La sale coopération
Critique du texte de Frédéric Galley
Dans « Fondements éthiques de la coopération internationale »
consultable sur www.idealasso.org/galley_1.pdf, le médecin pathologiste
togolais Dr Galley Frédéric écrivait que le but de la coopération serait
de « créer le bonheur chez tous les hommes en allégeant le poids des
contraintes de la nature qui pèsent sur chacun d’eux » en s’appuyant sur
la justice « comme condition sine qua non de la réalisation de la paix
universelle ». Et il va plus loin en affirmant que le devoir de
solidarité entre les hommes serait fondé sur le « sentiment hautement
humain qu’est la compassion ». Cette approche semble se situer en deçà
de la réalité du terrain telle qu’il nous est donné de le constater
dans le cas du TOGO par exemple. Nous le verrons.
Ma réflexion pour être perméable, du moins je le souhaite, écarte, les
discours philosophiques sur les concepts bonheur, nature, justice, paix.
La priorité sera ici donnée à la praxis ou si l’on veut à l’approche
empirique de la chose. Ainsi la première remarque faite est que Galley
semble ne considérer que l’idéal et les intentions avouées telles
qu’elles transparaissent dans les discours politiques, les chaires
d’Université, les dîners de gala et autres beuveries dites
diplomatiques.
En voyant le visage du monde d’aujourd’hui -dans toute sa hideur, en se
penchant sur le cœur des hommes qui nous gouvernent, en cherchant à
comprendre le substrat des motivations des dirigeants qui parlent de
coopération, de relations bilatérales ou multilatérales, de conférences
internationales etc., et aussi loin qu’on remonte dans l’histoire, il
semble difficile de trouver trace de justice et ou de compassion comme
fondement de la coopération internationale, c’est à dire de cette mise
en commun. J’entends par là que ce qui pousse, à l’expérience, les
hommes et au dessus d’eux les États à coopérer , semblerait être moins
l’élan caritatif, l’amour agapè, quelque sentiment de commisération
qu’un calcul mercantile et mesquin qui préserve conséquemment les
intérêts des uns et des autres. Qui sacrifie les intérêts des uns aux
autres aussi. Les fondements éthiques de la coopération, s’ils ne sont
pas ce que peut découvrir- au sens de mettre au jour- une étude
scientifique, on ne peut plus l’inventer en ceci que la coopération ou
les coopérations existent comme structures déterminées. Si les
fondements ne sont pas, aux yeux de l’humaniste, défendables, cela
n’autorise pas une mise à jour. A moins de parler d’une forme nouvelle
de coopération, plus juste, plus humaine. Cela reste à faire.
Il est même soutenable d’affirmer que le contraire de la compassion
c'est-à-dire la cruauté telle qu’expliquée par Galley lui-même,
forcerait les plus puissants à aller vers les plus faibles de peur de se
retrouver un jour dominé par les moins puissants qu’ils soumettent. La
dialectique du maître et de l’esclave en quelque sorte. S’est on demandé
les raisons profondes de l’attitude des USA envers l’Irak, l’Iran, la
Corée du nord à qui les Puissances demandent à la suite des USA, la
destruction des sites nucléaires et le renoncement à tout projet pouvant
lui permettre de se doter d’armes de destruction massive alors que
d’autres peuvent tout se permettre ? S’explique t-on l’attitude de la
FRANCE envers ces ex-colonies et les États africains dans leur ensemble
? Les intérêts économiques seuls n’expliquent sans doute pas cette
coopération à deux vitesses.
La coopération internationale répond, selon Frédéric Galley, plutôt à
deux nécessités : La nécessité de la solidarité internationale et celle
d’une paix universelle. Ce qui est nécessaire n’est ce pas ce qui est
utile ? .S’agit-il donc de ce qui est utile à l’humanité ou aux Etats compris
comme des ensembles structurés avec des intérêts particuliers ? Les deux
ne coïncident pas toujours. Galley semble ne retenir que le premier ; ce
qu’évoque l’épithète « éthique » ; Mais Il y a aussi cette volonté de
puissance sans quoi la coopération aurait pu se faire d’elle-même sans
ostentation et sans les fameuses poignées de mains devant les flashs de
cameras. Que dire du pacte de Varsovie, de l’OTAN, et surtout la période
de la guerre froide avec le bloc communiste dans tous ses états. Cette
période correspondait curieusement au foisonnement des idéologies et
donc des dogmes au nom desquels des têtes sont tranchées tandis que se
forment partout des alliances- pour faire le bonheur de l’humanité
déclare t-on. Après le communisme et le capitalisme s’est formé le bloc
des non-alignés, du tiers monde etc. Avec la Globalisation piloté par le
groupe des 8 (G8 : Allemagne, Canada, États-unis, France, Grande
Bretagne, Italie, Japon, Russie,) il est apparu le groupe des
Anti-globalisation avec la seule restriction que les alter mondialistes
ne bénéficient pas de tous les appareils d’États.
L’occident
La constitution européenne, bien que « parrainée » par la France de
Valery Giscard D’Estaing, président de la Convention européenne, et
l’Allemagne de Gerard Schröder fut rejetée par les français et les
hollandais notamment. Chirac et Blair trop infatués de leurs personnes
ont fini par oublier que la coopération entre États doit servir d’abord
les peuples au nom desquels cette coopération se noue (la dimension
chère à Frédéric Galley) et sans lesquels cette chose ne serait qu’un
serpent de mer. Le piteux pugilat entre le vieux Chirac et son éternel
railleur dont il parla en des termes qui montrent son agacement
« personne auparavant ne m’a parlé ainsi » démontre à suffire que les
hautes sphères des États soient plus préoccupées d’autres choses que la
compassion et l’amour. Bien souvent ils réduisent des problèmes d’États
aux querelles personnelles. Une Nation peut rompre sa coopération avec
une autre pour la simple raison que les Chefs d’États se soient fâchés.
Il n’est cependant pas exact de réduire en quantité négligeable les
intérêts des peuples que servent ces dirigeants. L’occident notamment ;
ou d’une manière plus lâche les États à démocratie confirmée.
Les USA en finançant la production industrielle permet à la fois de
satisfaire les marchés intérieurs et de déverser le surplus sur les
marchés du tiers monde, anéantissant par ce fait les productions locales
qui deviennent plus chères. Par un jeu de subvention l’Europe arrive à
envahir le marché africain, provoquant ainsi le ralentissement de la
production qui déjà ne couvrait pas les besoins intérieurs. L’économiste
Yves Amaïzo cite l’exemple du poulet « bicyclette » ou poulet local
vendu plus cher que les abats congelés européens subventionnés. Le
combat sur la subvention de l’agriculture qui oppose français et anglais
s’est fait dans l’intérêt de leurs peuples respectifs même si le
Président français et le Premiers ministre anglais gardent leurs yeux
rivés sur les sondages.
Bien souvent les Pays riches se montrent plus cruels envers le tiers
monde qu’ils ne considèrent qu’en terme de débouchés et de matière
première. La France disait un flibustier, n’a point d’amis mais que des
intérêts. Ceci jette une lumière crue sur les intentions de la grande
France parmi les micros États africains regroupés et embrigadés dans l’O
I F (Organisation internationale de la Francophonie), les coopérations
militaires et les accords de défense. Dans ce dernier cas une preuve par
l’absurde : en CI de Laurent Gbagbo, les aéronefs ivoiriens ont été
détruits par la France qui dispose, de droit, d’une base militaire et
pouvait en user à sa guise même contre le pays qui héberge cette base
sans que ce dernier puisse trouver à redire, n’ayant justement d’autre
moyen que de souffrir le martyr. En 91 Kokou Koffigoh, Premier ministre
togolais réussit l’exploit de faire déplacer les militaires français
qui, de Cotonou demandèrent à Eyadema ce qu’ils doivent faire de ce
petit prétentieux. Les intérêts de la France passaient par Eyadéma
Gnassingbé et non Kokou Koffigoh.
Il arrive aussi que les Chefs d’États Africains mettent en avant les
intérêts de leurs peuples en sollicitant aide par ici, accord de
coopération économique par là. Seulement l’homme Blanc avant de conclure
une alliance veut voir les échines bien rondes et la cuvette bien
tendue. Cela ne lui suffit pas. Il faut qu’il évalue dans les moindres
détails et s’assure qu’il trouvera bien l’occasion d’encaisser au
centuple le moindre centime. La coopération Nord -Sud est devenue un
dialogue entre le Seigneur et son valet. Le cœur n’y est pas. On ne
donne pas dans le sentiment pour les beaux yeux d’un souffreteux qui
gaspille, amasse diamant sur diamant pour se procurer des armes afin
d’aller commettre des génocides barbares. Difficile de parler de
compassion et d’amour encore moins de justice ; Rien qu’une raison sèche
et hypocrite.
La France, l’Afrique, le Togo, et une certaine idée de la
coopération.
Obasandjo veut un siège pour son pays au conseil de sécurité. L’Afrique
du Sud se dit la mieux placée. Le Sénégal n’est pas du reste. Et le Togo
de quoi se mêle t-il ?
Depuis le 05 février 20005, jour où Mr Gnassingbé Eyadéma, président de
la République du Togo rendit l’âme après 38 ans de règne ininterrompu,
les regards se sont brusquement tournés vers le Togo pour découvrir
malheureusement en même temps que la fin d’un long règne sans partage,
le début d’un autre plus sanglant qui en peu de jours battit tous les
records d’atrocité et de violations multiples (mascarade électorale
,exécutions sommaires, emprisonnement sans motifs, répression sanglante,
enlèvement, etc.). Tout y est.
Avant cette barbarie post électorale, le Togo s’est offert en spectacle.
Le monde entier vit le fils putschiste du président défunt prêter
serment sur une constitution dont ce numéro de cirque constituait la
plus grande et la plus aberrante des violations. Avec en prime cette
phrase assassine digne d’un analphabète : « nous élus…. ».
Abracadabrant ! Les chefs d’États africains, humiliés et honnis par leur
« pair »togolais n’ont pas pu se retenir et se déchaînèrent sur le
malotru avec une telle hargne qu’il est devenu impossible de ne pas
prendre ce jeune homme en pitié. La France peinée, susurre
l’organisation rapide des élections et il est convenu entre décideurs de
la françafrique de soumettre la reprise de la coopération entre temps
suspendue à la tenue de telles élections. Peu importait les conditions
d’organisation. La promesse fut tenue.
Au nom de la coopération, les organisations régionales et sous-
régionales entre autres l’Union Africaine, la Communauté Économique des
États de l’ Afrique de l’ Ouest Organisation Internationale de la
Francophonie furent mises à contribution au nom d’un humanisme
prétendument plus fort que les intérêts particuliers. Les togolais
alléchés par l’insolence, à Abuja, du Président nigérian envers le
togolais Faure Gnassingbe, putschiste maladroit et cupide crièrent au
nouvel ordre africain. Quelques semaines suffisent pour que les mêmes
qui portèrent aux nues le Président Obassandjo et celui du Niger Tandja
se transformassent en leurs détracteurs les plus acharnés. La France qui
tient toujours en main les manettes qui actionnent les Chefs d’Etat-robots
cru bon de ne parler que de Coopération et s’est déclarée d’accord, avec
l’ONU, pour confier le règlement de la crise togolaise à la CEDEAO et UA ;
mais au fait à Obassandjo qui était dans l’obligation de faire
allégeance à Chirac qui dit l’aider à avoir un siège au Conseil de
sécurité avant même que le principe d’octroi des sièges soit acquis,
surtout avec l’opposition des États-unis qui demandent, à la fin, à ses
alliés de voter contre un tel projet.
Le Togo, une école
Les chefs d’Etat africains et français, surveillés chez eux, ont jeté le
dévolu sur un État bandit, une machine à sous : le Togo. La mafia
internationale ayant besoin d’un État voyou n’espérait pas mieux. Les
affaires tordues s’y font : Blanchissement d’argent, drogue, recel de
biens volés, protection de délinquants internationaux notamment
français, de présidents déchus en rade etc. tout cela dans le ventre
d’une sale coopération. La question donc est de savoir, au vu de ce qui
précède, de quoi est faite la coopération avec le Togo sur le plan
transnational ? Est – ce un complot international comme le disent
certains ? Le Togo serait-il au confluent des intérêts mafieux ?
« Les institutions internationales dont l’objectif premier, écrivait
Frédéric Galley, était de favoriser la marche harmonieuse des hommes, de
tous les hommes vers le bonheur collectif et donc vers la paix
universelle sont devenues des instruments de déstabilisation, de
manipulation, de chosification des peuples au service des intérêts du
club fermé de quelques nantis, si ce n’est pas au service des intérêts
particuliers ». Il en est toujours été ainsi. Les intérêts seuls
gouvernent le monde et c’est lesdits intérêts qui fondent la
coopération. Les grands principes bien que nobles, apparaissent in fine
comme une fiction, une rhétorique d’endormissement qui vous colle au
palais comme une pâte à mâcher.
Conclusion
L’Africain en général et le togolais en particulier doit cesser de
rêver. Le salut ne viendra jamais d’ailleurs. La coopération doit être
regardée dans les yeux. Peut-être que certains d’entre nous ont
l’ambition de refaire le monde. Tant mieux. En attendant les médailles
sur nos poitrails miséreux, les Prix Nobel de la paix et autres
pacotilles comateux, donnons à nos peuples le souffle indispensable à sa
survie, un peu plus de liberté, un peu moins de misère et davantage de
nous même en l’éclairant sur les ruses du monde, en portant, nous, le
coup qui brise les carcans qui le retiennent pour peu que nous ayons
choisi nous même d’être les avant-gardistes d’une lutte pour son mieux
être. La meilleure garante d’éthique, c’est la religion. Pas forcément
une religion des dieux révélés, mais aussi celle d’une foi en une
conviction rationnelle, à la sacralité de la vie humaine, à la dignité
humaine, et bref au respect de notre humanité. Je suppose que c’est pour
cette raison que les constitutions des pays occidentaux sont placées
sous l’autorité incontestable de Dieu, le Juste, le Bon le Compatissant,
l’omniscient.. Nous autres Africains, singes essentiels dans le domaine
politique, aurions pu placer nos constitutions sous l’autorité de nos
divinités si seulement nous avons conscience de la nécessité de se
soumettre à un référent sous l’autorité de laquelle nul ne peut déroger.
Koffigoh nomma « fameux » le serment qu’il a prêté et qu’on lui demande
de respecter ! Ce n’est que quand l’Africain aura accepté un référent au
dessus de lui, qui sacralise nos textes de loi que la notion de
« démission » aura un sens et que la démocratie peut devenir
irréversible.
Il est naïf d’en appeler à la France, aux USA, la Grande Bretagne etc.…
pour résoudre les problèmes internes dans la mesure où dans bien des
cas, ces puissances ne sont puissants que parce qu’il existe des États
faibles à côté. C’est quand la mouche tombe dans le lait qu’on se rend
compte que le lait est vraiment blanc. Les grands efforts, nous devons
nous même les fournir et chacun de nous doit pouvoir dire « moi aussi je
peux » sans vouloir de l’autre qu’il soit parfait, immaculé. Dans un
sursaut patriotique, nous pouvons bâtir le Togo. Maintenant.
Le texte du Dr Galley Frédéric, chargé de communication de Sursaut-Togo,
membre de Alternative Togo a le mérite de poser un problème profond,
toujours actuel. Je suis persuadé que lorsque la confiance et l’égalité
entre les hommes deviendront la chose la mieux partagée, le bonheur
entre tous les hommes deviendra réalité. En attendant, que chacun
cultive son champ.
Anani Alex Gomez
3G, Hambourg, Allemagne |
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