Les pressions militaires de la France s'intensifient
avec l'autorisation explicite des Nations unies
Le président Gbagbo tente de résister aux appels pressants de la communauté internationale exigeant le respect des accords de Marcoussis. Saura-t-il exploiter les divergences qui divisent la rébellion ?
Les pressions exercées sur le président ivoirien se maintiennent pour ne pas dire qu'elles augmentent. D'ordre exogène, la source première de ces pressions provient de la France qui évoque avec insistance sa capacité immédiate à évacuer ses ressortissants. Le ministère français de la Défense a, par ailleurs, insisté sur la responsabilité engagée des autorités ivoiriennes quant à la sécurité des 16 000 Français. Si celles-ci s'avéraient incapables de remplir cette fonction, les troupes françaises prendraient le relais. Paris a achevé hier le déploiement des 450 militaires, dont 150 appartiennent aux forces spéciales. Au total, 3 000 soldats sont en poste en Côte d'Ivoire dans le cadre de l'opération Licorne. Ce qui est important à signaler dans l'intervention militaire française est que l'emploi de la force est désormais légalisé. Inscrite comme une disposition placée sous le chapitre VII, la résolution 1464 du Conseil de sécurité évoque en effet la possibilité de «prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection des civils immédiatement menacés de violences physiques à l'intérieur de leurs zones d'opération et en fonction de leurs moyens».
En plus de cette résolution qui représente un bond qualitatif important dans la gestion onusienne de la crise, l'ONU a décidé de commencer la phase 4 annonçant le départ des personnels non essentiels. Ainsi, sur les 110 agents internationaux présents sur le terrain, une trentaine devraient-ils quitter rapidement le pays. De plus, aucun fonctionnaire international de l'organisation ne pourra se rendre dans le pays, sauf autorisation expresse du secrétariat général. Cette décision a des conséquences directes sur la Banque africaine de développement (BAD) dont le statut prévoit l'adaptation automatique à l'évaluation onusienne. Sur un millier de personnes employées à son siège d'Abidjan, 450 seront envoyées ailleurs. Rappelons que l'évaluation du risque dans un pays donné est calculée sur une échelle de 0 à 5. Rarement décrétée, la dernière phase signifie l'ordre d'évacuation totale. Les pressions onusiennes ne s'arrêtent pas là. Un rapport daté du 29 janvier dernier met en cause les exactions commises par les «escadrons de la mort [qui] sont proches du pouvoir en place à Abidjan». L'accusation est toutefois atténuée par une observation mettant en avant des mesures gouvernementales «prises pour réduire et mettre un terme à ces exactions». Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme, Sergio Vieira de Mello, a même envisagé la possibilité de traduire les responsables d'exactions devant la Cour pénale internationale (CPI). Cependant, face à l'influence d'une partie de la communauté internationale pressant le chef de l'Etat d'accepter les accords de Marcoussis, les batailles internes sont susceptibles de faire contrepoids.
Ainsi les divisions qui séparent, affaiblissent et discréditent les mouvements rebelles ont-elles pour conséquence d'élargir la marge de manoeuvre du président Gbagbo. Jeudi dernier, le Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (qui tient le nord du pays), le Mouvement pour la justice et la paix et le Mouvement patriotique ivoirien du Grand Ouest (contrôlant la partie ouest) étaient encore incapables de se mettre d'accord sur l'opportunité de lancer un ultimatum à Abidjan. Les divergences vont de la poursuite de la guerre à la temporisation. Ousmane Coulibaly, du Mouvement pour la justice et la paix, a précisé que son mouvement ainsi que le Mpigo se sont prononcés pour la reprise immédiate des hostilités alors que le MPCI du Nord était seul favorable au lancement d'un ultimatum pour que Laurent Gbagbo applique les accords de paix. L'évolution de la rébellion fait en fait l'objet d'analyses nuancées. Jean-François Bayart explique que ces groupes sont en fait les «enfants égarés d'un programme lancé par la France dans les années 1990 et qui avait pour objectif de renforcer les capacités africaines d'engager des opérations de maintien de la paix au sud du Sahara». Ils représentaient en d'autres termes les sous-traitants de la politique africaine de Paris. Pour preuve, le spécialiste rappelle que les sous-officiers de l'armée ivoirienne qui se sont soulevés en 1999 avaient servi dans le dispositif des Nations unies à Bangui et en Centrafrique. De retour en Côte d'Ivoire, ces soldats se sont sentis sous-estimés comparativement au rôle exercé par les militaires dans les pays voisins. Conclusion, si la politisation de l'armée ivoirienne est un phénomène récent, la durée de cette politisation est une inconnue qui pèsera lourd sur la résolution de la crise ivoirienne.
Louisa Aït Hamadouche
Source : http://fr.allafrica.com/stories/ |
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