Le continent africain présente son plan de développement au G8
Les chefs d'Etat du Nigeria, d'Algérie, du Sénégal et d'Afrique du Sud rencontraient, jeudi 27 juin, les dirigeants des pays les plus riches de la planète invités à sceller le Nouveau Partenariat pour le développement en Afrique (Nepad), tentative de palliatif à la chute des aides publiques.
CALGARY :
L'Afrique conviée dans le cercle très fermé des pays
les plus puissants du monde, l'idée aurait surpris il y a encore
quelques années. Et pourtant, en ce deuxième jour du sommet
de Kananaskis, quatre chefs d'Etat africains (ceux du Nigeria, d'Algérie,
du Sénégal et d'Afrique du Sud) viennent non pas quêter
aide et assistance, mais proposer aux pays riches de s'engager avec eux
dans un partenariat où chacun fera sa part.
Au sommet de Gênes déjà, en juillet 2001, les mêmes
avaient fait le déplacement pour expliquer aux Huit que l'Afrique
souhaitait démarrer de nouvelles relations avec le Nord. Cette
démarche de "réappropriation" par le continent
noir de son destin avait intéressé sans convaincre.
Depuis, le projet a pris de l'étoffe. C'est au nom de l'Afrique
que viennent parler, jeudi 27 juin, les quatre chefs d'Etat : à
Abuja, en octobre 2001, ils avaient, avec leurs pairs de l'Organisation
de l'union africaine, signé le véritable acte de naissance
du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad).
Comme l'a dit le président nigérian Olusegun Obasanjo, "ce
n'est ni une institution ni une organisation mais un programme global
qui prend en compte tous les aspects du développement de l'Afrique".
Il s'agit de faire de l'Afrique un continent attractif pour les investisseurs
privés, pour ne plus compter exclusivement sur l'aide des pays
riches, qui a montré ses limites. Pour cela, les pays africains
ont affirmé leur engagement en faveur de la bonne gouvernance aussi
bien politique qu'économique. Ils ont retenu la région comme
espace opératoire pour favoriser l'intégration des économies
et remédier à l'étroitesse des marchés. Ils
ont fixé les priorités : agriculture, éducation,
santé, nouvelles technologies de l'information, environnement,
énergie, infrastructures et accès aux marchés.
Qu'attendent-ils du G8 ? Qu'il les aide "à créer
les conditions d'accueil, d'attrait et d'engagement des capitaux privés",
résume le président sénégalais Abdoulaye Wade,
avec pour objectif final d'attirer quelque 64 milliards de dollars d'investissement
par an et d'atteindre un taux de croissance de 7 % au cours des quinze
prochaines années.
Cela ne veut pas dire pour autant que les financements publics seront
dédaignés. Ils pourraient même constituer un complément
dans le cas de projets à faible rentabilité. Toutefois,
les modalités de partenariat public-privé restent à
définir. Si, à Dakar, on affirme qu'il n'est pas question
de demander à Kananaskis des financements pour des projets précis,
les chefs d'Etat africains n'en attendent pas moins du G8 "un plan
d'action"pour mettre en uvre le Nepad, et ce plan devrait comporter
un volet financier.
LE FARDEAU DE LA DETTE
De son côté, le G8 se dit déterminé à
appuyer l'initiative africaine mais attend des pays africains qu'ils présentent
des projets concrets et donnent des gages de bonne gouvernance. Ils ont
pourtant fait un premier pas. Reconnaissant que le fardeau de la dette
est un frein à toute tentative de l'Afrique de sortir de l'ornière,
ils se sont prononcés, mercredi, en faveur d'un effort supplémentaire
(de l'ordre de 1 milliard de dollars) pour aller plus loin dans l'annulation
de la dette des pays touchés par des chocs extérieurs, comme
la baisse des matières premières. Ils devraient également
s'engager à ouvrir plus largement leurs marchés aux produits
du Sud. Enfin, une partie importante de l'augmentation de l'aide publique
au développement des pays riches devrait être consacrée
à l'Afrique.
Loin d'être encore un véritable plan d'action, "le
Nepad est le premier processus qui nous verra négocier, tous ensemble,
avec le monde développé" avait déclaré
le président ougandais Yoweri Museveni lors du sommet économique
africain de Durban en juin, en saluant la rupture avec une ère
de rapports entre pays riches et Afrique "où les mendiants
sont tolérés mais ne sont jamais des partenaires égaux".
Reste aux deux groupes partenaires de respecter leurs engagements. Après
avoir plaidé pour que les pays riches tendent la main au continent
noir, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan,
qui est également présent à Kananaskis, a prévenu
que "les pays africains ne doivent pas avoir des attentes irréalistes".
Appuyant la redéfinition des relations entre l'Afrique et le monde
industrialisé en liant investissement et bonne gouvernance, M.
Annan s'est montré prudent, se gardant d'aller au G8 "pour
rechercher un succès magique".
Babette Stern (avec Brigitte Breuillac à Dakar)
L'organisation du Nepad
L'organisation est articulée en quatre niveaux :
L'Union africaine, qui est l'occasion de rencontres entre les chefs d'Etat
et de gouvernement. Le Comité des chefs d'Etat pour la mise en
uvre du projet, dont le président est Olusegun Obasanjo (Nigeria)
et les vice-présidents Abdelaziz Bouteflika (Algérie) et
Abdoulaye Wade (Sénégal).
Il se réunit tous les trimestres et compte 15 membres répartis
en cinq zones (Afrique du Nord, de l'Ouest, orientale, centrale, australe).
Le comité de gestion, composé des 5 pays fondateurs (Afrique
du Sud, Algérie, Egypte, Nigeria, Sénégal) et de
cinq groupes de travail (infrastructures, paix et sécurité,
gouvernance politique et économique, accès aux marchés,
normes financières et bancaires).
Ce comité de gestion a pour vocation d'établir dans les
différents domaines recensés des codes de bonne conduite
et des normes, repris dans une convention, à laquelle chaque pays
sera libre d'adhérer, qui comprendra un mécanisme de surveillance
par les pairs.
Le secrétariat, assuré par l'Afrique du Sud, comprend cinq
personnes basées à Pretoria. Il est chargé de l'administration,
de la coordination, de la communication et du marketing.
M. Chirac : un accord financier serait légitime
Jacques Chirac a déclaré, mercredi 26 juin, espérer
que le G8 parviendra à un accord pour fournir une aide financière
supplémentaire à l'Afrique. Il a rappelé que la France
souhaitait que la moitié de l'augmentation de l'aide publique que
les pays riches se sont engagés à consacrer au développement
aille à l'Afrique, le continent le plus pauvre. "Je crois
que ce serait d'abord légitime, que ce serait raisonnable et juste",
a dit M. Chirac lors d'un point de presse.
Face au risque de voir l'ordre du jour éclipsé par le Proche-Orient,
M. Chirac a réaffirmé que, pour la France, "ce sommet,
c'est d'abord et avant tout le sommet de l'Afrique ". (...) "C'est
la première fois que [le G8] prend conscience de l'impérieuse
nécessité d'apporter à l'Afrique une aide pour sortir
de ses difficultés en matière de développement mais
aussi de bonne gouvernance, de démocratie", a-t-il ajouté.
- (AFP.)
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 28.06.02
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