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Démocratie et communauté internationale.
Il est généralement admis, au sein de la doctrine constitutionnelle,
que l’existence politique de toute entité étatique repose
fondamentalement sur l’ensemble des mécanismes érigés en vue de
circonscrire l’organisation, le fonctionnement et les relations entre
les pouvoirs publics : le régime politique qui est considéré comme la
charpente juridico-politique sur laquelle repose le destin politique de
tout Etat.
L’histoire politique qui a jalonné la marche de l’Humanité depuis les
temps anciens s’illustre, entre autres, par sa fécondité en terme de
régimes politiques; ceux-ci sont susceptibles d’être rangés en fonction
de plusieurs critères; ainsi, sur la base du critère de répartition des
pouvoirs, nous distinguons les régimes de concentration des pouvoirs(les
régimes autocratiques) ainsi que les régimes de séparation des
pouvoirs(régimes parlementaire et présidentiel); le critère du détenteur
du pouvoir, quant à lui, nous permet d’établir la triptyque
traditionnelle monarchie-aristocratie-démocratie.
Le caractère protéiforme du concept générique de régime politique ainsi
que de ses composantes apparaît, à nos yeux, comme une lapalissade; la
démocratie, régime politique ou encore conception de l’exercice du
pouvoir politique apparue depuis l’Antiquité, aujourd’hui banalisée en
Occident, balbutiant dans le Tiers-monde, et en particulier sur le
continent noir, objet de nos analyses dans le cadre de cet article,
n’échappe aucunement à cet état de fait.
Le régime démocratique s’analyse véritablement comme un système en
vogue; appréciée par le héros britannique de la Deuxième Guerre
Mondiale, le Premier Ministre de l’époque, Winston CHURCHILL, comme
"le moins pire des régimes", la démocratie ou plutôt l’exigence de
son effectivité dans les Nations a été à la base de grandes mutations
socio-politiques que le monde a connues et continuera, sans nul doute de
connaitre; en vertu de ce régime politique, le peuple est au centre de
l’action politique; il est l’alpha et l’oméga de son destin politique,
en ce sens qu’il est le détenteur du pouvoir politique, il l’exerce et
en contrôle son aboutissement.
Saisir la quintessence d’une telle notion revient à lever le voile sur
ses composantes fondamentales; en effet, la démocratie est,
essentiellement fondée sur deux piliers: la tenue régulière d’élections
libres et transparentes par lesquelles les citoyens choisissent leurs
dirigeants, d’une part, et le droit de contestation du Pouvoir qui
s’exerce individuellement ou collectivement, en l’occurrence par le
truchement de partis politiques; cela implique le fait que la démocratie
est un système qui repose sur une panoplie de droits et libertés sans
lesquels elle se résumerait à un concept vide de sens; nous pouvons
faire cas des libertés d’association, de presse, de réunion, etc. qui
font partie intégrante des fondements de la démocratie et qui favorisent
véritablement l’implication des citoyens dans la gestion de la
collectivité.
La démocratie se caractérise également par les multiples facettes
qu’elle présente, l’une ou l’autre étant domestiquée dans chaque Etat eu
égard à son idéologie ; en ce sens, nous pouvons relever, d’une part,
les formes de démocratie, et d’autre part, les conceptions idéologiques
qui ont été insufflées à la pratique de la démocratie et qui peuvent
être assimilés à des "courants de la démocratie": en premier
lieu, la démocratie peut être exercée de façon directe par le
peuple(démocratie directe), par la voie de représentants élus(démocratie
représentative), ou encore sur la base de techniques se rapportant à
l’une et à l’autre des formes précitées (démocratie semi-directe); en
second lieu, l’analyse du vécu politique de plusieurs Etats révèle le
fait que les implications inhérentes à la pratique de la démocratie sont
loin d’être semblables, ce concept n’étant pas perçu et appliqué de la
même manière ; ainsi en est-il de la démocratie populaire qui
s’apparente, en réalité, au totalitarisme, et qui a eu droit de cité dan
la zone d’influence de l’Empire soviétique(Russie, Bulgarie, Hongrie,
Roumanie, ex-Tchécoslovaquie…), de la démocratie libérale, juste milieu
de l’antagonisme entre l’exercice du pouvoir et l’exercice des libertés
, qui est perçue de façon caricaturale comme le régime des
individualismes, et que l’on rencontre dans les Démocraties
occidentales(Etats-Unis d’Amérique, France, Grande-Bretagne, Allemagne,
etc.), entre autres.
La notion de démocratie, ayant été mise à nu, il convient de faire la
précision suivante : la démocratie ne saurait constituer une fatalité
pour les Etats qui, forts de leur souveraineté, ne sauraient se faire
imposer un régime politique; la conséquence logique d’une telle analyse
est que chaque Etat décide librement du régime politique à adopter; de
ce fait, la communauté internationale, conglomérat d’Etats et
d’organisations internationales, n’a, sur le principe, aucun droit de
regard sur le destin politique que se choisit un Etat, souveraineté
oblige !
Cependant, la communauté internationale a fini par rompre avec l’omerta
face à l’enjeu de plus en plus grandissant de valeurs qui se sont muées
en principes, et face auxquels certains Etats, accrochés à des pratiques
qui se sont révélées nuisibles pour leurs peuples, n’avaient aucun
égard.
Dès lors, la communauté internationale, autrefois spectatrice dans un
monde en proie au transgressions les plus diverses, deviendra une
actrice incontournable de l’avenir politique, voire économique, social
et culturel des Etats.
Mettons en exergue la réalité des rapports qui ont existé et qui
existent entre les valeurs démocratiques et la communauté internationale
pour relever le fait que ces deux notions, autrefois distantes (I), se
sont aujourd’hui rapprochées (II).
I) Démocratie et communauté internationale : deux concepts autrefois
répulsifs.
Il s’agira de mettre en évidence le fait qu’en vertu du principe de
souveraineté étatique, l’adoption par tout Etat de la démocratie comme
de tout autre régime politique n’était qu’une affaire intérieure
relevant entièrement de la discrétion des gouvernants, et à laquelle ne
devrait pas se mêler la communauté internationale (A); cette conception
des choses, quoique étant l’implication logique du respect d’un principe
fondateur du droit international, a occasionné des conséquences
nuisibles, le plus souvent sur le plan humanitaire (B).
A) La souveraineté étatique : un principe autrefois sacré.
Considéré comme un principe sacro-saint du droit international, le
principe de la souveraineté étatique sans prétention aucune, a justifié
l’élaboration de cette discipline ; les écrits d’Hugo GROTIUS, considéré
comme le géniteur du droit international contemporain, témoignent à
suffisance de l’importance que revêt le principe de souveraineté
étatique.
Comprendre une telle notion revient à l’analyser à travers le prisme de
ses corollaires dont le plus significatif est celui de la non ingérence
dont le contenu révèle que tout Etat a le droit inaliénable de choisir
son système politique, économique, social et culturel sans aucune forme
d’intervention de la part d’un autre Etat ou d’une institution
supranationale ; sur le plan politique et de manière plus approfondie,
il faut en déduire que chaque Etat détermine discrétionnairement son
statut politique, la forme de son régime et les modalités d’exercice du
pouvoir.
La non ingérence, dérivée logique du principe de souveraineté étatique,
est consacrée dans un échantillon varié de règles juridiques ; dans un
premier abord, la conscience collective internationale, traumatisée par
les horreurs du fascisme, doctrine expansionniste qui s’est étendue à
une bonne partie du vieux continent, a inscrit au rang des valeurs
devant désormais caractériser les relations internationales, la non
ingérence(article 2§7 de la Charte des Nations Unies); l’organisation
mondiale ressuscitait ainsi un principe contenu dans le Pacte de la
Société Des Nations(ancêtre de l’ONU)
L’Assemblée Générale de l’ONU, à travers sa Résolution 2131 du 21
Décembre 1965 portant inadmissibilité de l’intervention dans les
affaires intérieures des Etats, dans son paragraphe 5, consacrait un
principe devenu le leitmotiv des Etats qui ne sont pas prêts à se
départir de leurs instincts prédateurs.
En Afrique, l’Union Africaine, institution d’intégration régionale, met
également l’accent sur le caractère sacré du principe de souveraineté
étatique qui est inscrit dans son acte fondateur: la Charte de l’Union
Africaine.
La justice internationale n’est pas du reste ; elle a participé à ce
concert d’apologie de la souveraineté étatique ; à travers plusieurs
arrêts, la Cour Internationale de Justice, a consacré le principe de
souveraineté étatique, partant celui de la non ingérence; il s’agit, par
exemple, des affaires "Détroit de Corfou" (1949) ayant opposé l’Albanie
au Royaume-Uni, et "Activités militaires et paramilitaires au
Nicaragua…" (1986) ayant opposé le pays des Sandinistes au pays de
l’Oncle Sam.
La doctrine s’est également jointe à la partie; c’est ainsi que Charles
CHAUMONT, dans sa préface à l’ouvrage de Mohamed BENNOUNA, intitulé Le
consentement à l’ingérence militaire dans les conflits internes (Paris,
Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1974), résumera les
opinions de beaucoup d’auteurs en affirmant qu’ "il n’ y a pas de
légalité internationale des gouvernants : il n’ y a qu’une légalité
interne que les Etats étrangers n’ont pas le droit de contrôler."
Il convient, dès lors, d’analyser les implications du strict respect de
la souveraineté étatique via la non ingérence, ou plutôt d’en constater
les dégâts en Afrique.
B) Les avatars de la sacralisation du principe de souveraineté
étatique : le cas de l’Afrique.
Forts d’une souveraineté conquise à l’issue de luttes harassantes au
effets parfois dramatiques, et voulant s’affirmer vis-à-vis de leurs
anciens maîtres, un grand nombre d’Etats du Berceau de l’Humanité,
nouveaux-nés de la société internationale, adopteront une conception
maximaliste du principe de souveraineté étatique.
En vertu de leur pouvoir souverain, l’avenir politique de ces nouveaux
Etats était défini par chacun de ceux-ci, sans l’intervention d’une
entité étrangère quelconque, le drame de la période coloniale étant
présent dans les esprits.
En effet, depuis leur accession à la souveraineté internationale,
beaucoup de leaders africains ont fait leurs un discours nationaliste
arc-bouté sur le négationnisme démocratique dont certaines illustrations
des plus remarquables sont l’instauration du parti unique, la répression
systématique de toute contestation, l’institution d’un véritable culte
de la personnalité, la concentration des pouvoirs, le tripatouillage des
lois fondamentales, l’instauration de l’achat des consciences,
l’organisation d’élections frauduleuses, etc. ; les exemples sont
multiples : nous pouvons faire cas de certains leaders considérés comme
les Pères de l’Indépendance de leurs Etats respectifs qui se sont
malheureusement comportés comme de véritables potentats: c’est le cas du
nationaliste guinéen Ahmed Sékou TOURE qui a instauré un régime de
terreur fondé sur un discours anticolonialiste assez véhément et la
torture comme système de gouvernance, ou encore le Zimbabwé régenté
depuis plusieurs années par une gérontocratie désignée par les termes
amusants de "vétérans de la guerre d’indépendance" qui a conduit
une nation autrefois considérée comme le grenier de l’Afrique australe à
la banqueroute, etc.
L’espoir suscité par le mémorable Discours de la Baule de 1991, par
lequel le Président français de l’époque François MITTERAND faisait
presque injonction à ses pairs africains d’embrasser les valeurs
démocratiques, est très vite retombé eu égard à l’ingéniosité
machiavélique des dirigeants africains qui ont su mettre sur pied des
caricatures de démocratie (des démocratures) ; nous pouvons faire cas du
système autoritaire qui fait figure de dénominateur commun des Etats du
Maghreb comme la Libye et la Tunisie ; plus bas, c’est-à-dire en Afrique
subsaharienne, nous avons affaire à des Etats qui présentent les
apparences du système démocratique avec la reconnaissance d’une
Opposition, de médias privés, etc. mais qui, en réalité sont de
véritables dictatures : le Cameroun, la Guinée Equatoriale, la
Mauritanie, le Tchad, la République Centrafricaine, le Congo, etc.
L’Afrique est également perçue comme le sanctuaire des coups d’Etat qui
sont une forme d’accession au pouvoir anticonstitutionnelle et opposée à
la démocratie; ainsi depuis 1952, le continent a connu près de 70 coups
d’Etat dont le dernier en date est celui du Niger le 18 Février dernier.
De même, un certain nombre de chefs d’Etat africains inlassablement
cramponnés à leur volonté de rester au pouvoir ad vitam aeternam, les
bilans objectivement creux pour la plupart d’entre eux, se sont
illustrés dans l’art de faire modifier les Constitutions de leurs pays
respectifs par le truchement d’institutions dont le fonctionnement
auraient fait se retourner MONTESQUIEU dans sa tombe; il s’agit des
parlements et des Cours constitutionnelles qui font figure d’instances
tenues en laisse par les dirigeants africains ; Omar BONGO en 2003,
Idriss DEBY en 2005, Paul BIYA en 2008, etc. ont fait sauter le verrou
constitutionnel qui les empêchait de rempiler.
La très grande majorité des Etats africains a exprimé une véritable
animosité à l’égard du régime démocratique et a plutôt fait le choix du
système dictatorial avec ses éléments d’identification dont certains ont
été évoqués plus haut; près de deux décennies après le Discours de la
Baule, il est affligeant de constater que l’Afrique est à la traîne sur
le plan de la démocratie comme dans bien d’autres domaines, malgré les
quelques efforts qu’on peut noter çà et là sur le continent (le Mali, le
Bénin, le Ghana, le Botswana, l’Afrique du Sud, etc. qui font figure de
bons élèves) cette vision des choses a très vite abouti à de graves
crises humanitaires : le principe de souveraineté, par le truchement de
son corollaire de non ingérence, a servi d’alibi à des hommes politiques
qui ont eu peu d’égard à la prise en compte de l’intérêt supérieur qu’il
n’hésitaient pas à brandir au cours de moult discours.
L’histoire des Etats africains ressemble très fortement à celle de David
dans la Bible; celui-ci, après avoir fait tomber l’impressionnant
Goliath, a commis l’adultère ; les ex-colonies d’Afrique apparaissent
ici comme David, les ex-métropoles comme Goliath, et l’adultère ici est
le fait pour les leaders africains d’avoir trompé et de tromper
constamment
leurs peuples.
Le constat est clair : le système démocratique a été rejeté par la
grande majorité des Etats africains avec une certaine ampleur dans
l’espace francophone, préférant un système de prédation et
d’assujettissement.
Toutefois, les choses ne vont pas rester en l’état, et le paysage
politique africain va subir de profondes mutations qui auront une
incidence remarquable quant à la conception que se fera désormais la
communauté internationale de la démocratie (II).
II) Démocratie et communauté internationale : deux
concepts aujourd’hui attractifs.
Le cours de l’histoire ayant pris un tournant favorable aux aspirations
démocratiques des peuples africains qui murmuraient déjà leur
désapprobation vis-à-vis de régimes arbitraires, les rapports existant
entre les deux notions qui font l’objet de nos réflexions (démocratie et
communauté internationale) en seront modifiés ; celles-ci, autrefois
distantes, comme vu précédemment, vont désormais se rapprocher (A).
Une telle situation a inévitablement induit ce qui a été qualifié
d’effritement de la souveraineté des Etats, faisant apparaître ces
derniers comme des géants aux pieds d’argile ; le mythe de la non
ingérence tombera en désuétude au profit de l’interventionnisme
démocratique, credo d’une communauté internationale décidée, plus que
jamais, à rompre avec la loi du silence (B).
A) La démocratie : une valeur à universaliser.
Tout est parti de la Chute du Mer de Berlin le 09 Novembre 1989 qui a
entraîné une véritable reconfiguration de la carte politique du monde ;
l’Humanité a assisté, en amont, à la dislocation du bloc soviétique en
1991 qui a occasionné la libéralisation en cascade de plusieurs
territoires d’Europe autrefois acquis à la doctrine de STALINE et
compagnie., et, en aval, à une transformation profonde des choix
politiques opérés par les Etats africains, après le fameux Discours de
la Baule où François MITTERAND, prédécesseur d’un certain Jacques
CHIRAC, "ami des Africains et de leurs chefs d’Etats", avait
martelé à ces derniers l’obligeance pour eux de faire leurs la culture
démocratique ; "Il nous faut parler de démocratie. C’est un principe
universel qui vient d’apparaître aux peuples de l’Europe centrale comme
une évidence absolue au point qu’en l’espace de quelques semaines, les
régimes, considérés comme les plus forts, ont été bouleversés. Le peuple
était dans les rues, sur les places, et le pouvoir ancien, sentant sa
fragilité, cessait toute résistance comme s’il était déjà, et depuis
longtemps, vidés de substance et qu’il le savait. Et cette révolution
des peuples, la plus importante que l’ont eût connue depuis la
Révolution française de 1789, va continuer.(…) Il faut se dire que ce
souffle fera le tour de la planète.", a-t-il, entre autres, affirmé.
On a assisté dans beaucoup de pays africains à une cascade de
manifestations populaires qui s’analysaient comme l’expression d’un
ras-le-bol face à des régimes impénitents.
Ces Etats ont été amenés, à l’issue de "conférences nationales
souveraines" instaurées pour faire table rase d’un passé maculé de
sang, à opérer d’importants revirements sur le plan politique; ils ont
été ainsi les victimes d’un droit de regard de la communauté
internationale convaincue du besoin de venir en aide à des peuples dont
l’avenir a été sacrifié sur l’autel du respect scrupuleux du principe de
souveraineté étatique.
La légitimité étatique, produit de la souveraineté étatique, a alors
fait place à la légitimité démocratique ; Hubert THIERRY dira, à cet
effet, que "le principe de l’égale légitimité des régimes politiques
envisagé comme un corollaire de la souveraineté tend à céder le pas à un
principe de légitimité démocratique." ("L’Etat et l’organisation de
la société internationale", Paris, Pedone, 1994)
La démocratie sera analysée sous l’angle du principe de légitimité
démocratique viscéralement lié à la démocratie, en vertu duquel, de
façon restrictive, tout Gouvernement devra être le produit d’une
consultation électorale dont les résultats n’auront pas été travestis,
et de façon extensive, tout Etat devra ancrer dans sa culture politique
les valeurs démocratiques telles que le multipartisme, le respect des
libertés individuelles et collectives, etc. a commencé à faire l’objet
d’une attention particulière dès le début du XXe siècle ; en effet, en
1907, le Ministre équatorien des Affaires étrangères TOBAR, estimait que
tout régime impopulaire devait faire l’objet d’une isolation de la part
du reste des Etats( Doctrine TOBAR) ; quelques années plus tard, on
parlera de la Doctrine SEWARD qui fera l’objet d’une systématisation par
le Président américain WILSON, puis de BETANCOURT, ancien Président
vénézuélien, qui, en 1959, exigera la nécessité de frapper de
non-reconnaissance les régimes qui se seront installés par des moyens
anticonstitutionnels.
Certains textes juridiques mettant en évidence le principe de légitimité
démocratique, issu de la conception démocratique de l’exercice du
pouvoir, peuvent être évoqués ; il s’agit, par exemple, à l’échelle
universelle, de la Résolution 55-2 de l’Assemblée Générale de l’ONU du
08 Septembre 2000, qui, en son paragraphe 24, dispose que "Nous
n’épargnerons aucun effort pour promouvoir la démocratie et renforcer
l’état de droit, ainsi que le respect de tous les Droits de l’Homme et
libertés fondamentales reconnus sur le plan international, y compris le
droit au développement."
Au plan africain, nous pouvons parler des Déclarations de Bamako et
d’Alger qui prohibent toute prise du pouvoir contraire à la démocratie,
et de la Charte africaine des droits de l’Homme, de la bonne gouvernance
et des peuples qui fait le choix de l’exclusion de l’Union Africaine des
Etats qui auront connu une forme anticonstitutionnelle d’accession au
pouvoir tels que les coups d’Etat; ironie du sort, le premier pays à
avoir ratifié cet instrument fut le premier a l’en avoir transgressé: la
Mauritanie avec le coup d’Etat de 2008); faisons également cas des
autres sanctions comme les embargos, les interdictions de territoire,
les gels d’avoirs financiers qui sont prononcés à l’encontre des régimes
anticonstitutionnels (Guinée, Zimbabwé, etc.)
Il convient également d’évoquer l’exemple des Accords ACP/UE de Cotonou
du 23 Juin 2000 par lesquels l’aide financière et économique de l’Union
Européenne aux Etats de l’espace ACP (Afrique-Caraibes-Pacifique) serait
désormais conditionnée par le respect des principes démocratiques
constituent un symbole du ferme attachement de la communauté
internationale au regard de ceux-ci.
Nous ne saurions mettre à l’écart l’observation internationale des
élections considérée par Luc SINDJOUN comme "le cheval de Troie du
nouveau constitutionnalisme" (Luc SINDJOUN, La formation du
patrimoine constitutionnel commun des sociétés politiques : Eléments
pour une théorie de la civilisation politique internationale, Dakar,
Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en
Afrique, 1997) et qui permet à la communauté internationale de s’assurer
du déroulement démocratique des processus électoraux jusqu’à leur
aboutissement; ce travail effectué de façon sincère ou hypocrite selon
le "client" est effectué par des organisations internationales
telles que l’ONU, l’Union Européenne, l’Union Africaine, etc. et des
Organisations Non Gouvernementales comme le National Democratic
Institute (NDI), l’Union Interafricaine des Droits de l’Homme (UIDH), la
Fondation CARTER , etc.
L’ensemble de ces moyens sont mis en œuvre par la communauté
internationale en vue de veiller à ce que la démocratie soit la valeur
politique "la mieux partagée du monde". Nous en sommes ainsi
arrivés au besoin d’internationaliser la démocratie qui est considérée
comme le meilleur choix à opérer en terme de régimes politiques ; la
communauté internationale, reposant fondamentalement sur les Etats de
longue tradition démocratique, apparaît ainsi comme la source de
démocratie qui doit irriguer de cette valeur les Etats encore réticents.
Cet acharnement de la communauté internationale sur les Etats peu
motivés à adopter la logique démocratique est justifiée: la démocratie
est de loin le régime politique le plus cohérent au regard de ses
mécanismes qui accordent une place importante au peuple qui est le
détenteur légitime de la souveraineté; de même, la démocratie assure la
protection des libertés fondamentales et des droits de l’Homme
considérés comme justifiés dans le cadre de la gestion des affaires de
la Cité; la démocratie, avec quelques réserves, est considérée comme un
système de gouvernance favorable au progrès socio-économique (exemples
des Etats-Unis d’Amérique, de la France, de la Grande-Bretagne, de
l’Allemagne, etc. qui font partie des Etats les plus riches de
l’univers) même si les cas de la Chine, de plusieurs Etats membres de la
Ligue Arabe, etc. nous prouvent le contraire d’une telle analyse.
Quoiqu’il en soit la démocratie de même que les Droits de l’Homme et
l’état de droit apparaissent comme la Sainte-Trinité que la communauté
internationale se doit de protéger ; ces valeurs font partie du
patrimoine juridique universel; s’y est ajouté ces derniers temps le
droit au développement (voir Résolution (précitée) 55-2 du 08 Septembre
2000, paragraphe 24, de l’A.G. des Nations Unies.)
Dès lors, malgré la présence de cette armada de mesures
pro-démocratiques, que fait la communauté internationale face aux pays
qui, s’appuyant sur leur souveraineté, restent accrochés à des pratiques
qui méconnaissent la volonté de leurs peuples ?
B) Les mesures d’imposition de la démocratie
Les récents développements du droit international et la tournure prise
par les relations internationales ces vingt dernières années attestent
du fait que la souveraineté étatique apparaît aujourd’hui comme un
concept désacralisé, un épouvantail sur lequel viennent se poser les
oiseaux. Le problème juridique qui se pose est celui de savoir si l’état
actuel du droit international permet à la communauté internationale
d’imposer la démocratie ou de la rétablir là où elle fait défaut ;
autrement dit, la communauté internationale peut-elle, par le biais de
masures coercitives, imposer ou rétablir la démocratie ?
La cœrcition peut, certes, être utilisée par la communauté
internationale pour venir à bout des régimes impopulaires, mais en
dernier recours, après avoir épuisé toutes les voies pacifiques qui se
présentent.
Il en ressort que, malgré le fait que la communauté internationale reste
très portée sur le respect et la préservation de la démocratie, elle
fait usage de méthodes desquelles transparaît, en filigrane, le souci de
veiller au respect d’un principe assez fondamental quoique affaibli
aujourd’hui : la souveraineté étatique. La facilitation reste au cœur
des moyens d’instauration ou de rétablissement de la démocratie ; les
exemples existent à foison: le Kenya, en 2007, a connu une grave crise
humanitaire, caractérisée par des affrontements inter-ethniques, dont la
source directe se trouve être l’élection présidentielle organisée
contrairement aux standards démocratiques et dont l’issue ne reflétait
aucunement le choix souverain du peuple ; la communauté internationale a
initié un règlement pacifique du conflit kenyan qui aboutit à la mise en
place d’un Gouvernement d’union nationale, formule répandue en Afrique
et très contestable de règlement des conflits au regard de l’idéal
démocratique ; ce cas a fait des émules au Togo et à Madagascar, deux
Etats en porte-à-faux avec la démocratie.
Cependant, face aux insuffisances des modes pacifiques d’instauration de
la démocratie, à la réticence exaspérante de régimes abhorrant les
valeurs démocratiques et à la portée de plus en plus significative des
questions humanitaires, la communauté internationale fait usage de
moyens coercitifs pour instaurer ou rétablir la démocratie ; tout
d’abord, les organisations internationales par le biais de leur organe
chargé des questions de paix et de sécurité (le Conseil de Sécurité de
l’ONU, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine,etc. )
sont, face à certaines situations, amenés à prendre des mesures
coercitives pour assurer l’effectivité de la démocratie là où cette
valeur universelle fait défaut.
Ce fut le cas d’Haïti et de la Sierra Léone où une des interventions
militaires décidées par le Conseil de Sécurité des Nations Unies ont
permis de chasser des juntes militaires ; nous pouvons évoquer l’exemple
de l’île d’Anjouan faisant partie de la République Fédérale Islamique
des Comores où le Colonel Mohamed BACAR s’est temporairement maintenu au
pouvoir après avoir organisé un scrutin truqué ; cet usurpateur fut
renvoyé du pouvoir par les forces de l’Union Africaine.
A coté de cette forme d’intervention désignée par les termes de mesure
concertée puisque relevant d’organisations supranationales, reflets des
valeurs autour desquelles s’unissent les Etats qui en sont membres, se
trouve la très contestée mesure unilatérale par laquelle un ou plusieurs
Etats décident unilatéralement d’intervenir militairement dans un Etat
où la démocratie est en danger ; nous pouvons faire cas de Panama, Etat
d’Amérique latine, où en 1989, le Général Manuel NORIEGA, ancien agent
de la CIA , chantre de la lutte anti-impérialiste, fut renversé et
arrêté à l’issue d’une intervention de l’Armée américaine justifié par
la tenue d’élections frauduleuses qui donnaient gagnant l’ancien
narcotrafiquant qui purge actuellement une peine dans une prison de
Miami.
Evoquons aussi le cas de l’expérience antidémocratique zaïroise à
laquelle mit fin en 1997 l’intervention militaire du Rwanda et de
l’Ouganda en appui à la rébellion de l’Alliance des Forces Démocratiques
de Libération du Congo (AFDL) de Laurent- Désiré KABILA.Les mesures
coercitives d’imposition du régime démocratique ont reçu l’assentiment
de certains auteurs dont Michael REISMAN qui a affirmé que "la
démocratie est un droit garanti par le droit international." (Humanitarian
intervention and flegling democracies, 1995)
Ainsi, la communauté internationale n’a-t-elle pas hésité à user de la
force armée pour instaurer ou rétablir la démocratie, de façon concertée
ou sur la base d’une certaine obligation morale de défendre la
démocratie que s’imposent certains Etats dont les Etats-Unis d’Amérique
dont la politique internationale est essentiellement axée sur
l’interventionnisme démocratique ; ce qu’il ne faudrait, par exemple,
pas ignorer est qu’en-dehors des exemples précités, les interventions
militaires américaines en Afghanistan (2001) et en Irak (2003)
principalement fondées sur la lutte anti-terroriste, a, également, été
motivée par le besoin d’investir ces Etats de la culture démocratique.
La grande question qui se pose face à de telles
situations est celle de l’opportunité ou encore des réels motifs qui se
cachent derrière les mesures coercitives concertées et surtout
unilatérales ; en effet, l’intervention américaine à Panama en 1989 et
qui a eu raison du régime du Général Manuel NORIEGA, s’est analysée
comme la victoire de la doctrine libérale sur la doctrine communiste
dont l’ancien agent de la CIA était un chantre; de la même manière, le
soutien militaire de Kigali et de Kampala aux cotés de l’AFDL était
justifiée par la volonté de Paul KAGAME et de Yowéri MUSEVENI d’en finir
une bonne fois pour toutes avec respectivement les ex-génocidaires Hutus
et les Forces Démocratiques Alliées qui menacent constamment leurs
régimes ( voir Jeune Afrique Economie n° 271 du 14 Septembre au 14
Octobre 1998, article "A chacun sa rébellion" de Yacouba KEBE)
Les mesures coercitives apparaissent ainsi comme sous-tendues par des
intérêts stratégiques voilés sous la bannière idéalisée du désir
d’internationaliser la démocratie ; de même, il demeure assez justifié
qu’imposer la démocratie par les armes n’emporte pas la conviction de
toute la doctrine, car , en-dehors des véritables intérêts que cachent
de telles entreprises, surtout lorsqu’elles sont menées de façon
unilatérale, le principe fondamental de la souveraineté étatique
comporte toute son importance et mérite véritablement d’être préservé,
car étant le gage d’une stabilité internationale.
Conclusion :
Magnifié dès l’Antiquité par PERYCLES, exalté sur le champ de bataille
de Gettysburg le 19 Novembre 1863 par Abraham LINCOLN, exigé au XXe
siècle par Vaclav HAVEL, le régime démocratique, au regard de l’impact
positif qu’il occasionne dans les Etats qui l’ont ancré dans leurs
mœurs, et des conséquences dramatiques générées par sa carence dans les
pays qui ont accueilli le Discours de la Baule ave des grincements de
dents, est considéré comme un ensemble de pratiques cohérentes et
bénéfiques aux peuples, détenteurs légitimes du pouvoir souverain, et
source de sérénité sociale; ce régime a su résister à l’épreuve du temps
ainsi qu’aux multiples complots ourdis contre lui par des hommes restés
nostalgiques d’un passé qui, espérons-le, ne fera pas résurgence.
Le débat relatif à l’internationalisation de la démocratie débouche à
une situation assez délicate, car il est question de faire le choix
entre le respect de la souveraineté des Etats avec toutes les
conséquences fâcheuses qui, à coup sûr, découleront d’une telle
situation, et l’imposition, si besoin est, par la force, de l’idéal
démocratique, ce qui occasionnera inévitablement une instabilité
internationale, où les frontières, symbolisant pour beaucoup d’Etats les
acquis d’une lutte pour leur liberté, n’auront plus aucun sens, où la
loi du plus fort aura droit de cité, et où le monde apparaîtra comme une
jungle immense parsemée d’Etats prédateurs et d’Etats victimes.
La question reste posée.
TCHALARE Abd-El Kader Yasmin
Etudiant en Maîtrise de droit public
Université de Lomé (TOGO) |
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