Guinée Conakry Conté moribond mais réélu
À l'article de la mort le président sortant a été élu pour la troisième
fois consécutive avec un résultat relevant de la mascarade électorale.
Pour la troisième fois consécutive, le président Lansana Conté a été
réélu au premier tour avec un score de 95,63 % des suffrages. Son seul
adversaire, Mamadou Bhoye Barry, unique député et leader d'un minuscule
parti, l'Union pour le progrès national (UPN), a obtenu 4,37 %.
Cette présidentielle relève plus de la " mascarade électorale ", dit- il
pour qualifier ce scrutin du 21 décembre. Un sombre tableau a été offert
aux 5 009 780 électeurs guinéens inscrits, par un président Conté,
soixante-neuf ans, mourant (qui souffrirait d'une leucémie). Face à lui,
un rival totalement inconnu, que tout Conakry a taxé de " vendu ", pour
cautionner " cette plaisanterie ". Alors que toute l'opposition
historique, avec son chef de file Alpha Condé réfugié à Paris, a opté
pour la politique de la chaise vide après avoir mis en doute la
transparence de la consultation. Sidya Touré, ancien Premier ministre et
dirigeant de l'Union des forces républicaines (UFR), a même affirmé qu'"
il n'y avait pas eu de vote " et donc pas " d'élection ". Selon lui " 90
% des gens n'y ont pas participé ". Il relevait aussi que c'est devant
toutes les caméras du pays que le président sortant avait " voté dans un
véhicule ". Pressentant ce scénario, l'Union européenne n'avait pas
proposé l'envoi d'observateurs. Au pouvoir depuis 1984, à l'instar de
son voisin du Togo dirigé par Gnassingbé Eyadema, Lansana Conté a dû lui
aussi " réviser " sa Constitution qui, adoptée en 1990, ne l'autorisait
pas à briguer un troisième mandat. Certaines sources avancent que c'est
son propre clan qui le pousse à se maintenir, au point d'en faire un "
président à vie " qui se meurt au pouvoir. Avec lui tout un pays aussi.
Pourtant riche de son sous-sol, particulièrement en bauxite (un tiers
des richesses mondiales), le PIB a dégringolé de 30 % ces six dernières
années et 40 % de la population vit en dessous de la pauvreté. Au point
que certains regrettent le défunt président Sékou Touré, entré dans
l'histoire pour avoir dit non au général de Gaulle. " On avait choisi
l'idéologie marxiste. Tout le monde était payé et mangeait à sa faim ",
répète-t-on souvent. Si le pouvoir de Conté désespère, la Guinée est
somme toute entrée dans l'après-Conté. Et au sein de l'armée les
appétits doivent se faire jour, pour expliquer l'arrestation et la
remise en liberté de plusieurs dizaines de militaires avant le scrutin.
À Paris on joue profil bas, car la stabilité de ce pays est un objectif
majeur. " Avec une situation incertaine au Liberia et une guerre latente
en Côte d'Ivoire, on doit absolument éviter un effet d'hémorragie dans
la région ", dit-on.
Serge-Henri Malet.
Source :
www.humanite.fr
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