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Démocratie en Afrique
Centrale
L'exemple véritable viendra-t-il de la RD Congo?
Après plusieurs décennies de cafouillis qui avait
juste suivi les indépendances et plus précisément pendant le règne du
maréchal Mobutu, la R.D. Congo, après maints sacrifices, vient enfin de
sortir de l’ornière après les élections de novembre 2006. Joseph Kabila
a été élu président de la République et Jean Pierre Bemba devrait se
contenter de mener une opposition républicaine, comme il l’a déclaré
lui-même après l’annonce du verdict, démocratie sur fond d’élections
avec plusieurs partis oblige.
L’Afrique centrale doit pouvoir démarrer sur des nouvelles bases après
le retour au calme en Angola et en RDC après plusieurs décennies.
L’Angola et la RDC, deux géants qui, à eux seuls, peuvent bouleverser
les données sociopolitiques de la sous-région quand ils ne connaissent
pas une bonne « santé politique ». Deux pays qui pèsent sur l’échiquier
de la politique internationale au niveau de l’Afrique centrale.
La mort de Patrice Lumumba : le commencement des douleurs en RDC
Après l’élimination physique de Patrice Lumumba par
celui qui sera le maître du pays pendant plusieurs années, le Congo
démocratique, qui va à un certain moment s’appeler Zaïre par la
fantaisie de l’homme politique, verra son tissu social, politique et
économique se détériorer et se dégrader. Une bonne partie de son
intelligentsia prendra la poudre d’escampette pour chercher refuge dans
les autres pays, surtout en Occident. La furie de l’homme politique a
commencé à s’opposer à la liberté d’expression. L’Indépendance cha-cha
agréablement chantée par le grand musicien Joseph Kabasélé et son
célèbre African Jazz, ne sera que lettre morte. Elle est maintenue dans
les larges masses populaires par les danses modernes et folkloriques, la
chanson et le fanatisme politico-régionaliste initiés par Mobutu quelque
temps après son accession à la magistrature. Il se donne cinq ans pour
remettre de l’ordre dans le pays, mais tel ne sera pas le cas comme le
précisent Michel Gaud et Laurence Porgès : « Par le coup d’Etat du 24
novembre 1965, Mobutu déclare assumer les fonctions de président de la
république pour une période de cinq ans. En réalité, il restera
trente-deux ans à la tête de l’Etat » (1). Et s’en suit l’accaparement
total du pouvoir comme le précise Jacques Arthur Malu Malu : « le
pouvoir personnel et totalitaire que Mobutu instaure s’accompagne (…) de
la limitation, voire de la suppression des libertés politiques et
individuelles et d’une féroce répression des méthodes qui ne tarderont
pas à lui aliéner une bonne partie de l’opinion nationale et
internationale » (2).
Pendant plusieurs décennies, il va profiter de la
guerre froide qui oppose le bloc capitaliste aux pays de l’Est pour
bâillonner le peuple congolais. Et quelques foyers de révoltes
révolutionnaires nés dans quelques régions de ce vaste pays-continent ne
seront que des feux de paille. Pierre Mulélé trahi par sa naïveté est
éliminé sans autre forme de procès quand il tombe dans le piège du
dictateur, mis en exergue avec la « complicité » de Brazzaville. Il est
écrit dans « L’Enjeu congolais : l’Afrique centrale après Mobutu » : «
Les autorités de Brazzaville et les Cubains qui se trouvent sur place,
étrangement le laisse faire : alors que c’est pratiquement sans
garanties que Mulélé s’embarque pour la capitale voisine. Il est
immédiatement trahi par Justin Bomboko, ministre des Affaires étrangères
de Mobutu, qui est venu le chercher, arrêté et mis à mort le 3 octobre
1968 dans des conditions atroces » (3). Cette situation mettra mal à
l’aise la Révolution congolaise d’en face qui vient d’être « redressée »
par le comandant Marien Ngouabi qui a pris la place de Alphonse
Massambat-Débat. Quelques années après, Nathaël Boumba verra son
mouvement de libération mourir de sa propre mort. Il faut attendre la
chute du Mur de Berlin et l’érosion de sa santé pour voir la « puissance
» du géant Joseph désiré Mobutu Sésé Séko Kuku Ngbendu Waza Banga se
fissurer de l’intérieur. A ce propos, Gauthier de Villers stipule
longuement : « A la fin des années 80, le président Mobutu change son
fusil d’épaule : avec la grande offensive qu’il mène en 1988-1989 contre
la Belgique, il tente de raviver la thématique nationaliste et anti(néo)colonialiste,
en même temps que de susciter quelque candidature (c’est en l’occurrence
celle de la France qui est avant tout sollicitée) à ce statut d’ « oncle
» protecteur et de partenaire « privilégié » dont la Belgique, à ses
eux, se montre si indigne.
Cette double stratégie ayant échoué et la chute du
Mur de Berlin entraînant au courant de la décennie le bouleversements
que l’on sait sur le plan géopolitique comme sur le plan des idéologies
dominantes et des humeurs collectives, le Président va jouer à ce qui
apparaît comme la seule carte qui lui reste : il va prendre de vitesse
le mouvement de contestation politique et d’émancipation qui se répand
en Afrique et a pris force dans son pays, en dégageant lui-même le
Zaïre, par son discours du 24 avril 1990, dans le processus de la «
transition démocratique» (4).
Et arriva Laurent Désiré Kabila
Mais affaibli par la maladie et menacé par Laurent
Désiré Kabila qui est aidé par le Rwanda voisin, Mobutu est chassé du
pouvoir comme personne ne pouvait l’entendre. Et de se retrouver, lui et
quelques membres de sa famille en exil. Commence alors le règne de
Kabila aidé par ses "protecteurs" rwandais qui vont aussitôt se
mettre à piller les richesses du Congo en compensation du soutien qu’on
avait accordé dans la chute de son prédécesseur.
Marqué encore par la lutte révolutionnaire du temps
passé dans le maquis sur fond de la confrontation Est/Ouest, Kabila se
croit encore plus près de la révolution des années 60. Collette
Breackman remarque que « l’un des premiers gestes de Kabila après son
arrivée à Kinshasa sera de rendre un solennel hommage au martyr de la
révolution. Une cérémonie se déroule le 3 octobre 1997 à Kinshasa, en
présence de Léonie Abo, l’épouse de Mulélé, et de quelques-uns de ses
partisans » (5). L’arrivée au pouvoir de Kabila change les rapports de
force au niveau régional, le Zaïre qui est redevenu le Congo, ne peut
échapper à la « réalité » sociopolitique de la majorité des pays du
continent. Le pouvoir quitte le berceau des partisans de Mobutu pour
tomber dans les mains de ceux de Kabila. Et cette situation va continuer
après la mort de ce dernier dans l’opposition Kabila-fils/Jean Pierre
Bemba. François Ryckman remarque, à l’arrivée de l’Alliance de Kabila au
pouvoir, que « les rapports de force régionaux sont profondément
modifiés : c’est l’entrée en force des Katangais, surtout du nord et des
Tutsi du Kivu, au détriment des Ngbandi du nord ouest, le clan de Mobutu
» (6).
Malgré cet accaparement du pouvoir et à peine
quelques mois après la libération, les Kinois, habitués à vivre dans la
« liberté » fondée sur la triade alcool-danse-sexe (un mélange
euphorique servi à dessein aux Congolais pour annihiler leur capacité à
cogiter sur les tenants et aboutissants de la lutte contre la domination
mobutiste et même néocoloniale belge) s’inquiètent déjà du renouveau
démocratique qui, paradoxalement, met à nu les méthodes musclées des
nouveaux maîtres. Et la brouille qui va opposer Tshisekedi à Kabila les
déçoit tout en leur faisant peur tant tous les acteurs politiques du
moment sont des « dures à cuire ». La « dictature organisée » de Mobutu
est remplacée par « la démocratie dictatoriale » de Kabila. Ancré dans
sa politique de libération et n’étant plus en bons termes avec ses
alliés de l’Ouganda et du Rwanda, Kabila voit son destin se compliquer
et tomber dans les méandres de la réalité de la politique made in Africa.
Devant le complot ourdi par ses anciens protecteurs rwandais qui ne le
supportent plus pour les avoir trahis en ce qui concerne les closes
d’avant la libération de Kinshasa, Kabila et son peuple s’organisent
pour barrer la route à l’ennemi. A ce propos, Colette Braeckman dans «
Les Nouveaux prédateurs : politique des puissances en Afrique centrale »
écrit : « A Kinshasa, la traque des infiltrés se traduit par la chasse à
tous les individus d’allure « nilotique » (…). Dans les quartiers
populaires, les civils appelés à débusquer les infiltrés n’ont pas fait
de détail, ils s’en sont pris à tous ceux dont la morphologie pouvait
évoquer une origine rwandaise » (7) .
La mort programmée de Désiré Laurent Kabila ou les débuts politiques
de Joseph Kabila
Avec tous ces déboires dans l’exercice de ses
fonctions de chef de l’Etat, Kabila ne pourra pas échapper à la vindicte
de ses anciens alliés qu’il a humiliés. Comme Patrice Lumumba en janvier
1961, Laurent Désiré Kabila est victime d’un grand complot qui se trame
hors frontière. Comme sur l’autre rive en 1977 quand Marien Ngouabi
tombe l’arme à la main, le 16 janvier 2001, Kabila est aussi assassiné
dans le palais présidentiel en pleine journée sans grand bruit «
militaire ». Le peuple congolais est pris au dépourvu quand on lui
impose le fils du disparu après des obsèques qui se passent curieusement
sous surveillance des armées étrangères. L’arrivée inattendue du très
jeune Joseph Kabila sans passé politique à la tête du pays calme les
tensions entre le Congo et le Rwanda. Le 30 juillet 2002, presque une
année après la mort de son père, Kabila signe avec Kagamé un accord à
Pretoria. Ce dernier accepte de retirer ses troupes présentes sur le
territoire congolais tandis que Kabila prend l’engagement d’organiser le
désarmement et le rapatriement des combattants Hutus qui se trouvent en
zone gouvernementale. Un mois après, il y a signature à Luanda d’un
accord qui prévoit le retrait des troupes ougandaises. Avec le
désengagement de toutes les troupes étrangères se trouvent en territoire
congolais, le jeune Kabila peut commencer la transition en tendant la
main aux autres acteurs influents de la politique tel Jean Pierre Bemba.
On constate alors comment sa timidité politique va prendre petit à petit
le dessus sur la détermination révolutionnaire de son père jusqu’à se
forger une stature acceptable au niveau de l’opinion nationale et
internationale.
Vers l’élection présidentielle pour un nouveau Congo
Malgré quelques accrocs consécutifs à toute
démocratie naissante, une cohabitation s’est passée bon an mal an
jusqu’aux élections qui ont à la fin opposé Joseph Kabila à Jean Pierre
Bemba. Sans surprise, la victoire s’est penchée du côté du premier. Une
nouvelle page de l’histoire congolaise commence à s’écrire. Le peuple
congolais, après plusieurs décennies assombries par les aléas de
l’histoire, reprend le refrain de l’indépendance cha-cha inachevée en
1960. Ils ont réalisé que ce qui les unit est plus fort que ce qui les a
divisés entre temps étant tous dans un bateau qui naviguait à vue sur
les eaux du majestueux fleuve Congo. Le gagnant doit avoir l’idée de
rassemblement pendant que le perdant ne doit pas perdre confiance car il
doit montrer sa maturité politique pour aller à la conquête du pouvoir
qui impose maintenant la réalité de l’alternance, respect de la
Constitution oblige. Et comme l’affirme Tedga, « parce qu’il grand homme
politique, il faut qu’il reconnaisse que son tour de diriger la RDC
n’est pas encore arrivé et qu’il joue le jeu comme le prévoient les
institutions. (…). Rien n’indique que la RDC ne fera pas appel à Jean
Pierre Bemba Gombo dans les cinq ou dix ans ». (8). Mais cette hypothèse
ira dans le bon sens à condition que les nouveaux dirigeants ne tombent
pas dans le piège du tripatouillage des constitutions comme nous le
remarquons dans certains pays. Et ce serait dommage car le peuple
congolais vient de traverser une longue et pénible étape qu’il ne faudra
pas mettre en cause.
Pour conclure
La RDC devrait être un exemple de démocratie en
Afrique centrale comme le sont le Bénin et le Mali en Afrique de
l’ouest. Les yeux de la planète sont maintenant braqués sur les
Congolais qui ne doivent pas faillir malgré les difficultés qu’ils vont
rencontrer en chemin. Ils ont trop souffert pour arriver jusque-là.
Arriveront-ils à moraliser la démocratie en Afrique centrale ? Chose
possible quand on se réfère au fair-play que vient de prouver Jean
Pierre Bemba en ne remettant pas en cause la victoire de Kabila, malgré
tout ce qui s’est passé au cours la période électorale. L’Afrique
centrale, après quelques balbutiements, commencerait-elle à réellement à
entrer dans la véritable démocratie fondée sur des élections avec
plusieurs partis politiques à l’exemple de la RDC ?
Noël KODIA
Notes bibliographiques
(1) Sous la direction de Michel Gaud, Afrique contemporaine n° 183 : du
Zaïre au Congo, La Documentation française, juillet-septembre 1997, p.
97
(2) Jean jacques Arthur Malu Malu, Le Congo Kinshasa, Editions Karthala,
2002, Paris, p. 154
(3) Colette Braeckman, L’Enjeu congolais : l’Afrique centrale après
Mobutu, Editions Fayard, 2000, Paris, p. 94
(4) Colette Braeckman, Marie France Cros et autres, Kabila prend le
pouvoir, Editions Complexe, Bruxelles, 1998, p. 17
(5) Colette Braeckman, L’Enjeu congolais : l’Afrique centrale après
Mobutu, op. cit. p. 95
(6) Colette Braeckman, Marie France Cros et autres, Kabila prend le
pouvoir, Op. Cit. pp.130-131
(7) Colette Braeckman, Les nouveaux prédateurs, Editions fayard, paris,
2003, pp.70-71
(8) Jean Paul Tedga, « Présidentielle RDCongolaise, il faut soutenir le
vainqueur » in Afrique Education n° 216 du 16 au 30 novembre 2006, p. 3 |
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Noel Kodia

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