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Choisir entre allégeance et liberté au
Togo :
Les vraies « fausses urnes »
Avant propos :
Compte tenu des changements rapides au Togo, il importe de lire cet
article en liaison avec quatre autres qui l’ont précédé et signés par le
même auteur, à savoir : « la
souveraineté confisquée au Togo », «
le mépris du peuple togolais
? », « la spirale de la sagesse
», « L’union sacrée face à la
démocratie de la honte », (voir www.afrology.com)
Introduction : une campagne électorale atypique
La campagne préélectorale au Togo est atypique. Même des généraux de
l’armée régulière sont en campagne. Il est suggéré de se rendre compte du
parcours dangereux que constitue le fait de faire campagne au Togo, en
particulier dans la préfecture « du » Général Assani Tidjani, ministre de
la défense et des anciens combattants. Ce dernier, parachuté grand «
patron de la préfecture de Vo au Togo » après le décès du feu
Président Gnassingbé Eyadéma, a un discours belliqueux qui augure des
pratiques futures si Faure Gnassingbé, son candidat, est « déclaré »
Président après le 24 avril 2005. Voici un court extrait de son discours
de va-t-en guerre : « Faure Gnassingbé a déjà gagné parce qu’il est
riche et il a le soutien de l’armée. Si vous ne votez pas pour lui, vous
n’aurez rien fait de significatif mais vous en récolterez les
conséquences. Sachez que nous sommes prêts à tirer»[1].
Outre les nombreuses autres intimidations de destitution, d’usurpation de
biens, etc., on peut se demander si la communauté internationale
continuera à accepter les positions mensongères de la CEDEAO[2]
selon lesquelles:
-
les opérations de révision des listes et de distribution des cartes auraient
été régulières ;
-
la CEDEAO n’a été saisie d’aucune contestation émanant
notamment de l’opposition ;
-
qu’il n’y a pas lieu, dans ces conditions, de reporter la date du scrutin
présidentiel fixée au 24 avril 2005.
L’Union européenne, bien que finançant les observateurs de la
CEDEAO, a déjà fait savoir qu’elle ne sera pas tenue de suivre les
conclusions de l’institution sous-régionale regroupant 15 pays
d’Afrique de l’Ouest sur la validité du scrutin... L’Organisation
internationale de la Francophonie, prudente, en fera de même. La
Coalition des six partis de l’opposition préfère rejeter la médiation
d’un interlocuteur sous-régional partial. Une telle offensive
incroyable sous d’autres cieux dénote du degré d’infiltration de cette
institution quant à sa souveraineté et sa loyauté vis-à-vis de la
défense de la liberté au Togo.
Sur un autre plan, les étudiants de l’Université de Kara (au nord du
Togo) n’ont pas connu les effets collatéraux de la richesse de Faure
Gnassingbé. Le 18 mars 2005, le préfet de la ville, Walakiyèm
Pépayhata et des membres du parti du Rassemblement du Peuple Togolais
(RPT) sont allés solliciter le soutien des étudiants, en les sommant
de quitter leurs cours pour venir écouter leur discours portant sur la
nécessité de voter pour Faure Gnassingbé parce qu’il « représente
l’espoir de la jeunesse ». Les étudiants ont copieusement hué et
sifflé ces derniers en leur rappelant que la simple aide universitaire
de 20,000 FCFA (30,5 Euros) par trimestre n’est pas payée… Le
mécontentement grandissant, les étudiants décidèrent de quitter la
salle et le préfet et son équipe, surpris, restèrent seuls à méditer
sur ce qu’ils avaient fait de faux[3].
Gare donc aux résultats du vote sanction dans le fief même de celui
qui n’arrive pas à convaincre les jeunes.
1. Crédibilité des élections présidentielles : l’impossible report
du 24 avril 2005
Le peuple togolais dans sa très grande majorité souhaite des élections
libres et transparentes non truquées. Les partis de l’opposition, à
savoir la coalition unifiée de six partis représentée par Emmanuel Bob
Akitani, le Parti du renouveau et de la rédemption (PRR) de Nicolas
Lawson et le Rassemblement pour le soutien de la démocratie et du
développement (RSDD) de Harry Octavianus Olympio sont tombés d’accord
pour constater, avec amertume ou larmes de crocodile, les nombreuses
irrégularités préélectorales dont fait montre le Rassemblement du
Peuple Togolais (RPT), parti de Faure Gnassingbé.
Ces nombreuses irrégularités doivent être documentées pour permettre
d’engager une action contentieuse pour vice de procédure conduisant
ainsi à une éventuelle nullification des résultats de l’après-élection
si c’est le Ministre de l’intérieur qui, en toute illégalité, viendra
arbitrairement et en l’absence de tout consensus avec les autres
partis, affirmer la victoire de son candidat sur la base de chiffres
fantaisistes. Compte tenu de l’état du système informatique togolais,
il n’est vraisemblablement pas possible d’annoncer des résultats
définitifs dès le 25 avril 2005.
Le ministère de l’intérieur a déjà cautionné de multiples fraudes
électorales au Togo notamment lors du scrutin présidentiel de 2003 et
ne manquera pas de répéter l’opération, après un si bon entraînement.
Ce d’autant plus que ces pratiques ne semblent pas soulever, outre
mesure, des réprobations du côté de la communauté internationale ou
africaine qui semble s’en accommoder. Il faut aussi, bien sûr, veiller
à ne pas laisser la Commission électorale nationale indépendante (CENI),
à la merci des injonctions du pouvoir, faire avaliser des chiffres qui
ne relèveraient pas d’un comptage transparent et avalisé par tous les
partis. Il faudra, somme toute, s’assurer qu’il n’y a pas un accord
secret entre les représentants du RPT, du PRR et du RSDD siégeant au
CENI pour accepter des chiffres qui ne seraient pas les vrais
résultats du scrutin au lendemain du 24 avril 2005 et qui donneraient
la victoire automatique à Faure Eyadéma. Cet accord secret permettrait
à des représentants du PRR et du RSDD, après avoir crié à la fraude
électorale, de se retrouver aux côtés de ceux qui auront confisqué et
usurpé le pouvoir pour co-gérer sous influence militaire le Togo. Afin
de lever toute ambiguité, il suffira aux représentants du PRR et du
RSDD de faire taire cette rumeur insistante.
Si la date des élections, fixée au 24 avril 2005, n’est pas repoussée,
les Togolais, pressés d’aller au vote, risquent de se réveiller
frustrés par les techniques d’usurpation des résultats qui sont en
train de se mettre en place, sous l’œil bienveillant, parfois
encourageant, de certaines puissances étrangères, peu enclines à
renouveler les expériences de l’alternance à Madagascar. Compte tenu
du contrôle impérial qu’exercent les militaires sur les médias locaux,
les sommes importantes affectées à certains médias internationaux, le
monopole de l’information, il faudra une détermination du peuple
togolais pour dénoncer sous la forme de manifestations, l’usurpation
du pouvoir qui est en train de se préparer.
La CEDEAO est dépassée par la capacité du pouvoir de Faure Gnassingbé
à ne pas tenir ses engagements. Ce dernier rappelle souvent à certains
présidents et secrétaires-exécutifs d’institutions sous-régionales de
la sous-région, les bons et loyaux services que feu le père Eyadéma
Gnassingbé leur a rendus. Ainsi, il suffit que le ministre de
l’intérieur se refuse à procéder à des vérifications des fraudes pour
que la CEDEAO s’aligne. Mieux, à l’insu des Présidents Mamadou Tandja,
Président du Niger et Président en exercice de la CEDEAO et Alpha
Toumani Touré, Président du Mali ayant réussi à convaincre le pouvoir
togolais de souscrire à l’Accord du 28 février 2005 accepté par tous
les protagonistes et basé sur quatre engagements fondamentaux, le
Secrétaire exécutif, assisté d’un envoyé spécial et de trois experts
de la CEDEAO, a jugé bon, de sa propre initiative et en connivence
avec le Gouvernement, de modifier l’esprit de l’Accord original. Cette
procédure dolosive est d’autant plus scandaleuse que sa finalité est
purement et simplement de faire passer l’opposition togolaise de la
position d’acteurs du jeu politique togolais à celle d’observateurs de
la victoire de Faure Gnassingbé. Sous d’autres cieux, le Secretaire
Exécutif devrait démissionner, à moins qu’il n’ait reçu des
instructions secrètes d’ailleurs...
Le problème vient du fait que si la CEDEAO n’avait pas été démasquée,
la communauté internationale continuerait à s’aligner sur les
décisions partiales de cette dernière. Dans un monde où l’information
circule librement, sont-ils tous devenus aveugles ou préparent-ils
tous un nouveau Rwanda au Togo ? Il ne faut donc pas s’étonner de la
position de la coalition de l’opposition qui demande le rappel des
agents de la CEDEAO[4],
lesquels ont fait preuve de partialité dans leur jugement conduisant
la CEDEAO à simplement convoquer une réunion de tous les protagonistes
pour finalement constater qu’il ne devrait pas y avoir de report des
élections.
Le peuple togolais veut en finir avec des dirigeants togolais et
sous-régionaux qui travaillent contre leurs intérêts. La population
veut en découdre et veut voter. Gilchrist Olympio, le chef de l'Union
des forces du changement (UFC) et Délégué Général de la Coordination
pour la Coalition de l’opposition, a fait une mise au point sur le
sujet : « Nous ne sommes pas satisfaits » de l'organisation du
scrutin « mais nous irons aux élections malgré les conditions
difficiles[5]
» à moins que « les choses ne se dégradent » au cours de la
semaine précédant les élections présidentielles.
Au-delà de la volonté du peuple, comment est-ce que la communauté
internationale peut-elle rester silencieuse et ne pas demander le
report d’élections dites « libres et transparentes » que l’Etat
togolais s’évertue à travestir en une mascarade électorale avec le
consentement d’une CEDEAO, faiseuse de « vérité » pour la
communauté internationale ? Ce silence est d’autant plus coupable
qu’au Togo :
-
des cartes d’électeurs manuscrites interdites par la Constitution togolaise
circulent et ceux que l’on veut bien faire voter y voient leurs noms inscrits, -
des trafics de cartes d’électeurs ont lieu et des lots de cartes d’électeurs non
remplies sont vendues aux yeux et à la barde des agents dits de la police
togolaise le long des frontières est et ouest du Togo[6], -
la radiation de plus de 1 million d’inscrits entre 2003 et 2005 semble faire
l’objet d’une amnésie collective à l’instar des noirs qui ont été déportés dans
les camps de concentration[7],
-
la neutralisation du vote de plus de 500 000 Togolais de la Diaspora est
orchestré par le pouvoir qui refuse de mettre à disposition les urnes et un
système transparent de comptabilité et de transmission des résultats dans ce qui
tient lieu d’ambassades ou de consulats togolais à l’étranger, -
le
remplacement des urnes comportant les votes des électeurs togolais par des urnes
préalablement remplies est en cours de préparation, -
les intimidations
quotidiennes se soldent de plus en plus par des blessés et des morts, etc. -
un
réseau de personnel soignant, à la solde du pouvoir à l’hôpital général de Lomé,
refuse de soigner les blessés des manifestations de contestation au Togo ; ces
derniers sont considérés comme des « opposants ». C’est ainsi qu’un
citoyen togolais demandant assistance après avoir essuyé des tirs à balles
réelles et assisté auparavant en direct le 14 février 2005 à la mort de son
patron, transporteur de sacs de ciments, s’est vu refusé les soins appropriés.
Alors qu’il avait une balle dans le pied, le personnel soignant l’a plâtré, l’a
laissé souffrir, puis a simplement amputé toute la jambe, comme seule manière
d’extraire une balle logée dans le pied[8].
Oui, la communauté internationale doit avoir honte de contribuer à
la création d’une démocratie de la honte au Togo. Tout ceci uniquement
parce que le peuple togolais veut s’affranchir de plus de 38 ans
d’allégeance au profit d’une nouvelle ère de liberté… A l’instar de
l’Afrique, après avoir coordonné le silence médiatique[9]
sur la dictature au Togo, les pays dits démocratiques se gardent bien
de vouloir donner des leçons de démocratie comme ils ont l’habitude de
le faire pour la corruption. Ils oublient qu’il n’y a pas de pays
corrompus sans pays corrupteurs. De même, il n’y a pas de démocratie
de l’impasse au Togo sans des pays dont les mercenaires, affranchis de
la tutelle étatique, travaillent pour la perpétuation d’une
gouvernance de l’allégeance. Un secteur privé ayant perdu le sens de
l’éthique et travestissant la démocratie togolaise semble faire
l’affaire des grandes puissances, promptes à valoriser la démocratie
et la bonne gouvernance uniquement lorsque leurs intérêts premiers
demeurent supérieurs à ceux du peuple togolais. En conséquence, les
Togolais ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Il n’y aura pas de
justice immanente qui viendra d’ailleurs s’ils ne se décident pas à
suivre le modèle des pays de l’Est qui ont su négocier dans la rue
l’alternance politique vers la liberté. Qui a dit « Aide toi et le
ciel t’aidera» ? ...
2. Le vote des bêtes sauvages au Togo
En écrivant son roman « En attendant le vote des bêtes sauvages [10]»
en 1998, feu Ahmadou Kourouma, qui vécut « longuement » au Togo,
ne soupçonnait pas un instant que la réalité pouvait dépasser son
imagination. Au-delà des ressemblances troublantes entre les
personnages du roman et ceux du pouvoir togolais, il importe de
rappeler que les Togolais n’ont jamais vraiment choisi leur système
électoral. En effet, le choix du suffrage universel direct provient du
Togo sous administration française en 1956 et le scrutin uninominal à
un seul tour a été introduit en 1958. D’après l’historien Têtêvi
Godwin Tété-Adjalogo, il s’agissait à l’époque d’innovations qui
venaient s’inscrire dans une série de lois et décrets français dont
certains remontaient à 1852. A terme, le code électoral doit être «
ré-approprié » par le peuple togolais.
Le vote pour la présidentielle au Togo en 2005 par un scrutin
uninominal à un tour est en fait en train d’opposer :
d’une part, la continuation d’un système d’allégeance, avec tous les
effets pervers collatéraux, et
d’autre part, un nouveau système de libertés plurielles que symbolise
une coalition de partis, ayant tu leurs différences en offrant enfin
au peuple togolais un candidat de consensus et d’unité.
Ainsi, sur la base de la certitude de triompher et d’être élu, il
importe que Faure Gnassingbé se rappelle la conclusion du roman d’A.
Kourouma qui écrivait en l’espèce: « Car vous le savez, vous êtes
sûr que si d’aventure, les hommes refusent de voter pour vous, les
animaux sortiront de la brousse, se muniront de bulletins et vous
plébisciteront ». A quand le vote des bêtes sauvages au Togo ?
Certains mercenaires juristes opérant au Togo pourraient même le
déclarer « constitutionnellement correct ».
Quel est donc ce pays où les libertés sont bafouées et l’information
muselée ? Quel est le pays où la communauté africaine et
internationale, par son silence coupable, risque de recréer les
conditions d’un génocide moral et cautionner une élection frauduleuse
où une très grande majorité (près de 70 %) de la population se voit
dénier le droit de s’exprimer en toute transparence ? Quel est ce pays
où le non-respect des engagements, l’impunité et l’abus du droit sont
érigés en droit commun alors que ces maux ne devraient être que des
exceptions ? Quel est ce pays où le pouvoir, ses ambassades et ses
missions consulaires refusent d’accréditer des journalistes étrangers
pour couvrir, en toute indépendance, le déroulement des prochaines
élections présidentielles togolaises ? Quel est ce pays qui n’autorise
l’information que si elle se fait à la gloire de celui qui dirige le
pays, confirmant ainsi la gouvernance du culte de la personnalité
devant conduire à adorer bientôt le « petit » timonier national
? Quel est ce pays qui refuse l’accréditation d’observateurs étrangers
et nationaux avant, pendant et après les élections du 24 avril 2005 ?
Quel est ce pays où tous les partis et la société civile demandent le
report des élections et un seul parti au pouvoir s’y oppose en usant
du silence complice de la CEDEAO ? Le Togo ? Certainement pas, dixit
la communauté internationale.
3. Les Togolais veulent-ils d’un « petit » Timonier national ?
NON bien sûr ! Le pays en question c’est Faure Gnassingbé, fils de
Eyadéma. Oui, « le Togo, c’est moi » se plaisait à dire le père… Les
agents de Faure Gnassingbé se comportent comme les détenteurs d’un
titre foncier qui recouvre le territoire togolais. La seule vraie
leçon apprise et comprise par le fils semble se résumer à répéter ce
slogan en boucle jusqu’aux élections présidentielles. Il n’est donc
pas étonnant que sur la base de cette culture politique réduite à sa
plus simple expression, le budget de l’Etat togolais se confonde
allègrement avec le compte personnel de Faure. La résidence
présidentielle de Lomé 2 n’est du reste pas comptabilisée comme
faisant parti du patrimoine de l’Etat togolais. Il s’agirait d’une
propriété privée au nom de Faure, puisque Dieu n’a pas laissé le temps
au père de faire son testament pour un partage équitable au sein de la
famille. Ceci est tellement vrai que même certains de ses propres
frères et sœurs commencent à sentir la pauvreté les menacer.
En conséquence, le faux « vrai » Président intérimaire du Togo,
Abbass Bonfoh, a été sommé de résider dans les villas dites « La cité
de l’OUA »… On s’étonne pourquoi Faure lui a interdit de résider à la
Présidence qui est restée vide. Le Togo n’a pas encore mis à jour ses
écriteaux sur l’évolution de l’organisation panafricaine… et ne semble
pas croire aux initiatives de l’Union africaine et du Nouveau
partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). En effet, le
Togo ne s’est pas bousculé pour faire partie des premiers pays
africains ayant choisi volontairement de faire évaluer leur
gouvernance politique économique par les mécanismes africains
d’évaluation des pairs (MAEP). Au contraire, le Gouvernement togolais
fait comme si cela n’existait pas.
Non inscrit, il n’y pas lieu de se faire évaluer, volontairement de
surcroît ! Il y a pourtant déjà plus de 25 pays africains
volontairement inscrits pour participer au MAEP du NEPAD. Donc, les
dirigeants togolais refusent la transparence. Comment est-ce que ces
mêmes dirigeants peuvent-ils prétendre faire des promesses de
transparence des élections ? Les citoyens togolais, ou ceux qui sont «
autorisés » à voter, devraient se rappeler que les promesses
n’engagent que ceux qui y croient. Les belles promesses de Faure
Gnassingbé au cours de sa campagne sont toutes conjuguées au futur et
ont été financées par les ponctions directes sur ce qui reste des
recettes des sociétés d’Etat. On fait dans le superlatif… Le mot
milliard est devenu « billiard ». Personne n’a pensé à
remplacer le FCFA par de l’EURO ou du Dollar américain. Le mode de
gouvernance se conjugue à la première personne du singulier comme dans
ses discours de campagnes comme ci-dessous :
« j’associerai l’ensemble de la classe politique…
je mettrai en place un sénat…
je créerai un juge des libertés ainsi qu’un code de libertés
publiques…
je ferai plus pour l’emploi et le bien-être des fonctionnaires…
je débloquerai les avancements avec effet immédiat…
j’assurerai le paiement des arriérés de pension uniquement aux agents
permanents…
j’assurerai la régularité des salaires…
je ferai attribuer des bourses présidentielles d’excellence…
j’accroîtrai la responsabilité des femmes…
j’assurerai le paiement des arriérés de pension
je ferai payer à temps le prix du coton et des ristournes seront
versées…
je mettrai le prix des engrais à la portée des agriculteurs…, et «
last but least » comme disent nos frères anglophones,
je défendrai en toutes circonstances la responsabilité et la liberté…
».
Sans vouloir commenter dans le détail ce programme non budgétisé et
sans date butoir, il est clair qu’il s’agit ici de l’aveu officiel de
tout ce que son feu père a mal fait ou n’a pas fait. Il est clair,
comme sous le règne de son feu père, qu’il ne peut y avoir de partage
du pouvoir. Le « nous » qui aurait pu faire croire que ses amis les
militaires allaient être de la partie a disparu au profit du je. Le
petit « timonier national » risque d’être un dictateur hors pair. La
notion de responsabilité dans un tel contexte doit se lire comme la
défense de l’autocensure… Bref, les Togolais et les Togolaises sont
libres de s’autocensurer pour permettre à ce régime de perdurer.
L’essence de ce régime n’est purement et simplement qu’une nouvelle
forme d’allégeance et d’esclavage. En attendant le vote des citoyens
togolais qui ne sont pas des « bêtes sauvages », il importe de bien
poser la problématique du vote.
Le citoyen togolais ne doit pas voter pour un candidat ou un autre. Il
doit voter pour ou contre l’allégeance à un système qui dure depuis
plus de 38 ans sur des bases de l’intimidation, de l’impunité et du
déni de liberté. Le citoyen togolais doit se dire qu’une fois le choix
effectué, il en a pour cinq ans renouvelables. Les « bêtes sauvages »
n’ont pas conscience de leur liberté. Le Togolais, si. Voter après 38
ans pour un fils et un système d’allégeance et de promesses
renouvelées depuis 38 ans par un père qui ne les a jamais tenues,
relève de la naïveté ou de l’intimidation. Le peuple togolais est bien
plus mûr que d’aucuns voudraient le faire croire. Ainsi, il ne faut
pas s’étonner du raz de marée de votes défavorables à Faure Gnassingbé
qui est en train de s’annoncer, si l’on en croît « radio trottoir »,
puisqu’il n’est pas possible de faire un sondage sérieux au Togo
aujourd’hui.
Lui et ses agents en sont conscients et ne peuvent accepter d’aller à
des élections libres et transparentes de peur de perdre, rappelant
ainsi la « prédiction de feu Gnassingbé Eyadéma » selon
laquelle l’intéressé expliquait à son fils que s’il lâche le pouvoir,
il ne le retrouvera plus. Le Père avait donc bel et bien conscience de
son impopularité et de sa gestion dictatoriale du pouvoir. Les
militaires aussi qui ont transformé cet état de fait en un système
dialectique de fuite en avant où l’on ne sait plus véritablement si ce
sont les militaires-affairistes qui prennent en otage Faure et son
parti ou si c’est l’inverse… Personne n’a encore trouvé la solution à
la question de savoir si c’est la poule ou l’œuf qui est apparu en
premier. Il serait pourtant bien simple pour le pouvoir d’accepter la
réalité des urnes non trafiquées et d’en tirer les conséquences.
Combien de vies humaines seraient sauvées au Togo ?
4. Des vraies « fausses urnes » aux vrais « faux résultats »
Ainsi, face à la demande de trois des candidats présidentiels de
reporter les élections de quelques semaines, le parti de Faure
Gnassingbé oppose un NON catégorique et conduit la CEDEAO à se reclure
dans le silence religieux de l’acquiescement. Il y a donc unanimité de
tous les partis pour constater la fraude pré-électorale et le fait que
les résultats du scrutin du 24 avril 2005 ont toutes les chances
d’être entachés d’illégalités, ce qui remettrait en cause la
crédibilité du scrutin. Même l’ensemble des églises, des communautés
religieuses présentes au Togo, l’ordre des avocats, sont unanimes pour
demander le report des élections afin d’éviter un bain de sang du fait
des réactions imprévisibles de la population au soir d’une élection
présidentielle entachée d’illégalités ineffables.
Le report de ces élections, s’il a lieu, a pour objet de permettre aux
1,5 millions de togolais exclus des listes électorales de recevoir
leur carte électorale, et à des observateurs et des journalistes
étrangers et nationaux de veiller à la transparence des élections
présidentielles au Togo. Il n’y a pas de démocratie véritable, ni de
légitimité d’un gouvernement si la communauté internationale et
africaine ferme les yeux sur l’opacité du processus de préparation du
scrutin et de la campagne électorale au Togo. Les violences physiques
sur les personnes ne peuvent passer sous silence uniquement parce que
les médias politiquement corrects ne veulent pas en parler. Pourquoi,
d’ailleurs, Faure Gnassingbé refuse-t-il de faire un débat public et
en direct avec Emmanuel Bob Akitani, l’un de ses plus sérieux
challengers ? Aurait-il peur ? Serait-il un piètre orateur comme le
prétendent certains de ses proches ? Au-delà des réponses, il faut se
demander comment le Togo sera géré sous un responsable (ou
irresponsable selon les points de vue) politique qui refuse le débat
public préélectoral ? En réalité, le Togolais est en train de
s’organiser pour voter pour ou contre une nouvelle dictature.
Il faut espérer que les Togolais ne seront pas dupes et voteront
massivement pour le candidat qui représente l’alternance et la
liberté. Il ne faut pas néanmoins sous-estimer la capacité du pouvoir
en place, assisté de mercenaires privés venus de pays dits des «
droits de l’Homme », de remplacer les urnes effectivement remplies
avec les bulletins de votes des citoyens togolais par des urnes
remplies d’avance par ceux qui travailleraient à la perpétuation du
régime de l’allégeance et du déni de liberté. Le rôle des observateurs
devient crucial. En effet, il suffit de s’arranger pour remplacer les
vraies urnes par des fausses pour proclamer de vrais « faux
résultats » le lendemain du 24 avril 2005. On n’a effectivement
plus besoin de plusieurs jours pour décompter, ni même d’un système
informatique. Il suffit de proclamer et laisser les médias qui ont
choisi, ventrologie oblige, le camp de ceux qui optent pour
l’allégeance. Ces mêmes médias viendront alors vous donner des donner
des leçons d’information libres et transparentes. Il est vrai que tout
est possible dans une démocratie de la honte.
5. La CEDEAO peut encore se réhabiliter
Il suffit au Président en exercice de la CEDEAO de rétablir la vérité
en corrigeant ainsi les erreurs du Secrétaire Exécutif qui a choisi
unilatéralement d’avaliser les faits et dires de Faure Gnassingbé sur
le non-respect des promesses faites et portant sur les procédures
post-électorales. Pour ce faire et suite à l’invitation des quatre
candidats à Niamey, la CEDEAO devrait faire savoir sa position en
référence à l’éthique et l’intérêt supérieur de la population
togolaise. Il n’a pour cela pas besoin de s’aligner sur la position du
candidat du RPT qui refuse le report de la date du 24 avril 2005.
La médiation continue au moment où cet article est sous presse. Il
suffit de prouver que des urnes remplies d’avance et portant
uniquement des bulletins de vote au nom de « Faure Gnassingbé »
sont en circulation pour justifier un report des élections et offrir
plus de crédibilité aux résultats effectifs.
En cas d’impossibilité de trouver un accord sur ce point, il faudra
alors recourir à l’article 45 de la constitution qui stipule, au rang
des devoirs qui incombe au citoyen togolais, que « Tout citoyen a le
devoir de combattre toute personne où groupe de personnes qui
tenteraient de changer par la force l'ordre démocratique établi par la
présente Constitution ». Le peuple togolais doit se préparer à une
manifestation populaire géante et pacifique comme en Ukraine et en
Georgie pour obtenir la démission d’un pouvoir illégalement usurpé
après les élections présidentielles, si les élections, la non-révision
des listes et la non-transparence sont maintenues au lendemain du 24
avril 2005. L’union sacrée regroupera alors toute la population
togolaise, y compris les réformateurs du RPT qui ont subi les foudres
d’une gouvernance basée sur l’allégeance, la peur et la médiocrité.
Le vote des Togolais, s’il est libre et transparent, déterminera s’il
faut s’inscrire dans la logique de la continuité d’un tel système. Ce
vote sera historique puisque c’est au Togo que le premier coup d’Etat
a eu lieu en 1963 et ce sera au Togo que le peuple décidera, avec ou
sans l’aide directe de la communauté internationale, de sortir d’un
système basé sur l’impunité et la délation pour choisir librement un
système basé sur la liberté. A défaut, la communauté internationale
sera responsable de la création d’un Etat défaillant. Au plan
opérationnel, le refus de reprendre intégralement l'opération de
révision du fichier électoral avec une réintégration de près de 1,5
millions de togolais y compris la Diaspora et d’arrêter les fraudes
massives activement soutenues par une poignée de
militaires-affairistes togolais et des mercenaires en col blanc ne
peut que mettre en cause la crédibilité des résultats à venir.
Conclusion : les Etats-Unis de retour au Togo
Le nouveau chargé d`Affaires à l’ambassade des Etats-Unis au Togo,
Charles H. Twining, a précisé le 12 avril 2005 après une audience avec
Mr. A. Bonfoh que les Etats-unis souhaitent des « élections
crédibles, ouvertes, transparentes et qu’il n’y ait pas une période de
violence mais plutôt d’entente, surtout après les élections ». Il
importe que les discussions entamées par les Etats-Unis pour soutenir
le processus électoral togolais ne se limitent pas seulement au
Gouvernement togolais intérimaire, à l’Union européenne et à la CEDEAO
dont les experts électoraux sont considérés comme non grata au Togo.
Elles doivent être élargies à l’Union Africaine, à l’Organisation
internationale de la Francophonie (OIF) avec la participation des
quatre candidats aux élections présidentielles si l’on souhaite que
l’union sacrée soit pilotée avec succès par la communauté
internationale. Les vraies « fausses urnes » ne sont pas
souhaitées au Togo.
Il faut donc croire que de même que l’Afrique n’est pas à vendre, le
peuple africain, togolais en particulier, ne l’est pas non plus. Même
en « cadeautant » certains pour soutenir les manipulations
illégales des cartes électorales et des urnes, le peuple togolais
risque simplement de sanctionner un régime devenu un club
d’affairistes désintéressés par l’intérêt supérieur du pays, et
mobilisant ses partisans en usant plus du « bâton et de la peur »
que de la « carotte ». Dans tous les cas de figures, il ne
s’agit nullement d’un système ouvert et libre. Le citoyen togolais
saura faire la différence quelles que soient les dates retenues.
17 avril 2005
Par Yves Ekoué Amaïzo
Auteur et Economiste à l’Organisation des Nations Unies pour le
développement industriel (ONUDI).
Il s’exprime ici à titre personnel.
1. Sud Tribune, « Harry Olympio dénonce une
campagne soldatesque du général Tidjani », voir sur Internet :
http://www.sudtribune.info/article.php?id=66.
2. La Déclaration de la Coalition des six partis de
l’opposition togolaise (ADDI, CAR, CDPA, PSR, UDS-Togo, UFC) : « La
Coalition exige le retrait immédiat de la CEDEAO du processus électoral »,
14 avril 2005, voir sur Internet : http://www.letogolais.com/article.html?nid=1918
ainsi que Angola Press, 14 avril 2005 « L’opposition togolaise accuse la
CEDEAO de parti pris », voir sur Internet : http://www.letogolais.com/article.html?nid=1920
« La coalition de six partis politiques de l`opposition togolaise a accusé
la Communauté économique des Etats de l`Afrique de l’Ouest (CEDEAO) de
violer le principe de neutralité et de s’écarter de sa mission de
médiation de supervision du processus électoral au Togo »
3. Justin Hézu Tiyé, « Etudiants de l’Université de Kara :
le RPT loupe son numéro de séduction », 26 mars 2005, voir
www.togoforum.com/Ap/ap05/ap032605.htm
4. Angola Press, 14 avril 2005, op. cit.
5. AFP, « L'opposition participera aux élections malgré
les « conditions difficiles » », 16 avril 2005, voir
http://www.letogolais.com/article.html?nid=1931
6. La Rédaction de TogoElections.org : « des milliers de
cartes d’électeurs togolaises saisies au Bénin », 12 avril 2005, voir
www.togoelections.org/actualite.php ?id=12 – « Dans les localités comme
Djougou, Tanguieta et Natitingou, des Béninois qui détiennent ces cartes
s’organiseraient pour voter le 24 avril 2005 en territoire togolais
contres des récompenses. La même chose est signalée à Bassila vers le
Centre, proche de la ville togolaise de Tchamba ».
7. Serge Bilé, Les noirs dans les camps nazis, éditions
Serpent à plumes, Paris, 2005.
8. FIDH, La situation des droits de l’homme au Togo,
janvier 2003-avril 2004, voir sur l’Internet : http://www.fidh.org/IMG/pdf/tg0706f.pdf
ainsi que : Amnesty International, Rapport annuel 2004, chapitre sur le
Togo, notamment pages 16 et 20 :
http://web.amnesty.org/report2004/tgo-summary-fra
9. Christian d'Alayer, Un crime médiatique contre
l'Afrique : Les Africains sont-ils tous nuls ? Editions Le Bord de l'eau,
Paris, 2004.
10. Ahmadou Kourouma, En attendant le vote des bêtes
sauvages, Roman, éditions du Seuil, Paris, 1998.
11. Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo, Histoire du Togo : La
palpitante quête de l’Ablodé 1940-1960, avec une préface de Gilchrist
Olympio, « collection Libre Afrique », éditions NM7, Paris, 2000, p. 380.
12. Ahmadou Kourouma, op. cit., p. 358.
13. Voir aussi le rapport d’une mission d’évaluation
américaine au Togo : The International Republican Institute (IRI) and the
National Democratic Institute (NDI), Togo Assessment Mission Releases
Findings, Washington, D.C., April 7, 2005. [Lire
le PDF]
14. Yves Ekoué Amaïzo (sous la direction de), L’union
africaine freine-t-elle l’unité des Africains ? Retrouver la confiance
entre les dirigeants et le peuple-citoyen, avec une préface de Aminata
Dramane Traoré, collection « interdépendance africaine », éditions
Menaibuc, Paris, 2005.
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Yves E. Amaïzo

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