L’écologie entre dans la politique africaine
ECOLOGIE
L’écologie serait-elle une incongruité dans un
continent où sévissent plutôt pauvreté, crises civiles et politiques,
tensions ouvertes et latentes, conflits sanglants, sida, etc.? Mais de
plus en plus, en Afrique aussi, on commence à s’interroger sur le poids
politique de l’écologie.
Qu’est-ce que l’écologie politique pour l’Africain? Une idéologie
surréaliste? Un air du temps un peu snob, hors de portée du monde qui
compte, du monde dit «globalisé»? Est-ce qu’elle dit vraiment
quelque chose aux classes politiques africaines, au citoyen lambda? Où en
est-elle, cette idéologie, en cet Occident qu’on dit décadent et où elle
semble cependant bénéficier d’un certain succès? N’est-ce pas, en fait,
une allergie qui fait “bon chic-bon genre”, une espèce de gadget? Y a-t-il
une écologie politique spécifiquement africaine?
Voilà autant de questions que l’on a pu se poser à Dakar - et
que l’on ne manque pas de se poser à tout bout de champ -, face à ce
“phénomène”, ce courant politique qui fait un “tabac”. Mais elles
traduisent aussi, en Afrique au moins, une certaine incompréhension, sinon
un certain malaise. Et pourtant...
La rencontre de Dakar
Du 7 au 11 mars dernier, des «bêtes curieuses» - ou perçues comme
telles -, des écologistes africains issus d’une vingtaine de pays se sont
retrouvés à Dakar pour leur second congrès. Plus de cinq ans après la
rencontre du Niger (29 mai - 2 juin 1994), se réunissait ainsi la
Fédération des partis écologistes d’Afrique (FPEA) pour «consolider le
maillon africain du mouvement écologique mondial» et, par la même
occasion, renouveler ses instances et redynamiser les activités d’une
organisation quelque peu tombée en léthargie.
L’objectif de la FPEA étant d’oeuvrer au «renforcement de la
démocratie et du développement durable», la situation léthargique que
vivait la FPEA suggérait l’adoption d’un programme biennal (2002-2003)
plus offensif et renouvelé. Aussi, le choix de Dakar, sous l’égide du
Rassemblement des écologistes sénégalais (RES, parti né seulement en août
1999), était plus que justifié quand on sait que, lors des dernières
législatives, ce jeune parti avait réussi une formidable percée dans le
très encombré échiquier politique sénégalais (65 partis). Le RES, en
effet, offrait l’opportunité de faire reconnaître la «réalité
écologique» et, en même temps, de permettre de «revisiter sa vision
spéciale du monde.»
A Dakar, évidemment, on ne pouvait pas ne pas dépeindre un tableau
apocalyptique, ni dresser des constats d’échec multiples et répétés,
généralement imputables aux politiques traditionnelles. Le continent
africain n’échappe pas à la règle: comme d’autres régions de notre
planète, il se caractérise par un panorama général de désolation face à la
dégradation continue de l’environnement.
Les menaces sont partout, avec, notamment, une régression accélérée des
ressources naturelles - minérales, végétales et animales -, une
urbanisation galopante incontrôlée, une gestion catastrophique des ordures
ménagères et des déchets urbains, un péril plastique conquérant, des
pratiques honteuses dont se rendent coupables nombre d’industries, etc.
Tous les pays partagent la même déforestation, la même dégradation
de la couche d’ozone, la même exploitation anarchique des ressources
humaines, de l’espace vital, cheptel compris, de la biodiversité,etc.
Bref, partout la nature est en grave danger.
Autant de maux et d’angoisses, signalent les écologistes, qui affectent
profondément et gangrènent tous les tissus de nos pays, et qui condamnent
notre civilisation. «L’environnement n’a pas de frontière, et si ce ne
sont pas les mêmes priorités pour tous, c’est en tous les cas le même
combat qui les anime. Seule change l’acuité des problèmes», relèvent
avec force les écologistes.
Partout c’est le «même défi». Par conséquent, à Dakar, il s’est
agi de travailler activement à la «mobilisation, au partage des
informations et des actions autour des valeurs de l’écologie politique et
de la citoyenneté active pour le rétablissement des équilibres au sein des
écosystèmes, pour relever tous les défis du développement durable du
continent», s’est-on encore plu à insister.
Autre point d’orgue, Dakar devait donner l’occasion de faire le
point, 10 ans après la Conférence de Rio, qui avait tiré la sonnette
d’alarme pour une prise de conscience des nombreux dangers qui planent sur
notre écosystème. Sous ce rapport, il devenait impératif que les partis
écologistes africains se révèlent comme le “fer de lance” de ce combat
impérieux.
L’écologie politique africaine
D’autres interrogations persistent, c’est évident. En fait, que peut
apporter l’écologie politique à l’Afrique? S’il y a lieu, qu’est-ce qui
différencie celle africaine de celle des Mamère, Voinet et autres Ralph
Nader dont on entend parler? Y a-t-il une différence entre écologie et
environnement, cet environnement dont on se gargarise si facilement?
Pourquoi donc l’écologie politique n’a-t-elle pas plus de succès
en Afrique, si ses idéaux sont si nobles? Quels sont les freins à son
développement? Réponses des écologistes: question d’éducation,
d’analphabétisme, manque de volonté et de vision politique... Les
véritables enjeux de l’écologie ne sont pas bien compris, car l’écologie
politique est l’expression d’une réelle «démocratie locale,
participative», et ce simplement parce que les problèmes écologiques
sont des problèmes «locaux réels, palpables, de tous les jours. A
terme, l’écologie, c’est la victoire du développement durable, la chance
de nos enfants».
La session de Dakar étant «la manifestation du regroupement des
forces écologistes du continent autour d’une nouvelle philosophie de
conquête du pouvoir», elle devait être une session d’«ouverture,
d’unité et de maturité». En plus, ainsi qu’ils le disent eux-mêmes,
les partis écologistes africains continuent «d’influer sur le paysage
politique, s’impliquant de plus en plus afin que l’écologie politique pèse
de tout son poids dans la définition et la mise en oeuvre de solutions
alternatives au mal-développement». Les écologistes africains
représentent aujourd’hui une «force émergente, significative pour
l’avenir du continent et de l’humanité» face à l’échec constant des
politiques socio-économiques appliquées par les partis politiques
traditionnels.
En clair, pour les écologistes, leur combat est «un combat
politique basé sur l’environnement (à ne pas confondre avec le
discours écologique), une nouvelle manière de gouverner, un mode
alternatif de gouvernement afin de changer un monde économique qui a
échoué. C’est à la fois un idéal et une politique».
Les Verts sénégalais
D’ailleurs, les Verts sénégalais, pour leur part, entendent se
présenter résolument, selon leur secrétaire général, Ousmane Sow Huchard,
comme une «force porteuse d’espoir et d’une volonté réelle pour la
construction d’une “éco-citoyenneté” qui doit devenir un nouvel art de
vivre» à travers un «nouveau contrat du citoyen» pour le 21ème
siècle appelé à être «écologique ou catastrophique!»
Entre parenthèses, on retiendra qu’en Afrique, il y a quatre ministres
écologistes répertoriés comme tels en Guinée-Bissau, Burkina Faso, île
Maurice, et Niger.
Il convient aussi de noter que le RES est très courtisé en ce moment.
Les candidatures indépendantes étant interdites par la loi, il leur
fallait être parrainées par un parti normalement constitué afin d’être
acceptées aux élections locales du 12 mai prochain. Dans ce jeu, le RES a
été l’objet d’une véritable ruée. C’est qu’il jouit d’une «bonne
réputation» qui le fait apparaître comme neutre, non politicien (avec
ce que cela comporte de péjoratif). Il «suscite la curiosité», se
démarquant effectivement du «manichéisme ambiant et la bipolarisation»
qui marquent actuellement le monde politique sénégalais.
A. Agboton, Sénégal, mars 2002
Source :
Africatime
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