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Togo : Condamner aussi les
coups d’État constitutionnels en plus des coups d’État militaires
Voici une autre face de l’histoire politique de
l’Afrique qui vient de commencer avec la mort du président du Togo. Un
coup d’Etat militaire, comme si les Africains n’avaient pas banni cette
façon de venir au pouvoir. Voici une autre façon de légitimer le népotisme
en Afrique.
Heureusement que l’Union africaine s’est ressaisie à
temps et a infligé un carton rouge à Monsieur Faure Gnassingbé, fils du
président Eyadéma. Mais il faut aller un peu loin en étudiant le cas des
dirigeants qui falsifient leur Constitution à l’orée de la fin de leur
mandat pour allonger leur « prédentialité ».
L’Afrique petit à petit se remet en cause. Et pour
cela, il faut maintenant compter sur les pays qui ont eu à honorer les
promesses données à leur peuple : respecter la Constitution née des
mouvements démocratiques d’après les conférences nationales.
En effet , il faut remarquer qu’il y a un nouveau
souffle sur l’Afrique depuis la chute du mur de Berlin. Les rapports entre
les pays africains et leur anciens colonisateurs ont plus ou moins changé
de signification. Plus particulièrement l’Hexagone avec ses ex-colonies.
Des dictatures ont été parfois acceptées par la France, malgré elle, pour
des raisons d’intérêts économiques. Et le Togo a été un exemple très
frappant
L’agonie des dictatures
Il faut remarquer que les pays où les présidents ont
mis beaucoup de temps au pouvoir sont un danger pour la démocratie
africaine. Pendant longtemps, nous avons connu des présidents à vie sur le
continent. Feu Eyadema est un exemple frappant. Et cela semble continuer
malgré l’arrivée de la démocratie que nous a imposée la disparition de la
guerre froide entre les grandes puissances. Plus d’intérêts à sauvegarder.
La Baule intime alors l’ordre aux Africains de s’ouvrir au multipartisme.
Une pilule difficile à avaler pour certains chefs africains qui s’étaient
transformés en rois sans le déclarer ouvertement. Le Zaïre par exemple a
vu son chef se comporter en véritable roi. Il y a eu aussi l’Empire du
Centrafrique avec Bokassa. Dans l’ensemble, les chefs d’État africains ont
toujours voulu mourir avec le pouvoir dans le ventre. Sékou Touré,
Houphouët Boigny et tant d’autres l’ont démontré. Ceux qui se sont entêtés
au pouvoir, n’ ont été balayés que par des coups d’Etat, souvent sanglants
et qui ont entraîné mort d’hommes. En général le pouvoir ne se donne pas
en Afrique, il s’arrache.
La situation du Togo n’a pas surpris les spécialistes
de la politique africaine. Quand Eyadema meurt à la suite d’une crise
cardiaque, son entourage fait tout pour conserver le pouvoir. Les
militaires nomment son fils à la tête du pays pour le succéder. Ainsi se
réalise le coup d’Etat militaire qui va une fois de plus révéler le
caractère népotisme du régime qui s’est imposé pendant plusieurs
décennies. « J’ai décidé, dans l’intérêt supérieur de la nation, de
poursuivre le processus de transition conformément à la Constitution (…)
et d’organiser l’élection présidentielle dans les délais
constitutionnels.. » annonce Faure Gnassingbé au peuple et aux yeux du
monde après avoir été « blâmé » plusieurs fois par l’Union africaine et
l’opinion internationale. Et d’ajouter sans fausses hontes : « J’exerce
provisoirement les fonctions de président de la République comme le
stipule la Constitution ». Mais de cette constitution parle-t-il ?
Alors que celle du Togo prévoyait que ce soit le président de l’Assemblée
nationale, Fambaré Ouattara qui devait prendre la suite en cas de vacance
du pouvoir. Une fois de plus, la Constitution a été foulée aux
pieds par les nouveaux dirigeants du Togo. Aujourd’hui, ce pays est «
écarté » de ses amis de l’Afrique de l’Ouest, une sous région du continent
qu’il faut féliciter et qui donne des leçons de démocratie au reste de
l’Afrique qui semble patauger dans la bêtise des rancœurs et des guerres à
répétition qui freinent encore l’installation de la véritable démocratie.
Abandonné à lui-même, le Togo doit comprendre que les temps ont changé et
qu’il devrait suivre l’exemple des autres amis de la région tels le Mali,
le Sénégal et le Bénin où la démocratie est devenue un fait réel car les
Constitutions étant respectées à la loupe avec des alternances sans
heurts. En voulant faire croire que le pouvoir du peuple transformé en
pouvoir ethnique (comme dans la plupart des pays africains) était
héréditaire, les militaires togolais se sont trompés d ‘époque. L’Afrique
doit être « protégée » par les militaires en cas d’agressions extérieures
et non être commandée par ceux-ci. Est ce que nous avons même des armées
en Afrique ? Des armées qui ne sont jamais venues à bout des rebellions.
Des armées de parade ? Oui ! Rares sont les hommes en treillis qui sont
bien formés politiquement. En cautionnant bêtement la conception des
militaires, « parents » de son père, Faure Gnassingbé a tué pour une
seconde fois son père à cause du pouvoir, à cause des intérêts mesquins
que lui procuraient et procure encore la politique, une politique sous
fond de conscience clanique et régionaliste.
Faure Gnassingbé a tué son père pour une seconde fois
En compliquant l’après Eyadéma père, Le petit Faure a
bouleversé le destin de son pays car le confondant à un royaume où le
pouvoir doit rester à tout moment dans la famille. On se demande même s’il
n’était pas préparé par son père pour lui succéder. Mais la situation dans
laquelle s’est retrouvé le pays, surtout après le coup d’État militaire
n’a pas permis aux Togolais et au reste de l’humanité de pleurer et
d’enterrer l’ « illustre » disparu. Aujourd’hui on ne sait pas où se
trouve la dépouille d’Eyadéma. Faure devrait comprendre que le temps de
son père est passé et l’OUA, ce machin, a été remplacée par l’Union
africaine qui, peu à peu et sûrement, se fonde maintenant sur la
démocratie et le multipartisme pour relever les insuffisances politiques
du continent. Insuffisances qui se sont succédé pendant plus de quarante
ans avec la complicité de la mère colonisatrice. Le comportement de
l’Union africaine doit maintenant faire réfléchir la majorité des
Africains qui commencent à espérer car l’analphabétisme politique
longtemps décrié sur le continent s’attiédit. Il reste encore beau coup de
choses à faire, mais le pas que vient de franchir l’UA dans la situation
togolaise donne matière à réflexion. Enterrons nos dirigeants dans la
dignité, même s’ils ont été des indésirables quand ils étaient au pouvoir.
Et la position ferme de l’UA doit faire réfléchir les familles des «
princes » africains qui pensent se substituer à leur partent après leur
mort. En Afrique, la et le mort sont est sacrés et le disparu, quel que
soit sa position dans la société, doit être respecté en lui offrant des
obsèques dignes de ce nom, raison de plus pour un homme digne de ce nom
qui a eu à diriger un pays depuis plus de trois décennies et qui devait
être enterré dans la dignité en présence de certains de ses homologues
présidents africains et des autres personnalités du monde car s’ayant fait
beaucoup d’amis pendant son long règne.
L’Union africaine : de la fermeté devant les coup
d’État à l’intransigeance devant la falsification des Constitutions
L’Afrique compte encore de vieux crocodiles qui pensent
s’éterniser au pouvoir en falsifiant les Constitutions dès qu’ils arrivent
à la fin de leur second mandat. Ils veulent souvent mourir, comme le
singe, « le fusil… pardon le fruit entre les dents ». Seuls sont les
présidents intellectuellement remplis qui savent qu’il auraient toujours
quelque chose à faire après le pouvoir et qui acceptent l’alternance sans
problème. En Afrique, très souvent, pour imiter les grandes démocraties,
la limitation des mandats est un point capital de la Constitution : deux
mandats non renouvelables pour permettre une alternance pacifique dans le
pays. Mais dans certains pays, force est de constater que les présidents
foulent aux pieds ce point. Lui-même le président Eyadema n’avait pas
respecter sa parole d’officier en se présentant dernièrement à l’élection
présidentiel alors qu’il avait promis à son ami « personnel », le
président Jacques Chirac de se séparer de ce lourd fardeau politique qu’il
s’était posé sur la tête depuis plusieurs décennies et qui commençait à
peser lourd. Hélas ! la suite , nous l’avions connue, et plus
particulièrement les Togolais. Aujourd’hui, l’Union africaine vient de
démontrer que les temps ont changé en Afrique et que l’exemple donné par
des pays comme le Mali et le Sénégal pour ne citer que ces deux, doit être
suivi. Et la Cedeao (Communauté des États d’Afrique de l’Ouest) doit être
soutenue dans sa position pour avoir infligé des sanctions au nouveau
patron togolais. Un acte de bravoure qui doit faire réfléchir ceux qui
pensent que l’Afrique ne pouvait se faire violence pour se réhabiliter à
la face du monde, un monde qui avait salué la venue de la démocratie en
Afrique. Nous avons des pays où règnent encore des dictateurs qui sont au
pouvoir depuis plusieurs années. Et l’Union africaine devrait aussi être
intransigeante avec les pays où serait modifié la durée des mandats
arrêtés par les Constitutions. On ne défend pas à tout pays de modifier
l’Acte fondamental quand les conditions et la situation s’imposent. Mais
ce que nous devons éviter, c’est d’allonger le règne des présidents par le
tripotage des Constitutions. Le pouvoir enivre et corrompt. Ce que l’UA
doit combattre car c’est aussi un coup d’Etat constitutionnel qui doit
être considéré au même titre qu’un putsch militaire. Un chef d’État qui a
travaillé pendant ses deux mandats doit laisser la place aux autres pour
donner au peuple la possibilité de vivre l’alternance. Un homme qui sait
qu’il doit obligatoirement abandonner le pouvoir après deux mandats et
être jugé par son peuple, fera tout pour bien travailler afin que son nom
soit écrit dans le livre d’or de son pays.
La situation du Togo est un avertissement aux familles
des chefs d’État qui sont encore au pouvoir, surtout en Afrique centrale
qui semble être en retard sur l’Afrique de l’Ouest. Des guerres à
répétitions ont entaché le destin de l’Angola, du Rwanda, des deux Congo.
Dans ces pays, la démocratie est encore timide. Nous attendons ce que va
nous donner les prochaines élections en Angola après la fin de la guerre
et le multipartisme qui y a été accepté. Au Congo Brazzaville, les
élections de 2002 ont ouvert une nouvelle page de la politique de ce pays
après le départ raté de 1992. L’Union africaine est pris à témoin pour la
bonne marche de la démocratie dans ces pays. Elle ne doit plus continuer à
voir des pays remettre en cause leur Constitution pour allonger le règne
de certains dirigeants. Elle a combattu le coup d’État militaire ainsi que
le non respect de la Constitution du Togo avec fermeté. Elle devra, à la
longue, combattre aussi les coups d’Etat constitutionnels à travers
lesquels certains chefs d’État se plaisent à se transformer en président à
vie. Une fois de plus, les exemples du Mali, du Sénégal sont là pour «
aider » l’Union africaine. Si d’autres pays acceptent de respecter
intégralement leur Constitution, surtout la limitation des mandats,
l’Afrique aura beaucoup à gagner dans la bonne gouvernance.
Et les Français dans tout cela ?
La position française a été toujours ambiguë quand il
se passe quelque chose de nouveau en Afrique francophone. Elle joue
souvent à la diplomatie car parfois elle ne sait pas sur quel pied danser.
Si elle avait réussi de sauvegarder ses biens au Congo en 1997, elle n’a
pas pu se tirer d’affaire en Côte d’Ivoire. Les présidents africains sont
tous des amis de Jacques Chirac ; Soit ! Ainsi va l’histoire de la
Francafrique inaugurée par le président Mitterrand . Au Togo, l’Opposition
s’inquiète du regard on ne peut plus oisif de la France jette sur ce qui
se passe dans leur pays. Il y a eu même des tracts qui ont affirmé que le
président Jacques Chirac était « l’ami personnel du (…) feu Etienne
Gnassingbé Eyadéma ». L’histoire de ces dernières années nous montre que
le président français est l’ami personnel de la plupart des présidents
africains ayant passé plus de deux décennies au pouvoir et qui ont parfois
brillé par un comportement de dictateur. Mais il faut réaliser le futur :
Est-ce que la Francafrique va toujours gardé le même cap d’ici quelques
années avec les bouleversements politiques qui commencent à s’opérer tant
en Europe qu’en Afrique ? L’Union africaine doit se préparer en
conséquences pour ne pas être surprise et même débordée par les naufrages
qui ne vont pas tarder à se concrétiser sur le fleuve de la politique
francophone africaine. Surtout du côté de l’Afrique centrale où les
peuples longtemps meurtris par la pauvreté dans laquelle ils végètent et
qui contraste paradoxalement avec les diamants, le pétrole, l’eau et la
forêt qui constituent leur richesse naturelle. La politique française en
Afrique francophone devient un casse tête chinois car tout en ménageant
les régimes impopulaires malgré elle, la France comprend que des
changements se profilent à l’horizon avec le courage que prennent par
l’exemple l’Union africaine et certains pays plus ou moins avancés en
démocratie qui dénoncent les coups d’État militaire et constitutionnel Les
peuples africains ont compris qu’il faut laisser le temps au temps. A une
seule condition : que l’Union africaine continue son travail comme elle
l’a fait pour le Togo et que la France comprenne qu’il faut plutôt
aider les peuples et non les chefs d’État au pouvoir quand bien
même elle sait que les richesses sont mal reparties dans ces pays. Un
constat amère : la France a des difficultés à assumer son passé de pays
colonisateur. Avec la pression de ceux des Français qui ont des intérêts
en Afrique, il faut s’attendre à des élucubrations plus ou moins
manifestes quand il s’agit de prendre position. La France comprend bien la
débâcle à la longue des dictatures en Afrique tout en lançant un clin
d’œil aux oppositions qui, par la force de l’histoire, sont appelés à
l’alternance.
L’Afrique vient de faire un pas énorme par
l’intermédiaire de l’Union africaine qui a condamné avec vigueur toute la
mascarade qui vient de se passer au Togo. Lutter contre les coups d’État
militaires est une bonne chose qui fait réfléchir certains dirigeants
africains qui y croient encore. Mais combattre aussi ceux qui tentent
souvent à allonger leurs mandats politiques pourtant défini par leur
Constitution en ne respectant plus celle-ci pour des fins égoïstes, est
encore mieux. Et c’est le nouveau défi lancé à l’Union africaine par les
peuples africains longtemps désabusés par une catégorie d’hommes
politiques au pouvoir.
Noël KODIA, Universitaire congolais (Paris) |
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Noël Kodia
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