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LE MANIFESTE FEDERALISTE
I - LA STRUCTURE SOCIALE DU CONGO
Le Congo comme tous les pays d'Afrique noire présente une société
plurielle constituée d'ethnies elles-mêmes regroupées en Région. Un
système lignager qui a édifié un solide noyau affectif et identitaire.
Ce phénomène d'ethnicité a pris tout son essor au travers de
l'urbanisation qui favorise le rapprochement géographique de plusieurs
identités et provoque aussitôt une réaction de regroupement/rejet. La
désignation ethnique devient alors une auto affirmation puis une
autoglorification, qui puise sa référence dans une langue, un territoire,
un culte religieux, un principe de parenté, une technique, voire une
tradition alimentaire. Elle rapproche les ressemblances et se ferme aux
dissemblances.
L'ethnie est le résultat d'une mobilisation sociale identitaire et d'une
conjoncture politique particulière. C'est pourquoi, tout bien considéré,
l'ethnogenèse des identités régionales congolaises est liée aux
dominations coloniales, nationales et étatiques.
L'identité régionale transcende le « traditionnel » et le « moderne » ; sa
pérennité résulte justement d'une double adaptation aux contraintes du
présent et aux interprétations conflictuelles - parce que socialement
marquées- du passé.
On est ainsi passé de l'ethnie comme produit historique à l'ethnie comme
mouvement social : la culture s'est métamorphosée en idéologie, la survie
ethnique s'est substituée au patriotisme mort-né.
Face à l'adversité, la Région apparaît comme une micro nationalité
chauvine ; ce qui rend son intégration impossible dans un pays unitaire
quand s'instaure des rapports de caste entre Région(s) gouvernante(s) et
Régions gouvernées.
L'état unitaire requiert un patriotisme national et égalitaire que notre
structure sociale profondément bâtie sur des antagonismes lignagers, ne
peut offrir.
Les 43 années d'indépendance qui se sont caractérisées par une attitude
politique officielle allant dans le sens d'ignorer les spécificités
locales, n'ont d'ailleurs fait que les renforcer et chaque année, l'idéal
de l'état nation est encore plus loin, démentant l'optimiste de façade des
discours politiques.
Ne pouvant plus poursuivre dans une hypocrisie politique déphasée,
léthargique si non suicidaire, ne pouvant décréter la suppression brutale
des particularismes régionaux au risque d'ethnocides systématiques ou
préférentiels, il ne reste plus logiquement qu'à dénoncer l'inadéquation
du système unitaire pour nos sociétés plurielles, et à instaurer un
fédéralisme respectueux des valeurs de chacun et de la revendication
d'autogestion des composantes de notre pays en synchronisant équitablement
au sommet, les efforts de tous.
II - LES ANTAGONISMES DE L'ETAT UNITAIRE SUR UNE SOCIÉTÉ PLURINATIONALE
Il y a deux formes de tribalisme au Congo : le macro tribalisme et le
micro tribalisme. Le premier divise le Congo en deux zones géographiques
et oppose le Nord au Sud sous l'arbitrage du groupe Téké au centre.
Le second, micro tribalisme, oppose au sein d'un même groupe, des
sous-groupes.
Ce dernier, le micro tribalisme, est conciliable face à l'adversité. Il
vire plus ou moins facilement vers une fusion régionale de la défense
identitaire.
Le macro tribalisme est lui plus radical. La tentative d'alliances
politiques croisées qui aurait pu confondre cette forme de rivalité [PCT -
MCDDI / UPADS - RDD]…n'aura duré que 4 ans, dans un climat de méfiance
tendue qui a fini par exploser en Juin 1997.
Le rêve d'unir le Congo sous une coupe unique, dans la quête d'un état
nation mythique s'est mué en cauchemar.
L'identification automatique du chef des institutions à son ethnie
d'appartenance et le positionnement prévisible des différents groupes
selon leurs affinités à l'ethnie du chef des institutions nationales ne se
sont jamais démentis après 6 passages de témoin, de Youlou à Sassou.
Au final, le système unitaire a laissé se développer au pouvoir la
rotation d'un système d'apartheid radical, avec la suprématie d'un groupe
ethnique ou régional (tribu - classe diraient certains) qui règne en
maître sur les autres groupes, impliquant en conséquence des privilèges
inhérents aux castes ethniques du pouvoir et toutes les oppressions
d'autres parts - réelles ou supposées - tels que le droit de propriété sur
l'Etat et celui de vie ou de mort sur les populations au nom de la
conservation de cette supériorité.
Une configuration qui encourage le repli, favorise l'ambiance du complot
permanent, avec son cortège de méfiance, d'exclusion, d'intolérance, de
haine interethnique et d'épuration au programme.
Depuis 1960 une autre réalité sociale résultant de l'inégalité
démographique entre les ethnies peut être dégagée.
Le Congo a connu 6 présidents dont trois du Nord et trois du Sud : les 3
nordistes sont des militaires, les 3 trois sudistes sont des civils. Il
apparaît que la faveur démographique du Sud face au Nord sous peuplé donne
aux premiers une foi au suffrage populaire, tandis que la frange
septentrionale de notre pays ne peut compter que sur la maîtrise des
leviers militaires pour accéder au pouvoir et s'y maintenir. Pour résumer,
on dira que les sudistes ont plus confiance en la démocratie élective. Pas
parce qu'ils sont plus démocrates que les autres, mais parce que le vote
majoritaire dans un Etat ethnique unitaire, favorise leurs groupes
identitaires numériquement avantagés.
Le rattachement politique et la foi partisane se faisant sur cette base
là, nos sociétés ethniques montrent les limites de la démocratie
majoritaire et du suffrage universel direct dans un système unitaire.
Celle-ci est pervertie et déroutée de son but : la majorité est assurée à
un groupe identitaire fixé par la nature, tandis que l'autre groupe est
invité par le système, au mieux, à occuper les strapontins du pouvoir ou,
au pire, à se ranger dans l'opposition définitive avec les frustrations
que cela implique.
Avec l'instauration du multipartisme et des conflits ethniques sanglants
qui s'en sont suivis, la sécurité s'est ajoutée sur les motifs du repli
identitaire. La hargne avec laquelle les pouvoirs en place n'ont pas
hésité depuis 1992 à massacrer l'ethnie opposée au moindre conflit pour
maintenir les distances dans cet apartheid, a provoqué au sein de la
population non seulement un soutien indéfectible et inobjectif pour ses
leaders régionaux, mais aussi une totale apathie envers les « compatriotes
» de l'autre bord. Cette fois-ci l'ethnie a trouvé une raison dialectique
pour être. Tout ceci éloignant toujours un peu plus l'objectif
d'intégration nationale que prône traîtreusement le discours officiel
depuis l'indépendance.
III - LA DÉRIVE DES PARTIS POLITIQUES CONGOLAIS.
Les partis politiques sont les conséquences des conflits sociaux dont ils
ont surgi. Un parti ne vient pas créer les raisons de son existence,
celles-ci lui préexistent. Il existe un climat, un foyer ou une
revendication sociale profondément encrée qui constitue un fumier sur
lequel se développent les partis politiques. En Europe, les partis de
gauche sont le prolongement politique des mouvements ouvriers du XIXème
siècle ; les partis démocrates-chrétiens puisent leur substance dans les
réseaux de sociabilité catholiques, et les radicaux descendent des
mouvements laïques et anticléricaux ; tandis que les écologistes
reprennent le terrain laissé par l'insuccès des partis paysans et
agrariens.
Le terrain est parfois préparé par des associations ou des groupes
informels qui font planer une revendication fondamentale dans la société :
les « Diables Noirs » équipe de football congolaise ont longtemps été le
principal foyer d'un sentiment de représentation politique et de
contestation des originaires de la Région du Pool et du Sud tout entier,
face à la confiscation du pouvoir par les nordistes. Le MCDDI n'a fait que
récupérer ce terreau.
Que les partis politiques confirmés et persistants soient d'essence
ethnique au Congo, il ne pouvait sociologiquement en être autrement car le
conflit majeur chez nous est la représentation ethnique. Par contre, toute
tentative d'encrer nos partis selon les clivages occidentaux
(principalement gauche/droite) ont échoué parce qu'il n'existe pas dans la
société congolaise des conflits sous cet ordre là.
Les partis qui insistent sur cette voie sont qualifiés d'artificiels et
restent généralement embryonnaires en se muant en groupe d'intérêts
privés, accrochés aux prébendes du pouvoir et sans assise populaire.
Des partis fédéralistes ont toutes leurs chances de prospérer parce que le
Congo est naturellement et socio - structurellement une fédération
ethnique, dans laquelle la revendication d'une représentation de tous en
gardant leur identité existe fortement, si elle n'est la principale
revendication politique.
En général, les partis récupèrent des conflits sociaux, pour s'en servir
comme arme contre leurs opposants ou pour justifier des revendications
parfois même éloignées du conflit en cause. Ce qui leur vaut des
accusations d'opportunisme. D'où une certaine impopularité. Pourtant, les
partis par ce même rôle d'agents des conflits et de médiateurs,
contribuent également à l'intégration du conflit. En effet, une fois
politisé, le conflit est arbitré par les partis, donc canalisé, géré et
négocié : il est intégré à la vie politique. Lorsqu'ils assument
correctement leur fonction médiatrice, les partis éliminent tout risque de
guerre civile et contribuent très largement à l'éradication de la violence
politique.
Ce qui fait défaut chez nous et qui est à l'origine du fiasco de nos
partis politiques dans leur mission sociale, c'est qu'ils rechignent à
avouer que les véritables intérêts qu'ils représentent et qui sont la
quintessence même de leurs formations sont profondément ethnico -
régionales. Au final la politique chez nous s'articule sur deux axes
superposés : l'un à la lumière - le prétexte avoué, l'autre dans l'ombre -
la réalité du conflit ethnique. Un climat qui empoisonne les relations
politiques fausse les cartes et fait que ces conflits importants ne sont
plus canalisés par les partis et deviennent source de violence à cause du
dialogue de sourds.
Pour espérer l'émergence de partis d'idées et constructifs, dont
l'adhésion populaire sera objective, il faudra déplacer le champ d'action
politique du centre vers l'intérieur des Régions dans un groupe homogène.
Ainsi au niveau national symbolique les partis défendront les intérêts
directs de la Région, tandis qu'au niveau régional où s'articule
l'essentiel de la politique de terrain, ils resteront objectifs. Le risque
de conflit de sang s'écarte par le fait que l'action de chaque parti
régionale ne croise pas celle d'un autre parce qu'ils ne combattent plus
pour exercer le même pouvoir au même endroit, et il n'existe plus de
pouvoir de supériorité des uns sur les autres.
IV - LA CORRUPTION DES HOMMES ET DU SYSTÈME
S'il existait un endroit où les hommes de pouvoir ne sont pas tentés
par les abus divers et que leur qualité suffise, il n'y aurait plus besoin
de lois dans cet endroit. C'est la complexité des lois qui fait que les
chefs des nations réputées et confirmées démocrates s'appliquent chez eux,
et l'absence ou la transgression facile de ces lois qui rend ces mêmes
hommes immoraux dans les relations internationales, de Brazzaville à
Bagdad.
La corruption du personnel politique congolais est un facteur favorisé par
la corruption ou l'inadéquation du système lui-même. Dans une société où
l'arbitrage des masses est conditionné par la subjectivité ethnique, les
hommes de pouvoirs peuvent tout se permettre, assurés de la complaisance
du groupe qu'ils représentent.
Corruption, abus de pouvoir, vies dissolues, paresse, fausses promesses,
incompétence, népotisme, crime financier ou de sang, absence d'un
programme politique concret… tout ceci leur est pardonné tant que le
leader défend l'honneur et la représentation du groupe ethnique.
Quant à l'élite régionale (cadres, chefs coutumiers, grandes
personnalités), elle espère profiter au passage de la corruption du
leader, selon la philosophie que l'enrichissement des membres du clan
assure une force qui garantit l'indépendance du groupe et le met à l'abri
de la subordination par les autres ethnies. L'intérêt de l'ethnie ou de la
Région, justifie tous les arrangements avec la morale.
Sous d'autres cieux, le bénéfice et la justification de tels écarts
auraient été attribués au sacrifice que requièrent la nation et la patrie.
D'où, les français et les américains excusent tacitement les dégâts causés
par leurs compagnies pétrolières à l'étranger, même si cela blesse la
morale et que quelques uns s'en mettent plein les poches au passage.
L'intérêt suprême de la nation le justifie. Chez nous l'intérêt suprême
qui justifie tout dans le cœur de l'individu, c'est la Région.
Laisser s'enfoncer le pays dans l'inertie, s'en prendre aux caisses de la
République ou à la vie d'autres congolais est dénué de toute émotion et de
la part des politiques et des populations qui les soutiennent
respectivement aux rattachements ethniques. N'avons-nous pas vu pointer
des menaces de guerre civile parce qu'un ancien ministre des finances ou
encore un ancien chef de guerre étaient emmenés à rendre des comptes
devant les tribunaux, les deux pour des accusations - détournement de
fonds pour l'un et séquestration pour l'autre - logiques par leurs «
fonctions » ? Ah, procès ethniques… Mais bien sûr !
Le mythe de l'homme providentiel au dessus de tout soupçon qui conduira
une génération spontanée de politiciens sains est un rêve qui s'accroît
auprès des congolais, qui se retrouvent comme réduits à croire au père
Noël par désespoir.
La thèse laxiste qui invite à attendre quelques décennies ou quelques
siècles de plus pour que disparaissent les velléités ethnocentriques sous
l'effet magique du temps, se contredit par la courbe sans cesse croissante
de la montée des particularismes et par les trop lourds dégâts humains
causés par le système actuel, qu'il serait criminel de laisser persister.
Autant les pieux appels politiques à la conscience nationale sont restés
lettres mortes si non qu'ils ont agit inversement au message.
Le Congo s'est transformé en une famille polygamique où les 10 épouses
rivales et leurs enfants cohabitent sous le même toit ; chaque enfant
essayant de prendre le contrôle de la maisonnée avec le soutien de ses
frères de sang après avoir massacré les autres demi-frères, en jurant
ensuite gouverner au nom du père et dans l'intérêt de tous les enfants du
père. Alors qu'au fond, la patrie est devenue la fratrie utérine sans que
personne n'ose l'avouer au grand jour et sans que nul n'en soit plus dupe.
La nation est une illusion à laquelle personne ne croit plus.
Existe-t-il dans ce foyer un enfant qui échappe au schéma, et qui soit
capable de se surpasser pour servir toute la famille ? Certainement. Mais
la famille le veut-elle ? Même si le pardon est obtenu, nul ne pourra plus
ôter la méfiance forgée par le souvenir des douloureux affronts passés.
Cette méfiance causera sa perte quelque soit ses talents et sa volonté.
Au lieu d'espérer sur l'arrivée de ce messie utopique, une société moderne
devrait plutôt confier sa destinée à une loi bien en phase avec elle-même
et munie de tous les garde-fous garantissant son applicabilité.
Il ne reste qu'à se résoudre à loger chaque épouse dans sa case bien à
part pour que chaque fratrie s'organise dans la confiance, la paix, le
dévouement à la tâche, la conscience du bien collectif, le respect et la
solidarité fraternelle. Cela s'appelle le fédéralisme.
V - A LA RECHERCHE DU PATRIOTISME ET DE LA NATION FANTÔME
La tradition française, définit la nation comme un vouloir-vivre
collectif, une communauté de destin entre des individus s'étant librement
déterminés. En revanche, les cultures des pays fédérés comme la Suisse ou
l'Allemagne la conçoivent comme l'association objective de sous groupes
culturellement définis à la base. Dans les 2 cas, l'égalité entre ceux qui
composent la nation (individus ou groupes) est sine qua non.
La nation s'identifie d'abord à un territoire puis, à la volonté
clairement exprimée des composants égaux de dépasser la tradition pour
l'objectivité communautaire. La nation ne naît pas d'un décret comme la
déclaration d'indépendance. Elle n'est pas un slogan, elle se vit.
Le discours politique congolais se révèle démagogique et hypocrite. Les
mots clés de celui-ci, froidement empruntés au lexique de l'ancien colon
(patrie, nation, union) apparaissent vides de tous sens, puisqu'ils ne
sont vécus d'aucune manière ni montrés en exemple nulle part. Les
politiques se retrouvent à exalter une nation d'individus égaux aux
attaches culturelles négligeables, alors que nul n'en voit la
manifestation. Plus personne n'y croit, pas même ceux qui discourent à la
tête de leurs partis ethniques. Quant au territoire, il n'a de commun que
le siège conjoint aux Nations Unies. Les quelques alibis politiques,
nordistes de services dans l'ERDDUN (opposition) ou domestiques bakongos
au FDU (pouvoir) ne changent rien à la perception et aux effets réels de
la politique clanique congolaise.
Or, il s'avère que sans l'attachement général à une certaine idée partagée
de la communauté, ce qui se nomme le patriotisme, l'émergence d'une
conscience collective et d'un engagement vers le développement ensemble et
dans la paix est introuvable. La méfiance est au cœur de la société, la
différence en est la norme.
Le système politique actuel encré dans un unitarisme injustifié dans une
société plurielle qui exige des populations le nationalisme ou rien, a
surtout eut comme réponse « rien ! » plutôt que le moindre signe d'une
avancée quelconque vers ses pieux objectifs.
Pourtant, on ne peut pas conclure que ce moteur essentiel du développement
n'existe pas au milieu des congolais. Mais juste que ce patriotisme là
n'est pas national, il est régional. Il nous faut donc un nouveau pacte
républicain, scellant l'accord entre peuples, avançant chacun au nom de sa
Région, pour déterminer un pouvoir national librement consenti, et
collectivement partagé, exprimant la volonté de vivre ensemble uni, dans
le respect de nos diversités.
Il est temps de démentir le postulat qui prétend que l'enjeu démocratique
et républicain réside dans la recherche illusoire d'un Etat - nation,
irréaliste à court et moyen terme.
Pour sa communauté ethno régionale le congolais est prêt à s'investir à
200% parce qu'il s'agit d'une réalité palpable, proche, d'une affinité de
liens réels, qui lui fait mettre du cœur à l'ouvrage. Tandis que pour la
cause « nationale » sa tiédeur voir sa réticence, devient légendaire.
Le patriotisme régional est notre seule richesse spirituelle en tant que
peuples. Pourtant, sans démonstration et d'ailleurs sans succès, les
politiques nous invitent à l'abandonner au nom d'un Etat - nation
chimérique qui n'a pour seule justification que le fait qu'il est le
modèle de notre colon, en nous poussons à nous y accrocher désespérément
même quand il s'avère chaotique voir criminel pour notre société.
Le bourbier unitaire étouffe inutilement les énergies qui auraient pu
contribuer au développement. Toute cette volonté continue d'être sacrifiée
au nom d'une nation fantôme dont le prix a macabrement flambé depuis les
10 dernières années.
Le Congo aura finalement fait plus de mal que de bien à la majorité de ses
ressortissants.
Si bien qu'il n'est point besoin d'être un savant, pour constater que le
pluralisme national et culturel est la spécificité des sociétés africaines
en cause. Chemin faisant, force est de créer un authentique modèle de
l'Etat de droit démocratique dont l'hétérogénéité des peuples et des
cultures est le facteur structurant le champ politique et constitutionnel.
VI - L'IMPASSE
Un dialogue national sans exclusive est réclamé par la plupart de ceux qui
ont été privés de l'exercice du pouvoir. Le bon sens semble s'être rangé
dans ce camp là puisque après tout, le dialogue est préférable à la
violence et à la fourberie se laissant croire que « tout va bien » après
une victoire militaire et des perdants frustrés et aigris attendant le
match retour.
Toutefois, le rejet de cette proposition de dialogue par le pouvoir établi
à Brazzaville ne relève pourtant pas d'un égoïsme irrationnel, mais
résulte d'une analyse de probabilités qui ne donne que de mauvaises
réponses.
Projetons-nous donc dans l'avenir pour analyser les cas de figures les
plus probables pour un dénouement de la crise politique congolaise.
A. Avec le dialogue national sans exclusives, dans une vision unitariste.
1. Tous les exilés sont amnistiés, ils rentrent libre au pays.
Ils reconnaissent Denis Sassou Nguesso et son régime.
Ils attendent 7 ans pour repartir à la bataille dans tous les sens du
terme. Comme l'enjeu est de changer la nomenclature de l'apartheid, la
résistance de tous les groupes ethniques n'aura d'égal que l'acharnement
de tous à occuper le trône du dominant. L'histoire ayant forgé la méfiance
au sein du peuple et de la classe politique, aucun beau discours ne
convaincra une ethnie d'objectivité. Le spectacle promet d'être sanglant.
Un vainqueur s'en dégagera, les autres iront en exil appelant à un
dialogue nouveau.
2. Ils ne reconnaissent pas Sassou Nguesso et ses institutions et exigent
des élections immédiates.
Peu de chance car Sassou Nguesso, roi du moment, n'a rien à gagner dans
une élection majoritaire puisque le tribalisme pervertit la démocratie. En
plus, il a tout pour imposer son point de vue. Les opposants mobilisent la
région : troubles, assassinats, guerres, exil… appel au dialogue.
3. Ils décident de partager le pouvoir tous ensemble.
Sassou est co-président avec Lissouba, Kolélas, Moungounga et Yhombi.
Ajoutons-y Milongo, Ntumi, Thystère et Ganao. Combien de temps pariez-vous
avant la guerre de leadership ? Le temps qu'il faudra à chacun pour se
sentir suffisamment armé et prêt à défier les autres co-présidents.
Aristote l'a démontré et l'histoire lui a donné raison : les oligarchies
finissent toujours en tyrannie parce que la guerre des oligarques est
inévitable, et la dureté du vainqueur sera le gage de sa survie. C'est la
configuration actuelle de la RDC.
B. Sans le dialogue national sans exclusive
1. Sassou Nguesso garde la supériorité militaire et diplomatique.
Il maîtrise son camp et reste au pouvoir à souhait. Les opposants mourant
un à un en exil. Mais comme nous l'avons vu avec l'exemple Ntumi, les
opposants naîtrons toujours de quelque part. Si non, avec le départ
naturel de Monsieur Sassou, les mêmes questions d'aujourd'hui n'auraient
toujours pas trouvé de réponse et la situation sera identique. De la même
manière que les 28 ans de monopartisme ont gelé l'ethnicité sans la
dissoudre, en la renforçant même.
2. La supériorité militaire et/ou diplomatique passe dans le camp d'un
opposant qui renverse le régime en place et devient khalife à la place du
khalife.
Le Prince sortant va en exil, avec toute son administration d'où ils en
appellent à un dialogue sans exclusive et sans illusion. Nous revenons à
la même situation d'aujourd'hui, en ayant changé juste les positions des
acteurs, les bourreaux devenant victimes, mais en gardant la même
insécurité dans un camp, la même instabilité nationale, et sûrement la
même oppression.
3. Sassou Nguesso introduit un à un les opposants dans son équipe, les
plus radicaux sont isolés et disparaissent. On rejoint le point B.1.
Dans tous les cas de figure, nous revenons au même puisque les mêmes
causes produisent les mêmes effets.
Nous sommes piégés par l'impératif évident de sécurité que revendique
chaque groupe de peuple que compte notre pays ; un absolu qui autorise
l'oppression de l'adversaire quand on tient les manettes. Ayant tellement
opprimé, on ne se fait plus aucune illusion sur son propre sort le jour du
renversement : alors on tyrannise encore, s'enfonçant toujours plus dans
le point de non retour.
Le successeur des bourreaux d'aujourd'hui n'aura pas d'autres choix que
d'être lui-même bourreau, sa survie en dépend. Nous ne pouvons nous
échapper de ce cercle vicieux que si nous changions l'axe sur lequel
s'articule la lutte [légitime] pour le pouvoir et la juste représentation
de tous. Cette problématique ne peut se régler que par la construction
d'un autre modèle de l'Etat et de démocratie adapté à l'histoire, à la
culture et aux logiques sociales de nos sociétés plurielles, par
opposition à la démocratie des sociétés homogénéisées et unifiées,
incarnées par L'état - nation. Un état nation idéal peut-être, mais qui a
mis mille ans à se bâtir dans les pays que nous envions. Un temps que nous
pouvons gagner, riche de l'exemple des autres.
Au nom de l'obligation unitariste le Congo est une société qui ne vit plus
que dans la terreur de l'attente de la prochaine guerre plus que probable.
Le Congo unitaire dont le bénéfice et le caractère obligatoire à tout prix
n'ont jamais été démontrés - contrairement à son préjudice largement subi
- ne mérite pas d'être vécu. Pour quel profit doit-on encaisser les
massacres passés, présents ou futurs de nos frères, les bombardements de
nos quartiers et villages, le pillage de nos maigres richesses durement
constituées, le viol de nos femmes, la ruine de notre mental et de nos
valeurs sociales ?
Si la paix n'était que le seul avantage du fédéralisme, et que les
indépendances des entités fédérées étaient inéluctables selon une critique
sans fondement souvent opposée à ce système, n'est-il pas préférable de
vivre pauvre sous son cocotier indépendant mais en paix, que d'endurer un
Congo devenu un enfer sans intérêt ?
Nous n'en sommes pas là heureusement, et le fédéralisme offre plus encore
que la paix qui lui est une évidence.
VII - LE FÉDÉRALISME POUR L'EQUILIBRE SOCIAL ET POLITIQUE.
Sous une réorganisation fédéraliste, le Congo incarnera pour la première
fois en Afrique noire postcoloniale, un Etat compatible par sa nature
démocratique, son droit, son histoire, sa culture, avec les logiques
sociales des sociétés plurinationales qui lui donnent corps et
signification.
1. La fin de la crise et le partage des pouvoirs.
Le fédéralisme est le meilleur dénouement de la crise congolaise. Si toute
la classe politique qui n'a plus le choix, accepte le principe fédéral de
l'Etat, et qu'il est entériné par le peuple majoritaire en référendum,
tous les exilés politiques peuvent regagner le pays sans délais, se rendre
directement dans leurs fiefs régionaux pour y participer à l'organisation
du futur système local sans se nuire les uns aux autres. Il n'y a plus de
terrain commun d'achoppement entre les grands groupes rivaux macro
ethniques ou régionaux.
Le fauteuil de président de la fédération perdra son importance grâce à la
réduction conséquente de ses pouvoirs en faveur des entités fédérées.
Il faut que le pouvoir régional arrête les excès du pouvoir central, et il
faut que le pouvoir central (pouvoir de tous équitablement) contrôle la
marche de chacun dans sa région.
Le conflit politique qui nous oppose, c'est qu'il n'y a qu'un fauteuil
pour 11 régions (Brazzaville comprise), et la solution première du
fédéralisme c'est d'offrir 11 fauteuils pour 11 régions, en éliminant les
effets apartheid de dominants/dominés. Chacun ayant chez lui les mêmes
compétences totales sans être subordonné à qui que ce soit. Pas même à
l'occupant du 12ème fauteuil, le Président de la fédération. Celui-ci
étant en charge de tâches régaliennes spécifiques telles que la défense,
la sécurité nationale, les affaires étrangères, la promotion du pays…
responsabilités dont il a seul la compétence. Il est le détenteur de la
signature qui engage le Congo tout entier, mais sous contrôle étroit d'un
parlement équitable, c'est-à-dire composé du même nombre de représentants
par Région. Il n'a aucune influence exécutive directe sur le quotidien des
citoyens à l'intérieur de leurs Régions, ni sur les Présidents des Régions
fédérées.
En effet, ces derniers gèrent les dossiers concrets en matière
d'éducation, de culture, de santé et sécurité sociale, de justice, de
tourisme, de transports et travaux publics intérieurs, de
télécommunication, d'aménagement, de police, de logement, d'exploitations
de leur ressources propres. Ils administrent leurs territoires et
gouvernent sur leurs économies, de la concertation à l'exécution.
Il n'y aucun conflit d'autorité possible entre l'Etat fédéral et les
Régions fédérées, les tâches étant clairement séparées, et les aires de
pouvoirs impénétrables entre Régions.
On est maître chez soi, comme les autres sont maîtres chez eux. Seul le
collectif sera supérieur au particulier.
2. L'équilibre géopolitique et juridique.
Ce Sénat régionalement équitable, est impossible à déséquilibrer d'un
point de vue ethnique. D'autre part, chaque Sénateur n'étant redevable que
de sa Région, s'écarte alors tout risque de vote corrompu pour obtenir les
faveurs de l'exécutif fédéral. D'où, les majorités qui s'en dégageront se
feront au cas par cas et ne pourront avoir d'autres motivations que
l'objectivité et la défense de ses administrés directs.
Les abus des gouvernements régionaux peuvent être sanctionnés par ce
Sénat, qui ne peut souffrir de l'influence de la supériorité numérique
d'une ethnie ou d'une alliance macro tribale (grand Nord uni ou grand Sud
uni) en raison de l'équité du nombre de régions entre les deux zones,
Brazzaville arbitrant.
La même configuration d'équilibre se retrouve dans les institutions
juridiques fédérales, puisque chaque Région présente un nombre égal de
juges à la cour suprême ou toute autre institution fédérale.
Fédéraliser le Congo est la chance de repartir à l'origine de notre
société, afin d'établir un pacte juste et désiré de cohabitation pacifique
et équilibré et d'établir les règles d'entraide entre toutes les entités
congolaises.
Aucun contrôle ethnique n'est nécessaire pour s'affirmer membre - citoyen
d'une Région, si au moment de la création du fédéralisme, il est admis
qu'est membre d'une Région donnée, tout congolais faisant le libre choix
de celle là. Qu'il y ait des attaches ou pas. Le droit de circulation et
d'établissement des personnes physiques et morales comme des biens étant
libre sur toute l'étendue du territoire congolais.
L'individu ou le groupe brimé dans une Région étrangère, peut compter sur
sa Région pour le défendre officiellement en portant l'affaire au niveau
fédérale, selon les procédures. L'individu ou le groupe voyant ses droits
spoliés dans sa propre Région peut également saisir les instances
fédérales et obtenir réparation. Sachant que sa seule Région ne peut
influencer toutes les autres, il y'a plus de chance d'obtenir un arbitrage
honnête et libre de toute influence. Le fédéralisme redonnera foi en la
justice congolaise. Ceci constituant un réel progrès vers la confiance, de
là vers la nation.
VIII - LE FEDERALISME POUR LA DÉMOCRATIE ET LA SÉCURITÉ
1. Pour la démocratie institutionnelle
La démocratie est garantie par le fédéralisme, si le détenteur de
l'exécutif fédéral est réellement dépossédé des pouvoirs extraordinaires
qu'accordent les régimes africains aux gouvernants et dont ils ont
toujours abusé.
La configuration que nous connaissons aujourd'hui ne peut fonctionner et
n'a tenu jusque là que parce que le régime se comporte en monarchie
archaïque : un pouvoir personnel et personnifié en qui les alliés
accordent une confiance aveugle, qui dispose de l'administration, des
finances, de la justice et de l'armée par un rapport direct et personnel,
prenant les fonctionnaires pour ses serviteurs, donc impliquant une
confiance personnelle entre eux et le Prince.
Le fédéralisme donne à tous les groupes du pays une légitimité égale, ce
qui rend les pouvoirs réellement indépendants les uns des autres, et non
découlant hiérarchiquement. Chacun étant issu de souverainetés différentes
et parallèles à la fois.
Tocqueville affirmait - à raison - que le fédéralisme c'est apporter la
démocratie devant la porte de chaque citoyen.
En tant qu'électeur, le citoyen choisit le projet qui lui conviendra pour
son environnement immédiat et agira à la fin du mandat directement sur la
personne responsable de ses attentes sans que celui-ci ne se couvre
derrière un lointain chef quelque part à la capitale qui jamais ne viendra
sur les lieux. Le responsable sanctionné n'a pas à espérer une nomination
de complaisance dans une autre Région pour continuer à toucher un salaire
sans rien faire, parce qu'« ils sont au pouvoir ».
Le fédéralisme c'est donner plus de place de participation à plus de gens.
Permettre plus d'efficacité dans la lutte contre les fléaux, ouvrir un
large panel à la proposition de projets, l'exécution, le suivi et le
contrôle direct au résultat par la multiplication des parlements des
conseils économiques et autres antennes sociales.
L'ethnicité qui primait dans le régime unitaire pour cause d'adversité,
perdra sa raison d'être, laissant place à la politique rationnelle et
critique à l'intérieur des Régions.
2. Pour la sécurité et la paix.
Le fédéralisme est le meilleur rempart à l'insécurité qui est devenu le
souci majeur de tous les groupes ethniques et régionaux. Aujourd'hui, les
milices victorieuses au service d'un homme ou d'un clan, tiennent lieu d'«
armée nationale » et paradent partout semant la mort et la désolation. En
fédéralisme, les Régions assureront leurs propres forces de police. La
présence militaire est soumise à des règles strictes et égales à toutes
les Régions, sous le contrôle du Sénat. Aucun déplacement, aucune
construction, aucune occupation ne pourra être opérée par les forces
armées, sans le consentement de ce Sénat et des gouvernements régionaux
concernés. La confusion habituelle des pouvoirs entre l'armée et la
police, sera rendue impossibles parce que les Régions, nécessairement
jalouses de leurs prérogatives, tiendront à ce que les institutions de
l'État central ne puissent empiéter sur leur domaine. Celui qui dirige la
police n'a pas l'armée, et celui qui gère l'armée n'a pas de police. D
autre part, les conflits ethniques que nous avons connu s'apparentent d'un
point de vue sentimental à des guerres entres peuples étrangers. Les
imbrications claniques et lignagers au sein d'une même Région interdisent
certains excès grâce à une médiation quasi familiale, supplantée en cas
d'échec, par la médiation fédérale, qui se compose de tous les
représentants du reste du pays. Toutes ces volontés sont contraintes
d'objectivité car n'ayant aucune implication dans la marche de la Région
en cause. Le fédéral possède en plus les moyens de coercition sans qu'on
ne lui prête d'intentions hégémoniques.
IX - LE FÉDÉRALISME POUR LE DÉVELOPPEMENT
1. patriotisme au travail
Nos sociétés ont une mémoire capitaliste qui ne demande que l'intelligence
au pouvoir et le contrôle du risque pour être réveillée. Dans ce sens, la
mutation de l'économie de subsistance à l'économie d'accumulation doit
concilier l'efficacité économique et la cohésion sociale, la mobilité du
capital et la mobilité du travail, la vertu de la régulation et la vertu
de liberté d'initiative, afin que les nations, l'Etat et les citoyens
redeviennent les acteurs de leur propre histoire.
Fédéraliser le Congo c'est confier le développement et la vie de tous les
jours à ceux que cela concerne directement pour eux-mêmes et pour leur
propre famille. C'est écarter les réticences actuelles de s'investir sur
ordres flous de lointaines institutions caricaturales, imposées et sans
âmes. Des institutions inacceptables souvent par simple orgueil
identitaire. C'est réconcilier le citoyen avec sa patrie de cœur qui est
la Région, une patrie pour laquelle on ne lui a jamais donné la chance de
travailler. Chacun participant de son plein gré pour ce en quoi il croit,
pour ce qu'il aime, sur ce qui l'attache sans se sentir dominé ou asservi
par d'autres, sans craindre les intentions mesquines de quelques
fonctionnaires envoyés de la capitale qui ne ressentent absolument rien
pour sa localité à lui et qui sont juste bons à guetter la bonne occasion
pour s'en mettre plein les poches.
Si face à l'adversité des autres Régions on s'interdit l'objectivité, le
fédéralisme permettra de tourner la page de la période des rois fainéants
et des complaisances infinies au nom de la défense inconditionnelle de la
Région face aux autres. L'argument tribaliste perdra son sens. Il
instaurera une culture du résultat, en redonnant au citoyen la liberté de
juger rationnellement l'action politique et sociale de chaque acteur.
Puisqu'au final, on remplacera toujours Oba par Oko ici, et Loemba par
Tchibinda là bas, Mbemba par Missamou ailleurs, sans craindre que le trop
plein de critiques ne laisse échapper le contrôle de la politique de chez
soi à un autre groupe.
2. La rigueur et l'objectivité économique
Le fédéralisme c'est stimuler la concurrence à l'intérieur du pays.
Permettre aux congolais de travailler et de s'installer dans la Région de
leur choix avec le groupe qu'ils jugent le plus compétent et le plus
rassurant à leurs yeux, sans craindre que ses efforts restent multipliés
par zéro parce que le tyran qui tire toutes les ficelles est le même.
3. Le développement culturel
Fédéraliser le Congo c'est sortir la culture de sa clandestinité.
Permettre à chaque groupe de promouvoir librement son être dans son espace
selon sa conception et ses besoins. C'est libéraliser la pratique,
l'enseignement, l'officialisation de nos langues locales et des mythes qui
constituent nos histoires régionales propres, qui font nos identités.
X - FÉDÉRATION, RÉGIONALISATION, DECENTRALISATION.
1. Pourquoi ne pas se contenter d'une décentralisation ?
Si le colon le fait, c'est forcément le mieux à faire, entend-on trop
souvent !
La décentralisation est le processus par lequel un centre abandonne une
part de ses fonctions au profit d'une périphérie. Le mot a un sens concret
quand il s'agit de décentraliser des activités et un sens abstrait quand
il s'agit de décentraliser le pouvoir. Dans ce dernier cas, on crée
simplement un subalterne de plus s'il est nommé, et un postiche sans
pouvoir s'il est élu. Sur le plan de la décentralisation des activités, il
faut bien qu'il y'en ait, pour les confier aux collectivités locales. Il
se trouve qu'au Congo, il n'y a rien à décentraliser. On ne gère pas de
constructions d'hôpitaux, d'entretiens routiers, de renouvellements de
matériels, de modernisations d'écoles et de structures culturelles ou
sportives chaque année dans toutes les régions. Le centre ne croule donc
pas sous le travail faisant souffrir la périphérie par la lenteur ou
l'inadéquation des solutions envoyées de trop loin.
On aurait pu appuyer une décentralisation industrielle ou du secteur
tertiaire par des mélanges de mesures incitatives et limitatives dans un
but de dispersion et d'équilibrage, mais il se trouve que là non plus il
n'y ait rien à décentraliser. Qu'est ce qu'une banque ou une laiterie ira
faire à Vinza ?
La décentralisation quand il y'a de quoi décentraliser, reste une
administration dont les moyens et parfois les ordres viennent de loin,
décidés par un groupe pour d'autres. Elle n'élimine pas le problème de la
majorité ethnique au niveau nationale et de l'apartheid qui s'en suit,
elle n'empêche pas la concentration de tout l'exécutif aux mains du même
groupe ethnique, elle ne peut déjouer un favoritisme du centre dans sa
répartition budgétaire, elle ne soulève aucun enthousiasme populaire
particulier… Bref, elle ne remplit aucun critère pour palier aux maux
spécifiques d'un pays comme le notre.
La régionalisation obéit à un processus de décentralisation avec des
entités plus vastes. En leur donnant des pouvoirs concrets tout en
allégeant ceux du centre, la régionalisation peut se rapprocher d'un
fédéralisme qui en évite juste le mot. L'ennui c'est que l'irrespect des
limites et le manque de tradition démocratique chez nous n'autorisent pas
la mise en place de systèmes aux frontières floues, que des gymnastiques
politiciennes pourraient vider de toute leur substance. Néanmoins,
régionalistes, autonomistes, fédéralistes et confédéralistes sont sur la
même longueur d'onde.
La grande distinction que nous faisons ici entre fédéralisme et
décentralisation tient du fait que pour le fédéralisme, il ne s'agit pas
de ramener quelque chose du centre, mais de le créer complètement avec le
seul engagement des populations concernées. Le fédéralisme dans notre pays
serait irréalisable sans le patriotisme régional dont témoignent les
congolais de tout bord et le désir de responsabilisation complète des
groupes régionaux. Il use de ce même repli ethno - régionaliste qui nous
empêche aujourd'hui de vivre dans l'unitarisme, pour le retourner comme
moteur dans le fédéralisme. Le venin devenant vaccin.
D'ailleurs, la plupart des projets politiques congolais dit de forte
décentralisation ou de régionalisme sont en réalité fédéralistes. Hélas il
se trouve que le mot et la notion de fédéralisme, mal connus de nos
compatriotes, pousse à certaines méfiances.
2. L'aptitude de nos Régions à l'autonomie
Considérant que la plus grande richesse c'est l'homme, on peut affirmer
qu'il n'y a pas dans notre pays de Régions trop pauvres pour s'auto
administrer. Ce vieux prétexte d'absence de ressources naturelles était
dans les années 50 l'argument phare des opposés à la décolonisation, à qui
on doit la mise sous tutelle de la Namibie sous un régime effroyable. Dans
notre système actuel, aucune Région ne reçoit de dotations conséquentes du
budget national, Brazzaville et Pointe-Noire engloutissant la totalité,
pour un résultat d'ailleurs fortement discutable.
Le fédéralisme permettra à chaque Région de percevoir annuellement des
crédits fédéraux proportionnellement au nombre de leurs habitants, une
fois que le centre aurait extrait un minimum pour ses missions
régaliennes. Sachant que le centre, une fois amaigri de ses hordes de
fonctionnaires - et d'institutions voraces qui ne servent plus
qu'eux-mêmes - pour les rendre à leurs Régions respectives, il aura
conséquemment réduit son train de vie. Certains analystes avancent le
chiffre de 50 à 70% des recettes nettes affectables aux Régions.
Les sommes ainsi allouées représenteront une corbeille importante que des
acteurs compétents et concernés sauront faire profiter à leurs localités,
dans un climat de confiance, de participation collective, de démocratie et
de contrôle assuré par un centre désintéressé et des citoyens régionaux
vigilants.
Le fédéralisme implique également l'impératif de sortir d'une vision
économique qui ne vole pas plus haut que la chasse, la pêche et la
cueillette. En effet, le pétrole, le bois et les mines, nos principales
sources économiques, ne sont que des formes modernes de ce ramassage des
aubaines de la nature.
Une économie valable et moderne nécessite une créativité et une adaptation
auxquelles nous ne pourront échapper.
XI - ADÉQUATION DU FÉDÉRALISME AVEC LES STRUCTURES GÉOGRAPIQUES ET
HUMAINES
1. Adéquation
Lors du serment du Grütli donnant naissance à la confédération helvétique
à la fin du XIIIè siècle, les suisses n'atteignaient pas un million
d'âmes. Peut-être un demi million. Aujourd'hui encore huit siècles plus
tard, ils ne sont que 7 millions.
Jadis, certains prédisaient au fédéralisme américain de ne pas tenir à
cause d'un trop grand territoire, prédisant que le jour où chacun se
sentira assez fort pour faire cavalier seul, le pays s'effritera comme
peau de chagrin. Le pouvoir fédéral si loin et peut-être plus pauvre que
l'État sécessionniste, ne fera que constater.
Aujourd'hui, prise isolément, la Californie est le 5ème État le plus riche
du monde. Mais ni elle, ni le Montana son petit frère pauvre d'à côté ne
songent quitter les Etats-Unis d'Amérique.
La fédération est le résultat d'une disposition sociologique particulière
qui requiert une organisation par groupes autonomes. Elle n'est pas
subordonnée à des questions de superficie et de nombre d'habitants. Parmi
les pays unitaires, on constate que la microscopique Guinée Équatoriale,
la grande France et la surpeuplée Chine s'administrent sous la même forme
unitariste, avec des résultats très différents. Autant dans le monde des
fédérés on trouve également des petits pays (Emirats Arabes Unis 77 800
km2) comme des grands (Russie), des très peuplés (USA) comme des moindres
(Suisse), des démocraties confirmées (RFA) comme des régimes instables
(Nigeria), des fortes densités (Inde) comme des faibles densités (Canada,
Australie), des pays enclavés à plus de 80% (Brésil) comme des plats pays
facilement administrables (Belgique)…etc. Le fédéralisme yougoslave s'est
terminé en sang, le divorce tchécoslovaque a été pacifique. D'autres
unions fédérales ne souffrent d'aucune remise en cause, tandis que de
vieux jacobins sont secoués par des velléités séparatistes. Même la guerre
froide a transcendé ces systèmes d'administration de manière égale : il
y'avait des pays fédéraux des deux côtés du rideau de fer.
La mise en place d'un fédéralisme n'est donc pas déterminée par des
critères géographiques ou numériques mais socioculturels et historiques,
dont le Congo présente un condensé plus qu'exhaustif.
Pour le cas nigérian souvent opposé à ce modèle en Afrique, on oublie
souvent que ce pays n'existerait plus aujourd'hui sans le fédéralisme à
qui il doit sa relève après la guerre du Biafra. Tous les autres pays
d'Afrique où se succèdent les guerres toujours pour la même raison
d'incompatibilité du système pour des sociétés plurielles, notamment le
Tchad, la RDC, la RCA ou la Côte d'Ivoire ont tout à gagner en se
réadaptant au risque de disparaître par génocides cumulés.
2. Géopolitique interne aux Régions fédérées.
La question de créer une fédération pour chaque ethnie ne se pose pas.
Chaque Région fédérée fonctionnant elle-même comme une fédération pleine,
les sous-groupes intérieurs sont représentés par des subdivisions
administratives et politiques cohérentes, jouissant à leur tour d'une
démocratie locale.
Chaque Région doit avoir la liberté de s'organiser pour donner un rôle aux
élus départementaux, selon les spécificités locales et sous le contrôle
neutre des autres Régions représentées au centre par le Sénat.
La tradition américaine considère la fédération comme étant avant tout une
alliance entre familles libres. Les familles se regroupant ensuite en
districts, ceux-ci en comtés, ces derniers en Etats et l'ensemble forme
les États-Unis d'Amérique.
La Fédération Congolaise sera une fédération d'individus, réunis en
fédérations familiales, elles-mêmes groupées en fédérations ethniques,
pour donner la Région, puis l'ensemble des Régions faisant la grande
Fédération.
La réinvention de la démocratie de proximité ne remet en cause ni les
frontières internes (la Région, demeurant le lieu de brassage des
peuples), ni les frontières externes de l'Etat.
XII - MISE EN PLACE DU FÉDÉRALISME
1. Pour un mouvement fédéraliste unificateur à l'échelle national .
Le dialogue national sans exclusif ne peut être efficace que s'il propose
une solution à long terme, socialement logique, satisfaisante pour tous et
réalisable comme l'est le projet fédéral. _ Ce projet aura sa crédibilité
et incarnera le renouveau dans la paix, si le groupe politique qui le
défend est lui-même composé de fédéralistes convaincus ressortissants de
toutes les Régions du pays, chacun représentant la fédération de sa Région
dans cette union respectueuse et égalitaire.
Une Convention Fédérale offre la chance pour la première fois dans
l'histoire tumultueuse de notre pays, que n'importe qui peut adhérer à un
mouvement, sans forcément avoir l'impression de ne pas être dans le parti
de son clan naturel ou l'inverse ; chaque membre adhérant à la fédération
de sa Région de choix au sein dans la Convention. C'est aussi l'occasion
d'un renouvellement large et profond de la classe politique congolaise.
Cette convention reste à être créer, par nous, fils de toutes les Régions
du Congo uni. Car fédérer signifie unir.
Il est prévisible que les grands partis hypocritement régionaux déjà
existants et que nous connaissons (MCDDI, MUR, PCT, RDD, RDPS, UDR, UPADS…)
soient incapables de ratisser plus loin que leurs fiefs naturels dans
l'idéal de créer une convention fédéraliste nationale. C'est peut être
l'embarras de reconnaître enfin leur vrai nature après tant d'années de
discours antithétiques qui va justifier leurs réticences. Toutefois, il
est important, pour une réflexion avant, pendant et après la mise en place
du fédéralisme que les relations entres les différentes Régions soient
apaisées et cordiales. Rien ne pourra mieux assurer un tel rôle qu'un
grand parti national, subdivisé en fédérations régionales réellement
autonomes, engagés pour la mise en valeur des 4 coins du Congo.
2. Le choix de la raison
Le pouvoir politique actuellement en place à Brazzaville comme
l'opposition locale et externe, sont face à un mur, et nul autre
proposition que le fédéralisme ne pourra offrir la paix civile aux
congolais, et la cohabitation aux politiques sans se marcher dessus.
Chacun sera désormais libéré de la plus grande des craintes : tomber dans
l'esclavage d'une autre Région.
Une fois la forme de la constitution fédérale approuvée, ainsi que les
constitutions régionales reconnues comme conformes à la constitution
fédérale, plus rien ne s'opposera au retour des exilés afin qu'ils
exercent librement des activités politiques, se présentent à des élections
transparentes. Plus rien non plus ne fera peur au pouvoir pour organiser
des élections dans l'immédiat, car il n'y a plus de chance de les perdre
aux risques de se voir gouverner par ses ennemis. Il est vraisemblable que
pour un premier temps, les milices régionales soient actives et se
tiennent prêtes à une éventuelle tentative de violation de leurs droits
d'autogestion. Mais leur intégration dans les polices régionales permettra
de transformer ces armées secrètes aux buts inavouables, en force de
l'ordre et de protection de l'intégrité régionale.
Le financement comme les moyens humains et matériels du fédéralisme à sa
préparation comme dans ses premières années sera étroitement lié à la
mobilisation engagée par chaque Région fédérée auprès de ses
ressortissants afin que chacun apporte sa pierre à l'édifice. Les citoyens
régionaux devront apporter la plus grande partie de leurs avoirs si non la
totalité dans les banques régionales créées pour la circonstance. Pour les
expatriés d'occident, rien n'interdit que l'engagement aille jusqu'à faire
des prêts personnels auprès des banques de leurs pays d'accueil afin de
donner un capital de lancement à leurs Régions, complété par l'engagement
personnel et physique de toutes les compétences dans un esprit de
solidarité et de sacrifice pour la terre de ses ancêtres que l'on compte
léguer à sa descendance, améliorée et enrichie.
Bâtir sa terre de sa sueur avec ses frères de lignage ou de clan, en
partant de zéro, est la seule façon pour tous d'accorder une valeur intime
au bien public, de le protéger même au péril de sa vie.
XIII - LE CAS PARTICULIER DE BRAZZAVILLE
Brazzaville ne peut être rattachée à la Région du Pool vu les différentes
sensibilités qui la compose. En restant simple ville autonome et capitale
de la fédération, sans structures régionales fédérées à l'image des autres
Régions, ce serait priver une partie trop importante de la population de
démocratie politique. On peut reconnaître une citoyenneté brazzavilloise,
comme il y'a une citoyenneté lékoumoise, ou sanghienne.
Pourtant, une fois Brazzaville Région à par entière, municipalité et
capitale fédérale, la frontière des compétences entre le gouvernement
centrale qui doit exercer son autorité sur sa ville, la municipalité et le
gouvernement régional risque de contrevenir au bon fonctionnement de
toutes les institutions de cette ville. D'où la nécessité pour la capitale
fédérale de se situer dans une autre bourgade, complètement consacrée à
ses tâches administratives, juridiques et politiques fédérales, bien loin
des tumultes d'une grande agglomération comme Brazzaville.
La région des Plateaux offre par sa position centrale, le meilleur site
pour ériger la nouvelle capitale fédérale du Congo.
CONCLUSION
Ce projet de paix civile et de mise en place de meilleures conditions de
travail pour tous est une révolution intellectuelle en rupture avec le
culte opaque de l'Etat - nation, dont la crise et les mutations ont révélé
l'incompatibilité avec les logiques de nos sociétés plurielles. En outre,
la formalisation juridique de ce nouvel ordre politique, fera des
constitutions démotiques, l'oeuvre des populations elles-mêmes, mise au
service de la liberté et de la productivité, et non à celui d'un homme ou
d'un groupe, comme moyen de domination politique. Les congolais ont tout
intérêt à soutenir ce projet, qui fait du relativisme historique et
social, une contribution à la civilisation de l'universel.
Source: www.congopage.com
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Voir aussi : Le
projet de constitution
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