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Union africaine : La
grande déchéance...
la honte d'un continent "made in" UE
Quand l’Organisation de l’unité africaine (OUA) se métamorphose en Union
africaine (UA) au moment où la démocratie pluraliste tente de changer
les mentalités des Africains, ceux-ci croient à l’espoir qui s’est
effrité quelques années après les indépendances. Aujourd’hui, quand
certains Etats comme le Mali et le Bénin pour ne citer que ces deux
exemples, commencent à tracer merveilleusement le droit à l’alternance
pacifique, se remarquent encore des réticences chez certains vieux
crocodiles africains qui ont dernièrement boudé la "Chartre pour la
démocratie" à la dernière rencontre des présidents africains.
Triste réalité que nous impose de nouveau l’UA qui ne voudrait pas se
faire violence pour s’écarter des sentiers battus sur lesquels s’était
déjà perdue l’OUA.
L’Afrique malade de ses dirigeants de l’OUA
Quarante années après les indépendances, les dirigeants
africains, excepté quelques cas en Afrique de l’Ouest où la démocratie
s’implante timidement mais sûrement, continuent à se comporter comme des
analphabètes politiques. Avec l’avènement de la démocratie consécutive à
la chute du mur de Berlin, les pays africains ne devraient plus vivre en
principe ces malaises socio-économiques provoqués par le tribalisme et
le népotisme.
Créée en 1963, quelques années après les indépendances, par la majorité
des pays africains, l’OUA avait pour tache la poussée vers
l’indépendance des pays encore sous domination coloniale et l’abolition
de l’apartheid. Mais à peine née, l’OUA se transforme en rencontre
annuelle politique où les chefs d’Etat viennent fêter leur maintien au
pouvoir et en une machine à fabriquer des coups d’Etat. Les militaires
nouvellement sortis de l’armée coloniale croient que l’on peut gérer un
pays comme un bataillon ou un régiment. Des coups d’Etat, des
assassinats politiques, la destruction de l’économie laissée par les
colons s’annoncent presque partout. Dès 1963, l’Afrique commence déjà à
fabriquer ses monstres politiques tels Eyadéma, Mobutu et Bokassa pour
ne citer que ces trois exemples. L’OUA devient un syndicat de chefs
d’Etat car chacun gère son pays à son gré selon ses ambitions et
l’entente au sein de l’organisation laisse à désirer entre certains pays
n’ayant pas les mêmes appuis politiques de la part des grandes
puissances, surtout qu’à cette époque persiste encore la guerre froide.
Les deux Congo de l’époque vont se regarder en chiens de faïence dans
les décennies 60-70, le Congo démocratique étant soutenu par les Etats
Unis et le Congo Brazzaville ayant des affinités avec le bloc de l’Est
et la Chine de Mao Tsé Toung. Au lieu de s’organiser, l’Afrique se
désorganise.
On assiste implicitement à la descente aux enfers du
continent malgré ses ressources humaines (cadres nouvellement formés par
la métropole) et ses richesses (bauxite, diamant, manganèse, pétrole,
bois eau, soleil…). Les élites dans presque tous les pays sont
incomprises quand elles veulent mettre en pratique ce qu’elles ont
appris en Europe. Le multipartisme qui est venu dans un premier temps
avec les indépendances ne résiste pas au tribalisme et à l’ethnicité. Et
pour mieux contrôler leur peuple, la majorité des nouveaux dirigeants
d’après les indépendances optent pour le parti unique. Sans
contre-pouvoir, on se chamaille dans un même parti où les plus forts
écrasent les plus faibles. Et pendant ce temps, les pays sont laissés à
l’abandon par des dirigeants qui, venus au pouvoir « militairement », se
préparent eux-mêmes à s’opposer paradoxalement à tout coup d’Etat. Le
pouvoir quitte les mains du peuple pour être gardé dans les canons et
dans les poches des treillis. Avec cette classe de dirigeants, « la
criminalisation éventuelle des économies et des Etats africains
n’inspire que des silences embarrassés ou des commentaires
sensationnalistes. [Et pourtant] elle mérite d’être mieux comprise »
(1).
L’OUA reste impuissante aux coups d’Etat et même aux assassinats qui se
multiplient au niveau du continent. Et le tableau ci-dessous n’honore
pas l’OUA qui va « accepter » la bêtise humaine qui avait même commencé
avant sa naissance. Comme nous l’avions déjà dit, « avec les coups
d’Etat militaires, est mise en pratique une nouvelle façon de
s’approprier le pouvoir : l’assassinat des chefs d’Etat. Inauguré
tristement par les Togolais avec la mort de leur premier président et
suivi plus tard par celle du président Diori Hamani en 1974, le
phénomène fait tache d’huile dans la plupart des pays au sud du Sahara.
Quelques exemples : le 13 avril 1975, le président Garta Tombalbaye est
tué avec toute sa famille dans son palais, le 18 mars 1977, le Congolais
Marien Ngouabi tombe « l’arme à la main » en plein jour dans son
état-major au moment où l’armée est paradoxalement consignée, le
capitaine Thomas Sankara du Burkina Faso est tué par ses proches (…).,
le Niger récidive avec la mort tragique du président Maïnasara » (2). Et
tout cela se passe aux yeux de l’OUA avant qu’elle se mue en UA.
L’Union africaine existe-t-elle vraiment ?
Avec le retour du multipartisme, certains pays commencent à faire table
rase avec le triste passé des quatre décennies d’après les
indépendances. Et ce point l’Afrique de l’Ouest, malgré les
élucubrations de la Guinée, du Togo et la Côte d’Ivoire, montre un bel
exemple par rapport à l’Afrique centrale dont les dirigeants ont lié
l’incompétence politique au népotisme pour créer des situations de
guerre. OUA ou UA, à l’heure actuelle, c’est bonnet blanc, blanc bonnet
avec ces vieux crocodiles qui veulent mourir le pouvoir dans le ventre.
Dans quelle position peut se présenter l’UA devant l’Union européenne
quand l’Afrique se détériore à cause de la mauvaise gestion des affaires
de l’Etat qui a provoqué la fuite des cerveaux et aujourd’hui la débâcle
de la jeunesse qui croit trouver mieux en Occident. D’où le crucial
problème de l’immigration qui devient un casse-tête chinois pour les
pays européens. L’Afrique a des richesses qui ne profitent qu’à une
infime partie composée de ceux qui gèrent la politique dans chaque Etat.
Il faut une nouvelle classe politique en Afrique pour que les relations
UE-UA trouvent une autre dimension qui revaloriserait l’immigration qui
devrait être une chance pour l’Afrique et l’Europe à travers un co-développement
sincère. Dans une réflexion intitulée "Les compétences de la Diaspora
au service des Africains : redonner espoir au continent" (3), Noël Kodia et Yves Ekoué Amaïzo démontrent que les compétences africaines
exercent hors du pays à cause de leurs pays qui ne leur proposent pas
des conditions de travail louables pour produire. On ne peut pas
comprendre comment on peut vivre pauvres sur un continent paradoxalement
riche. Complicité implicite des chefs d’Etat de l’UA qui n’arrivent pas
à gérer les destinés de leur pays et qui se prennent pour des petits
rois inamovibles. Et on ne remarque aucune volonté des changements pour
améliorer la condition sociale de leur peuple. On falsifie les élections
et on tripatouille les Constitutions pour se pérenniser au pouvoir.
Et dans tout cela la « Chartre pour la démocratie » ?
L’UA est née presque avec le retour de la démocratie plurielle qui,
contre toute attente, surprend les petits « rois » africains.. Après la
rencontre de la Baule initiée à l’orée de la décennie 90 par Mitterrand,
les dirigeants africains, acceptent, malgré eux, à ouvrir leur pays au
multipartisme. Multipartisme de façade car sur fond de tribalisme. D’où
la militarisation de certains pouvoirs dans les décennies 70 et 80, les
minorités ayant peur de se laisser prendre le pouvoir par les majorités.
Le pouvoir doit être toujours gardé dans le canon. On pourrait citer des
pays comme le Zaïre de l’époque, la Guinée, le Togo…. Mais contrairement
à ce qu’espèrent les peuples africains avec l’arrivée de la démocratie,
un vent de malheur va souffler sur le continent et les armes vont tonner
de plus bel. Au Zaïre redevenu Congo démocratique, au Congo, en Cote
d’Ivoire, au Togo, la démocratie ne s’est pas établie sans conflits
armés et interrégionaux. Plus d’une décennie après l’acceptation du
multipartisme, certains dirigeants ont plaisir de la « dribler » en
tripatouillant leur Constitution pour se maintenir au pouvoir. Les
Africains, des spécialistes en crocs-en-jambe.
Et devant cette
situation, se dressent deux Afriques : l’Afrique qui se découvre
responsable avec à sa tête des pays comme le Mali et le Bénin et
l’Afrique de la honte, celle des présidents à vie. La « Chartre pour la
démocratie » qui devait aider le continent à aller de l’avant, n’a pas
plu aux vieux crocodiles qui veulent mourir au pouvoir, à l’instar du
feu président Eyadéma. Cette situation nouvellement créée aurait même
découragé le président Alpha O. Konaré à la dernière rencontre des «
militants » de l’UA. Il a décidé courageusement de ne plus renouveler sa
candidature pour sa propre succession. Lassitude devant l’immobilisme et
lourdeur de l’UA qui a du mal à se mettre en mouvement. Manque
d’ambition et rapports difficiles avec certains chefs d’Etat comme ceux
du Nigéria, du Soudan et du Togo, auraient découragé le président de la
Commission de l’UA qui un exemple louable au niveau de la démocratie sur
le continent. Dirons-nous qu’après Alpha O. Konaré, le déluge ? « Wait
and see » comme disent les Anglais. La « Chartre pour la démocratie »
devrait limiter les mandats de chaque président élu démocratiquement
pour favoriser l’alternance, le renouvellement progressif de la classe
politique, gage de redressement politique et économique sur le
continent.
Des pays comme le Congo, le Gabon, Le Togo et la Guinée
devraient être sauvés par cette « Chartre pour la démocratie » pour
éviter des lendemains incertains. Les pays où les hommes politiques se
sont pérennisés sans réellement bénéficier de leurs richesses ont eu des
alternances chaotiques : la Côte d’Ivoire, le Togo, le Congo-Zaïre en
sont des exemples. Et toutes ces situations se sont développées ou se
développent encore au grand désespoir et désespérance des peuples qui
avaient cru au changement après le retour de la démocratie pluraliste.
Et l’Europe s’étonne quand elle se voit convoitée par les deseperados de
l’Afrique.
Complaisance de l’UE devant l’UA ?
Les Etats européens doivent comprendre que, dans les années 60-70, ils
ont eu à former des cadres africains qui sont retournés travailler dans
leur pays sans problème car il y existait encore le minimum pour vivre
et pour travailler. On a toujours dit que l’on est mieux chez soi. Et
c’est contre la volonté de mal-vivre et du mal-travailler que
l’immigration s’explique. L’Europe ne doit pas seulement se préoccuper à
piller les matières premières du continent. Elle doit aussi imposer la
bonne gouvernance aux dictateurs africains qui « mangent » même les
aides au développement que leur octroie le contribuable européen. Tant
que l’Europe ne mettra pas de l’ordre dans ses ex-colonies comme elle le
fait dans ses départements et territoires d’Outre mer, il ne faudra pas
qu’elle s’étonne que la jeunesse africaine, abandonnée à elle-même,
vienne frapper à ses portes. Les enquêtes faites dans le milieu des
immigrés maliens qui semblent malheureusement être comptés parmi les
plus nombreux en France, a démontré que ceux-ci décident de venir
travailler en France pour s’occuper de leur famille restée au pays. Ils
vont à l’aventure malgré eux. Et le développement de leur environnement
qui se fait avec l’argent envoyé au pays, devrait interpeller l’Europe.
Si celle-ci pouvait aider les peuples africains à se débarrasser de
leurs dictatures en imposant à ces derniers une ligne de conduite
réaliste qui serait en ce moment la mise en œuvre sans condition de la «
Chartre pour la démocratie », la dernière rencontre UE-UA sur
l’immigration aurait tout son sens.
Encourager la diaspora d’aller
redresser les pays africains sans distinctions de nationalités comme au
tant de l’AOF et de l’AEF pour ce qui est du pays de Sarkozy par
exemple, voilà une solution que l’on pourrait expérimenter dans le cadre
des grands ensembles. L’Africain est un homme d’ouverture, du dehors que
lui impose le climat. Il vit malgré lui dans un enfer froid parce que
ses dirigeants lui refuse le minimum vital dont la santé et le travail
sont les principaux demandes. Des véritables problèmes que les
sociologues ont eus à soulever et qui n’ébranle même pas la complicité
que gèrent l’exploitant (le dirigeant européen) et l’exploité (le
dictateur africain). L’Afrique est riche et contrairement à ce que pense
M. Sarkozy (4), l’Europe a encre largement besoin d’elle pour ses
matières premières. Et des pays pétroliers (en dehors de l’Algérie)
comme le Congo et le Gabon, avec l’envolée du prix du baril au niveau
mondial ces deux dernières années, n’auraient plus de contentieux avec
le FMI et la Banque mondiale. Problème de mauvaise gestion ? les
économistes sont mieux placés pour une explication scientifique. Ces
pays seraient des paradis quand on voit le rapport gain
pétrolier/population. Et il faut reconnaître, sans ambages et une fois
de plus, que les Africains vivent en Europe malgré eux parce que chassés
par la misère dans leurs pays paradoxalement riches.
L’Afrique des dictateurs, une bombe à retardement pour l’UE
Il faut reconnaître que « refoulée par le colonialisme puis frustrée par
le néocolonialisme [qui a changé de visage après les indépendances]
l’Afrique est d’une façon où l’autre toujours traumatisée par l’Occident
» (5).
Les Européens doivent comprendre que tous les peuples sont égaux en
droit et qu’en soutenant les dictateurs africains, ils ne récoltent que
ce qu’ils ont eu à semer pendant plusieurs décennies. Avec la suite des
problèmes Habré et Taylor, les pages de l’histoire africaine commencent
à se tourner lentement et peut-être sûrement. Le réveil de l’UE à
travers le problème de l’immigration et la proposition de la « Chartre
pour la démocratie » qui se concrétisera indubitablement avec le temps,
sont des signes précurseurs qui annoncent la renaissance du continent.
Pour conclure
Pays pauvres très endettés (PPTE) donnant naissance au Continent très
pauvre endetté, voilà le triste tableau que l’Europe a crée en quatre
décennies en ne voulant que piller les matières premières de l’Afrique
tout en protégeant leurs dictateurs. La politique du capital a eu à
neutraliser les véritables fils de l’Afrique tels Lumumba, Um Nyobé, Ben
Barka et plus près de nous Marien Ngouabi et Thomas Sankara. L’UE doit
maintenant prendre ses responsabilités devant les peuples d’Afrique
avant que le continent ne se transforme en un gigantesque volcan qui va
brûler tout sur son passage, y compris ses matières premières dont
l’Europe a encore besoin.
Noël KODIA
Notes
(1) J.F. Bayard, S. Ellis et B. Hibou, La criminalisation de l’Etat en
Afrique, Ed. Complexe, 1997, p. 32
(2) N. Kodia, « La démocratie, un luxe pour les Africains ? »,
Développement et Coopération (D+C), juin, 2002, pp. 26-29
(3) Lire L’Union africaine freine-t-elle l’unité africaine ?, Collectif
sous la direction de Yves Ekoué Amaïzo, Ed. Menaibuc, 2005, pp. 237-276
(4) O. Bhêly Quenum, « Nicolas Sarkozy au Benin ? Chiche ! », Afrique
Education n° 206 du 16 au 30 juin 2006, pp. 8-9
(5) K. Mana, L’Afrique va-t-elle mourir ? Ed. Karthala, 1993, p.8 |
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Noel Kodia
Voir aussi :
L'UA dans l'impasse
Un projet de
charte

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