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Mémorandum de l'UDPS
Suite aux événements survenus à Kinshasa le 30
juin 2005, nous estimons qu'il était temps de rompre notre silence
pour dénoncer la dérive et les détournements de la Transition organisée
pour l'essentiel par la faction ex-gouvernementale dirigée (sic) par
Joseph Kabila. Nous estimons cependant que le mémorandum de l'UDPS
reprend l'essentiel de nos propres préoccupations, aussi, nous l'offrons
à nos lecteurs en guise de document de réflexion. Il est encore temps de
sauver la donne. Mais, pour se faire Il faudra refaire un état des
lieux...
Pierre Bigras (Observatoire de l'Afrique Centrale - OBSAC)
Transmis copie pour information à :
Monsieur le Président du Conseil de Sécurité des Nations Unies
Messieurs les Ambassadeurs des pays membres permanents du Conseil de
Sécurité des Nations Unies (Tous) à New York.
Monsieur le représentant du Secrétaire général de l’Onu en Rdc.
N/Réf.: 067/UDPS/PN/05
A Monsieur le Secrétaire Général de l’Onu à New York.
L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, Udps, se fait l’insigne
honneur de vous soumettre le présent mémorandum afin de demander à la
communauté internationale de prendre la mesure de la situation qui
prévaut actuellement en République démocratique du Congo consécutive à
l’échec de la formule 1+4 issue du dialogue Intercongolais et au refus
des animateurs de différentes institutions de la transition de se
conformer d’une part à l’esprit et à la lettre de l’Accord global et
inclusif et de la Constitution de la transition qui ont fixé à vingt
quatre mois, durée de la Transition, et d’autre part, à la volonté du
peuple souverain, déçu par l’amateurisme, l’incompétence et la
cacophonie au sommet de l’État. A cet effet, le mémorandum de l’Udps
porte sur les cinq points ci-après:
- L’échec de la Formule 1 +4 ;
- La problématique de l’organisation des
élections en Rdc ;
- La répression dans le sang des manifestants pacifiques;
- Les problèmes
sécuritaires ;
- Les propositions de l’Udps.
1° L’échec de la Formule 1+4
Tout le monde est unanime pour constater que, par rapport aux objectifs
assignés à la transition pour concourir à sa mission principale qu’est
l’organisation des élections libres démocratiques et transparentes dans
le délai de 24 mois, les animateurs de la transition n’ont pu réaliser
aucun des cinq objectifs assignés à la transition.
Ce constat amer a été fait en son temps par l’Udps, les forces
politiques et sociales acquises au changement, l’Église catholique et la
communauté internationale à travers le Ciat, le gouvernement belge, le
Secrétaire général de l’Onu, etc., qui ont à plusieurs reprises attiré
l’attention de ces animateurs et stigmatisé la lenteur du processus
électoral... pour des raisons sus-évoquées et la gestion calamiteuse de
la transition. Il s’est donc révélé ‘que ces animateurs se sont inscrits
dès le départ dans la logique de la prolongation de la transition
pourtant définie comme exception par l’alinéa 2 de l’article 196 de la
constitution. Devant l’entêtement des faits, les animateurs des
Institutions politiques de la Transition ont chacun, à sa manière, fait
le même constant d’échec. Ainsi: - le Pprd, parti politique de Monsieur
Kabila avait au cours de la conférence de presse tenue le 7 octobre
2004, promis au peuple congolais, la démission du gouvernement, si
celui-ci ne l’amenait pas aux élections au 30 juin 2005. - Le Rcd, parti
politique de Monsieur Ruberwa à l’occasion des tristes événements de
Gatumba en Août 2004, avait demandé un arrêt de la Transition pour en
faire l’évaluation - Le Mlc, Parti politique de Monsieur Jean-Pierre
Bemba en janvier 2005, à l’occasion de la suspension infligée à certains
ministres dont ceux de son parti, accusera le Pprd de bloquer le
processus de Transition en Rdc. - L’institution parlementaire de son
coté a eu l’occasion de stigmatiser, de temps en temps, le manque de
volonté politique dans le chef du gouvernement pour accélérer le
processus en cours.
2° La problématique de l’organisation des élections en Rdc
Devant l’échec patent de la formule 1+4, échec consécutif au manque de
volonté politique et au sabotage du processus électoral, le peuple
congolais a exprimé son appréciation sur l’action du Gouvernement à
travers les manifestations populaires et pacifiques les 2,3, et 4 juin
2004 ainsi que le 10 janvier 2005. Pour le peuple congolais donc, la
formule 1+4=0. En effet, il est de notoriété publique, qu’au lieu de
doter notre pays des instruments juridiques essentiels devant régir le
processus électoral, le parlement n’a pas été capable, loin s’en faut,
de remplir sa mission.
Ainsi, la loi organique portant organisation et fonctionnement de la
Commission électorale Indépendante, Cei, (loi 04/009) n’a été promulguée
que le 05 juin 2004, soit douze mois après le début de la transition. Le
règlement intérieur de la Cei n’est intervenu que le 8 octobre 2004,
soit 15 mois après le début de la Transition. La loi relative à la
nationalité congolaise (loi n° 04/24) et la loi portant identification
et enrôlement des électeurs (loi n° 04/28) n’ont été respectivement
promulguées que le 12 Novembre et le 27 décembre 2004, soit à six mois
de la fin de Transition. Le projet de la constitution de la troisième
république dont dépendent les lois référendaire et électorale n’a été
adopté par le parlement que le 16 mai 2005, c’est-à-dire à 44 jours de
la fin de la transition.
De son côté, le Gouvernement n’a versé jusqu’en mai 2005 que 2 millions
de dollars sur les 20 millions qui constituaient sa quote-part au budget
électoral. De ce fait, la Cei n’a exécuté aucune opération préélectorale
durant les vingt trois mois qui précédaient la fin de la Transition.
Partant, elle n’a pas été en mesure d’arrêter le moindre calendrier
électoral. Il est dès lors évident que le retard ainsi consommé n’est
pas dû : « aux problèmes spécifiquement liés à l’organisation des
élections», prévus à l’alinéa 2 de l’article 196 de la transition qui
justifieraient la prolongation, mais à la défaillance du gouvernement et
du Parlement de Transition. En conséquence, l’Udps considère que la
prolongation automatique décidée par le parlement s’est faite en
violation de l’esprit et de la lettre de l’Accord global et inclusif
ainsi que de la constitution de la Transition
C’est malheureusement et curieusement dans ces conditions, que la Cei,
pour sauver le gouvernement face à l’opinion nationale et
internationale, décidera de lancer, le 20 juin 2005, dans la
précipitation et avant la date butoir du 30 juin 2005, l’opération
d’identification et d’enrôlement des électeurs. Il suffit, pour s’en
convaincre, de considérer l’insuffisance des kits électoraux et des
groupes électrogènes, les ratés dans le recrutement et la formation des
opérateurs de saisie ..., auxquels cas il faut ajouter la qualité
douteuse du matériel de la maison ZETES PAS qui a été retenue par la Cei.
Voilà pourquoi nous avons tous déploré beaucoup de ratés et
d’irrégularités constatés dans les six communes de Kinshasa. Par
ailleurs, certains actes posés par les animateurs de la Transition pour
régir le processus électoral dans notre pays sont de nature à préparer
la fraude à grande échelle. Ainsi, la lettre du Président de la
République adressée à l’Onu pour obtenir l’organisation des élections
par la Cei, a permis au Gouvernent d’avoir la mainmise sur le Cei qu’il
manipule à sa guise. D’autre part, dans la loi organique de la Cei
(04/009) à l’article 7 fait la part trop belle aux belligérants dans la
composition de cette institution, alors que par essence, celle-ci était
censée traiter une matière technique qui requiert l’expertise et non
l’apprentissage sur le tas, comme c’est le cas aujourd’hui
malheureusement.
En son temps l’Udps, le Ciat, les sociétés savantes et autres forces du
changement avaient alerté le parlement en vue d’y apporter les
corrections nécessaires. De même, la loi portant identification et
enrôlement des électeurs (04/028), ouvre la voie à la tricherie, comme
l’attestent déjà des irrégularités et des tentatives de fraude massives
décriées dans les six communes de Kinshasa. II est également reproché à
cette opération de brader la nationalité congolaise au risque de créer
d’autres antécédents et conflits plus graves pour l’avenir de notre
pays.
L’usage des Kits informatiques relève des insuffisances graves depuis
les 20 juin, date du début de l’opération d’identification à Kinshasa II
s’agit notamment de son incapacité de déceler les doublons, du fait que
les PC n’étant pas reliés à la mémoire centrale, le transport et la
manipulation des disquettes sont sujets à caution... Pour les mêmes
raisons on peut facilement se déplacer avec ces kits et procéder à
l’enrôlement n’importe où, en Rdc ou dans les pays limitrophes. Il se
dégage, avec le recul du temps, qu’en faisant le jeu du Gouvernement, la
Cei a perdu toute crédibilité aux yeux de ses vrais partenaires que sont
les partis politiques compétiteurs représentatifs et s’est, de ce fait,
disqualifiée pour organiser des élections libres et transparentes que
l’on devait attendre d’elle, et dont les résultats ne feront pas l’objet
de contestations. Par voie de conséquence, l’Udps considère cette
opération lancée à Kinshasa. le 20 juin 2005, comme une phase
expérimentale.
3° La répression dans le sang des manifestants pacifiques
Ayant constaté que la formule 1+4 n’a pas conduit notre peuple aux
élections dans le délai constitutionnel de vingt-quatre mois au 30 juin
2005, celui-ci vient de confirmer sa désapprobation à travers une
grandiose manifestation pacifique totalement réussie, ce jeudi 30 juin
2005 sur toute l’étendue de la République spécialement à Kinshasa ainsi
que dans les grandes capitales occidentales. La marche pacifique que l’Udps
a organisé le jeudi 30 juin 2005, a été annoncée depuis le 02/04/2005 à
l’occasion de l’ouverture de la session extraordinaire du Comité
National. Parlement du Parti. Le Gouvernement congolais en a profité
pour créer la psychose et la terreur en inventant tour à ‘tour les
phénomènes Kata-Kata, entendez, des assassinats avec amputation des
organes à travers la ville de Kinshasa, et Tramontina, une marque des
machettes qui symbolise l’arme blanche dont la population pourrait se
servir lors de la manifestation pour provoquer des tueries et autres
pillages. En réalité, il s’est agi d’une astuce pour justifier les
descentes punitives et autres exactions perpétrées dans des villes et
provinces favorables à l’Udps, notamment: les villes de Kinshasa,
Lubumbashi, Likasi et Kolwezi (Katanga), Kahemba (Bandundu), Uvira (Sud
- Kivu), Goma, (Nord-Kivu), Kisangani (Province Orientale)..., et les
provinces du Kasaï occidental et oriental où l’ordre a été donné de ne
plus hisser l’emblème de l’Udps. Alors que le Gouvernement, sur pression
des Ong de défense des droits de 1’homme et de la communauté
internationale, avait promis d’encadrer les manifestants, il est
inadmissible de constater que ceux-ci qui n’avaient que des rameaux,
banderoles et drapelets en mains et qui ont fait preuve d’une discipline
jamais vécue en République démocratique du Congo, ont été fauchés par
balles et sauvagement réprimés par des militaires déguisés en policiers
parmi lesquels on a identifié des éléments des forces étrangères,
notamment des Angolais et vraisemblablement des zimbabwéens et des
tanzaniens.
Plus grave, du 30 juin au 1er juillet 2005, la résidence officielle du
Président national de l’Udps, Monsieur Etienne Tshisekedi wa Mulumba a
été violée à plusieurs reprises par des hommes en uniforme qui y ont
allégrement tiré des rafales, jeté des grenades et bombes lacrymogènes,
procédé aux arrestations des membres de sa sécurité A ce jour le bilan
provisoire de cette répression barbare et injustifiée se chiffre à des
dizaines de morts et à des centaines de blessés graves et
d’arrestations.
4° Les problèmes sécuritaires
Partout les voix se lèvent pour décrier l’insécurité à travers le
territoire national en général et la ville de Kinshasa en particulier.
Ce phénomène caractéristique, propre à tout régime de dictature et vomi
par notre peuple à la recherche de la paix, de la sécurité et de la
sérénité.
4.1. Concernant l’insécurité dans la ville de Kinshasa il convient de
déplorer:
La circulation des véhicules (taxis, taxi-bus, et voitures privées)
occupés par des hommes armés qui s’adonnent :
- à l’enlèvement des piétons en attente de transport aux arrêts des bus;
- à arracher l’argent et les biens des femmes et des vieillards à pieds;
- à l’assassinat des piétons, etc.;
les vols à main armée à domiciles et sur la voie publique; des vols,
avec effractions;
des assassinats sauvages avec mutilation des sexes et autres parties du
corps, des assassinats à domicile et sur la voie publique,
des arrestations, détentions et condamnations arbitraires fréquentes des
combattants à travers la ville de Kinshasa,
des provocations et harcèlement des combattants par les forces de
l’ordre à travers le pays en général et en particulier à Kinshasa,
Lubumbashi et Mbuji Mayi.
4.2. Concernant le déploiement des forces armées
Sur le plan militaire et sécuritaire, l’Udps rappelle que l’annexe 4 de
l’Agi à son point 1 alinéa A, interdit l’acheminement à Kinshasa des
forces congolaises supplémentaire tandis que les dispositions du point
2, alinéa A de la même annexe prévoient la mise en place d’une force de
police intégrée, chargée d’assurer la sécurité des personnes et de leurs
biens. II est pourtant de notoriété publique que l’ex composante
gouvernement fait venir à Kinshasa, plusieurs unités de ex-Fac en
provenance notamment de la base de Kamina et les a cantonnés à Kibomango,
au camp Tshatshi et la base aérienne de Ndolo ainsi que les forces
militaires étrangères qui sont réparties comme suit:
a) N’Djili Cecomaf plus ou moins 500 éléments parlant portugais en
provenance d’Angola;
b) Kibomango plus ou moins 800 éléments parlant portugais et les
interahamwes ;
c) Forêt Sanga mamba, Commissariat « Boma libala» plus ou moins 250
éléments parlant anglais en provenance de Zibambabwe ;
d) Lac de Ma « Vallée»: plus ou moins 400 éléments parlant anglais en
provenance de la Tanzanie; e) Le Conseil national Sécurité de Binza « Ma
campagne» plus ou moins 200 éléments parlant une langue inconue et non
identifiée (Erythréens, ougandais, et ou burundais);
f) A Ndolo, Camp Tshatshi et Kibomango, l’arrivée massive de nouvelles
unités de Fardc à Kinshasa en provenance du Katanga et originaires du
Nord Katanga.
A cela il faut ajouter:
L’infiltration massive des militaires de différentes composantes des
belligérants et des entités dans la capitale. Cette même opération est
en train d’être menée également au niveau des chefs-lieux des provinces.
Le siège de la Sous-Région de Tshiangu en général et des Communes de N’Djili,
Masina et Kingasani par des mercenaires étrangers et des éléments de
police intégrée et formés en Angola.
La promenade militaire du 26 au 28 juin pour traumatiser la population
de Kinshasa.
L’envoi des militaires du GSSP pour étouffer toute manifestation,
notamment à Kindu , Kisangani, Goma, Bukavu, Lubumbashi et dans les deux
Kasaï.
Ces militaires constituent une menace grave pour la paix et la sécurité
dans la mesure où étant sous plusieurs chaînes de commandement ils se
livrent à des scènes de violences et sont prédisposés à se mutiner.
L’Udps, fervente adepte de la non violence, dénonce avec force ces
manœuvres sordides du pouvoir conçues pour opprimer, traumatiser et
museler le peuple congolais, seul détenteur souverain du pouvoir, afin
qu’il ne puisse pas publiquement manifester que le système 1 +4=0.
5° Les propositions de l’Udps
5.1. Sur le plan politique
Face à la gravité de la situation ainsi décrite et afin de prévenir le
pire, mais aussi et surtout sauver le processus électoral en cours, l’Udps
a proposé depuis le 2 avril 2005, une solution concrète, à savoir le
retour à l’ordre institutionnel de la Conférence Nationale Souveraine,
adaptée à la nouvelle donne politique du pays. Ce schéma, simple et
classique, constitue la réponse appropriée à donner pour imprimer une
nouvelle dynamique à la transition afin de réaliser l’organisation des
élections dans un bref délai. L’Udps, estime que seules les élections
libres et transparentes sont à même de mettre définitivement fin à la
crise de légitimité qui n’a fait que trop durer. Aussi, la Cei s’étant
disqualifiée pour s’être transformée en caisse de résonance du pouvoir
en place et donc incapable de sécuriser tout le monde, notre Parti
demande-t-il instamment à l’Onu d’organiser et de superviser les
élections à l’instar de ce qui s’est fait au Kosovo, Timor Oriental et
en Afghanistan.
5.2. Sur le plan sécuritaire
Au regard de la situation préoccupante de la sécurité dans notre pays en
l’absence d’une armée républicaine, intégrée et restructurée,l’Udps
demande ce qui suit:
La démilitarisation de la ville de Kinshasa.
Etendre sur l’étendue de la République, l’usage du chapitre VII de la
Charte de l’Onu pour imposer la paix.
Le retrait des troupes étrangères.
Le désarmement des forces négatives.
5.3. Sur le plan judiciaire
L’Udps est choquée et scandalisée de constater que pour une
manifestation qui a été pacifique, les congolais qui n’avaient que des
rameaux, drapelets banderoles en mains, ont été froidement abattus à
balles réelles.
A cet effet, elle demande à l’Onu de diligenter une enquête
internationale afin de déterminer les responsabilités et de traduire, en
justice, les auteurs et leurs commanditaires.
Fait à Kinshasa, le 04/07/2005
Pour le président national de l’Udps
Aka Mantsi
Assistant du Président national
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