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Les oubliés du 6 juin 1944 - Commémoration du D-Day : où sont les
tirailleurs ? 20 300 Maghrébins et 21 500 Africains sont tombés
pour la libération de la France. Mais cette dernière semble l’avoir
oublié. Pour les célébrations, dimanche, de la commémoration du
débarquement du 6 juin 1944, elle a « omis » d’inviter des chefs d’Etat
arabes et africains. En revanche, le Président américain George Bush sera
présent, renforçant l’idée, fausse, que seule l’Amérique a délivré
l’Europe du nazisme.
Vingt-deux mille soldats américains sont morts en Normandie. Dix mille
de plus ont péri dans la bataille des Ardennes, quelques mois plus tard.
20 300 Maghrébins et 21 500 Africains sont tombés pour la libération de la
France. Il n’est pas aisé de trouver des chiffres précis sur les morts de
la Seconde Guerre Mondiale. Et il est vrai que l’ampleur du massacre, plus
de 60 millions de victimes en six ans, interdit moralement de trier les
morts par catégories ou nationalités. Mais comme soixante ans plus tard,
les politiques utilisent la Seconde Guerre Mondiale pour justifier leurs
petits calculs, lors des commémorations, il faut revenir aux décomptes
exacts.
Où sont les goums, les spahis, les tirailleurs sénégalais ? Les
Américains ont-ils sauvé le monde de la dictature nazie et du militarisme
japonais ? Ils y ont largement contribué. Ont-ils sacrifié des générations
de soldats américains pour cette noble cause ? Le jugement doit être plus
modulé. Ainsi, les Français qui, dans l’imaginaire collectif et national,
ne « se sont pas battus » pendant la deuxième Guerre Mondiale, ont perdu
253 000 militaires tués au combat de 1939 à 1945 contre 292 000 soldats
américains tombés sur le front occidental et dans le Pacifique. 450 000
combattants anglais et 600 000 Polonais sont morts lors du grand conflit.
On est encore loin des pertes russes : 13,5 millions de soldats ont péri
lors de la « Grande guerre patriotique ». Du côté des vaincus, on dénombre
des pertes militaires s’élevant à 4,5 millions pour l’Allemagne et 2,5
millions pour le Japon.
Impair français
En rappelant ces chiffres, il ne s’agit, ici, ni de nier l’héroïsme des
GI’s tombés au combat, ni d’amoindrir la contribution essentielle des
Etats-Unis dans le dernier conflit mondial. Il faut, en revanche, tordre
le cou à l’idée que l’Amérique a été, dans cette immense tuerie, le seul
artisan de la victoire contre la barbarie. Ces rappels désagréables sont
d’autant plus nécessaires que le soixantième anniversaire du débarquement
en Normandie, dimanche 6 juin, est marqué par des propos indécents du
Président américain George Bush, établissant une continuité entre la
participation américaine à la Deuxième Guerre Mondiale et l’invasion de
l’Irak par ce même pays.
Le Président américain, en mal de légitimité, fait feu de tout bois.
Les Présidents français, Jacques Chirac, et allemand, Gerhard Schröder,
profitent de cette commémoration pour mettre du baume sur les déchirures
américano-européennes. Mais la France, qui organise les cérémonies du
débarquement et de la libération de l’Europe, a commis un sérieux impair
en omettant d’inviter les chefs d’Etat arabes et africains pour célébrer
le souvenir des milliers de Marocains, d’Algériens, de Tunisiens, de
Sénégalais, de Maliens, de Congolais et d’autres encore, tombés sous
l’uniforme français entre 1939 et 1945.
Pierre Morville
Source : Afrik.com |
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