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Le piétinement de la
modernité politique en Afrique :
Une réception sociale difficile, une responsabilité partagée.
L’inscription délibérée de l’Afrique dans le contexte de la modernité
politique est advenue dans la mouvance de la décolonisation. Au cœur de
l’opportunité d’assomption politique acquise à la suite des luttes
nationalistes, et surtout après la seconde Guerre Mondiale, les
politiques africains d’alors, en choisissant de poursuivre dans le sens
de l’administration coloniale avec un pouvoir centralisé, des
institutions étatiques et un président élu au suffrage universel,
avaient engagé leur peuple dans la gestion moderne des affaires de la
cité.
Sur le plan politique, malgré son apparentement avec
la colonisation dont la violence avait déjà laissé des traces fossiles
dans la conscience africaine, ce choix était notable, car il engageait
la question du vivre ensemble au cœur d’une médiation peuple/pouvoir qui
devrait déterminer la marche historique des peuples vers leur avenir. Ce
choix inaugurait aussi historiquement la coexistence dans un vaste
ensemble de groupes ethniques d’horizons divers, non plus unis par une
guerre d’annexion ou le protectorat d’une tribu par rapport à une autre,
mais plutôt par un désir de liberté et d’autonomie vis-à-vis de
l’occupant. Ceci au cœur d’un territoire partagé, même si à la base la
contrainte impérialiste est au fondement de ces délimitations étatiques.
Ce processus impliquait donc une décomposition de l’organisation
traditionnelle des diverses couches dans leur structure endogène de
gestion sociale, à la faveur d’une recomposition étatique plus vaste où
le vivre ensemble ainsi que l’organisation sociale devraient être
négociés à l’aune des pratiques modernes. Cette démarche historique qui
devrait participer à l’émancipation des peuples dans un processus
d’accompagnement graduel et dont la charge incombait à l’élite africaine
- les politiques et les intellectuels - a été malheureusement laissé en
oubli depuis lors, et ceci de façon générale par manquement et par
ignorance, aussi bien que par souci de domination impérialiste et par
calcul politicien.
La question de la modernité politique et le contexte africain d’avant
les années 1990
De façon profane, loin des formules ampoulées du langage émérite,
s’entend par modernité politique, le nouveau rapport au pouvoir
temporel, qui ne s’inspire plus de l’autorité de Dieu, ni de l’église,
ni d’une autorité transcendante ou du roi, mais s’origine tout
simplement de la décision des hommes, engagés dans la prise en charge
effective de leur destin historique à travers la construction du vivre
ensemble. Ce nouveau rapport au pouvoir temporel où prédomine l’intérêt
de tous citoyens est consacré dans sa forme moderne par le régime
démocratique caractérisé par la séparation des pouvoirs et des
institutions étatiques aux valeurs humanistes et non spirituelles, qui
protègent le citoyen et garantissent la liberté de tout un chacun.
L’inscription de l’Afrique dans ce contexte éloquent de gestion des
nouveaux ensembles hérités de la colonisation devrait aussi en principe
déboucher sur l’émergence du citoyen, partenaire par excellence du
pouvoir avec lequel la question du vivre ensemble est engagé. Il faut
comprendre ce rapport au pouvoir comme une réfutation catégorique de
toute légitimation de pouvoir ontologique, c’est-à-dire un pouvoir
conféré par une instance transcendant les compétences des hommes.
Autrement, le fait d’être de la lignée d’une dynastie royale ou le
représentant sur terre d’un culte divin ou initiatique ne confère plus
aucun droit ni prérogative particulière dans les processus de
désignation. Toute source de légitimité d’un pouvoir est temporelle et
impliquée. Cette inscription dans la modernité politique exige un
dialogue sans cesse renouvelé entre tous les acteurs, où l’État a comme
objectif premier, la liberté du citoyen et la participation active à son
émancipation. La raison en est que la réalité sociale est une dynamique,
sans cesse en évolution et pour preuve, l’Occident riche de plusieurs
siècles de Démocratie questionne encore aujourd’hui le mode de
représentativité de ses diverses couches sociales dans les processus de
décisions, sans parvenir à un système achevé.
L’Afrique, qui s’est lancée dans la gestion politique moderne il y a un
demi siècle, piétine encore au niveau principiel et continue
malencontreusement à faire violence à l’émergence du citoyen en
revendiquant paradoxalement une modernité de façade, ceci par une
exhibition ulcérante d’institutions de pacotilles qui ne sont pas autres
choses que des mirages politiques. Il y donc de façon solennelle, le
constat d’une réception sociale difficile de la part des politiques
africains qu’il faut questionner et corriger, mieux, une résistance dont
il faudrait venir à bout. D’ailleurs, l’histoire de l’enfantement de la
modernité politique aussi bien que celle de la démocratie fait cas de
résistances et de réticences de la part du pouvoir, une épreuve contre
laquelle des combats sociaux sur le plan idéel, aussi bien que
praxéologique - la praxis social, l’action- ont eu raison et bien
entendu au prix du sang. S’il faut tenir compte de l’implication non
négociable du peuple dans la genèse de sa liberté, il ressort d’emblée
que les deux acteurs impliqués dans cette inscription moderniste en
Afrique partagent une responsabilité dans le blocage constaté,
préjudiciable à une gestion politique moderne aussi bien qu’à la genèse
sociale du citoyen. D’une part donc les politiques, vis-à-vis de leur
dynamique de sape, et d’autre part le peuple par son sommeil coupable.
Si les dirigeants politiques africains mettent du plomb dans l’aile des
processus d’émergence de la citoyenneté, cela répond à une logique de
domination ; l’entretien de l’opacité politique étant une couverture par
excellence de leurs forfaitures. Ils ont des intérêts égoïstes et
partisans qui expliquent l’absence des structures propres à la pensée
politique moderne. Mais du peuple qu’en est-il, qu’est-ce qui explique
cette ascèse politique où l’on consent volontiers à l’économie de la
liberté ?
La servitude volontaire caractéristique du peuple face au pouvoir du
tyran, à propos de laquelle LA BOETIE a apporté son éclairage ne fait
pas ici office de raison suffisante. Et l’histoire postcoloniale des
pays Africains infirmerait une explication aussi superficielle. On ne
saurait occulter la récupération systématique ou l’assassinat des chefs
d’états africains d’après les indépendances par leur pays de tutelle et
les politiques de la modernisation autoritaire qui ont porté un frein à
cette inscription des élites africaines dans la modernité. La volonté de
puissance toujours affirmée des métropoles explique en partie l’échec de
cette inscription et l’avortement du projet d’accompagnement du peuple
dans son émancipation, projet funeste auquel les politiques africains,
incarnés en majeure partie par les hommes en treillis s’en sont donnés à
cœur joie. Les timoniers nationaux, les guides éclairées à la lumière
opaque ou trop aveuglante n’ont eu pour objectif que de réprimer
l’émergence du citoyen en instituant dans le meilleur des cas, une
relation père/fils dont l’autorité échoit naturellement à l’aîné,
symbolisé ici par l’État. Dans le pire des cas, dans l’optique de
l’échec du paternalisme politique, et c’est ce qui s’est avéré, c’est la
répression tous azimuts, allant de l’intimidation à l’atteinte de
l’intégrité physique. Il ne faut pas oublier non plus que le passage à
la modernité politique en Afrique à été brusque et culturellement non
préparé. Le peuple, exception faite des élites très minoritaire, a été
et l’est toujours dans un processus de recomposition du monde vécu sans
éducation ni information. Les différentes formations politiques
africaines étaient plus tenues par une logique de conquête du pouvoir en
vacances dès le retrait des colons que l’implication citoyenne du peuple
dans son nouvel espace politique. C’est ici le champ non exhaustif des
paramètres sociaux qui sont au fondement du ratage de l’inscription
effective des états africains dans la modernité politique. C’est le fait
des intérêts et des calculs politiciens. C’est aussi l’expression des
effluves caractéristiques de l’impérialisme moderne où les métropoles
pour des exigences politiquement correctes, sont obligées de rester dans
l’opacité des réseaux pour jouer le jeu macabre et inhumain de leur
domination sur des peuples qui sont coupables d’êtres les citoyens
authentiques de terres au sous-sol généreux. Le dernier scénario macabre
qui a consolidé la dictature héréditaire au Togo, avec la complicité
éhontée et à peine voilée de la France, participe à cette logique.
L’éclatement des acteurs du défunt OUA au moment de sa genèse en deux
groupes ; groupe de Monrovia et groupe de Casablanca, le
dysfonctionnement de la Banque Africaine de Développement (BAD),
participent de très près à cette volonté de puissance impérialiste, ces
exemples étant loin d’être exhaustifs.
Il est facile de comprendre que pour des pays colonialistes dont les
sous-sol sont avares, l’émergence des pays africains sur lesquels ils
ont un certain monopole signifierait in fine la perte de leurs
prérogatives et même leur déclin. Il ne faut surtout pas se méprendre
sur les objectifs non avoués de l’Occident dans son épanchement
romantique à prêter main forte et assistance à nous autres peuples
primitifs, attardés et non civilisés comme le prétendait le catéchisme
impérialiste et colonialiste. Certes, l’Occident à bonne conscience en
imposant sa culture comme solution apodictique à tous les problèmes
sociaux de nous autres civilisations. Mais en même temps, il veille au
grain pour que l’élève ne dépasse pas le maître, pour qu’une émergence
de ces sauvages à la peau noire que nous sommes ne cause le déséquilibre
dans leur logique de domination. « J’embrasse mon rivale, mais c’est
pour l’étouffer ». Mais il est aussi vrai que la réalité sociale n’est
pas une donnée parfaitement maîtrisable ou effectivement mathématisable.
La volonté de puissance des pays de tutelle dans leur logique de
domination n’épuise pas non plus la pleine potentialité des peuples dans
leur désir d’émancipation. On ne peut pas toujours prévoir à l’avance de
quoi est capable une marée humaine ; le social échappe à un déterminisme
radical. Et s’il est dit que les peuples africains ne souffrent pas de
la servitude volontaire, leur réaction ne tardera pas à être manifeste.
La récupération politique du réveil historique des peuples africains
à la fin des années 1990
La tentative d’émergence sociopolitique des peuples africains compte
déjà derrière elle plus d’une décennie. Les années nonante marquent une
étape décisive de maturation des peuples africains dans la mesure où ce
n’est plus de quelques élites isolées que se forme l’épicentre de la
lutte pour l’émancipation, mais du peuple lui-même. La transformation du
monde en un village planétaire où les cultures dans leur ensemble
participent à un vaste réseau de communication, ainsi que trente années
de misères sociopolitiques ont vite fait sauté la gangue des politiques
paternalistes. Le peuple par moment aura compris la portée des pratiques
politiques chtoniennes dénuées d’horizon. C’est une autre étape de
maturation et d’inscription progressive dans la modernité politique où
la démocratisation à été revendiquée au prix du sang, et a été de façon
déplorable récupérée et mal accompagnée. Cette fois-ci malheureusement,
les coupables étaient dans nos rangs. Ce n’est plus les dictateurs
africains à la solde de l’Occident, mais contre toute attente, des
parties politiques mal préparés, mal organisés, titulaires de peu
d’expérience dans la stratégie de lutte politique, et dont le centre
d’intérêt est l’exercice immédiat du pouvoir. On dit souvent qu’on est
enclin à reproduire à l’identique ce qu’on à subit ! Ont-ils aujourd’hui
pris la mesure de l’échec de leur entreprise ? Sont-ils prêts plus d’une
décennie après à penser leur engagement politique à nouveaux frais ?
Quoi qu’il en soit, leur erreur principal est l’amateurisme et
l’empressement à effacer d’un trait, trente années de pratiques
politiques où aucun contre pouvoir n’existait, période qui
malheureusement à profiter aux régimes en place pour tisser des
alliances aujourd’hui difficilement contournables. Confrontés à des
régimes affaiblis et surpris, mais habitués à la logique de la
brutalité, cet acquis n’a pas su être négocié et a basculé dans le chaos
dans la plus part des États africains.
Mais aussi curieusement que cela puisse paraître, le soulèvement
populaire des années 1990 n’est pas le fait de la totalité des souches
endogènes des peuples africains. C’est l’œuvre d’une élite en genèse,
consciente de l’hypothèque sur son avenir et du décès de sa nature
projective qui a exprimé son ras-le-bol. C’est la génération africaine
née dans la décennie soixante, qui à l’approche des trente ans, sentant
la vacuité s’installer, s’est agitée à la faveur du vent de l’Est. Des
observateurs émérites de la vie politique africaine, en l’occurrence
Fabien Eboussi Boulaga, ont souligné des changements notables
justiciables des troubles sociopolitiques des années 90, notamment le
bienfait des conférences nationales. Sur ce plan c’est vrai il n’y a pas
matière à discuter ; mais aujourd’hui, il serait intéressant
d’interroger ses acquis et la pertinence de leur validité quand on met
dans la balance, la régression politique marquée par une identité de
méthode et de style repérable dans l’arène politique africain : le
tripatouillage constitutionnel qui tend à légitimer la pérennité des
dictateurs au pouvoir. Les anciens ennemis du peuple reprennent du
service en donnant force de loi à des pratiques politiques atypiques
n’ayant rien en partage avec l’essence de la démocratie. Les leaders
politiques à l’origine de la récupération incapables de faire face à des
régimes dont les racines s’étendent jusqu’aux antichambres de Matignon,
l’Élysée, la Maison Blanche ou Bruxelles, finissent par gratter auprès
du pouvoir ou à vivrent dans la clandestinité. Que faut-il faire dans
ces conditions ?
La responsabilité des intellectuels : mobiliser le peuple vers le
plein potentiel de sa citoyenneté
La lutte pour l’émancipation des peuples n’a certes pas tourné au fiasco
sous tous les cieux africains, des pays comme le Mali, le Ghana ou le
Bénin sont des modèles de réussite hautement appréciables. Alors, pour
les peuples épris de liberté pris en otage entre les impérialistes
survoltés et les pantins de présidents, aussi bien que les opposants de
cire à la tête creuse, que faut-il faire ? Faut-il attendre que la roue
du destin leur soit favorable ? Il y a longtemps que la providence ne
fait plus recette en politique. Ce qui peut sauver les peuples épris de
liberté ne viendra pas du ciel ; les Togolais l’ont appris à leur
dépend. On ne peut pas faire économie de la logique du combat. Il faut
se battre mais tout en se préservant. Beaucoup d’Africains à tort ou à
raison affirment avec dédain, déception et rancœur que toutes les
stratégies de lutte ont été épuisées, que là où rien n’a changé c’est
que la possibilité n’est pas envisageable à moins qu’une lutte armée ne
soit engagée. Et encore, faut-il que les maîtres de l’ordre du monde
laissent leurs colonies à la merci de la vindicte populaire où d’une
rébellion si leurs intérêts ne sont pas préservés.
C’est la tentation du dépit, et ce n’est pas sans raison. Il y a de quoi
être désenchanté par la politique quand au début du troisième millénaire
des régimes se font à l’image de celui de Lomé ou du Congo Démocratique,
et ceci à l’encontre de la volonté générale. Depuis quand des singes
ont-ils besoin de Démocratie ? Ils vivent en bande et c’est le mâle le
plus fort qui est de droit le chef. C’est déjà un triomphe s’ils
arrivent à organiser des « élections satisfaisantes ». Voilà l’anecdote
qui semble résumer la position des métropoles vis-à-vis de nous. Les
maîtres du monde ne font plus dans la dentelle. Ils opèrent à présent
dans la visibilité. Mais c’est aussi prouver aux yeux du monde qu’on
demeure des singes si nous laissons les métropoles décider de notre
destin sans réaction. Il ne faut pas renoncer au combat et le dépit ne
nous sert pas. Il reste un potentiel énorme dans le contexte des luttes
de libération pour l’émancipation que nos stratèges politiques n’ont pas
encore exploité ! Il est tout simple, mais constitue le vertige de tous
les tyrans quand il est au maximum de son potentiel, c’est le peuple
stricto sensu, dans le plein potentiel de l’exercice de sa citoyenneté.
C’est de sa mobilisation que l’inscription dans la modernité politique
sera effective. Et face à la démission de nos politiques, face à la
faillite de l’État, et l’incompétence des leaders des oppositions
africaines, c’est aux jeunes élites à la pointe de la lutte d’aller
réveiller la qualité de citoyen auprès des forces vives populaires.
La vie sociopolitique comme elle se déroule actuellement dans le
contexte des sociétés africaines, n’a rien de moderne si elle n’intègre
pas et ne participe pas à la genèse et la consolidation de l’individu
citoyen. Une société moderne ne se satisfait plus de la dépendance à
l’égard d’une unité transcendante, assurant la reproduction symbolique
de la vie sociale. Fonder les États africains à partir de la cooptation
tribale ou à partir des réseaux impérialistes qui nous imposent des
avortons d’hommes d’État à la tête creuse participe d’une injure et
d’une atteinte à la dignité citoyenne du peuple. Les états modernes sont
des ensembles beaucoup plus vastes, fédérateurs de plusieurs groupements
humains dans le but est de forger une identité collective et
individuelle à travers la genèse d’un vivre ensemble au cœur duquel
chaque citoyen est impliqué. Sa source de légitimité n’est plus
ontologique, mais négociée et débattue à la lumière de l’expression de
la souveraineté populaire. C’est plus qu’un droit du citoyen de
participer à la politique plutôt que de s’en écarter et laisser son
destin entre les mains d’acteurs marginaux. Mais on ne jouit de sa
citoyenneté qu’en l’exerçant. La jouissance d’un droit est dans son
exercice. Et c’est à l’abdication de ce droit qu’on a contraint les
peuples par la politique paternaliste, la répression et les politiques
centralisées. C’est à cet exercice qu’il faut convier les peuples par
leur participation. Un travail d’éducation et d’information s’impose
aujourd’hui aux partis politiques ou à défaut aux intellectuels
africains épris de liberté. Les partis politiques d’opposition nés des
troubles sociaux des années nonante ont confondu vitesse et
précipitation et ont fait sombrer toute une génération de patriotes,
contraint d’autres à l’exil, et envoyer le reste à trépas. Les
politiques des oppositions africaines sont pour la plupart des pleutres
financièrement à genoux et politiquement finis. Les opposants togolais
sont des exemples les plus illustres.
A la relève alors est assignée une mission : c’est l’ultime mission qui
engage cette fois la citoyenneté de tout un chacun. Ce n’est pas une
entreprise immédiate de logique d’exercice du pouvoir mais la prise de
conscience de l’impératif de l’exercice du rôle citoyen. Elle passe
alors par un devoir d’information et d’éducation de la masse. Il
faudrait :
- Au prime abord, faire comprendre à la masse que l’État moderne est un bien
commun fruit de la volonté générale, du vivre ensemble et non le fait d’intérêts
égoïstes d’une volonté particulière comme s’amuse à le faire nos chefs d’État.
Dans ce sens il doit être construit par la participation de chaque citoyen par
son inscription dans l’espace public. Cet espace public est défini comme un
réseau permettant la communication, la discussion de contenus, des prises de
position, d’opinions relatifs au vivre ensemble et la volonté générale. Cet
espace ne se constitue que par l’activité communicationnelle, une langue étant
nécessaire.
- Il s’impose donc un travail de conceptualisation des valeurs
démocratiques ainsi que de la culture y afférente dans les langues endogènes.
L’idée de justice, de bien, d’égalité participe des Universaux, donc présente
dans toute les couches linguistiques rend cette tâche possible. Ce travail
débouche non pas sur la constitution d’un espace public par décret qui
s’apparentera très vite à un autre mirage politique, mais plutôt une
préoccupation citoyenne qui par force et habitude débouche sur une société
civile qui se définit comme des groupements ou associations non étatiques,
capables d’influencer et de définir les contenus dans le réseau de communication
et d’orienter leur flux.
Ces impératifs ne sont pas exhaustifs, ils n’épuisent
pas les possibilités de luttes pacifiques. Mais leur prégnance et leur
performance dans l’implication des citoyens dans les processus de
décisions est sans égal, car l’espace public a le mérite de rendre le
citoyen intéressé de lui-même et lui fait sentir son appartenance et son
utilité dans son espace social au cœur du monde vécu. Une autre lutte
non moins importante est la quête de l’application effective des
politiques de décentralisation. Elle permet de contenir la synergie des
citoyens en luttes pour l’émancipation sur des espaces plus réduits en
guise d’une fédération d’agents historiques plus évidente. Les régimes
que les armes ne peuvent renverser ont aussi leur talon d’Achille. Il
est dans l’air du temps. C’est une exigence culturelle pour tous ces
pays africains de prétendre aujourd’hui à un engagement vers la
démocratisation. Ils sont donc obliger à un moment ou un autre de faire
semblant pour ne pas susciter le blâme d’une opinion internationale
encore par endroit intègre. On ose croire que la stratégie de lutte
pacifique exige de ne pas donner à ces régimes totalitaires l’occasion
d’utiliser la violence et de manière pacifique les clouer au pilori. Les
révolutions géorgienne ou ukrainienne peuvent prendre corps en Afrique.
Si on arrive à faire exercer au peuple son droit citoyen, si la société
civile bouge sans confondre son rôle avec la volonté d’exercer le
pouvoir, si elle ne laisse plus récupérer sa synergie par des politiques
opposants, incompétents et incohérents, si les espaces de libertés sont
conquis, au moment des tentatives d’usurpation de pouvoir c’est le
peuple qui se mobilisera pour exercer son droit de souveraineté. Ce ne
sera pas pour casser et lancer comme les Togolais ou les Palestiniens,
des pierres sur des tanks et répondre aux balles par des jets de
pierres. Les réseaux politiques souterrains n’afficheront plus leur
arrogance mortifère devant tout un peuple mobilisé mais négocierons leur
retraite ou feront volte-face pour sauver les meubles. Aux générations
actuelles éprises de liberté, voilà notre mission si nous ne voulons pas
partager avec nos bourreaux : l’opposition politique et le pouvoir en
place, la responsabilité de notre indigence. Il est possible de croire
encore malgré les pratiques honteuses des métropoles occidentales et de
nos politiques africains au potentiel révolutionnaire de nos peuples.
Korh pour afrology
1. Dans le contexte de la modernisation politique,
dans les années soixante, les promesses faites par les leaders
politiques du Sud de voir l’indépendance et la modernisation entraîner
une amélioration des conditions de vie des masses paysannes n’ont pas
été tenues. De ce fait, les masses populaires ne croyaient plus au
discours des élites ; situation défavorable pour la mise en place des
d’institutions démocratiques à l’occidentale. Pire encore, ces tensions
entraînaient par ricochet des conflits au sein des élites elles-mêmes,
favorisant une faiblesse structurelle de l’État. Les risques de
réinvention sous d’autres formes de l’identité traditionnelle des masses
paysannes et la recherche par les élites du renforcement de leur
légitimité par le clientélisme étaient nuisibles à la modernisation et
l’expansion du marché. Ceci favorisait des sociétés hybrides où l’État
n’était moderne que d’apparence. Beaucoup d’analystes de l’époque
considéraient que cette situation risquait de condamner les États du sud
à un sous-développement permanent. Ailleurs, l’affirmation de mouvements
révolutionnaires à base paysanne a sonné le glas d’une intervention.
Cette situation risquait d’envenimer le conflit Est-Ouest. La réflexion
théorique sur l’ « ordre politique » a vu dans les militaires de
nouveaux acteurs sociaux aimant l’ordre et tournés vers la modernité
technologique et les parties uniques pour construire un État fort, les
nouveaux instruments capables de continuer les politiques de
modernisation. C’est ainsi que les kakis pressentis à servir de
passerelle entre le traditionnel et le moderne et à maintenir l’ordre
sont encore présents plus de quarante après. |
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