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La représentation centrafricaine inquiète depuis 2000

SCHAERBEEK Un mât sur la façade, un drapeau hissé timidement et un panneau CD pour Corps diplomatique le long de la voirie. Le 416 du boulevard Lambermont à Schaerbeek semble effectivement être le siège d'une ambassade. Ici, celle de la République centrafricaine, l'un des pays les plus pauvres du monde.

Mais, de l'avis de nombreux témoins, l'immeuble est totalement insalubre. A l'avant, quelques éléments trahissent l'état de délabrement qui doit régner à l'intérieur: des châssis de fenêtre vétustes, une porte de garage branlante, des coulées de rouille sur les peintures de ce qui est pourtant un admirable bâtiment Art déco.

L'ambassade étant inviolable (article 22 de la convention de Vienne de 1961), on parle pourtant de présence de mérules, de crasse, de rats, d'émanations d'odeurs insupportables, d'absence de chauffage, d'eau... Des conditions de vie inqualifiables pour les personnes - impossible de dire combien précisément- qui continuent à résider dans cet immeuble. «On dit même que les occupants auraient été plusieurs fois s'approvisionner en eau dans la source du parc Josaphat», raconte, stupéfait, Bernard Clerfayt, le bourgmestre de Schaerbeek, dont les services communaux et la police suivent le dossier depuis au moins 2000.

Continuons le descriptif... Nous pénétrons au 418, chez Xavier Mezquita, le voisin de l'ambassade. Du jardin de sa société de consulting, on peut apercevoir l'arrière de l'ambassade. No comment: une vieille gazinière et des meubles jonchent ce qu'il reste de pelouse, des cadavres de pigeons tapissent une terrasse, des sacs-poubelle éventrés attendent d'être sortis, les arbres poussent sans jamais être entretenus.

«Vous voyez cette baignoire à l'extérieur, c'est là qu'ils font leur lessive, nous explique Xavier, soucieux également de l'état de la cheminée. Elle menace de s'écrouler. Un jour, j'ai vu une dame descendre les escaliers de la cave munie d'un rouleau de papier toilette. Si c'est là que se trouve leur W.-C., c'est totalement inhumain.»

Un membre du comité de quartier est un jour parvenu à entrer dans le 416. «C'est un véritable taudis», s'est-il contenté de nous dire.

Mais pour le bourgmestre, cette situation a assez duré. D'autant que les personnes qui vivent dans l'immeuble sont peut-être en danger.

«Lorsqu'une maison ordinaire est dans la même situation, nous avertissons une première fois le propriétaire, puis nous le mettons en demeure de remettre l'immeuble en état. Si nous n'obtenons toujours aucune réponse, alors nous intervenons et effectuons des travaux d'office mais à charge du propriétaire, explique Bernard Clerfayt. Dans le cas de l'ambassade, il nous est impossible d'agir ainsi. Celle-ci est inviolable et, qui plus est, est toujours occupée par ce qui semble être du personnel diplomatique qui n'est sûrement plus payé depuis longtemps. Que faire alors lorsqu'un pays étranger n'entretient plus son ambassade sur notre territoire?»

Au ministère belge des Affaires étrangères, on connaît le dossier et on confirme que le 416 du bd Lambermont est bien le siège de la République de Centrafrique. «Le dossier est suivi de près, précise Patrick Herman, le porte-parole du ministère, reconnaissant des contacts informels avec la commune. Si les autorités schaerbeekoises estiment qu'il y a un véritable problème, elles peuvent se mettre en contact avec nos services et nous soumettre un dossier.» A partir de là, les autorités du pays seront approchées et des rénovations urgentes seront réclamées «en des termes diplomatiques». Sans garantie, toutefois.

Des cas similaires à celui-ci ont déjà été relevés par le passé chez nous. Des démarches avaient été entamées et des solutions apportées. «Mais ces immeubles n'étaient pas occupés», précisent les Affaires étrangères.

Karim Fadoul

© La Dernière Heure 2004

PS.

Un travail à faire dans toutes les autres délégations africaines. Triste image de désolation qu'offre le continent... 



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