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La Diaspora togolaise :
De l’arbitre à l’effet de levier
Les élections législatives togolaises du 14 octobre 2007 ne manqueront
pas de faire l’objet d’inévitables divergences sur la transparence. 3
500 observateurs nationaux et internationaux sont sur le territoire pour
rendre un verdict de transparence qui reste à faire avaliser par les
protagonistes eux-mêmes. Malgré tout, cela ne devrait pas empêcher la
crédibilité de cette consultation d’être acceptée par la population, les
dirigeants de tous bords, et les communautés africaine et
internationale.
1. La Diaspora togolaise : besoin de reconnaissance officielle
Constituant la 6e région selon l’Union africaine, la Diaspora togolaise
aura été la plus officiellement absente dans ces élections. Que l’on ne
s’y trompe pas ! Que ce soit celle des Etats-Unis, de la France, de
l’Allemagne, de l’Autriche, de la Belgique, d’Italie ou du Royaume-Uni,
la Diaspora togolaise n’a pas ménagé sa peine pour envoyer de l’argent
pour financer principalement les familles touchées par les inondations
liées aux conséquences des changements climatiques, pour soutenir des
députés en campagne et ne bénéficiant parfois d’aucun soutien financier
ou pour soutenir certaines églises ou mosquées qui ont prié pour que ces
élections ressemblent fortement à une véritable début de sortie de crise
et un début de pacification effective entre des frères ennemis.
Faut-il rappeler que les sommes d’argent envoyées par cette Diaspora
togolaise pour réduire les effets de la pauvreté sont passées de 27
millions de $ US en 1990 à 148 millions de $ US en 2005 et sont estimées
autour de 170 millions en cette fin d’année de 2007. Les Togolais
établis à l’étranger s’enrichissent-ils donc uniquement à l’extérieur du
Togo pour avoir une telle capacité pour relever les leurs restés au pays
? Les Togolais de la Diaspora ne peuvent-ils s’épanouir que dans un
système de démocratie, de respect des droits humains et de respect des
institutions républicaines notamment le système judiciaire ? En fait,
tous les peuples rencontrent ce problème et l’ont dépassé. Pourquoi pas
le Togo sur son propre territoire ?
Les Togolais de la Diaspora qui disposent du savoir-faire, d’expertise,
de talents, et de contacts avec des potentiels investisseurs, des
bailleurs de fonds soucieux de soutenir l’éthique, des élus versés dans
la coopération décentralisée et soutenant une migration négociée, etc.
doivent-ils (elles) être sacrifié(e)s parce qu’ils ont eu le tort
d’aller chercher fortune, santé, paix et bonheur à l’extérieur ? Il
existe pourtant une censure bien réelle qui empêche cette Diaspora
togolaise estimée à 1 million d’individus de ne pas pouvoir participer
comme citoyen de la 6e région aux élections législatives togolaises. Les
arguments liés à la difficulté d’organisation ne tiennent plus face aux
exemples donnés par d’autres pays comme l’Algérie.
Les Togolais de la Diaspora qui sont de véritables accélérateurs de
croissance économique, sociale et de développement ne peuvent pas
participer aux élections législatives togolaises. Faut-il alors en
déduire que lors de l’indispensable futur gouvernement d’union nationale
qui devra se charger de faire une transition d’une durée variable de 18
mois à 5 ans, la Diaspora sera encore exclue ?
La rupture avec les pratiques nauséabondes du passé ne peut pas exclure
de prendre connaissance de quelques volontés isolées de déstabilisation
du pays qui restent à circonscrire si l’on veut stabiliser le nouveau
consensus démocratique en devenir.
Le peuple togolais, entre prières diverses à savoir invocations des
ancêtres, neuvaines, lecture de sourates, résistance passive ou directe
et volonté d’exprimer clairement et massivement son choix, aura raison
de toutes les manipulations qui ne manqueront pas de faire jour, pendant
et après ces élections.
La Diaspora, absente mais prête à soutenir les alternatives pacifiques
et dynamiques en cours, doit retrouver son rôle d’intermédiaire neutre,
parfois désintéressé. C’est en cela que les Togolais et Togolaises de
l’étranger, avec ou sans la double nationalité, doivent être considérés
comme de véritables accélérateurs de croissance économique, de transfert
de technologie et de productivité et bien sûr de bien-être durable.
2. L’après élection : transition, union nationale et retour de la
dignité humaine
Comment y parvenir si aucun membre de cette Diaspora ne se retrouve dans
le gouvernement de transition ? Homme et femme de la Diaspora, il
importe d’affûter vos propositions pratiques, techniques et créatrices
d’emplois décents pour soutenir la nouvelle équipe qui ne manquera pas
d’ailleurs d’y faire appel dans un esprit de respect mutuel. Oui, la
rupture, c’est aussi la volonté des présidents des pays de l’Union
européenne de travailler de plus en plus avec des acteurs togolais
sérieux, conscients de leur rôle au service de la création de richesses
avec ses conséquences directes sur la réduction de la pauvreté alors que
la pauvreté extrême toucherait plus de 50% de la population au Togo en
2007. Au-delà, avec des enfants de moins de 14 ans qui sont prêts de 70%
à travailler d’une manière ou d’une autre pour aider leurs parents ou
familles à subvenir à leurs besoins, l’avenir de la jeunesse togolaise
est bouché si ces enfants ne vont pas à l’école dans des conditions
dignes de ce nom. Les filles et les femmes sont particulièrement
touchées et il ne faut pas oublier les handicapés, veuves et personnes
âgées laissées pour compte.
Oui, un gouvernement de transition doit rétablir les grands équilibres
de la dignité humaine. Il ne peut le faire qu’avec une Diaspora
togolaise qui a un sens aigu des droits humains et de la dignité
humaine. Avec une croissance de la population d’environ 2,4% au dessus
de la croissance de 2% en 2006 et plus de 43,5% d’enfants de moins de 14
ans, l’avenir du Togo a besoin de levier et d’accélérateur de croissance
économique. Ce ne sont pas simplement les 54,4% en âge de travailler de
la population togolaise qui pourront venir à bout du véritable challenge
de refondation-reconstruction du pays. Ce sont toutes les forces vives,
volontaires et patriotes dans le cadre de l’intégration régionale et
continentale qui pourront transformer les années d’adynamie en espérance
constructive.
Une nouvelle sécurité sanitaire, une formation adaptée, une information
libre et diversifiée, un effort soutenu pour relever la démocratie aux
standards internationaux, un développement de l’entrepreneuriat et des
capacités agricoles, productives et commerciales, une volonté de faire
émerger la microfinance et des intermédiaires financiers d’appui au
développement, une nouvelle prise de conscience de l’importance de
l’éthique tant auprès d’une armée républicaine que d’une population
ayant appris à pardonner si l’impunité est reconnue et corrigée… sont
quelques-unes des compétences que le gouvernement de transition pourra
trouver auprès d’une équipe de la Diaspora, prête à rendre service avec
des dirigeants acquis à la cause de la sagesse africaine. Le travail, la
probité et l’éthique feront alors bon ménage avec l’équité.
3. Diaspora, migration négociée et refondation-reconstruction
Non les absents n’ont pas toujours tort. Comme la Diaspora togolaise,
l’aide financière de l’Union européenne s’est mise en marge du Togo du
fait d’un déficit démocratique et de respect des droits humains que
personne ne conteste aujourd’hui. Le budget de l’Etat n’arrive plus à
satisfaire aux obligations d’investissements. Seules des élections
législatives transparentes et démocratiques et acceptées comme telles
pourraient anticiper la reprise pleine et entière de la coopération de
l'Union européenne avec le Togo. La communauté internationale doit se
rappeler que le Togo a été un protectorat et devrait transformer son
aide en un véritable plan de relance du pays. A la suite des nombreuses
années d’accroissement continue de la pauvreté extrême et de la méfiance
des investisseurs étrangers et nationaux du fait d’un environnement des
affaires peu propice, il est grand temps que la coopération avec l’Union
européenne se décline autrement avec des acteurs de la Diaspora qui
s’inscrivent dans la logique de la coopération décentralisée et de la
migration négociée. Ce sont les politiques de migration européenne avec
les régions africaines et le Togo en particulier qu’il faudra rediscuter
dans une ambiance conviviale.
Un autre dossier qui reste sensible doit pourtant faire l’objet d’une
consultation en direct. Avec quelques soutiens directs dans le domaine
de l’infrastructure, une grande partie des serviteurs de l’Etat et de
l’armée togolaise pourrait devenir des acteurs privilégiés d’une
croissance économique accélérée laquelle passe par les travaux
d’infrastructure, de construction d’habitats à loyers modérés et mise en
place de système de communication et d’accès à l’eau et à l’énergie, de
préférence renouvelable. Ce sera l’occasion de rappeler que les armées
africaines pourraient aussi moderniser leur fonction pendant la période
de transition et de refondation-reconstruction du pays pour servir de
traits d’union entre les populations. Il suffit de créer des
infrastructures avec l’appui financier des bailleurs de fonds prêts à
nous accompagner pour que les craintes de ceux qui s’interrogent sur
leur devenir disparaissent par enchantement. Ainsi ceux qui interpellent
la Diaspora en répétant « que deviendrons nous ? » devront pouvoir être
convertis en acteurs zélés du développement local. Les élections ne sont
rien face à la volonté du peuple togolais de tourner la page de 40 ans
où l’interdépendance togolaise et l’expression libre du peuple ont été
considérées comme partie négligeable.
Si les autorités extérieures contribuent à donner une évaluation
impartiale du déroulement des élections et que le peuple togolais face à
ceux qui détiennent les instruments de la répression s’organise pour
qu’il n’y ait pas d’effusion de sang, de désordre et de « bagarres de
rues », alors les togolais, leurs dirigeants et la communauté auront
enfin découvert les vertus de vivre en toute interdépendance. Il ne
restera qu’à assurer un accompagnement intelligent en associant la
Diaspora sous toutes ces formes.
4. Vers une gouvernance de l’interdépendance au Togo
Avec une estimation autour de 148 million de $ EU en 2005 de transfert
financier de la Diaspora togolaise, ceci malgré les charges usurières
liées à ce transfert, l’aide de la Diaspora est de loin supérieure à
l’aide au développement s’élevant à 59,4 $ millions de $ US pour la même
année. Il appartient à cette Diaspora éclairée d’introduire de la
productivité
• dans le secteur primaire (agriculture et pêche) qui n’a atteint que
2,3% de croissance en 2006 ;
• dans le secteur industriel qui avec une croissance négative de -0.6%
en 2006 affiche un désespérant -11,5% dans le secteur manufacturier
(capacités productives), et
• un secteur tertiaire qui affiche 3,2% de croissance avec un service
public défaillant avec une croissance négative de -2,6%.
Aussi, le produit intérieur brut (PIB) du Togo en 2006 atteint
difficilement une croissance de 2% selon les sources du Fonds monétaire
international (statistiques de 2007). Il n’est donc pas étonnant que le
Togo n’ait pu répondre qu’à deux des critères de convergence (respect de
moins de 3% du taux d’inflation et moins de 35% de revenu couvert par
les efforts internes) de l’UEMOA (Union économique et monétaire
ouest-africaine).
Avec un soutien intelligent de la communauté internationale et un rôle
massif de la Diaspora en appui aux initiatives locales, le peuple
togolais est capable de relever le défi de la croissance économique
partagée et d’une gouvernance de l’interdépendance au service de tous
les Togolais. La Diaspora ne sera pas simplement un arbitre mais un
véritable catalyseur d’un développement à visage humain. Les conseils
des anciens et la refondation de la tradition et du modernisme devraient
faciliter une métamorphose d’un pays-frontière dont aucun de ses voisins
proches ne peut se passer. Le Togo a besoin de spécialistes de la
gouvernance de l’interdépendance. La Diaspora a de l’expérience à offrir
dans ce domaine. Une vraie sécurité humaine en résultera.
14 octobre 2007
Dr. Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence - économiste à
l’ONUDI
L’auteur intervient en sa capacité personnelle
Notes
Amnesty International, document public index AI : AFR57/013/1993/F : «
Togo : les forces armées tuent impunément », 5 octobre 1993, 7 pages ;
voir sur Internet :
http://web.amnesty.org
Le Rapport sur les violations des Droits de l'Homme
au Togo [Lire] |
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Y. Ekoué Amaïzo

Lire aussi:UE-Afrique:
Devoir de vigilance
UE: gouvernance et
coopération
Togo:
arrangement sans garde fou

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