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Mangez et taisez-vous

Notes : Avec 27% de parts de marché, la France est le premier partenaire commercial de la Tunisie.

Les propos de Jacques Chirac sur la grève de la faim de l'avocate Radia Nasraoui et les droits de l'homme en Tunisie ont provoqué un tollé hier à Tunis. L'avocate et d'autres défenseurs tunisiens des droits de l'homme se sont dits « choqués » par les déclarations du chef de l'Etat français.

«M. Chirac nous dit en résumé : mangez et taisez-vous», a estimé Radia Nasraoui, qui jeûne depuis 51 jours pour demander l'arrêt des harcèlements dont elle est l'objet en raison de son action en faveur des droits de l'homme.
La veille au soir, Chirac avait déclaré que «le premier des droits de l'homme, c'est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat. De ce point de vue, avait-il ajouté, il faut bien reconnaître que la Tunisie est très en avance sur beaucoup de pays». Il avait en outre indiqué avoir évoqué avec son homologue tunisien Ben Ali, le cas de Me Nasraoui. «J'espère que cette affaire trouvera rapidement une issue», avait-il ajouté.
«Il est positif que M. Chirac ait pu toucher un mot sur mon cas (au président tunisien), mais il est choquant de le voir minimiser les violations des droits de l'homme en Tunisie, a cependant souligné Radia Nasraoui. On ne peut pas demander aux Tunisiens de manger et de se taire, la liberté et la dignité sont des aspirations fondamentales».

Critiques à Paris aussi

Les partis français de gauche ont eux aussi sévèrement critiqué les déclarations de Chirac, le PS parlant d'une «conception minimaliste» des droits de l'homme, le PCF de propos «choquants» et les Verts de «scandale». «On est indigné par un discours qui confine à la duplicité», a de son côté affirmé Antoine Bernard, directeur exécutif de la Fédération internationale des ligues de droits de l'Homme. En s'exprimant de la sorte, «la France fait un chèque en blanc à un régime dont il est absolument connu et avéré qu'il pratique des violations systématiques des droits civils et politiques», a-t-il ajouté en rappelant que «la position de la France à l'ONU c'est l'indivisibilité des droits de l'homme».
Robert Ménard, secrétaire-général de «Reporters sans frontières», a pour sa part affirmé que «parler de la consolidation de la démocratie en Tunisie n'est pas possible parce que ce n'est pas vrai. C'est un pays qui est parmi la vingtaine de ceux au monde où il y a le moins de liberté de la presse», a-t-il souligné.

Un appel au Maghreb

Abstraction faite de ce tollé, le 2e jour de la visite d'Etat de Chirac en Tunisie a été marqué hier un plaidoyer du président français en faveur de la relance du partenariat euro-méditerranéen. Devant les membres du Conseil économique et social tunisien, il a appelé les pays du Maghreb à accélérer leur intégration régionale afin de favoriser les investissements étrangers.

Il a reconnu que la coopération euro-méditerranéenne dite du «processus de Barcelone », lancée en 1995 et qui réunit 35 pays (25 de l'UE élargie et 10 du Maghreb et du Proche-Orient), était «loin d'avoir tenu ses promesses » en raison notamment des violences au Proche-Orient. Il a donc appelé avec vigueur à «retrouver l'élan fondateur ». Chirac a aussi voulu dissiper les inquiétudes des pays du Maghreb qui craignent d'être négligés à l'heure de l'élargissement de l'UE en assurant que l'Union européenne qu'elle «honorera ses engagements».

Source : www.dna.fr


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