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VIOLEURS DE CONSTITUTION : LE COUP DE SANG DE KOFFI ANAN
 

Si Koffi Anan avait des doutes pour connaître le levier à enclencher pour être dans le " tempo " de l'opinion mondiale, il en aura fait la découverte lors du troisième sommet de l'Union Africaine à Addis Abeba. Il a été bien inspiré ; après avoir fait une tournée dans le Darfour pour réveiller les ardeurs des Nations Unies de s'inquiéter du sort de la démocratie, de ces populations à travers le monde et particulièrement en Afrique qui subissent dans le silence et parfois la complicité de certains partenaires au développement, la férule de dictateurs. De dictateurs qui ont pris en hold-up les mécanismes de la démocratie pour parvenir au pouvoir et consolider leurs assises en substituant leur pouvoir au pouvoir souverain du peuple.


Dans la plupart des pays africains, une démocratie factice a été mise en place à travers laquelle les constitutions, souvent calquées sur les plus démocratiques du monde, sont allègrement violées au quotidien par des chefs d'Etat. Jamais, on n'a vu se dessiner au niveau des partenaires une mobilisation pour rappeler à l'ordre ces dictateurs. Ce ne sont pourtant pas les professions de foi relatives à la bonne gouvernance qui faisaient défaut. Ainsi donc, petit à petit dans bien de pays africains, les citoyens ont perdu foi en la démocratie, ont commencé à se détourner des modes de conquête pacifique du pouvoir pour privilégier les modes d'acquisition violente.

Que Koffi Anan, devant un parterre de chefs d'Etats, en présence de représentants d'institutions internationales de renom et d'invités de marque, ait sans ciller mis en cause les chefs d'Etat qui violent leurs Constitutions notamment pour instaurer des républiques monarchiques, on comprend que cela ait fait l'effet d'un coup de tonnerre dans le ciel africain dont l'écho se poursuit dans le temps.

La première leçon à tirer de cette sortie qui a impacté l'opinion africaine et mondiale au-delà de tout soupçon, c'est que la démocratie est véritablement malade en Afrique. Elle est malade en raison des libertés que prennent les chefs d'Etat par rapport aux lois fondamentales mais aussi parce qu'il y a non assistance à démocraties en danger de la part des partenaires au développement qui se considèrent comme état les gardiens du temple de la démocratie. Beaucoup d'anges ont dû voler dans la salle lorsque Koffi Anan parlait car ils sont légion, les présidents qui traitent par-dessus la jambe leurs Constitutions : Lansana Conté, Paul Biya, Ben Ali, Blaise Compaoré, Omar Bongo, Robert Mugabe, Idriss Déby, Gnassingbe Eyadèma, Sassou Nguesso.., pour ne citer que ceux-là, sont autant de chefs d'Etat qui ont développé la monarchie républicaine en tailladant à souhait dans leurs Constitutions.

Mais l'autre leçon qu'il faut tirer de ce coup de gueule de Koffi Anan, c'est qu'il ne suffit pas de démasquer et de confondre un infracteur, encore faudrait-il sévir, prendre les dispositions pour qu'il ne recommence plus ses méfaits. Or, rien n'indique que nous n'avons pas eu encore à faire à des propos de circonstances. Déjà, le secrétaire général des Nations Unies avait eu, sous les vivats de l'opinion africaine, à souligner que l'insécurisation croissante du continent africain trouve grandement son origine dans l'indiscipline démocratique, les fraudes électorales, le refus du droit à la différence. Mais après ces belles paroles, qui avaient donné à penser que la communauté internationale s'impliquerait davantage pour freiner le dévoiement de la démocratie en Afrique, nous sommes retombés dans le train-train habituel. C'est pourquoi, on peut sans se tromper dire avec pessimisme que Koffi Anan a fait son effet mais que ce n'est pas pour autant que les Blaise Compaoré, les Bongo… auront à craindre quoi que ce soit. La plupart se préparent du reste à " rebeloter " et là sous le silence non seulement des partenaires mais de Koffi Anan lui-même. Il eût été beaucoup plus crédible et productif si sa sortie avait été accompagnée sinon d'admonestations, de recommandations adressées nominativement à des pays, si des mesures avaient été annoncées au plan des Nations Unies pour apporter un appui diplomatique aux oppositions et pour veiller à faire échec aux pratiques tendant à dévoyer la démocratie à travers ces institutions et ces structures créées sur mesures. Là, le patron de l'organisation mondiale aurait vigoureusement redressé la barre et contribué à ramener dans le lit des institutions républicaines, tous ceux qui sont découragés des fausses pratiques démocratiques et qui sont tentés de prendre à travers champs. Il a beaucoup parlé, il a fait fort mais il aurait laissé beaucoup plus de traces en agissant à la hauteur de ses propos. C'est ce qui fait dire que tout ça, c'est bien beau mais que les Africains ont plus besoin d'actions que de paroles pour libérer les démocraties des gouvernants sangsues.

© Copyright Sanfinna 


Koffi Anan

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Dérives autocratiques

 


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