Retour à la liste


Dettes de l'Afrique de l'Ouest : Le nœud coulant

La dette constitue une équation complexe pour les pays de l’Afrique en général et l’Afrique de l’Ouest en particulier. Le niveau d’endettement est tel qu’il compromet gravement le développement des pays de cette région.

L’Afrique traîne sa dette comme un boulet. Selon un rapport de l’Organisation des Nations Unies, 40% des revenus publics des Etats africains sont affectés au service de la dette extérieure au détriment de la santé de l’éducation et d’autres services sociaux collectifs. La quasi totalité des pays africains a en commun cet épineux problème. En effet parmi les 41 pays classés comme pauvres et très endettés, 33 sont en Afrique subsaharienne. Evidemment, ce sont ces pays qui non seulement doivent, mais possèdent le moins la capacité de faire face à cette dette. La Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) le confirme : les dettes de ce continent sont trop élevées et difficiles à rembourser. Alors que la dette totale du continent était en moyenne de 318,7 milliards de dollars US entre 1990 et 1998, elle a connu une hausse en 1999 et s’est établie à 337,2 milliards de dollars . Soit 61,4% du produit intérieur brut (PIB) ou 225,3% des exportations. Par ailleurs, sur les 53 pays que compte le continent, 16 dont la Côte d’Ivoire, le Burkina, le Ghana, le Burundi, le Cap-Vert, et le Gabon ont enregistré une augmentation du service de la dette en pourcentage du PIB. Pour l’ensemble des pays de l’Afrique de l’Ouest cette dette était estimée en 1999, à 70 milliards de dollars US après avoir culminé en 1995 à 77,28 milliards. Le dernier « Statistiques choisies » de la Banque africaine de développement (BAD) est très révélateur sur le niveau d’ endettement des différents pays de cette région. La Côte d’Ivoire et le Nigeria avec respectivement 15,1 et 33,5 milliards de dollars de dettes, comptent pour environ 70% du total des dettes des pays membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). La dette représente respectivement dans ces deux poids lourds de la région 134,3% du PIB et 96,4% du PIB. La Côte d’Ivoire fait en outre partie des pays qui ont, par rapport à cet indicateur, le stock de la dette extérieure le plus élevé. Les deux autre pays sont : la Guinée Bissau (370%) et la Sierra Leone (140%). On remarque que si un pays comme la Guinée Bissau dont la dette s’élève à 0,8 milliards de dollars, n’a pas, en comparaison avec les autres pays de la CEDEAO, un niveau d’endettement élevé il l’est suffisamment pour hypothéquer son développement. Dans la mesure où cette dette représente 370 % du PIB. Autant dire qu’il est quasiment impossible à ce pays d’amorcer un quelconque développement s’il doit en même temps faire face à sa dette. Il en est de même pour la Gambie (0,4 milliards de dollars), la Guinée Conakry (3,4 milliards), le Togo (1,3 milliards), le Niger (1,7 milliards) et le Mali (3,3 milliards) et le Ghana (6,6 milliards) dont le stock de la dette par rapport au PIB est respectivement de 106,4% ; 90,5% ; 92,5% ; 81,8% ; 128,3% ; 86,1% .Le Sénégal et le Libéria avec chacun 2,9 milliards de dollars et 2,0 milliards de dollars de dette ont un stock par rapport au PIB moins lourd (environ 60%). Quant au Bénin , le Burkina et le Cap-Vert qui ont respectivement un stock par rapport au PIB de 57,6% ;58% et 45,2% ils ont, en valeur nominale, le niveau de dette le plus faible de la communauté. Il oscille entre 0,3 et 1,5 milliards de dollars.

Tous ces chiffres traduisent une même réalité : l’Afrique de l’Ouest ploie sous le poids de sa dette. « Douze des seize pays de la CEDEAO sont considérés comme lourdement endettés. Les obligations liées au service de la dette devraient absorber en moyenne 30% des recettes d’exportation de cette communauté. Les dépenses qui y sont liées sont en moyenne trois fois plus élevées que celles consacrées à l’éducation et à la santé » précise le rapport annuel du secrétaire exécutif de la CEDEAO. Au delà, le cas du Mozambique ne fasse pas partie de l’Afrique de l’Ouest, son cas illustre fort bien cet état de fait. Dans ce pays, un enfant sur quatre meurt avant l’âge de cinq ans. A cause de maladies infectieuses. Pourtant le gouvernement dépense quatre fois plus pour le service de la dette que pour les soins de santé. Il en est de même en Zambie où l’Etat dépense 37 millions de dollars pour l’éducation primaire pendant qu’il consacre 1,3 milliards de dollars au paiement de la dette.

Au total, le remboursement du montant de la dette dont la valeur nominale ne cesse de croître en raison du service, apparaît comme le plus grand obstacle au développement de l’Afrique en général et de l’Afrique de l’Ouest en particulier. Pour beaucoup de pays de cette région, l’encours de la dette compromet gravement le redressement de l’économie et l’instauration d’une croissance soutenue. Selon certains experts, il risque en outre de saper les améliorations sur le plan économique, car toute progression du revenu et de la production est absorbée par le service de la dette. Selon les auteurs du rapport sur le développement dans le monde édition 2001, des recherches empiriques montrent « qu’une accumulation significative de la dette extérieure risque d’entraver l’investissement, de ralentir la croissance économique, et d’accentuer l’instabilité macroéconomique ».
Dès lors, même si elles se sont avérées insuffisantes ou inadaptées il faut apprécier à leur juste valeur les nombreuses initiatives en faveur de l’allègement du fardeau de la dette dont : le Plan Baker en 1985, l’Accord de Toronto en octobre 1988,le Plan Brady en 1989, l’Accord de Londres en décembre en 1991, l’Accord de Naples en Janvier 1995, l’Accord de Lyon en 1996.

Aujourd’hui il s’agit sans doute d’aller plus loin encore que ce qui a été fait jusque là . « Un allègement de la dette sur une base plus globale et plus efficace que ce qui est fait jusqu’ici demeure indispensable pour permettre à l’Afrique de faire face à ses besoins minimum de développement » préconise en ce sens la Communauté Economique Des Nations Unies pour l’Afrique (CEA). C’est dans une telle logique que s’inscrit la dernière trouvaille, l’Initiative pour l’allègement de la dette des pays pauvres lourdement endettés (PPTE).

« Douze des pays de la CEDEAO sont classés dans la catégorie des pays pauvres très endettés et ont à ce titre droit à un allègement de leur dette dans le cadre de l’initiative PPTE » peut on lire dans le rapport sur le développement en Afrique. L’objectif de cette initiative est d’adapter le service de la dette aux capacités de remboursement des pays africains. Six pays notamment le Bénin, le Burkina, la Gambie, la Guinée Bissau, le Mali et le Sénégal, ont déjà obtenu un allègement de leur dette en décembre 2000. D’autres pays en l’occurrence le Togo et la Côte d’Ivoire pourraient être les prochains élus si certaines conditions sont remplies.

Initiative salutaire, cet allègement pourrait toutefois ne pas atteindre encore les résultats escomptés si des dispositions ne sont pas prises afin que les économies réalisées sur le service de la dette soient effectivement utilisés pour l’amélioration du sort des populations.

par Koné Soungalo

Source : Ouest Afrique Economie



Réagissez à cet article!


Début de page