au petit matin, Dominique de Villepin était à pied d'œuvre en Angola pour "redonner une impulsion nouvelle" aux relations franco-angolaises mises à mal ces dernières années par l'"affaire Falcone".

Le lendemain, il débarquait à Maputo pour étudier de près les recettes de sortie de guerre civile expérimentées au Mozambique. Dimanche matin, sur les marches du palais présidentiel, le ministre donnait au président Blaise Compaoré un satisfecit pour la "coopération exemplaire" entre le Burkina Faso et la France. L'après-midi enfin, il était en Côte d'Ivoire, pour effectuer un pèlerinage à Yamoussoukro. Il s'agissait de "rendre hommage"à la mémoire de Félix Houphouët-Boigny, le père de l'indépendance de la Côte d'Ivoire. C'était "le souhait"du président Jacques Chirac de voir son ministre des affaires étrangères se rendre " vite" en Côte d'Ivoire.

De Yamoussoukro, son village natal, Houphouët-Boigny ambitionnait de faire la capitale administrative de la Côte d'Ivoire. Neuf ans après sa mort, le pari est loin d'être gagné. Le Parlement continue à se réunir à Abidjan et les ministères n'ont toujours pas déménagé. Mais l'ombre du "Vieux", ainsi que l'on surnommait affectueusement Houphouët-Boigny, plane sur l'agglomération où vivent près de 150 000 personnes.

Dimanche après-midi, Dominique de Villepin a visité le mausolée où repose la dépouille du président défunt. C'est une étonnante bâtisse souterraine de granit et de marbre décorée des gerbes mortuaires à la mémoire du glorieux défunt. Il y a celle envoyée par le président de la République française et son épouse ; celle du RPR, l'ancien parti gaulliste, celle venue de la Maison Blanche, celle des "compagnons de l'aventure de 1946"...

Après le mausolée, le ministre a eu le privilège de visiter les appartements privés d'Houphouët-Boigny. Tout est pieusement conservé et l'on n'a touché ni à la décoration baroque des pièces d'apparat ni aux milliers de bibelots qui encombrent les commodes de facture française. Dans la chambre à coucher du "Vieux", M. de Villepin a pu admirer, posées sur une table de nuit, des statuettes de la Vierge de Lourdes et une photo dédicacée du pape Jean Paul II. A côté, il a jeté un coup d'œil sur le vestiaire du président disparu et sa salle de bain, conservée elle aussi en l'état. "Je suis toute remuée", a murmuré une jeune femme en uniforme qui s'était glissée dans le cortège ministériel et venait de toucher les pantoufles présidentielles déposées au pied du lit.

Les appartements du "père de la Côte d'Ivoire"ne sont pas ouverts au public. Les élus locaux le regrettent et rêvent tout haut. "Il faudrait que ce soit comme à Versailles ou au Louvre. Les gens paieraient et visiteraient", glissait aux visiteurs français l'adjoint au maire de Yamoussoukro, Martin Kouakou.

Après les appartements, le ministre a arpenté la basilique qui jouxte le mausolée. Inspiré de la basilique Saint-Pierre de Rome, dont il a conservé le plan de masse et les dimensions, l'édifice – construit à la fin des années 1980 – surprend mais il a fière allure. " Notre-Dame de Paris fait rikiki à côté", a fait observer l'ambassadeur de France, Renaud Vignal, qui accompagnait le ministre.

La basilique de Yamoussoukro a été financée par le président défunt sur sa cagnotte personnelle. Et s'il a fait don au Vatican du bâtiment, sur lequel veillent des prêtres polonais, Houphouët-Boigny a pris soin, avant de mourir, de laisser de l'argent pour l'entretien. "Ça nous coûte cher à cause du climat. Le béton travaille", a dit au ministre, en levant les yeux au ciel, le religieux qui lui faisait faire le tour du propriétaire.

Un moment plus tard, M. de Villepin était de retour pour une rencontre avec le président Laurent Gbagbo, qui fut naguère un opposant au "Vieux". Qu'a ressenti le chef de la diplomatie française au cours de la visite, a demandé un journaliste ivoirien ? "Une grande émotion." Puis, emporté par l'enthousiasme ou la fatigue du voyage, M. de Villepin a conclu : "Les grands hommes ne meurent jamais et les grands hommes africains encore moins."

LE MONDE | 22.07.02 | 12h11

Jean-Pierre Tuquoi



Biographie

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