Retour à la liste


L'Afrique doit mettre l'emploi au coeur du développement

L'Afrique doit mettre la création d'emplois au coeur de son développement afin de répondre au défi d'une mondialisation qui la marginalise, estime le secrétaire général du Bureau international du travail (BIT), Juan Somavia.

«L'emploi ne peut pas être le résultat des autres politiques économiques. Il doit être un objectif ciblé», déclare M. Somavia dans un entretien à l'AFP, avant l'ouverture, mercredi à Ouagadougou, du sommet extraordinaire de l'Union africaine (UA) sur l'emploi et la lutte contre la pauvreté. L'UA a invité le BIT à lui fournir un appui technique pour ce sommet.

L'expérience des dernières années montre que la croissance ne suffit pas à créer des emplois sur le continent, avec toutes les conséquences que cela peut avoir pour la stabilité sociale, avertit le patron chilien du BIT: «une croissance sans emplois, c'est l'exacerbation des inégalités. Au lieu de se répartir, la richesse se concentre».

La croissance économique s'est accélérée en Afrique ces dernières années, passant de 3,2% en 2002 à 4,2% en 2003, mais ces taux ne sont que très légèrement supérieurs à ceux de la croissance démographique.

À ce rythme, l'objectif du millénaire de réduire de moitié la pauvreté en 2015 ne sera pas atteint, souligne dans un communiqué le BIT, qui incrimine «les effets pervers des plans d'ajustement structurel prônés par les institutions financières internationales» comme le FMI et la Banque mondiale. Ces deux institutions sont invitées à Ougadougou.

Actuellement, entre 6% et 25% seulement des populations des pays d'Afrique occupent un emploi salarié, les autres étant soit au chômage soit au service de l'économie informelle ou de l'agriculture.

«Il est évident que le système économique international est injuste pour l'Afrique, qui est marginalisée par la mondialisation», dénonce M. Somavia. «Il est évident que le système de la mondialisation n'est pas en train de répondre au besoin de créations d'emplois».

M. Somavia espère que le sommet de Ouagadougou donnera «un message politique assez fort» pour mettre en place les politiques de l'emploi qui manquent à l'Afrique.

Le patron du BIT suggère ainsi d'agir sur les infrastructures, «qui ont un énorme potentiel de créations d'emplois». Mais les gros investissements qui se font par appel d'offres profitent avant tout aux multinationales et pas assez à la main d'oeuvre locale.

«Ce sont des entreprises de pays développés qui viennent avec des machines et des techniciens et qui repartent une fois le travail fait. Très peu restent dans le pays», déplore M. Somavia.

Le BIT a fait des expériences sur le terrain montrant qu'on peut créer «trois fois plus d'emplois avec de la main d'oeuvre locale tout en respectant les mêmes spécifications techniques, les mêmes délais et les mêmes coûts, voire des coûts inférieurs», ajoute-t-il.

Le développement des infrastructures doit permettre d'aider l'agriculture, qui emploie 70% de la main d'oeuvre du continent. La construction de routes peut ainsi offrir aux agriculteurs un accès aux marchés des villes.

M. Somavia invite aussi les Africains à soutenir l'économie informelle, un secteur qui a «une énorme créativité, mais une productivité extrêmement basse». Si l'on donne un appui légal ou financier à ce secteur par le biais de micro-crédits, «la productivité augmente tout de suite», remarque-t-il.

Les pays africains ne doivent pas non plus craindre de créer des emplois publics nécessaires au fonctionnement des infrastructures et d'une économie efficace, ajoute-t-il.

Patrick Baert
Agence France-Presse
Genève

Source: http://www.cyberpresse.ca

Lire aussi:

La fuite des cerveaux

Réagissez à cet article!


Début de page