|
Mozambique: l'opposition
parle de fraudes et réclame de nouvelles élections
Le chef de l'opposition mozambicaine, Afonso Dhlakama, a exigé vendredi
l'organisation de nouvelles élections générales, le scrutin des 1er et 2
décembre, dont les résultats ne sont toujours pas connus, ayant été marqué
selon lui par des fraudes massives.
"Accepter ces élections, ce serait tuer la démocratie", a déclaré
Dhlakama, chef de l'ex-rébellion de la Résistance nationale du Mozambique
(Renamo), devenue principal parti d'opposition. Il a affirmé que les fraudes commises par le Front de libération du
Mozambique (Frelimo, au pouvoir) et la Commission nationale des élections
(CNE) sont "un crime contre la démocratie et le peuple mozambicain,
peut-être le pire crime électoral de toute l'Afrique".
Dhlakama a réclamé "la dissolution" de la CNE, pour "ouvrir la voie à
la mise en place de nouveaux organismes électoraux indépendants qui
organiseront un nouvel enregistrement des électeurs et de nouvelles
élections". Il a affirmé que des milliers d'électeurs avaient été privés de leur
droit de vote, en particulier dans le centre et le nord du Mozambique,
fiefs traditionnels de la Renamo.
Selon lui, des agents de la Renamo ont découvert 105.000 et 69.000 faux
bulletins de vote dans les provinces centrales de Manica et Sofala
respectivement, ainsi que 100.000 et 200.000 dans celles de Nampula et
Tete (nord). "La même chose s'est passée dans la province de Gaza (sud) où nos
experts ont découvert 237 faux documents de décompte" des voix, a-t-il
ajouté.
En dépit de ces graves accusations, M. Dhlakama a souhaité que le
président Joaquim Chissano, qui a décidé de se retirer après 18 ans au
pouvoir, reste en place le temps que de nouvelles élections soient
organisées.
"Parce que j'aime la paix et la démocratie dans mon pays, je
préfererais accepter que le président Chissano reste pour au moins six
mois afin de permettre le retour de la justice", a-t-il dit, ajoutant:
"Nous n'aimerions pas nous embarquer dans des actions qui créeraient
l'instabilité". Une possibilité immédiatemment rejetée par le porte-parole de la CNE,
Filipe Manjate, qui a indiqué que "la Constitution ne permet pas une
extension du mandat présidentiel".
Edson Macuacua, responsable de la propagande et de l'information au
Frelimo, a mis au défi la Renamo de prouver ses accusations. "Il est
insensé de parler de fraudes alors que les membres de la Renamo étaient
présents dans tous les bureaux de vote", a-til dit. Selon lui, ces
accusations sont "un signe de désespoir et un manque de courage de
reconnaître la défaite".
Le décompte des votes n'était pas encore terminé vendredi, plus d'une
semaine après des élections qui se sont déroulées dans le calme et
l'équité, selon les quelque 400 observateurs étrangers qui se sont
toutefois inquiétés du retard pris dans la publication des résultats.
Des résultats partiels non officiels font état d'une confortable avance
pour le Frelimo et son candidat à la présidentielle, Armando Guebuza, face
à la Renamo et son candidat Afonso Dhlakama. Outre la désignation d'un nouveau président de la République, les
quelque huit millions d'électeurs inscrits devaient également renouveler
les 250 députés de l'Assemblée nationale, dominée par le Frelimo.
La participation à ce scrutin a été très faible, environ 30%, selon des
chiffres non officiels.
Les résultats des élections générales précédentes de 1994 et 1999
avaient déjà été contestés par la Renamo et son leader qui avaient accusé
le Frelimo d'avoir fraudé massivement. C'est cependant la première fois
que Dhlakama réclame un nouveau scrutin.
Le Mozambique, ancienne colonie portugaise devenue indépendante en
1975, est sorti meurtri en 1992 de 16 ans de guerre civile entre le
Frelimo et la Renamo ayant fait un million de morts et ruiné l'économie de
l'un des pays les plus pauvres du monde.
MAPUTO, 10 déc (AFP)
Source: Le courrier international
http://www.courrierinternational.com |