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Togo : Elections
législatives
pour faire oublier la "mauvaise" gouvernance
Avec l’arrangement politique de Ouagadougou du 19 août 2006 intitulé
"accord politique global" dans lequel il n’a pas été question
officiellement de choisir le Premier ministre dans les rangs de
l’opposition, le Togo vient de prolonger le suspense sur l’alternance ou
la pérennisation d’un régime éthnico-familial fondé sur une armée non
républicaine. Sur les 34 postes du Gouvernement de Me Yawovi Agboyibo,
le parti du Président et ses alliés ont conservé 24 portefeuilles
ministériels. 7 portefeuilles, sans impact sur la direction du
gouvernement ont été "octroyés" à une opposition dite "modérée" et 3 à
la société civile. La Diaspora a "copieusement" été oubliée.
1. Le Premier ministre chahuté par les députés de la mouvance
présidentielle
Nul ne saura jamais pourquoi les partis dits de l’opposition ont oublié
de rappeler que les partis au pouvoir sont des partis qui ont du sang
sur les mains. Nul ne doit être dupe du fait que la majorité
présidentielle est en train d’utiliser les élections législatives pour
faire oublier la bonne gouvernance au Togo et la recrudescence de la
corruption et des passe-droits au Togo. Nul ne peut accepter que de
nombreuses vies brisées et perdues, des handicapés, des orphelins et des
populations soient privés du droit le plus élémentaire de s’exprimer
librement et en toute sécurité. Le nouveau Premier ministre, Me Yawovi
Agboyibo, a voulu rassurer en insistant uniquement et seulement sur sa
volonté pleine et entière de réaliser des élections libres et
transparentes au Togo. Encore faut-il ne pas sous-estimer les rancœurs
ici et là. Lors de son discours de politique générale, un député et non
des moindres de la mouvance présidentielle lui rappela devant une bonne
brochette d’ambassadeurs un proverbe gabonais : "lorsque l’on mange
la main d’un singe (délicatesse paraît-il en Afrique centrale), il ne
faut pas oublier que cela pourrait être sa propre main"… Il faut
donc se rappeler qu’il faut nécessairement avoir sa main pour voter au
Togo… Cela en dit long sur l’ambiance pré-électorale dans ce pays, mais
certainement sur la durée de vie du gouvernement de l’actuel
premier-Ministre.
2. Ethique et droits de l’Homme : l’opposition togolaise s’est-elle
fait avoir ?
Pourquoi avoir signé un "accord politique global" si l’on n’y
gagne rien ? Pourquoi refuser de faire des alliances avec les élites
togolaises notamment celles de la Diaspora togolaise ou avec d’autres
partis ou associations souhaitant l’alternance politique, ou encore avec
des personnalités désireuses de mettre leur savoir au service du Togo ?
Autant de questions à laquelle la population togolaise souhaite obtenir
des réponses qui restent distillées sous la forme de « non-dits ». A ce
jeu, la stratégie de la marginalisation, voire d’implosion du parti le
plus important au Togo, reste d’actualité.
Au moins au niveau de la décision de ne pas participer au Gouvernement
de Me Y. Agboyibo, il faut reconnaître qu’il y avait malgré tout une
logique dans la position de Gilchrist Olympio, le Président de l’Union
des Forces du Changement. Il a en effet refusé de signer personnellement
ce soi-disant Accord, au même titre que Faure Gnassingbé. Il s’est donc
engagé simplement sur le processus qui permettra d’aller vers des
élections libres, transparentes et sécurisées. Rien n’est moins sûr que
celles-ci se dérouleront dans la sérénité sans intervention de forces
étrangères. En fait, il ne s’agissait pas d’un accord mais bien d’un
arrangement politique pour disculper un gouvernement qui reste
illégitime aux yeux d’une grande partie de la communauté internationale.
Il n’y a qu’au Togo que l’on croît que l’opération a réussi. Dans les
chancelleries occidentales, les positions sont bien plus sévères et même
la France n’a plus la ferveur d’antan…
Cet accord, qui fut accompagné d’accords parallèles secrets, avait aussi
pour objectif premier de marginaliser pour de bon des représentants du
peuple togolais, lesquels refusent de se joindre à une union où
l’impunité constituerait le plus petit dénominateur commun. Il suffit
alors de s’assurer que des citoyens ne puissent pas faire entendre leur
voix au niveau d’un scrutin électoral transparent pour que le tour soit
joué. L’opposition togolaise avait à choisir entre urgence alimentaire,
renouveau au sein de la majorité présidentielle et maintien d’une
éthique que beaucoup d’Africains, des Togolais en particulier, tendent à
faire passer par pertes et profits dès qu’ils ou elles sont conviées à
la cérémonie, souvent secrète, permettant de devenir un adepte de la
"ventrologie". Le peuple togolais doit choisir entre "manger sans
liberté" ou "jeûner pour acquérir sa liberté et manger librement
ensuite". Les partis politiques ne font que refléter l’impatience de
ce peuple togolais impuissant devant la puissance de l’armée non
républicaine et ses alliés de l’extérieur. Pourtant, c’est en
"perdant" la vie qu’on la retrouve…dixit le Nouveau Testament…
Le débat sur le fait que l’opposition s’est fait "roulée" ou pas
dans la farine n’est acceptable que dans l’optique où l’on accepte de
participer à un gouvernement élargi de la majorité présidentielle. En
refusant d’y participer par principe et par éthique, les responsables
politiques togolais ayant opté pour l’alternance en appellent à la
responsabilité de la communauté internationale et à la sagesse du peuple
togolais qui n’a pas attendu près de 40 ans pour finalement céder sur
l’impunité, car il s’agit bien de céder sur la droit à la justice pour
les nombreux morts et blessés de la démocratie togolaise.
3. Démission, fuite en avant ou innovation politique au Togo ?
Le jeu togolais est bien complexe car le pouvoir réel n’est pas dans les
mains du Président mais bien au niveau d’un groupe d’une armée
non-républicaine représentant les intérêts des caciques d’un clan
éthnico-familial. Voici pourtant, parmi tant d’autres, des conditions
indispensables pour croire à la bonne foi de la Présidence et de son
nouveau Premier ministre :
- l’acceptation du vote des plus de 1 million de Togolais de la Diaspora ;
-
l’acceptation que le système informatique portant sur le comptage du scrutin
électoral ne soit pas aux mains de responsables à la solde de l’ancienne
métropole, de la CEDEAO ou de la mouvance présidentielle mais soit géré sur une
base paritaire avec un coordonnateur ne pouvant être juge et parti comme ce fut
le cas au cours du dialogue inter-togolais ;
- l’acceptation d’une force
internationale d’interposition pour des élections législatives qui devront se
tenir avant juin 2006 ;
- l’interdiction pour les militaires et les forces
dites de sécurité de prononcer les résultats des élections.
Tout ceci pourrait d’ailleurs ne pas avoir lieu si
graduellement la communauté internationale sort de sa réserve et
rappelle qu’elle ne reconnaît pas ce Gouvernement, au même titre que les
précédentes élections présidentielles. Une simple démission de l’équipe
dirigeante ouvrirait alors les portes à des élections présidentielles et
législatives qui ne pourraient avoir lieu qu’après une transition
effective, à la différence de ce qui se passe actuellement. La
transition risquerait de se faire sans un Président (démissionnaire)
mais avec un Premier ministre et une équipe de personnalités neutres,
investies d’un pouvoir de refondation démocratique, de sécurisation du
territoire, de réorganisation des institutions pour rétablir un Etat de
droit et favoriser le retour des réfugiés et des immigrés togolais.
Après tout, la Grande Bretagne est bien dirigée par un Premier ministre…
Il s’agira véritablement d’une innovation politique. Mais la route sera
longue sans l’intervention de la communauté internationale.
4. L’Union européenne : un arbitre en dernier ressort
Face à ces différentes options qui ne relèvent pas de cas d’école, ceux
qui peuvent encore être considérés comme ayant des chances de
représenter l’alternance et l’opposition togolaise doivent être fiers de
leur position consistant principalement à ne pas traiter avec des
personnalités hors-la-loi au plan international. Celles-ci ont bafoué
les droits humains et ont opté pour le bain de sang afin de conserver un
pouvoir avec une armée non républicaine alors que les résultats des
urnes disaient le contraire.
Si la communauté internationale, notamment l’Union européenne, opte pour
le soutien financier, alors le régime togolais qui perdure depuis près
de 40 ans aura été légitimé et la communauté internationale ne pourra
plus donner des leçons de droits de l’homme ni à l’ONU, ni aux Togolais.
Si par contre l’Union européenne, c’est à dire le parlement européen, la
commission et la présidence européennes, choisit de rester fidèle aux
valeurs démocratiques reposant sur le refus de l’impunité et sur la
promotion de la bonne gouvernance, alors il y a des chances que
l’espérance sur l’avenir du Togo, bien morose aujourd’hui du fait de la
marge de manœuvre bien limitée du gouvernement de Me Agboyibo, devienne
réalité.
Disposant d’une grande partie des finances qui peuvent aider le Togo à
sortir du marasme économique, l’Union européenne est de facto un arbitre
en dernier ressort. En effet, l’Union européenne devrait sérieusement se
pencher sur le cas du Ministre de la défense qui contrôle par
l’entremise de son cousin, le ministre des PME et de la promotion de la
zone franche togolaise, une grande partie des richesses togolaises.
Comment s’assurer des élections libres au Togo si des personnalités
comme le colonel Atcha Titikpina, ministre de la sécurité, mis à l’index
dans le rapport de l’ONU sur la répression sanglante au cours des
élections d’avril 2005 au Togo, sont chargées de suivre les élections
législatives à venir ? Il faut croire qu’il s’agisse là d’une promotion
et d’un pied de nez à l’ONU ?
Que dire lorsque le ministre de l’administration territoriale,
Séléagodji Ahumey-Zunu proposé par Edem Kodjo et celui des collectivités
locales, Ouro Bossi Tchacondoh proposé par Me Agboyibo sont sous le
commandement direct du ministre de la sécurité ? L’Union européenne
peut-elle rester silencieuse en oubliant qu’elle sera tenue responsable
par le peuple togolais de son silence face à l’impunité dans ce pays ?
Que dire de ce gouvernement d’union nationale lorsque la loi des
finances de 2005 (la loi de finance de 2006 étant impossible à trouver)
propose que le Ministre de la défense et des anciens combattants se
retrouve avec un budget de 17 milliards de F CFA alors que le Premier
ministre de l’époque (Edem Kodjo) avait en tout et pour tout 454
millions de F CFA et les postes dits d’intervention de l’Etat obligent
les ministres à faire allégeance auprès du Chef de l’Etat pour organiser
de manière non-programmable leurs activités ? Il n’y a donc aucune
assurance pour la communauté internationale que, si les fonds de l’UE
sont effectivement mis à disposition du Togo, ces fonds iront au peuple
togolais, notamment le segment qui en a le plus besoin. Au cas où le
droit devrait faire l’objet d’une lecture attentive, Sela Polo, Garde
des sceaux et ministre de la justice, un ami du Président veille au
grain. L’Union européenne ne peut faire semblant de ne pas voir ce qui
se trame au Togo… et croire qu’il s’agit là d’un gouvernement de
refondation démocratique au Togo surtout lorsque le poste de Ministre d’Etat
à la présidence ressemble à s’y méprendre à un poste de « contrôleur »
du Premier ministre puisque la vice-présidence « virtuelle » est avec
celui qui a le plus gros budget ministériel, le ministère de la défense.
5. Qui a intérêt à ne pas publier la loi de finance 2006 du Togo ?
Il faut se rappeler que bien d’autres personnalités togolaises, y
compris celles de la Diaspora, ont refusé de composer avec une telle
équipe. La raison principale est qu’il faut absolument garder une
éthique et ne s’engager que si les conditions de travail s’avèrent
réellement sereines. Il suffit pour cela de se rendre compte que le
Gouvernement togolais sortant a préféré ne pas diffuser la loi de
finance 2006. Même au niveau des institutions sous-régionales comme
l’Union Economique monétaire ouest-africain (UEMOA), on trouve la loi de
finance des pays voisins mais pas celle du Togo. Il est donc permis de
croire que les budgets alloués pour les postes ministériels pour 2006 ne
devaient pas être divulgués car les postes de Ministre d’Etat sans
portefeuille et les postes de Ministre à la présidence auraient été «
trop visibles ». Cela aurait permis aux partis d’opposition souhaitant
une alternance effective de ne pas participer au 12e dialogue et surtout
de ne pas signer le dit « accord de politique globale » qui n’en est pas
un. Mais, pour des raisons qui échappent aux citoyens togolais, de
nombreux responsables politiques togolais ont considéré l’économie et
les finances togolaises comme des volets secondaires en référence aux
problèmes récurrents du déficit démocratique et n’ont pas compris que
l’essentiel de la répartition du pouvoir au Togo se lit en fait dans la
loi de finance.
Il faut donc nécessairement que l’UEMOA et le ministère de l’économie et
des finances du Togo publient la loi de finance 2006. Question de
transparence ! Ceci est d’autant plus urgent qu’en 2005, sur les 8
critères de convergence établis par l’UEMOA, le Togo n’arrive à n’en
satisfaire qu’un seul… ce n’est assurément pas une preuve de bonne
gouvernance. Pour assurer la convergence des politiques économiques, les
Etats membres de l’UEMOA ont adopté un «pacte de convergence, de
stabilité, de croissance et de solidarité» comportant huit critères de
convergence classés en deux groupes.
- Les critères dits de "premier rang" comprennent le ratio du solde
budgétaire de base rapporté au Produit intérieur brut (PIB) nominal, le taux
d’inflation, le ratio de l’encours de la dette publique totale rapporté au PIB
nominal et la non accumulation d’arriérés de paiement intérieurs et extérieurs
sur la gestion de la période courante.
- Les critères dits de "second rang"
sont des repères de bonne gestion et comprennent le ratio de la masse salariale
aux recettes fiscales, le ratio des investissements financés sur ressources
intérieures aux recettes fiscales, le ratio du déficit extérieur courant hors
dons rapporté au PIB et le taux de pression fiscale (source UEMOA).
Selon la société financière internationale, le bras
privé du groupe de la Banque mondiale, le Togo figure parmi les pays où
les conditions pour faire des affaires sont les plus mauvaises. Le Togo
est classé 149e sur 155 Etats, donc bien parmi les derniers. C’est bien
la conséquence de plusieurs années de gouvernance non-éclairée et
d’arbitrages économiques indignes et se faisant contre les intérêts du
citoyen togolais. Une telle gestion favorise donc la corruption où des
pans entiers de l’économie togolaise se retrouvent dans les mains de
quelques membres de la famille régnante. Il ne faut pas bien plus pour
qu’un Etat qui a pour fondement l’usurpation évolue d’un Etat
patrimonial vers un Etat défaillant lorsqu’il s’agit d’honorer ses
engagements internationaux. L’Union européenne l’a bien compris en
organisant le blocage de son aide au développement en 1993.
L’inefficacité de cette mesure sur la population togolaise (augmentation
de la pauvreté et des abus des libertés les plus élémentaires) fut
inacceptable.
Aujourd’hui, les autres bailleurs de fonds qui refusent toujours de
fournir une assistance au Togo ont graduellement conduit l’Union
européenne, plus pour des raisons humanitaires, à ouvrir une brèche en
permettant au Togo de participer à la préparation du prochain Fond
européen de développement. Les allocations réelles d’argent frais de
l’UE pour le Togo ne pourront se faire que si le déficit démocratique
est levé. Rien n’est donc possible avant des élections transparentes.
Pourtant, en lisant bien les allocations de la loi de finance de 2006,
l’UE pourra éventuellement se faire une idée des rapports de force en
présence. Ceux qui ont décidé d’accompagner l’élargissement de la base
du RPT en participant à ce gouvernement d’union nationale prendront
conscience qu’ils ont simplement accepté de marginaliser un peu plus les
partis et mouvements qui souhaitent une alternance politique au Togo. A
terme, cela pourrait se retourner contre eux à moins de sortir de ce
gouvernement lorsque la pression sur l’éthique se fera de plus en plus
forte à l’instar de l’ex-ministre François Boko.
6. Du commerce libre au monopole du commerce au Togo
Sur le plan de la corruption, le Togo est très mal placé par l’ONG
Transparency international. En proposant de vouloir tenir des élections
législatives en juin 2007 comme suggéré le 7 septembre 2006 à la sortie
de son entretien avec le Chef de l’Etat français, Faure Gnassingbé n’est
pas sûr de l’avenir et doit donner des gages à sa famille proche. Ses
frères et sœurs non plus ne voient pas d’un bon œil les élections à
venir et préfèrent assurer des rentrées d’argent par un système de
monopole et de prédations sur les affaires les plus intéressantes du
pays. Outre le virtuel « vice président » Kpatcha Gnassingbé, ministre
de la défense et des anciens combattants, Rock Gnassingbé, patron de la
Fédération togolaise de football qui n’a toujours pas expliqué à la FIFA
sa gestion personnelle du budget réservé aux joueurs et à l’entraîneur
lors de la dernière coupe du monde, Toyi Gnassingbé , lieutenant-colonel
de l’armée et promu conseiller technique à la Présidence et frère jumeau
du ministre de la défense, Mey Gnassingbé, chargé des missions spéciales
à la Présidence… On se demande comment le nouveau Ministre d’Etat à la
présidence, ex-premier ministre pourra naviguer en toute indépendance
dans ce milieu.
Sur un autre plan, l’organisation mondiale du commerce (OMC) devra
certainement reconsidérer la définition du commerce libre au Togo
puisque trois des sœurs Gnassingbé, Yvonne, Gnékélé et Beza viennent
d’obtenir par « décret présidentiel » le monopole sur un nombre certains
de produits dans l’import-export et dans le transit au Togo. Gare à ceux
des hommes et femmes d’affaires qui ignorent ce décret car leurs
containers-cargaisons arrivant aux frontières du Togo risquent de faire
l’objet d’une saisie en bonne et due forme pour entrave au « libre
monopole » des sœurs Gnassingbé…
7. Face à l’histoire et à la conscience universelle…
En attendant certainement des élections vers octobre 2007, date de la
fin du mandat auto-déterminé des parlementaires togolais, il est
préférable de resserrer les rangs dans la famille. Ainsi, le remaniement
ministériel suivi de la formation du gouvernement le 19 septembre 2006
avec à sa tête, Maître Yawovi Agboyibo, opposant qui a été l’avocat du
Gouvernement togolais dans un contentieux sur le phosphate togolais,
Président du CAR et Président du 12e dialogue togolais, vient confirmer
la stratégie de la marginalisation des forces de l’alternance que
pourraient constituer l’UFC et des forces alliées. Ce n’est d’ailleurs
pas en « récupérant » l’ex-vice-président de l’UFC, Amah Gnassingbé,
bombardé Ministre d’Etat sans portefeuille dans le nouveau gouvernement,
pour ses bons et loyaux services rendus, que le pouvoir togolais va
organiser le retour de la confiance avec l’Union européenne, ni avec la
communauté internationale.
La triste réalité d’un Etat prédateur est qu’il faut absolument toujours
protéger ceux qui ont intégré le cercle rapproché du pouvoir. Il était
donc naturel de nommer l’ex-Premier ministre, Edem Kodjo au poste de
Ministre d’Etat à la Présidence. Ce dernier, qui n’arrive plus à
apparaître comme un opposant modéré, ne peut faire oublier qu’il est
l’auteur et l’esprit des textes fondateurs (Livre vert) du parti unique
au Togo, voûte du mouvement présidentiel. L’ex-Premier ministre,
ex-secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA)
refusait de quitter les locaux de la Primature puisqu’un accord était
déjà intervenu quant à sa nomination à la Présidence. Peut-il encore
aujourd’hui incarner un modèle pour une alternance au Togo ? Il faut
espérer que tous les responsables politiques qui tentent l’expérience de
la « cohabitation plus ou moins par force majeure » avec la famille
régnante au Togo soutenue par l’armée ne soient pas condamner à suivre
la même voie qui conduit à ne plus pouvoir se réclamer d’une opposition
au Togo.
Plus grave, ces responsables ont, en fait, accepté le principe de faire
alliance avec une partie de l’armée non républicaine qui a fait couler
beaucoup de sang et que seul le tribunal pénal de la Haye pourra, un
jour peut-être, sur la base des rapports de l’ONU et des organisations
des droits de l’Homme, traduire en justice afin de tenter d’éclaircir
les responsabilités et condamner les atrocités commises sur les citoyens
togolais et étrangers. En effet, nul n’a oublié qu’au côté des Togolais
et de certains ressortissants des pays d’Afrique de l’ouest, des
citoyens européens, allemands et autrichiens en l’occurrence, ont péri
au Togo du fait de l’arbitraire de la partie de l’armée non
républicaine. Face à l’histoire et à la conscience universelle, les
historiens devront nécessairement rappeler le rôle désastreux d’une
partie des élites togolaises lesquelles ont refusé de dénoncer
l’instrumentalisation du problème Nord-Sud, pire ont préféré s’en
accommoder pour accéder à des postes où leur liberté s’est entachée de
sang et d’allégeance. Ce n’est pas comme cela qu’une démocratie peut se
construire.
8. Changer les choses de l’extérieur
L’arrangement politique global consistait pour la mouvance
présidentielle à élargir la base électorale du Rassemblement du Peuple
Togolais (RPT), parti présidentiel et ex-parti unique. Ainsi dans les
attributions du Premier ministre, ce qui constitue d’ailleurs sa feuille
de route, il n’est question que d’élargir cette base en tentant
"d’impliquer fortement une certaine Diaspora togolaise". Tout un
chacun sait que le fait d’élaborer "les textes réglementaires et
administratifs garantissant des élections justes, libres et
transparentes" n’a pas empêché les précédentes élections
présidentielles de se dérouler comme chacun sait… La tâche du premier
ministre est donc bien circonscrite à l’organisation d’élections
législatives où, pour perdurer au pouvoir, ceux qui ont choisi d’aller
au Gouvernement auront besoin de faire partie d’une coalition
majoritaire où il n’y a pas de place pour des partis d’alternance...
C’est ainsi que des personnalités politiques ont choisi, au moins
passagèrement, de faire alliance avec ceux qui ont choisi l’impunité
comme mode de gouvernance en croyant fermement que l’on peut "changer
les choses de l’intérieur". C’est mal connaître la capacité
d’absorption du parti présidentiel qui dispose de conseillers hors-pairs
du dedans, du dehors, et certains rajouteront de l’au-delà.
Si L’UFC veut encore avoir une chance de représenter une certaine
alternance, il ne peut continuer à s’affranchir des expertises et des
compétences disponibles – et qui ne sont pas des mouvements esclaves
mais bien des entités ou des personnalités épousant les repères communs
que sont la démocratie, le refus de l’impunité, la bonne gouvernance et
le partenariat avec les communautés africaines et internationales.
Les partis, associations et personnalités pouvant incarner l’alternance
devront aujourd’hui prendre conscience de l’importance de s’associer des
personnalités éthiques et compétentes en organisant un réseau de
compétences sur des bases de confiance et de respect mutuels. S’ils
souhaitent réellement continuer à bénéficier de la confiance du peuple
togolais pour promouvoir un mouvement démocratique au Togo, il y a lieu
de faire une démarche proactive qui ne peut s’affranchir de l’appui de
la communauté internationale. Cette démarche, qui a déjà commencé,
consistera pour l’essentiel à expliquer que le vent de changement
recherché se fait au profit de la population togolaise, notamment la
plus défavorisée.
Enfin, un mouvement qui veut gagner les élections doit évoluer vers des
structures modernes de spécialisation des courants et des personnes. La
médiocrité doit disparaître dans les rangs et l’acceptation de la
critique et l’organisation du consensus autour de la position de
sagesse, même si elle est différente de celle du chef charismatique,
doivent devenir en interne un signe vivant de la démocratie. L’UFC et le
RPT ne répondent pas véritablement à ces critères. Si l’on y rajoute les
contradictions profondes d’un Président qui cherche malgré tout à
satisfaire trop d’intérêts contradictoires comme les demandes de la
junte militaire qui dirige en fait le pays, de la partie de l’armée non
républicaine, du clan familial, du RPT, des besoins des militants d’une
part, et du syndicat de chefs d’Etat africains, des tenants du pré-carré
français, et de l’opposition conciliante d’autre part, alors il suffit
de bien peu de choses pour que ce gouvernement à l’équilibre asymétrique
ne chancelle.
La communauté internationale aura alors contribué à faire passer le Togo
d’un état avancé de déficit démocratique vers un Etat en situation de
faillite démocratique et économique, pour avoir cru que le principe de
la subsidiarité peut fonctionner avec des institutions sous-régionales
comme la CEDEAO où les liens du syndicat des chefs d’Etat ont force de
loi.
Par Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence "Afrology"
Economiste à l’Organisation des Nations Unies pour le développement
industriel (ONUDI).
Il s’exprime ici à titre personnel.
Notes
Amnesty International, document public index AI : AFR57/013/1993/F : «
Togo : les forces armées tuent impunément », 5 octobre 1993, 7 pages ;
voir sur Internet :
http://web.amnesty.org
Le Rapport sur les violations des Droits de l'Homme
au Togo [Lire] |
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Y. Ekoué Amaïzo


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