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Bénin : Les dessous de
la démocratie au Bénin
L’OPA réussie de Yayi Boni Inc.
Introduction
En politique comme dans toute entreprise humaine la réalité est ainsi
faite qu’à moins d’un hasard imprévu, il n’y a pas de succès sans des
préparatifs conséquents. Raison pour laquelle la fameuse main invisible
de Malthus et Ricardo, les pères fondateurs de l’économie libérale, et
de leurs épigones ne résiste pas à l’observation attentive des activités
connues et entreprises discrètes voire secrètes des êtres humains
organisés en communautés constituées.
Ainsi, la victoire inattendue de Jimmy Carter, gouverneur de l’État de
Géorgie, à l’élection présidentielle américaine du 4 novembre 1976, ne
pouvait surprendre que les profanes : choisi par l’influent Council for
Foreign Relations (CFR), siégeant à New York, l’illustre inconnu fut
d’abord jaugé et accepté par les diverses sociétés de pensée et
ésotériques qui, discrètement voire secrètement, quadrillent, contrôlent
et dirigent la société américaine.
Les fins experts en sociologie politique savent qu’au regard de la
gestion normale des sociétés humaines organisées en forces structurelles
dont les élites dirigeantes, et même durant les périodes de troubles
révolutionnaires, il n’y a pas de pays au monde dont le gouvernement
échappe à la règle qui veut que les dirigeants suprêmes soient à
l’enseigne des cercles discrets voire secrets de décision.
Les informations qui nous viennent du Bénin sont claires : quoique le
choix des Béninois à la dernière élection présidentielle répondait
manifestement à un véritable besoin de changement et à leur profond
désir de voir le président Mathieu Kérékou passer la main, leur pays n’a
pas échappé à la règle et, comme un peu partout en Afrique, chez eux
aussi, la main cachée des forces et puissances étrangères dominatrices
et conquérantes n’ont pas manqué de peser de tout leur poids dans le
scrutin présidentiel.
1. De la misère de la politique en Afrique actuelle
Une des lois de la sociologie politique veut que sans direction
politique clairvoyante et efficace, tout peuple soit condamné à la
sujétion et toute nation au déclin. Et les sages de tout temps dans le
monde entier le savent si bien qu’ils exigent des dirigeants suprêmes
des peuples et des nations qu’ils soient intellectuellement et
moralement préparés à cet effet par la meilleure connaissance des enjeux
mondiaux et des défis de la gouvernance : ainsi aujourd’hui, ne peuvent
diriger et conduire efficacement un État que des hommes ou femmes
intellectuellement, moralement et politiquement formés à cet effet par
une solide culture générale acquise par la connaissance approfondie de
l’histoire nationale et de l’histoire universelle, doublée d’une
formation politique, fruit d’expériences également acquises par la
participation active à la vie politique nationale, école de formation à
la maîtrise de soi et à la connaissance des hommes.
Contrairement à la période antécoloniale où le gouvernement dans les
villages et royaumes africains revenait généralement à des personnalités
préparées à ce titre et choisies par les Corps constitués, depuis
l’invasion et la conquête coloniale comme d’ailleurs aujourd’hui sous la
domination étrangère, la tendance veut que les forces et nations
industrielles dominatrices imposent des dirigeants tout autres à la tête
des structures politiques coloniales et postcoloniales instituées à
l’ombre de leur puissance.
Ainsi, aussi bizarre que cela puisse paraître, alors
que partout ailleurs dans le monde les élites dirigeantes s’efforcent
par l’entente et la solidarité de choisir en leur sein des hommes
politiques les plus qualifiés pour gouverner leurs pays dans l’intérêt
du peuple tout entier, en Afrique, le passeport pour l’accession au
pouvoir semble devoir être le fauteuil de président d’une institution
financière internationale ou celui du président de la filiale d’une
compagnie multinationale : on y apprend à avoir l’échine souple pour
appliquer tout simplement les diktats et autres oukases de l’étranger
conquérant, allant dans le sens du maintien de son pays à l’état de
sous-développement par le biais de l’endettement excessif, favorable au
renforcement de la sujétion.
De fait, décidé à garder à jamais les peuples
africains sous dépendance, il a choisi de faire diriger les pays
africains, non par des hommes politiques dûment formés, nationalistes et
visionnaires confirmés, mais plutôt par des fonctionnaires et surtout
ceux qui servent dans la fonction publique internationale sans avoir ni
la formation ni l’expérience politiques requises, des personnes
qualifiées de technocrates et bombardées sans concours aucun à la
direction d’institutions financières internationales, gérées en réalité
ailleurs.
Généralement peu informés des véritables enjeux mondiaux et de l’objet
réel de la politique à savoir assurer le développement et réduire les
inégalités par l’action vigoureuse d’un État protecteur, bienveillant et
bienfaisant, ces « technocrates » sont manipulables à satiété, obligés à
jouer scrupuleusement le jeu attendu d’eux en usant de tous les moyens
et subterfuges pour empêcher toute modernisation industrielle de leurs
sociétés, antagonique de la croissance et de la prospérité des
métropoles industrielles dominatrices.
Quand bien même, une fois parvenus à la tête de leur pays, ils
s’éveillent à la nécessité d’une action publique bienveillante, ils en
sont empêchés par ceux qui les y ont aidés pour la simple raison qu’il
est souvent difficile voire impossible d’avoir le manche de la cuillère
suffisamment longue pour dîner avec le diable.
Dans le cas spécifique du Bénin, l’antienne selon laquelle le candidat
élu le 20 mars dernier à près de 75% serait un illustre inconnu, tombé
des cieux, pour se hisser à la magistrature suprême pour sauver le pays
des malheurs, ne répond nullement à l’analyse des faits.
Monsieur Yayi Boni est légitimement fondé à chercher à se hisser au
sommet de l’État. A cet effet, il a été fortement aidé par ses fonctions
de président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et a
bénéficié de l’appui efficace de certains chefs d’État ouest-africains,
dont nous préférons taire les noms, et du soutien solide de forces et
puissances étrangères qui sont loin d’être favorables à l’indépendance
nationale, au véritable développement par la modernisation industrielle
et à la démocratisation effective du Bénin.
Non seulement, il s’était efforcé de se constituer une base populaire
dans son pays en favorisant des investissements ciblés et notamment dans
sa région natale – ses absences au siège de la BOAD ces dernières années
ne sont que trop connues- mais aussi en suscitant la création
d’innombrables organisations non gouvernementales (ONG) et associations
de la société civile dont les dirigeants sont ses obligés parce qu’à
court d’argent et largement stipendiés. S’y ajoutent les groupements
chrétiens, d’origine anglo-saxonne et notamment britannique et
nord-américaine, devenus le fer de lance de l’évangélisation des
populations déshéritées et sujettes à l’embrigadement dans des
mouvements religieux millénaristes, vendeurs d’illusions.
Toutes ces associations de la société civile ont usé des fonds
considérables mis grassement à leur disposition pour quadriller le
Bénin, ratisser large et rafler une partie de l’électorat.
2. De la responsabilité de la classe politique béninoise
Nul doute que les acrimonies, animosités et inimitiés entre les ténors
de la vie politique béninoise, la propension de bon nombre d’entre eux à
se faire corrompre facilement et des considérations ethno-régionalistes
sur fond d’implications transfrontières sous-régionales avérées, ont
contribué pour beaucoup à faire de la dernière élection présidentielle
béninoise une véritable loterie présidentielle menacée par le jeu
trouble du président Mathieu Kérékou.
Pour des raisons plutôt inexpliquées et inavouables, ce dernier n’a pas
su se donner un dauphin et ne voulait pas voir lui succéder un des
ténors de la vie politique locale dont il ne connaît que trop les
travers ni par Monsieur Yayi Boni, à qui il l’a signifié vertement et
publiquement devant des témoins. En réalité, le Caméléon ne voulait pas
quitter le pouvoir cette année : à soixante-douze ans, il était
disqualifié par la limite d’âge (fixée à soixante-dix ans) et ne pouvait
faire sauter ce verrou sans ouvrir la boîte de Pandore à de nombreux
politiciens au rancart, tapis dans l’ombre.
Toutefois, le président Mathieu Kérékou, soutenu par certains cercles
politiques, tentait de créer des conditions exceptionnelles pour
reporter l’élection présidentielle et la coupler avec les législatives
de 2008 : l’évaluation inconsidérée des coûts financiers de l’élection
présidentielle et l’impossibilité de les trouver au plan national et
l’impression - au vu et au su de tout le monde - d’un million et demi de
bulletins de vote annonçant des fraudes massives, participaient des
manœuvres pour le report.
De plus, la nomination du bouillant général Martin Dohou Azonhiho au
poste de ministre de la Défense et de la Sécurité à moins de trois mois
du scrutin visait manifestement à hisser à la tête de ce département
sensible un homme de confiance, de surcroît un homme à poigne au cas où
il faudrait recourir à l’arrêt du processus électoral et à
l’instauration de l’état d’urgence, comme ce fut le cas, en 1991, en
Algérie.
Pour ceux qui connaissent l’histoire du Bénin, l’officier supérieur
Martin Donou Azonhiho a été ce jeune ministre de la Sécurité (ministre
de la Sécurité et de l’Orientation Nationale, MISON) qui a fait trembler
les adversaires du régime marxiste-léniniste.
Tous les ingrédients étaient prêts : un navire de guerre d’une grande
puissance amie mouillait pour toute éventualité dans les eaux
internationales au large du Bénin, des cargaisons entières d’étrangers
stipendiés, venus des pays limitrophes, ayant participé au vote, les
bourrages d’urnes constatés et les dénonciations de fraudes massives par
le président Mathieu Kérékou le 6 mars, le jour du premier tour du
scrutin : tout cela devrait être étayé par des « preuves » que certains
chefs de la sécurité n’ont pas voulu cautionner et les responsables de
l’ORTB refusé de diffuser, preuves qui devraient ouvrir la vanne des
recours devant la Cour Constitutionnelle.
Par un concours extraordinaire de circonstances, les ténors de la vie
politique béninoise, la société civile notamment les syndicats de
travailleurs ainsi que l’opinion béninoise se sont accordés pour ne pas
offrir au général Mathieu Kérékou l’occasion de rester au pouvoir
au-delà du 6 avril et coupler la présidentielle avec les législatives
dans deux ans.
Certes, entre les ténors de la vie politique existent de très profondes
acrimonies, acrimonies, animosités et inimitiés mais beaucoup d’argent
aurait circulé pour "acheter" le ralliement des candidats ayant
obtenu un score conséquent alors qu’à la veille du premier tour, il se
disait qu’il y avait un pacte entre les politiques pour « contrer »
Monsieur Yayi Boni. Au moins un candidat dont nous taisons le nom a
résisté à cette déviance en refusant les centaines de millions de Francs
CFA qui lui ont été proposés en espèces sonnantes.
Des mauvaises langues assurent que tout le monde au Bénin y a trouvé son
compte : les électeurs, les médias, un grand nombre de dirigeants
politiques, des membres des institutions chargées d’organiser et de
légaliser l’élection.
Il nous est parvenu qu’entre les deux tours, les sponsors du candidat
Adrien Houngbedji s’étaient abouchés avec le candidat de la Renaissance
du Bénin, arrivé en quatrième position, qui passa par l’aéroport de Lomé
pour se rendre dans un pays de l’Afrique centrale où il lui fit demander
en échange de gros sous d’appeler à voter pour le candidat Adrien
Houngbedji. De même, la rencontre entre Bruno Amoussou et Adrien
Houngbedji, prévue dans la capitale d’un pays de la sous-région et qui
donnait de la migraine aux dirigeants du Togo, sponsors en chef du
candidat Yayi Boni, s’était envolée au dernier moment par la défection
en dernière minute du candidat arrivé en troisième position.
En somme, la dernière élection présidentielle béninoise n’était
démocratique que pour avoir permis le départ du général Mathieu Kérékou,
vivement souhaité par la quasi-totalité de l’opinion. Par contre, elle
est et restera dans l’histoire africaine comme l’expression d’une
démocratie dévoyée par l’argent corrupteur. Comme l’élection de John
Agyekum Kufuor, au Ghana, à l’ouest, en 2000, avec la bénédiction du
président togolais Gnassingbè Eyadema, celle du Docteur Yayi Boni,
enfant chéri de feu le président Gnassingbè Eyadema, au Bénin à l’Est
avec le soutien actif de Faure Gnassingbé, le chef de l’État togolais
actuel, semble consolider les positions du despotisme togolais dans la
sous-région ouest-africaine.
Conclusion
Au-delà de ces pratiques déplorables, il y a eu de la part de l’ancien
président Nicéphore Soglo rancunier, la volonté de "punir" Me
Adrien Houngbedji pour l’avoir privé en 1996 d’une réélection qu’il
considérait comme "une simple formalité". Cette année-là, le
candidat Adrien Houngbédji, arrivé en troisième position, avait appelé à
voter Kérékou au second tour.
2006 ferme la parenthèse 1996 et annonce la retraite forcée d’un certain
nombre de personnalités de la scène politique béninoise et le
renouvellement de la classe politique locale au profit de nouveaux et
jeunes venus dont la conscience politique ne semble pas avérée dans la
mesure où ils seraient des technocrates ou des gens qui ont fait
carrière dans les organisations non gouvernementales ou des associations
de la société civile, aujourd’hui officines servant par excellence de
couverture aux agissements malfaisants des services secrets des forces
et puissances dominatrices et conquérantes de l’Afrique.
Atsutsè Kokouvi AGBOBLI
avec la collaboration de Prométhée, de Paris, en France.
Source : AFRIC’HEBDO, N°20 du 7 avril 2006
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Atsutsè Agbobli


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Voir aussi :
Éditorial d'avril 2006

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