|
Togo : un Gouvernement « coupé-décalé
» en postcolonie ?
Introduction :
Pour le peuple togolais, la géopolitique des
Occidentaux ne peut s’affranchir des vues des relations privilégiées entre
la France et l’Afrique. En effet, tant que les préoccupations de l’Etat
français ne seront pas satisfaites, il y a des grandes chances que le «
coupé-collé » de la démocratie française ne fonctionnera pas de si tôt au
Togo. Faure Gnassingbé, actuel président consacré par la falsification des
résultats prononcés par une Cour Constitutionnelle togolaise à sa solde,
est une émanation d’une nouvelle forme de démocratie « coupée-décalée ».
1. La démocratie « coupée-décalée »
Lors du 16e sommet des chefs d’Etat de France et
d’Afrique du 20 juin 1990 et en référence à la fin de la guerre froide
entre les grandes puissances, le feu président français François Mitterand
prononça le fameux discours de la Baule qui contenait un principe
fondateur pour l’aide au développement en Afrique à savoir :« La France liera tout son
effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers
plus de liberté ».
En s’interrogeant sur les relations France-Afrique,
celles avec le Togo et la Côte d’Ivoire en particulier, ne faut-il pas
revoir à la lumière des pratiques et des évolutions en cours de la
politique étrangère française s’il ne faut pas préciser le sens de la
Baule comme suit : « La France
liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis si
les intérêts français ne sont pas fondamentalement remis en cause ».
En effet, les références à la liberté, à la démocratie voire même aux
droits de l’homme sont considérées dans le cas togolais comme priorité
seconde si les intérêts français, réels et stratégiques, sont mis en
compétition.
Il fut un temps question de faire du « coupé-collé » de
la démocratie française en Afrique francophone. Mais la vitesse à laquelle
une vraie démocratie en Afrique pouvait émerger a surpris les promoteurs
qui n’avaient immanquablement pas pensé aux implications à long terme d’un
refus de revalorisation des intérêts des populations africaines. A défaut
d’intégrer les préoccupations et les intérêts de la population africaine,
la démocratie coupé-collé s’est muée en un concept émergent au contour
flou : la démocratie « coupé-décalé ». Malheureusement, donner une
priorité aux populations revenait, pour ceux qui refusent de considérer
les Africains comme des partenaires à part entière, à mettre en danger les
intérêts français.
Au demeurant, presque toutes les interventions
françaises reposent d’ailleurs sur ce postulat de la « défense des
intérêts français » dans un pays considéré comme faisant partie du
pré-carré postcolonial. L’essentiel des crises entre la France et les pays
d’Afrique francophone qui tentent de faire évoluer cet état de fait se
résume en une incompréhension, elle-même liée aux hommes et femmes ayant
opté pour une forme obsolète de paternalisme-conservatisme. Il est plus
question de trouver des « appuis locaux » pour imposer un point de vue
exogène que de favoriser une négociation permettant à des forces vives
alternatives d’intégrer le jeu politique.
Il ne faut donc pas s’étonner de l’échec de la
médiation de la CEDEAO, de celle d’Olusegun Obasanjo à Abuja le 17 mai
2005 à la tête de quelques Présidents africains soigneusement choisis pour
« discuter » avec les partis de l’alternance togolaise. Il n’y fut pas
question de traiter les résultats contestés des élections mais de la forme
que doit prendre un gouvernement d’union nationale, occultant l’usurpation
du pouvoir et introduisant la démocratie
« coupée-décalée »,
celle qui repose sur le mensonge, la fraude et l’abus du droit que
d’aucuns considèrent comme une démocratie à l’africaine.
Dans une telle constellation, l’Etat de droit à savoir,
entre autres, le respect des droits humains, des résultats des urnes, de
la liberté de tous les Togolais, du fonctionnement autonome de la justice
etc. est commué en une cascade systémique d’allégeance dont les termes
semblent se préciser.
Souvent synonyme d’injonction en terre CEDEAO, le
soutien de Jacques Chirac aux initiatives du Président Olusegun Obasanjo
lors de sa visite officielle à Paris le 26 mai 2005 semble conditionné par
la nécessité pour Faure Gnassingbé de respecter les « engagements pris par le Togo vis-à-vis
de l'Union européenne ». Il est question
de respecter les promesses faites à feu Eyadéma Gnassingbé qui reste l’ami
personnel même dans l’outre-tombe. Aussi paradoxal que cela puisse
paraître, tout non respect de cette parole donnée pourrait avoir des
conséquences ésotériques incalculables sur l’avenir politique des
personnes ayant accepté de ne pas trahir ce serment.
En « real politic », il s’agit tout simplement de faire
main basse discrètement et légalement sur les reliquats de l’aide au
développement affectée au Togo et bloquée depuis 1993 au niveau de l’Union
européenne. Il est donc clair que ce n’est pas un gouvernement d’Emmanuel
Bob Akitani, spolié de sa victoire pour la deuxième fois consécutive, qui
peut accepter de satisfaire d’abord les intérêts de la France aux dépens
de ceux du peuple togolais. Et c’est là que le bât blesse.
Comment trouver des dirigeants togolais qui puissent
accepter de faire passer les intérêts de la « Françafrique » avant ceux
des Togolais ? Il y a d’ailleurs un refus catégorique des défenseurs de la
légitimation des élections falsifiées au Togo de mettre en cause les
avantages acquis qui deviennent de plus en plus des biens publics mal
acquis. Il ne faut pas s’étonner qu’un gouvernement d’alternance, reposant
ses principes sur l’éthique, la paix et la justice, ne peut que s’opposer
à de telles pratiques sans toutefois refuser d’en rediscuter les nouveaux
termes, en tant que partenaire et non « simple exécutant ». Personne ne
s’intéresse à discuter de la modernisation effective des relations
France-Togo avec les partis de l’alternance. Il est surtout question de
conservatisme par chefs d’Etat interposés. Loin de ces considérations, ce
conservatisme obsolète porte la responsabilité des morts, des blessés et
des réfugiés togolais. La raison est que ce conservatisme laisse libre
court à des pratiques intolérables en démocratie occidentale.
2. « Le doigtage » et le « copiage » : nouvelles
expertises de l’armée togolaise
Il faut donc, pour les partisans du « changement dans
la continuité », trouver une solution qui permette, au mieux, de continuer
les pratiques d’antan ou, au pire, de passer par un gouvernement dite «
d’union nationale » qui devra cautionner et légitimer l’usurpation du
pouvoir et passer par pertes et profits les milliers de morts, de blessés,
de battus, de violés... Il y a lieu de s’étonner que la promotion par
l’armée togolaise de la politique d’intimidation, de délation et
d’harcèlement n’émeuve personne, sauf les organisations des droits de
l’homme, elles-mêmes s’étonnant du manque de réponses officielles à leurs
appels incessants.
Sur le terrain, l’armée, de sa propre initiative, ce
qui en dit long sur le contrôle de Faure Gnassingbé sur ceux des
militaires qui l’ont choisi, finit pas pousser une grande partie des
Togolais vers l’exil, abandonnés qu’ils sont à leur sort par la communauté
internationale. Quand ils ne sont pas « doigtés », c’est-à-dire mis à
l’index puis abattus avec une disparition rapide du corps, ils viennent
grossir les rangs des réfugiés dans les pays voisins. Le doigtage
s’applique aussi aux habitations où l’on choisit de préférence celles où
il y a des femmes sans défense… Les jeunes hommes sont priés par la
famille de prendre le maquis et viennent rejoindre le flot des réfugiés de
peur de subir les foudres des éléments contrôlés de l’armée. Là encore, la
France, en toute bonne conscience, a rapidement envoyé quelques subsides
financiers pour permettre aux autorités nationales béninoises et
onusiennes (Haut Commissariat des Réfugiés) d’accueillir cette population
apeurée. Merci !
Néanmoins, tout porte à croire qu’il est moins coûteux
et moins déstabilisant pour la France et les Etats africains de la
sous-région d’avoir à légitimer la non-victoire de Faure Gnassingbé que
d’accepter celle de Bob Emmanuel Akitani. En effet, la propagande d’Etat
et les visions fantasmagoriques de certains conseillers à l’Elysée ayant
encore en vision les cauchemars de la politique française au Rwanda, ont
préféré faire un « choix mesuré ». Eviter au Togo le génocide planifié
comme au Rwanda en conjurant une victoire légitimée de Bob Emmanuel
Akitani. A ce titre, l’obligation de réserve de l’ex-ministre togolais de
l’intérieur qui a démissionné pour éviter de porter la responsabilité d’un
génocide localisé planifié, est scrupuleusement respectée.
Selon une école de pensée dont les compétences
livresques sont inversement proportionnelles à leur mépris du noir et du
peuple togolais, toute la stratégie consiste, face à la victoire annoncée
du candidat de l’alternance, de compter le nombre de morts possibles dans
l’un ou l’autre camp en cas de victoire. La décision de soutenir tel ou
tel candidat, indépendamment des résultats des urnes, s’est faite
principalement en fonction du nombre minimum plausible de morts et de
blessés. D’après cette analyse, la victoire des partis de l’alternance
aurait créé une situation d’insurrection de l’armée togolaise qu’il
fallait absolument évitée en falsifiant d’une manière ou d’une autre les
résultats. Si le ministère français de la Défense et les services secrets
affichent une amnésie paranoïaque sur les traces visibles ou non des
soutiens directs ou indirects de la France tout au long du transfert du
pouvoir du feu Grand Gnass au Petit Gnass au Togo, il y a lieu de croire
que le groupe des cinq généraux de l’armée togolaise, qui dirige en
réalité le pays, n’est pas dupe au point d’avoir oublié de faire des
photocopies en couleur, placées en « zone franche offshore ».
La France peut donc maintenant afficher sa neutralité
pleine et entière, sauf qu’il s’agit d’une neutralité coupable et qu’elle
fera tôt ou tard l’objet de chantage. Les « intérêts bien compris » ont
donc longue vie au Togo dans une dialectique qui risque de se jouer à
terme aux dépens de Faure Gnassingbé.
3. La légalisation d’un putsch militaire par gouverneur
africain interposé
Il faut se demander pourquoi faut-il absolument avoir
un « gouvernement d’union national » alors que le pouvoir en place est une
offense au vote républicain de la majorité des Togolais ? Il s’agit d’une
insulte aux peuples pour qui la démocratie ne peut s’africaniser selon le
bon vouloir de quelques puissances occidentales et africaines qui ne
tolèrent pas d’évolution dans l’un des bastions du pré-carré. Une
post-colonie où le gouverneur use de l’armée pour falsifier les résultats
d’élections, tue allègrement une partie de la population, et refuse qu’une
enquête conduite par des représentants d’organisations indépendantes
internationales soit menée sur les pratiques dans cette « Suisse de
l’Afrique » où il ne fait pas bon vivre si l’on est en désaccord avec le
régime en place. La plupart de la population y est sous écoute et les
communications sont interrompues lorsqu’il s’agit de procéder à un
nettoyage ethnique partiel de la partie de la population qui a une
différence d’opinion ou appartient aux partis de l’alternance.
Le gouverneur de la post-colonie ne rend compte, même
en catimini, qu’à ses maîtres. Il n’a aucun compte à rendre à la
population togolaise qu’il est censé représenter. En réalité, on se
demande d’ailleurs pourquoi le gouvernement d’union nationale ne devrait
finalement pas intégrer des ministres occidentaux puisque ce sont ces
derniers qui choisissent ou donnent leur « non-objection » sur le choix de
la plupart des ministres locaux. Cette situation irréaliste témoigne bien
des méfaits de l’indépendance politique octroyée dans les années
1960. Bref, il faudra tôt ou tard dire ou rétablir la vérité si l’on veut
construire un vrai partenariat intelligent, complémentaire et pacifique
entre la France et le Togo.
Malheureusement, le Togo de Faure Gnassingbé fonctionne
encore comme un protectorat français et, à ce titre, il est difficile pour
l’ONU, l’Union africaine et les pays tiers de faire de l’ingérence dans
l’empire franceafrique. C’est cette prescription fondamentale qui explique
la difficulté de trouver des solutions rapides et pacifiques à la crise de
la succession des Eyadéma, car il s’agit bien de cela.
Il n’y a pas de crise togolaise. Il y a une crise de
succession dans l’empire usurpé par la force de feu Eyadéma Gnassingbé car
ce dernier n’a pas laissé de testament. Dieu en a voulu ainsi. On se
demande sur la base de quelles pressions l’Union africaine a finalement
accepté de « réintégrer » Faure Gnassingbé en son sein compte tenu du zèle
déployé dans le cas Madagascar avec le Président Marc Ravalomanana. En
effet, le conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine estime que
l’on ne « peut plus
considérer la situation comme anticonstitutionnelle au Togo et que l’on ne
peut plus remettre en cause la légalité et la constitutionnalité du régime
au Togo ».
Sur le plan opérationnel, l’Union africaine a choisi la
voie de la facilité en croyant avoir opté pour l’apaisement. L’avenir
validera ou pas ses choix peu courageux et éloignés de l’éthique. Sur le
plan des principes, l’UA risque de voir ses différents efforts
progressistes en faveur de l’éthique et la démocratie rappeler étrangement
les pratiques de la défunte Organisation de l’Unité africaine. Faut-il
alors peut-être rechercher ailleurs les moyens de faire triompher
l’éthique et la vérité en faisant appel à Dieu directement pour rétablir
la vérité ?
4. Le Pape Benoit XVI doit exorciser le Togo
Le Pape Benoît XVI ne s’y est pas trompé. Son devoir de
vérité et de protection des plus faibles face à l’agressivité morbide des
plus forts, libérée dans le cadre du processus de globalisation des
échanges et de l’économie mondiale, se résume à la priorité qu’il a bien
voulu accorder aux Africains en admettant en toute humilité et sous la
forme d’une confession publique : « Nous devons reconnaître que si l’Europe
a exporté vers l’Afrique la foi dans le Christ, elle lui a aussi transmis
ses propres vices, notamment la corruption et la violence qui ravagent le
continent. Nous vendons des armes, nous pillons les richesses de cette
Terre. Nous, Européens, devons admettre notre responsabilité et notre
culpabilité. Il faut impérativement qu’en direction de ce grand continent
du nouvel humanisme qu’est l’Afrique, l’exportation de la foi surpasse
celle du vice ».
Félicitations ! Toutefois, le Pape, avec tout le
respect qui lui ai dû, a peut-être omis de rajouter qu’aujourd’hui dans le
cadre de la post-colonie togolaise, le nouvel humanisme passe par la
maîtrise des aptitudes et des capacités productives dans un environnement
transparent où l’impunité est bannie pour permettre à la dignité d’éclore.
En prolongeant l’approche de son prédécesseur feu le Pape Jean Paul II,
construite à partir d’un paternalisme conservateur ne valorisant qu’avec
modération l’importance de l’acquisition et la maîtrise du système de
production en interne mais devant provenir de forces endogènes non
neutres, le nouveau pape semble oublier que la foi existait en Afrique
bien avant l’arrivée des colons-esclavagistes. Aucune des religions dites
animistes ne commencent un culte sans invoquer un Dieu unique… Feu Jean
Paul II l’avait perçu et reconnu.
Au demeurant, Benoît XVI est le bienvenu sur le sol
togolais où sa mission première sera de procéder à un exorcisme d’un genre
nouveau pour libérer le peuple togolais du joug de la tyrannie de Gog et
de Magog. Benoît XVI témoignera ainsi au monde que la dictature de l’armée
togolaise n’est pas moins grave que celle en Irak ou d’ailleurs devant
Dieu et les humains. Dieu lui rendra au centuple.
Les difficultés à organiser au niveau opérationnel les
passerelles entre les religions et les peuples sont les mêmes que la
recherche de la constitution d’un hypothétique gouvernement d’union
nationale qui semble de plus en plus imposée par les vrais gouverneurs de
la post-colonie Togo. Ces derniers ont choisi de baser toute leur
stratégie sur un paternalisme conservateur qui associe des chefs d’Etat de
la sous-région peu enclins à défendre la vérité et le peuple togolais,
compte tenu des conditions dans lesquelles ils ont eux-mêmes accédé au
pouvoir ou des « aides » obtenues pour y accéder.
5. De la post-colonie selon les lois d’un protectorat
francophone.
Pourquoi faut-il aller cautionner la constitution d’un
gouvernement à la solde de l’empire Eyadéma, gouverneur de la post-colonie
Togo dont le mode de gestion repose sur la « bonne » ou plutôt la «
mauvaise » volonté des généraux de l’armée, le dol, l’usurpation du
pouvoir, l’appropriation des biens publics et l’impunité ? Ce coup d’Etat
par courroie de transmission n’est rien d’autre qu’un fait du Prince, une
injure à une grande majorité du peuple togolais ? Comment est-ce que des
chefs d’Etat de la CEDEAO, de l’Union africaine et des pays occidentaux
ont-ils pu se laissé berner à ce point. Sont-ils tous complices ou tout
simplement impuissants face à des pouvoirs occultes ? Le peuple togolais
sort grandi de cette épreuve, purifié dans le sang des morts et des
blessés.
Ce sont les dirigeants africains et occidentaux qui
sortent honteux, augmentant encore plus le manque de confiance entre les
dirigeants et le peuple. Cette crise de crédibilité et de confiance se
personnalise avec le temps. Ainsi, en jouant la montre, Faure Gnassingbé
pourrait à terme voir la tendance s’inverser au point que certains pensent
déjà à une éventuelle et incertaine démission, basée sur les résultats
d’une « hypothétique » enquête internationale sur les abus et atteintes
graves aux droits humains. Un changement imprévu de « représentant » de la
part de l’armée peut aussi donner un résultat similaire, mais dans la
violence.
Face aux pressions et une résolution du parlement de la
CEDEAO, Faure Gnassingbé vient de décréter la création d’une commission
nationale spéciale d’enquête indépendante sur les actes de violences et de
vandalismes survenus avant, pendant et après les élections présidentielles
du 24 avril 2005 à Lomé et dans certaines préfectures et qui ont entraîné
des pertes en vie humaines et d’importants dégâts matériels. Cette
Commission a été confiée à Me. Joseph Kokou Koffigoh, ex-premier ministre,
et témoigne là encore d’une gestion en interne de la situation. Pourquoi
est-ce qu’une commission internationale ne ferait pas l’affaire avec des
représentants choisis sur une base paritaire : gouvernement, opposition et
société civile y compris la Diaspora ? Pourquoi est-ce que l’on ne
laisserait pas simplement une commission internationale sous l’égide de
l’ONU et de l’Union africaine faire son travail sous contrôle des médias
internationaux ?
La communauté internationale ne doit pas oublier que
l’armée la plus forte et outillée en Iran au temps du Chah d’Iran est
tombée car la confiance entre les dirigeants et le peuple avait disparu,
laissant d’ailleurs la place à un régime intégriste. Le Togo risque de
payer cher à terme cette construction institutionnalisée du manque de
confiance entre le peuple et les dirigeants togolais. Le poids et la
crédibilité des chefs d’Etat africains et internationaux sont largement
mis en cause. Mais s’ils s’accordent tous pour dire que tout s’est bien
passé, que peut faire le peuple muselé ? Le rôle des intellectuels
togolais, africains et internationaux devient crucial pour un combat pour
la vérité. Tant que le Togo ne sera pas une menace pour les intérêts des
grandes puissances, les agents servant d’intermédiation pour les
gestionnaires de la post-colonie continueront à le gérer selon les lois
non-écrites d’un protectorat francophone. Au niveau européen, les
décisions du parlement européen ne pourront trouver un écho que si
paradoxalement les Etats-Unis font pression. La paix au Togo risque de
ressembler étrangement à la paix des cimetières.
6. Une période de transition et une enquête-audit
indépendant sous un gouvernement d’interdépendance
La paix durable a besoin d’un période de transition et
pas d’un gouvernement d’unité nationale. L’élection ou plutôt l’absence de
résultats transparents pour la 3e fois lors d’élections présidentielles
togolaises posent problème. Le problème de fond demeure l’armée et cela ne
semble pas avoir échappé à Nicéphore Soglo, maire de Cotonou, lors de sa
prise de parole le 25 mai 2005 dans la capitale béninoise. Il a clairement « dénoncé l’attitude
de l’armée togolaise qui, en se substituant au peuple, porta le fils du
défunt Eyadéma Gnassingbé à la tête de l’Etat».
Il a aussi eu le courage de dénoncer l’attitude de la CEDEAO laquelle a
accepté de valider l’irrégularité d’un scrutin usurpé sans toutefois
proposer à celle-ci de revenir sur sa décision pour restaurer sa
crédibilité. Par ailleurs, les conditions permettant la formation d’un
gouvernement dit « d’union nationale » ne sont pas réunies et cela a été
notifié par la coalition des partis de l’opposition à Faure Gnassingbé
lors de son récent passage sur Paris.
Donner du temps au dialogue comme proposé par Nicéphore
Soglo, c’est permettre à Faure Gnassingbé de diriger le Togo pendant au
moins un an avec un mandat usurpé, apparemment accepté par le conseil de
paix et sécurité de l’Union africaine. Refaire les conférences nationales
sous d’autres formes n’est pas une solution et aucun progrès ne sortira
sur le volet « armée et contrôle
de l’appareil productif au Togo ». En
effet, pendant que l’on palabre, d’autres tirent sur la population.
La solution passe par une enquête sur le rôle de
l’armée dans le pays dès la mort du feu Président Eyadéma Gnassingbé.
Cette enquête devrait être doublée d’un audit des comptes de la structure
production importante dans le pays dont il ne faut pas exclure le port, la
zone franche, le phosphate, le cacao, etc. En effet, les conclusions,
espérons le indépendantes, permettront enfin relever le vrai problème du
Togo à savoir l’utilisation de l’armée contre les intérêts du peuple tout
en défendant les intérêts de ceux qui considèrent le Togo comme une
post-colonie. Dans le cadre d’une amnistie générale, il faudra alors
paradoxalement et éventuellement demander à la communauté africaine et
internationale de trouver une occupation « rémunérée » pour certaines
personnalités qui feront l’objet de condamnation. En effet, pour une paix
durable, il faut une armistice mais cela ne devrait pas empêcher les
personnalités identifiées comme responsables par une commission
indépendante internationale d’être jugées, pourquoi pas, par le Tribunal
pénal international. Il y a eu mort de Togolais et Togolaises et une
tentative avortée de génocide au Togo dont les effets collatéraux se
poursuivent comme le démontrent l’augmentation du nombre des réfugiés dans
les pays voisins.
Seul un gouvernement d’interdépendance pourra permettre
de mener en toute indépendance ces actions indispensables pour la
réconciliation. La CEDEAO ayant été discréditée, certains chefs d’Etat
d’Afrique de l’Ouest et centrale subissant le même sort, il ne reste
éventuellement plus que l’Union africaine au grand complet qui devrait
regarder du côté de l’Afrique du sud compte tenu de l’indépendance et la
crédibilité du Président Tabo Mbéki. La réconciliation passe par l’Afrique
du sud.
7. La réconciliation
La réconciliation du peuple togolais se fera avec le
temps. La recherche de solutions ne passe pas uniquement par la palabre
africaine. Elle passe d’abord par une reconnaissance de la vérité, à
commencer par les chefs d’Etat de la CEDEAO, car ce sont eux qui ont donné
le mauvais signal à la communauté internationale laquelle s’est contentée
de s’aligner sur des informations manquant d’objectivité. Celles-ci ont
fini par faire douter de la crédibilité de la CEDEAO, malgré les
auto-satisfecits locaux entre pairs.
La réconciliation passe aussi par la prise en compte
des intérêts croisés, parfois divergents des grandes puissances, et la
possibilité d’intégrer les hommes d’affaires dans le moule de la
globalisation et leur demander de respecter des procédures d’appel
d’offres transparentes qui ne peuvent continuer à être imposées par le
biais des relations d’Etats sur la base de l’acceptation de la
non-concurrence comme mode de gouvernance et se soldant par des marchés de
gré à gré. Ces approches permettent non seulement de ne pas sanctionner la
gestion calamiteuse de l’économie togolaise pendant plus de trois
décennies mais surtout offrent la possibilité par des privatisations à
l’emporte pièce, de brader des pans entiers de l’économie togolaise
lesquels tombent dans l’escarcelle des investisseurs étrangers qui souvent
disparaissent du pays dès que l’amortissement des biens d’équipements est
terminé… Des exemples sont légions dans la zone franche. Encore faut-il
avoir accès aux données !
Bref, le Togo n’est plus à l’étape des bonnes paroles
qui ne blessent personne. Si quelqu’un veut aider le Togo, qu’il prenne
son bâton de pèlerin et offre la vérité au public togolais. A ce titre, il
faut croire que cette intervention de Nicéphore Soglo devrait amener
plusieurs autres grands responsables africains à réagir à la position
courageuse du Parlement européen. Il faut toutefois saluer la position du
parlement de la CEDEAO qui fait état de sa préoccupation sur la « gravité des violences (morts,
blessés et biens saccagés) » qui ont émaillé le processus électoral au
Togo et qui constituent une violation grave des Droits des hommes ainsi
que des protocoles de la libre circulation des personnes et des biens, le
droit d’établissement et de résidence »…
Les parlementaires se sont bien gardés de mettre en cause la décision de
la CEDEAO et on préféré demander à leur collègues de l’Union européenne de
faire « preuve de modération en
adoptant une attitude propre à favoriser la concorde dans l’évolution de
ce pays et dans le respect de la souveraineté des Etats africains ».
Bref, les parlementaires de la CEDEAO sont à l’image de la CEDEAO. Ils
valident la position officielle de la CEDEAO qui n’est rien d’autre qu’une
validation d’une parodie d’élection au Togo. Tous les
parlementaires ne sont, hélas, pas des représentants élus selon les règles
de l’art… L’un explique l’autre. Il ne faut donc pas s’étonner que le
parlement africain, dont les personnalités ne sont pas nécessairement
toutes élues, soit resté bien silencieux. Il n’est jamais trop tard pour
dire la vérité au peuple togolais et au monde.
8. Demander à l’Union européenne de stopper le « transfert-retour » de l’aide au développement
Si tout le monde s’accorde sur la parodie et le
mensonge grossier des résultats de l’élection togolaise, personne n’ose
véritablement mettre en cause une forme de
« transfert-retour
» de l’aide communautaire vers le pays
européen ayant le plus contribué à constituer cette cagnotte
communautaire. Certains milieux d’affaires français ont besoin de se faire
attribuer des marchés et des contrats sans concurrence. Cela équivaut dans
les faits à « récupérer »
une cagnotte d’aide au développement pour le Togo qui dort au niveau de
l’Union européenne. Quel gouvernement d’union nationale est prêt à remplir
cette mission ? Toutes les personnalités qui choisissent de passer les
priorités du monde extérieur avant celles des Togolais. Il existe pourtant
des possibilités d’avoir des stratégies où chacun gagne dans ce jeu où le
rapport de force est asymétrique. Un gouvernement d’union nationale sans
travail d’équipe n’a pas de sens. Les personnalités de l’alternance et
celles de la société civile ne serviront qu’à « cautionner » un coup
d’Etat militaire par personne interposée. Les personnalités de la société
civile peuvent jouer un grand rôle pendant la période de transition si
leur sécurité est garantie par la communauté internationale.
Le premier compromis que la communauté internationale
et africaine devra faire accepter par les militaires togolais est que la
gestion des fonds en provenance de l’Union européenne ne peut être confiée
aux représentants du parti au pouvoir. Il en est de même pour la gestion
du port et de la zone franche. Le désaccord tacite et profond entre les
chancelleries allemandes et françaises sur cette question contribue à
cantonner la position de l’Union européenne dans une forme de « wait and
see ». Les partis de l’alternance togolaise doivent ouvrir une offensive
diplomatique auprès de l’Allemagne, des Etats-Unis, du Canada, de la
France et de l’Union Africaine. L’UA devra intégrer l’Afrique du sud dans
la recherche de solutions justes et transparentes pour le peuple togolais,
à l’instar de ce qui a été fait, avec succès, en Côte d’Ivoire.
Pour ouvrir les portes de l’aide de l’UE, il faut
l’accord de l’Allemagne. Faut-il rappeler l’incendie de l’Institut Goethe
à Lomé par des hommes en treillis militaires ? Faut-il rappeler que même
soumis à des obligations de réserve, François Esso Boko ne peut avoir été
secouru et protégé à l’ambassade d’Allemagne sans révéler en contrepartie,
au moins partiellement, l’essentiel du plan d’attaque génocidaire prévu
par les militaires contre le camp de l’alternance dont les partisans
étaient identifiables par leur maillot « jaune » ? Faure Gnassingbé et ses
généraux font maintenant pression sur la famille de F. B. Boko en
licenciant l’une de ses sœurs et en « harcelant » les autres membres de la
famille. Personne n’est effectivement mûr pour ce genre de démocratie au
Togo.
Toutes ces pratiques permettent de comprendre pourquoi
les fonds d’aide au développement bloqués depuis 1993 pour le Togo
pourraient dormir encore longtemps dans les caisses de l’Union européenne
si l’on en croît la décision des Parlementaires européens qui refusent, au
nom des peuples d’Europe et en solidarité au peuple togolais et d’Afrique,
de reconnaître le régime issu du scrutin du 24 avril 2005. Il est dommage
que la position de la Commission de l’UE puisse parfois être aux antipodes
de celles des parlementaires européens. En effet, il est de notoriété
publique que sur 100 Euros envoyés sous le couvert d’aide au
développement, entre 60 % et 80 % des fonds retournent directement dans
les pays originellement donateurs. En l’espèce, tout se passe sous forme
de marché de gré à gré, de financement de parti politique (de droite comme
de gauche). La corruption et le clientélisme du précédent régime qui a
œuvré contre l’intérêt de la majorité du peuple togolais ne risque pas
d’évoluer vers plus d’éthique compte tenu des conditions dans lesquelles
des chefs d’Etat s’accordent pour légaliser une parodie d’élection.
La capacité d’absorption des fonds de l’Union
européenne ne devrait pas tarder à revenir à l’ordre du jour. Si des
progrès sont réalisés sur la démocratisation du pouvoir et l’association
d’une partie de l’opposition dans un gouvernement dit « d’union nationale
», un montant d’environ 12,5 millions d’Euros (15,5 millions de $ EU) est
en principe disponible sous le 6e et 7e Fonds européen de développement
(FED) et couvre les périodes 1985-90 et 1990-95. La répartition devrait se
faire comme suit :
· 9,5 millions d’Euros pour les projets
décentralisés avec notamment des composantes sur l’environnement,
· 2 millions d’Euros pour procéder à un recensement
de la population y compris le volet électoral, et
· 1 million d’Euros pour une facilité pour la
coopération technique.
Un reliquat des fonds de la Stabex (fonds de
compensation d’appui aux détériorations des termes de l’échange dans
l’agriculture) portant sur la période 1991-1995 est toujours disponible et
s’élève à environ 15 millions d’Euros. 40 millions d’Euros sont toujours
disponibles sous le 9e FED (2000-2005) mais ne pourront devenir
disponibles qu’après qu’un accord soit intervenu entre l’UE et le Togo.
Plus de 100 millions d’Euros étaient prévus au départ pour le Togo sur le
9e FED. Cette somme est diminuée de 20 millions d’Euros chaque année parce
que les autorités togolaises ne furent pas en mesure de se mettre en
conformité avec les conditions posées par le FED. Dans la meilleure des
hypothèses et dans l’état actuel de l’hypothétique création d’un
Gouvernement d’union nationale par défaut, le Togo ne pourra
vraisemblablement bénéficier d’un apport de fonds que sur le prochain
cycle du FED à condition que des progrès substantiels soient faits en
matière de démocratisation. Le 9e cycle risque d’être perdu pour le Togo
et de nouvelles règles permettent de transférer ces fonds vers des pays
plus dynamiques quant à la mise en œuvre.
9. Le port et la zone franche de Lomé : outil
stratégique sous-régional
Face à la crise de la Côte d’ivoire, le port de Lomé et
sa zone franche sont devenus des lieux de passage quasi-obligatoire pour
s’assurer d’une non-rupture de la chaîne d’approvisionnement et
d’exportation de marchandises, notamment pour les pays enclavés. La
construction d’un second quai est en cours. Lomé, grâce à son port en eau
profonde sur la côte ouest-africaine, est devenu le principal débouché
pour les pays de l’intérieur et devient un outil stratégique
sous-régional.. Plus de 75 % des marchandises accostant au Togo sont
destinés principalement aux pays enclavés limitrophes, Burkina-Faso, Mali,
Niger et accessoirement au Bénin et Ghana. Plusieurs sociétés se sont
délocalisées de la Côte d’ivoire vers Lomé. Cette augmentation passagère
du trafic et des activités devrait s’amoindrir dès que les choses
reprendront leur cours normal en Côte d’Ivoire.
En réalité, le port et la zone franche sont devenus les
véritables poumons économiques du Togo, face à l’épuisement et la mauvaise
gestion des réserves du phosphate et du coton. Les opérateurs économiques
privilégient alors le secteur informel, qui permet d’ailleurs de réaliser
des trafics divers. C’est Kpatcha Gnassingbé, l’un des frères de Faure et
autre fils du feu Père qui contrôle directement ou indirectement tout ce
qui se passe dans cet espace représentant une sorte d’Etat dans l’Etat.
Lorsqu’en juillet 2004, deux tonnes de cocaïne ont été saisies au large
des côtes du Togo/Ghana dans un remorqueur immatriculé au Togo par la
marine française, même le feu père n’a pu faire que des remontrances au
fils… Ainsi de quel gouvernement d’unité nationale parle-t-on s’il est
question d’avaliser de telles pratiques ?
Sur un autre plan, les profits d’un secteur informel
togolais sont liés étroitement aux disfonctionnements dans le port de
Lomé. Remettre de l’ordre ne devrait pas plaire à beaucoup d’hommes et de
femmes d’affaires qui bénéficient d’avantages acquis sur le court terme.
Choisir des personnalités pour un gouvernement d’union nationale qui
servent de prête-nom ne fera que retarder le retour de l’éthique et la
bonne gouvernance au Togo.
10. Le Togo est-il prêt pour la dictature ?
Ainsi, pour ceux qui continuent à croire que « L'Afrique n'est pas prête pour
la démocratie », il serait urgent de
méditer les paroles d’un prix Nobel africain, Wolé Soyinka qui se
demandait si « l’Afrique était
prête pour la dictature » ou selon Malcom
King, si elle était « prête pour
voir ses populations perpétuellement massacrées ?»
.
L’insistance avec laquelle aucun responsable «
politiquement correct » ne veut remettre en cause les élections togolaises
ne doit pas aboutir à laisser passer l’idée que Faure Gnassingbé a le
monopole de la main tendue… En principe, un premier ministre propose un
Gouvernement au Président. On se demande pourquoi cette logique ne semble
pas respectée au Togo si l’on souhaiter réellement aller vers
l’apaisement. En réalité, il ne s’agit pas d’apaiser quoi que ce soit,
mais d’assimiler l’opposition par l’intégration. La faim, l’âge, la
fatigue et l’usure des luttes « pour l’honneur » peuvent finir par avoir
raison d’une partie des membres des partis de l’alternance. Une décision
non stratégique risque simplement de faire sauter la coalition et
repousser aux calendres grecques toute forme d’alternance sérieuse. On ne
met pas du bon vin de palme dans de vieilles calebasses…
Au Togo, la communauté africaine et internationale
préfère avaliser une mauvaise démocratie qu’une vraie démocratie qui ne
fait pas leurs affaires. Il suffit donc pour les futurs candidats au coup
d’Etat en Afrique de menacer la communauté africaine et internationale
qu’ils vont commettre un massacre sur la population si les partis de
l’alternance l’emportent démocratiquement pour que les « poltrons, peureux
et/ou frileux » de la diplomatie africaine et internationale s’alignent
sur les positions des militaires putschistes par fils de dirigeant
interposé, dictateur ou pas. Quelle honte pour les donneurs de leçon de
démocratie et de transparence ! Reporters sans frontières comme au
demeurant Transparency International devraient revoir leurs critères car à
en croire leur précédente estimation au Togo, tout n’allait pas si mal.
Enfin, un gouvernement d’interdépendance nationale
signifie que des postes comme la défense ne pourront pas dans les faits
échapper au tenant du pouvoir au Togo. Mais qu’en contrepartie, le
ministère d’Etat des finances et de l’économie ou tout autre en charge des
relations avec les bailleurs de fonds devraient revenir à l’opposition,
etc.
Les négociations doivent donc porter outre sur la
réalisation d’une enquête fiable sur les massacres et les tentatives de
génocide au Togo mais aussi sur l’audit des comptes des structures
productives au Togo. Il faudra tenir compte des périodes de privatisations
où les entreprises togolaises ont été bradées et le capital des sociétés
privatisées s’est enrichi d’hommes venant du sérail des dirigeants de
l’époque. Personne n’a pensé à faire systématiquement du capitalisme
social en associant la population togolaise comme petit actionnaire… Les
membres d’un quelconque gouvernement d’union nationale ne peuvent accepter
d’être gardés par une armée qui est à la solde du pouvoir héréditaire et
n’hésite pas à s’attaquer aux membres de la famille des membres togolais
de l’alternance, y compris au sein du parti présidentiel, uniquement pour
asseoir une allégeance d’un autre âge.
Refuser d’en parler lors des discussions en cours est
une indication de plus de la mauvaise foi de ceux qui font croire à la
communauté internationale et africaine que Faure Gnassingbé a le monopole
de la « main tendue »… Personne ne sait ce que prépare l’autre main,
surtout lorsque des fonds importants sont alloués pour communiquer une «
bonne image » de Faure Gnassingbé tout en passant sous silence une armée
et ses exactions. Ce qu’il y a de sûr, il ne peut avoir de gouvernement
dit d’union nationale que si l’un des ténors de l’opposition togolaise le
dirige. Cette tâche devrait revenir de facto à la coalition de
l’opposition ou à défaut à un représentant de la société civile dans le
cadre d’un gouvernement d’interdépendance avec une plus grande importance
accordée aux personnalités éthiques de la société civile togolaise, y
compris celles de la Diaspora. Ces personnalités devront bénéficier d’une
protection internationale rapprochée pendant la période de transition.
Conclusion : tirer parti du « non » français à la
constitution européenne
Il faut croire que la mise en œuvre d’un gouvernement
d’interdépendance nationale passe aussi par un changement dans la gestion
des dossiers africains en France et en Europe. A ce titre, il faut noter
la critique de Nicolas Sarkozy qui a réagi mardi 10 mai 2005 sur
l'élection présidentielle au Togo, en y voyant « une parodie d'élection ». « Je pense
qu'il n'y avait aucune matière à se féliciter de ce qui est une parodie
d'élection », a déclaré le président de
l'Union pour la Majorité Présidentielle (UMP) lors d'un débat avec les
étudiants de l'ESSEC à Cergy-Pontoise (Val d'Oise). Comment faire passer
des positions clairvoyantes sur le terrain sans débat à l’intérieur de l’UMP
? Paradoxalement, le non du peuple français au référendum sur le traité
constitutionnel européen affaiblirait de toutes les façons la position de
la France au sein de l’Europe sur les affaires du Togo. Des pays comme
l’Allemagne, l’Espagne, la Royaume Uni et les Pays-Bas devraient faire
l’objet d’une campagne active par ceux qui souhaitent une alternance
pacifique et basée sur l’éthique au Togo. La renégociation du TCE devient
inéluctable. La renégociation des résultats des élections togolaises
aussi.
Enfin sur le plan économique et bien avant la crise de
succession du régime Gnassingbé, le Togo n’a pas réussi à respecter un
seul des critères de convergence en 2002 fixé par l’Union économique et
monétaire Ouest Africaine (UEMOA) et les projections et estimations depuis
lors sont moroses. La médiocrité ne peut servir d’alibi pour un
gouvernement dit d’unité nationale. Que veut-on cacher au Togo au point
d’introduire la désinformation collective comme une nouvelle fonction
contagieuse de la démocratie « coupée-décalée » au Togo ?
Par Yves Ekoué Amaïzo
Auteur et Economiste à l’Organisation des Nations Unies
pour le développement industriel (ONUDI).
Il s’exprime ici à titre personnel.
Note :
Compte tenu des changements rapides au Togo, il importe
de lire cet article en liaison avec d’autres qui l’ont précédé et signés
par le même auteur, à savoir : « La souveraineté confisquée au Togo », « Le mépris du peuple togolais ?
»,
« La spirale de la sagesse », « L’union sacrée face à la démocratie de
la honte », « Choisir entre allégeance et liberté au Togo : Les vraies «
fausses urnes » », « Gouverner avec un Chancelier au Togo ? L’impossible
crédibilité des résultats », « Consensus sur la fraude électorale au Togo
:Vers un gouvernement d’union nationale »,
« S’adapter à la nouvelle
géopolitique des Occidentaux au Togo ? »
(voir www.afrology.com).
1. Yves Ekoué Amaïzo, « Après la Baule : la «
démocrafricaine » ou l’interdépendance inachevée », in L’Afrique en
chantier, Revue Agir (revue générale de stratégie, n° 7, printemps 2001,
pp. 51-62.
2. Il s’agit des généraux suivants : Seyi Mémène, Assani Tidjani, Zoumaro
Gnonfam, Sizing M. Walla et Zakari Ayeva ; voir aussi la spirale de la
sagesse sur www.afrology.com
3. Yves Ekoué Amaïzo (sous la direction de), La neutralité coupable.
L’autocensure freine-t-elle l’unité des Africains ?, « collection
interdépendance africaine », éditions Menaibuc, Paris, à paraître au cours
de 2005.
4. Le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA) a levé
vendredi 27 mai 2005, les sanctions décidées contre le Togo par
l'organisation continentale le 25 février après l'accession au pouvoir
controversée de Faure Gnassingbé, a annoncé l'UA, voir :
La
résolution de l'Union
5. Yves Ekoué Amaïzo (sous la direction de), L’union africaine
freine-t-elle l’unité des Africains ? Retrouver la confiance entre les
dirigeants et le peuple-citoyen, avec une préface de Aminata Dramane
Traoré, collection « interdépendance africaine », éditions Menaibuc,
Paris, 2005.
6. Un décret présidentiel de Faure Gnassingbé qui nomme Me. Joseph Kokou
Koffigoh comme Président de la commission nationale spéciale d’enquête
indépendante, voir republicoftogo.com
7. Résolution du Parlement européen sur le Togo, Parlement européen,
Strasbourg, France, 12 mai 2005, voir
La résolution de l'Union
8. Nicéphore Soglo est intéressé par l’expérience togolaise à plus d’un
titre puisque son fils Léhady Soglo, maire adjoint de Cotonou, aurait
commencé à diviser le parti Renaissance Bénin dont il se voit déjà
Président pour briguer la présidentielle de 2006 au Bénin. Nicéphore Soglo,
ne serait-il pas en train d’affiner la stratégie de conquête du pouvoir
pour son fils ? Il ne faut donc pas s’étonner que le cyber-journal
béninois L’Araignée titre dans son éditorial : « Léhady Soglo : Au nom du
père, de la mère, … », 9 janvier 2005,
http://www.laraignee.org/neditorial/fiche_news.php?news=102
9. Willeandre Houngbédji, « Pour une paix durable au Togo : Les
propositions de Nicéphore Soglo », extrait du journal l’Araignée du 25 mai
2005 disponible sur www.africatime.com (bénin).
10. Xinhuanet, Ls médias d’Etat font une large diffusion de la résolution
du Parlement de la CEDEAO, 26 mai 2005, voir www.africatime.com (sous
Togo).
11. La lettre du continent, « Discorde franco-allemand », voir LDC, n° 471
du 26 mai 2005, p. 6.
12.
Gilles Labarthe, Le Togo de l’esclavage au libéralisme mafieux, éditions
Agone, Paris, 2005.
13.
Economic Intelligence Unit, Country Report 2005.
14. Dino Mahtani, “Criminals find haven in Togo as economy declines”, in
Financial Times, Thursday 5th May, 2005, p. 6.
15. Voir sur www.afrology.com les phrases des personnalités mentionnées :
Jacques Chirac : "L'Afrique n'est pas prête pour la démocratie"
Wolé Soyinka : "A-t-elle été prête pour la dictature ?"
Malcom King : "Est-elle prête pour voir ses populations perpétuellement
massacrées ?"
|
 |
 
Yves E. Amaïzo

 Télécharger cet article au format PDF
Voir aussi :
 Réagissez à cet article!
|