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Elections françaises 2007
Doit-on voter pour le candidat de l’UMP, Mr Sarkozy ?



L’élection présidentielle française du 22 avril 2007 nous ramène indubitablement à M. Sarkozy qui a su cristalliser sur lui tous les regards. Fils d’immigrés, M. Sarkozy s’est fait une réputation de "chasseur d’immigrés", détournant ainsi le « fonds de commerce politique » et électoral du candidat de l’extrême droite française, M. Le Pen…


Pourquoi le "phénomène Sarkozy", et pourquoi l’immigration passionne tant les européens, alors que tous s’accordent à affirmer que, hormis les partis d’extrême - droite, la société européenne n’est pas anti-immigrés ?

Et si le candidat de l’UMP avait raison ?

M. Sarkozy a axé sa politique sur les thématiques de l’immigration et de l’intégration, et cela, plus de deux ans avant son intronisation comme candidat à l’élection présidentielle par son parti, l’UMP … Ces thématiques et ses déclarations à l’emporte pièce, en traitant les jeunes délinquants de "racailles" ou en qualifiant la répression de la délinquance de "nettoyage au Karcher", en ont fait une figure politique emblématique.

Ses propos et positions sur l’immigration et l’intégration des immigrés sont d’une telle violence qu’ils occultent la nécessité et l’importance de débattre de ces thématiques.
Dernier avatar de M. Sarkozy, l’identité nationale, autre thème important, notamment pour les prochaines générations de français. En effet, et en ce qui concerne les étrangers, Nous convenons qu’avant d’avoir la nationalité d’un pays d’adoption, ils doivent, à tout le moins, se familiariser, et pourquoi pas, en apprendre l’Histoire, la culture, le civisme et la langue…

Ainsi la naturalisation ne peut être un acte administratif, mais un acte citoyen de manifestation de la volonté de vivre en commun et de partager les mêmes valeurs avec d’autres individus que tout à priori sépare. Dès lors, aucun individu ou aucune communauté ne peut se revendiquer de la nationalité d’un pays, et y revendiquer ses propres coutumes… voire vouloir des médecins de sa communauté, et pourquoi pas ses propres écoles…. Ce qui est tout simplement un "apartheid social" à l’envers. Sur ce point, nous ouvrirons une parenthèse pour souligner que ce désir "vivre séparé" n’est pas du communautarisme, qui renvoie à un ensemble de mécanismes visant l’intégration d’un groupe social dans un ensemble national. Et le communautarisme, à notre sens, est plus qu’un système social, mais bien un moyen d’intégration.

L’intrusion de l’identité nationale et la banalisation du racisme par l’UMP

Si la question de l’identité nationale est intéressante, doit-on pour autant lui réserver tout un ministère, voire en faire un thème de campagne présidentielle ?
D’une part, M. Sarkozy soulève une thématique intéressante mais oublie de préciser l’identité nationale n’est pas immuable. Ainsi en affirmant sa préférence aux « français d’abord », il n’apporte aucune approche de solution, et se contente, comme tout populiste, d’opposer les citoyens les uns aux autres…

Mais en introduisant cette thématique de la "Grande nation" supérieure à d’autres dans le débat électoral, il contribue à banaliser ce qui devrait mobiliser tout citoyen.
Pour le candidat de l’UMP, cette "Grande nation française" n’est pas opposable aux individus de race caucasienne, mais bien aux noirs, aux asiatiques et autres maghrébins.

D’autre part, puissance colonisatrice, la France, depuis plus d’une décennie, éprouve des difficultés à retrouver sa place parmi les grandes puissances économiques que sont la Chine, les Etats-Unis, et bientôt l’Inde. Devant l’impossibilité de répondre à la question du devenir, et de la définition de la France d’aujourd’hui dans laquelle les colonisés et colonisateurs partagent les mêmes idéaux, il est aisé de jeter les étrangers à la vindicte en faisant d’eux un bouc émissaire à l’échec des politiques sociales et économiques de la France, contribuant ainsi à la banalisation des comportements et propos racistes à l’endroit des étrangers.

Dans une indifférence quasi générale, on assistera depuis longtemps à des rafles dans les écoles, sur les marchés et dans les rues, même si le phénomène s’est accru avec l’arrivée de M. Sarkozy au Ministère de l’intérieur. Parallèlement, une multitude de fichiers sont crées pour traquer les étrangers…

Le patriotisme et la citoyenneté s’opposent à l’idée de la « Grande nation »

La France réelle, celle d’aujourd’hui, est à l’opposé de "la France de M. Sarkozy". Les immigrés, majoritairement issus des ex colonies, ont offert une chance d’intégration à leurs enfants par la langue française et la scolarisation. A M. Sarkozy et aux tenants de la thématique identitaire d’offrir le cadre d’assimiler les valeurs de la République.
Et si des concitoyens de M. Sarkozy sont inciviques, il faut leur appliquer la loi dans toute sa rigueur, sans perdre de vue que si une nationalité peut s’acquérir, elle peut aussi être retirée. Et nul n’a besoin d’organiser un débat national pour cela.

Le patriotisme, le civisme et la laïcité supposent que tout citoyen quel que soit son origine, dès lors qu’il est citoyen d’un pays, doit se conformer à ses lois, voire se sacrifier pour ce pays lorsque les circonstances l’exigent… Mais il ne faut pas non plus oublier qu’on peut immigrer et vivre durant des années dans un pays, y payer ses impôts, mais décider de ne pas en choisir la nationalité.

Dans ce cas, quelle différence existera–il entre cette personne et un français BBR ou un français d’origine étrangère, à part le droit de vote et le droit d’être éligible ?

L’objectif de l’UMP et de son candidat, en jetant la poudre aux yeux des français qui rêvent d’un autre avenir pour eux, et surtout pour leurs enfants, est de créer une République des français, et des sous français. Une différence est exacerbée entre les nationaux, "français BBR", et les français naturalisés, mais aussi entre les français et les résidants non naturalisés.

La France rejette un débat national sur la place des étrangers dans sa société. L’action positive vis-à-vis des minorités, "affirmative action", est considérée comme incompatible avec le principe républicain d’égalité de tous les citoyens. Dans la réalité, la différence existe entre les français de souche, et les français de l’immigration, et elle est encouragée par des responsables politiques. La discrimination existe, et l’inégalité est devenue un principe en flagrante contradiction avec la « multiculturalité » de la société française et le principe républicain d’égalité. La multiplication des propos racistes de responsables politiques et les actes racistes le démontrent à suffisance.

Finalement, entre les prétentions affichées de la droite, et une gauche multiforme et paternaliste qui infantilise les immigrés, il est certain que le 22 avril 2007, avant de voter, chaque électeur noir, asiatique et maghrébin devrait se demander, si les minorités visibles qu’ils constituent ont leur place dans la France d’aujourd’hui?

Bruxelles, le 15 Avril 2007


Noviti Spéro Raymondo Houmey* - Juriste, journaliste.

* L’auteur est Conseiller juridique en droit social – Diplômé en droits de l’homme et en journalisme - Président du Centre pour l’Intégration et du citoyen, Asbl - Belgique


1. Union pour un Mouvement Populaire, anciennement Union pour une Majorité Parlementaire

2. Lire "L’Âme de la France" par Max Gallo, Editions Fayard et "Qu’est-ce que la France ?" par Alain Finkielkraut, Editions Stock

3. Selon un arrêté paru le vendredi 18 août 2006 au Journal officiel, le ministère de l’Intérieur a créé un fichier informatisé sur les étrangers en situation irrégulière. Ce fichier baptisé ELOI a pour objectif de faciliter la gestion administrative des procédures d’éloignement des étrangers interpellés en situation irrégulière sur le territoire français.
Ce fichier conserve, trois ans après l’expulsion de la personne concernée, les données relatives au nom, la date et le lieu de naissance, des photographies d’identité, les langues parlées…
Ce fichier introduit la notion d’aide au séjour irrégulier d’un étranger. Ainsi, famille et amis d’un étranger dont les papiers ne sont pas en règle seront inscrits sur ce fichier.
Le fichier conservera également des informations sur celui qui héberge un étranger en situation irrégulière assigné à résidence, ou encore sur les visiteurs d'un étranger placé en rétention administrative.
Cette base de données s’ajoute au AGDREF, fichier de gestion administrative des dossiers des ressortissants étrangers en France, sur la validité et la régularité des titres de séjour, au FPR, fichier des personnes recherchées, au fichier des hôtes étrangers et au fichier des empreintes digitales des réfugiés et apatrides.

4. Un français BBR : par analogie à bleu blanc rouge, c’est à dire le français de souche. Dans la classification des partis extrémisme, il existe 3 catégories de français, les BBR, les français d’outre mer, les antillais, auxquels on assimile les français par naturalisation de race caucasienne et les français par naturalisation d’origine africaine ou asiatique.

5. UMP : Union pour la Majorité Présidentielle, parti de droite dont Mr Sarkozy est le candidat.
 


Spero N. Houmey





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