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Obama et
l'Afrique:
"Déverrouiller" les dirigeants africains pour libérer les Africains
Moins d'un mois après le discours du Président des États-Unis, Barack
Obama , prononcé le 11 juillet 2009 à Accra au Ghana, la secrétaire
d'État en charge des affaires étrangères, Mme Hilary Clinton, sur
instruction de son Président, effectuera une tournée dans sept pays en
Afrique (Kenya, Afrique du sud, Angola, République démocratique du
Congo, Nigeria, Liberia, Cap-Vert) du 5 au 14 août 2009. C’est une
recomposition sélective des rapports américano-africains.
1. Le noyau dur du nouveau partenariat "Américano-Africain"
Maintenant que les Africains ont compris que Barack Obama est bien le
Président des Américains et non celui des Africains, il convient donc se
rendre à l'évidence que la tournée de Mme Clinton ouvre la porte à une
nouvelle forme de relations d'affaires avec l'Afrique. Le soutien
américain ira aux pays africains où les alternatives démocratiques
permettent la pérennisation d’une nouvelle bonne gouvernance. Les
institutions et les personnes qui permettent de soutenir une telle
démocratie profiteront de l’aide américaine ciblée qui devra aussi
donner de meilleurs résultats au plan économique pour les deux parties.
A ce titre, Dr Obama a promis de réduire la part du financement qui
retourne dans l’escarcelle des consultants internationaux ou des
gouvernements. La société civile africaine organisée et sérieuse ainsi
que sa Diaspora devraient en principe en profiter. Il s’agit donc de se
focaliser sur des secteurs comme la productivité et les technologies
agricoles comme facteurs de création de richesse, de permettre
l’ouverture accrue du marché américain aux produits et services des
Africains, ce qui exclut par ailleurs l’utilisation de l’Afrique par des
opérateurs asiatiques pour atteindre le marché américain. Bien sûr, la
valorisation des énergies renouvelables et alternatives ainsi que
l’amélioration des capacités productives venant soutenir la sécurité
alimentaire en Afrique devront progresser dans ce partenariat nouveau
qui démarre. Les sept pays visités et le Ghana composent en fait le
premier noyau dur dans le nouveau partenariat américain avec l’Afrique.
Pour le reste, il faudra que chaque pays se demande pourquoi Barack
Obama n’a pas choisi de visiter leur pays, à commencer par le Togo où la
légitimation du pouvoir reste une question ouverte depuis les élections
présidentielles de 2005. Ce nouveau club de
partenariat américano-africain sera sélectif et les conditions de
participation au club pourraient parfois sembler contradictoires. En
effet, le fait de fournir des matières premières non transformées
(essentiellement pétrole) aux États-Unis reste une priorité et pourrait,
selon les circonstances, transformer en accessoires le respect de la
vérité des urnes, la démocratie, la création de richesse et
responsabilité individuelle et collective des dirigeants. Il faut donc
espérer que le Président américain ne tombe pas dans ce piège dans
lequel ses prédécesseurs sont tombés.
2. Diplomatie de l'exception, charité politique et diplomatie de la
dépendance
Cette nouvelle approche ne manquera pas de comporter des exceptions si
les dirigeants africains non "visités" font le gros dos en
modifiant les constitutions pour se maintenir. Les États-Unis se
contenteront alors de prendre note. En effet, l'accès prioritaire aux
matières premières africaines, le besoin de s'assurer que certains pays
africains ne s'alignent plus systématiquement sur les anciens pays
colonisateurs ou sur les pays asiatiques qui ont gommé les droits
humains et la démocratie dans leur dictionnaire de la diplomatie
risquent d'ouvrir la voie à une diplomatie de l'exception. La réalité
est que les Africains doivent cesser d'être naïfs sur les rapports
politiques entre États. Les intérêts des pays ne se sont jamais mesurés
à l'aune de l'amitié entre les chefs d'État, se sont encore moins fondés
sur le principe de la charité politique, une forme curieuse de foi des
Africains en la croyance que les pays occidentaux viendront les
débarrasser de ceux qui divergent des principes de bonne gouvernance, de
droits humains et de démocratie.
En réalité, c'est même le fait de diverger de ces
principes qui fonde la base de la diplomatie de la dépendance. Il suffit
alors de faire des concessions en facilitant l'accès des pays
occidentaux aux richesses et capacités productives africaines pour qu'en
contrepartie, les pays occidentaux ferment les yeux sur les abus et les
pratiques de mal-gouvernance. Cela favorise alors la conservation du
pouvoir, un pouvoir structurellement patrimonial et de plus en plus
familial. Il n'est donc pas question nécessairement de favoriser les
alternances politiques. C'est pour cette raison que les partis
d'oppositions africains n'ont quasiment jamais été soutenus par les
puissances occidentales et ne peuvent compter que sur eux-mêmes et les
populations locales. Mais avec la "ventrologie ambiante" et le
pullulement des organisations de la société civile de type organisations
non gouvernementales financées par les gens du pouvoir, il est difficile
parfois pour les partis politiques d'opposition d'être considérés comme
des représentants d'une population. Rappelons qu’une grande partie de
cette population doit d'abord s’assurer de manger chaque jour quand les
moustiques, l’insécurité sanitaire en général et les inondations de la
saison des pluies, pour ne citer que ces points, ne viennent pas
contrecarrer ce besoin de survie au quotidien. Le
Ghana a réussi ce pari et l'alternance démocratique a eu lieu par deux
fois avec le respect des droits humains et sans "chasse aux sorcières".
Ailleurs, lorsque les populations africaines sont versatiles face à la
puissance de l'argent ou les menaces d'une armée non-républicaine, la
pauvreté et la ventrologie servent de rampe de lancement pour saboter
toutes les formes d'alternatives, y compris celles qui proviennent de la
Diaspora. Aussi, la vision d'Obama de déverrouiller l'Afrique, autrement
dit, libérer les énergies des Africains risque de n'être qu'un vœu pieux
si les interventions unilatérales des États-Unis ressemblent à celles
effectuées en Irak ou se perdent dans le brouillard diplomatique dès que
les pays peuvent offrir et augmenter leur exportation d'hydrocarbures ou
de minerais rares vers les États-Unis.
Aussi la seule force organisée en Afrique et détenant
la puissance de feu et les abus qui vont avec, reste les militaires. Ces
derniers, dont la référence fait cruellement défaut dans le discours d'Obama,
ont vite compris combien il était important pour leur avenir d'avoir un
dirigeant africain de préférence civil défendant leurs intérêts
fondamentalement alimentaires. Aussi, partout en Afrique où les
militaires ont dirigé directement ou indirectement un pays, les intérêts
des populations locales ont trop souvent été sacrifiés ou sont passés en
priorité seconde par rapport aux intérêts des pays occidentaux. C'est
donc ce couple anachronique, "dirigeant civil et armée non
républicaine", qui verrouille les alternatives en Afrique . Les discours
de Barack Obama et de Nicolas Sarkozy , Président de la France, prononcé
à Dakar, font l'impasse sur cette réalité. On ne peut s’empêcher de
penser à l’AFRICOM bloqué et les bases militaires françaises en pleine
restructuration sur le sol africain.
3. Afrocentricité, nouvelle gouvernance et gouvernance du futur
En réalité, l'armée et les militaires deviennent graduellement des
instruments dans les mains de ceux qui détiennent la réalité du pouvoir
sur les territoires africains. C'est ainsi que le principe des coups
d'États sont devenus rapidement un mode de gouvernance, condamné par
tous, mais mis en scène dès que les intérêts des uns ou des autres sont
fondamentalement menacés. C'est donc de cette Afrique dont il est
question et non d'une l'Afrique idéalisée où le seul mot d'ordre
consiste à dire aux populations de compter sur elles-mêmes… L'avenir de
l'Afrique est devant elle. C'est ce que Jean Ping, le Président de la
Commission de l'Union africaine, a justement rappelé dans son livre
"Et l'Afrique brillera de 1000 feux" !
Mais, il faut s’interroger sur l'approche adoptée
dans ce livre qui s'éloigne de l'afrocentricité et oublie de rappeler
que l'Occident des lumières, valorisé sous la forme du mimétisme dans ce
livre, a disqualifié les visions du monde forgées par les peuples
africains, a promu l'esclavage et la traite des Africains et semble
s’accommoder de la dépendance économique. Aussi, la nouvelle gouvernance
africaine prônée par Barack Obama ne peut reposer que sur une
destruction-reconstruction volontaire et consciente des valeurs
africaines et de l'Africain. Cela passe aussi par la revalorisation de
l'image de l'Afrique dans les médias, tant du côté des Occidentaux qui
n’ont pas encore conscience du niveau de destruction de leur gouvernance
passée de la traite des Africains que du côté de certains Africains
complexés et inhibés qui doutent encore de leur capacité collective à
retrouver leur gloire d'antan.
Toutes les autres formes de "nouvelle gouvernance"
qui ne procèderaient pas à une déconstruction-reconstruction,
pourraient, si l'on n'y prend garde, verser dans le palliatif de
circonstance ou ouvrir la voie à la gouvernance du futur, cette approche
consistant à se projeter dans le futur pour éviter de parler du présent
: les fameux "Y a KA", ceux qui prônent qu'il n'y a qu'à faire ceci ou
cela sans apporter les moyens, les stratégies et autres moyens
financiers pour opérationnaliser toute idée. Malheureusement, les
adeptes du "Y a KA" qui se projettent volontiers systématiquement dans
le futur éloigné, ne peuvent être candidats pour mettre en place une
nouvelle gouvernance en Afrique. Barack Obama devra apprendre à les
distinguer pour ne pas verser dans l'erreur. Une
conception qui permet encore d’illusionner certains Africains que la
vision positive de l'Afrique arrivera sans s'inscrire dans les luttes
des aïeux et profiter des opportunités alternatives offertes par la
Diaspora. L'Afrique ne pourra "briller de 1000 feux" que si elle
redevient solidaire de la vérité et ne place pas les concepts
eurocentriques au-dessus des concepts afrocentriques. En attendant, il
restera à marquer d'un sceau ceux des Africains qui croient en un futur
radieux sans lutter contre ceux qui justement s'évertuent à laisser
systématiquement d'autres faire des Africains ce qu'ils souhaitent que
l'Afrique soit. Cette incapacité à discerner un processus subtil de
neutralisation de l'émergence d'une autre Afrique est encore trop
souvent camouflée derrière le terme commode et bien africain de
"médiation et paix", un système bien rodé qui permet au pouvoir en place
de se perpétuer en son sein et au mieux de remplacer le progrès par le
statu quo de la paix policière. Aussi, lorsque Barack
Obama rappelle dans son discours que "Nous devons partir du principe
qu’il revient aux Africains de décider de l’avenir de l’Afrique", il
importe de lui rappeler qu'il doit être plus précis. Les Africains ont
toujours voulu décider de l'avenir de l'Afrique mais les États, les
mercantilistes sans scrupules d'antan et d'aujourd'hui ainsi que
certains hommes d'églises ou de mosquées n'ont pas hésité à contrecarrer
le dessein des Africains libres. L'Afrique n'a jamais agressé personne,
au contraire, elle est victime de sa trop grande hospitalité envers
l'étranger. Sa main d'œuvre, corvéable à merci, a permis d'enrichir les
grands esprits, y compris les humanistes du siècle des lumières en
Europe. Le mimétisme devra être revisité à l’aune de l’afrocentricité
sinon il ne s’agira que d’une nouvelle forme de soumission volontaire
qui ne fera pas avancer l’Afrique. Aujourd'hui, ce
sont les formes subtiles structurées dans la dépendance économique qui
prennent le relais. Suite à la décision généreuse du G20 d'accorder une
aide sans précédent, devancée d'un allègement de la dette des pays
pauvre, le Fonds monétaire international (FMI) n'a absolument pas changé
les conditions de remboursement des prêts, ni le mode décisionnel au
sein de son conseil d'administration. Donc, d'ici une dizaine d'années
compte tenu des délais de grâce accordés pour rembourser ces prêts
budgétaires, l'endettement des pays africains pauvres risque de
retrouver des niveaux record, puisque le mode de calcul des intérêts
composés n'a pas été changé. Alors, il s’avère nécessaire d'ajuster la
position de Barack Obama comme suit : Il revient aux dirigeants
puissants du monde industrialisé de ne plus neutraliser les Africains
qui souhaitent libérer l'avenir des Africains. Pour ce faire, il faudra
nécessairement distinguer entre les dirigeants africains et les
populations africaines, surtout dans les pays où la vérité des urnes
n'est pas respectée. Le Président Obama n'était pas dupe, puisqu'il a
même proposé la voie à suivre en rappelant que d'autres pays
industrialisés ne l'ont pas fait jusqu'à ce jour. Il devient urgent
alors de revenir aux valeurs éthiques des Africains et s’assurer que
personne ne s’en éloigne trop au risque de ne plus servir les intérêts
des populations africaines dans leur grande majorité.
4. Des valeurs éthiques africaines pour transformer les Africains
Au niveau des principes, le Président Obama rappelle que : "Nous avons
le devoir de soutenir ceux qui agissent de façon responsable et d’isoler
ceux qui ne le font pas, et c’est exactement ce que fera l’Amérique."
C'est donc à l'aune de cette mesure qu'il faudra évaluer le succès ou
non du voyage de Mme Clinton en Afrique et le suivi que le Congrès
réservera à l’Afrique en termes budgétaires. D'après le Président Obama,
"l’histoire est du côté de ces courageux Africains, et non dans le camp
de ceux qui se servent de coups d’État ou qui modifient les
constitutions pour rester au pouvoir. L’Afrique n’a pas besoin d’hommes
forts, mais de fortes institutions." Personne ne peut contester de
telles affirmations. Reste à savoir ce que feront les États-Unis lorsque
ces points ne sont pas ou ne seront pas respectés. Dans le cas de
l'Algérie, du Niger, du Togo ou de l'Angola, il faut espérer que les
pressions molles ne feront pas vite place à des arrangements qui
conforteront les positions commerciales des États-Unis, surtout si les
populations sont muselées et formatées au silence afin d'éviter des
manifestations trop visibles du mécontentement des populations. Il faut
se demander si c’est donc de cette hypocrisie diplomatique dont il est
question. Car si cela devait être le cas, les pays de moyenne puissance
qui contrôlent économiquement les différentes parties d'Afrique, y
verront l'occasion de conforter leur stratégie de soutien discret au
pouvoir de dirigeants africains qui n'ont d'autres ambitions que de
décider de l’avenir de l’Afrique en fonction du soutien accordé pour
leur maintien au pouvoir.
Aussi, c'est de 1000 lumières et non de feux dont
l'Afrique devra briller. Elle a besoin de s'ancrer dans
l'interdépendance et les États qui veulent remettre en avant les valeurs
de solidarité politique ont un rôle à jouer. Barack Obama ne s'y est pas
trompé en constatant que "les gouvernements qui respectent la volonté de
leur peuple, qui gouvernent par le consentement et non par la
coercition, sont plus prospères, plus stables et plus florissants que
ceux qui ne le font pas." Sauf que lorsque les matières premières sont
importantes et que le couple "militaro-dirigeant civil" se l'approprie
ici et là en Afrique, la croissance économique exponentielle de quelques
rares pays africains (Guinée équatoriale ou Tchad) fait voler en éclat
les idéaux. L'exemple du silence quasi-religieux sur ces deux pays
permet de mesurer le degré de flexibilité de l'importance de la
démocratie face aux intérêts économiques stratégiques des pays
industrialisés.
Cette nouvelle gouvernance suppose un rôle accru des
États, et donc de l'interventionnisme étatique. Aussi, l'importance de
l'intervention intelligente de l'État africain, donc de ses dirigeants,
devient cruciale ; leur responsabilité individuelle et collective et
leur volonté effective à rendre des comptes aux populations doivent
intégrer les critères américains permettant d'aller vers la diplomatie
intelligente que prône Mme Clinton. Cette diplomatie dite "smart
diplomacy" n'est en fait que de la diplomatie intelligente du pouvoir,
dite "smart power diplomacy ", une série d'instruments de pression de
type diplomatique, économique, militaire, politique, légal et culturel
ainsi que la combinaison et le dosage multiple selon l’interlocuteur.
Les espoirs sont permis, même là où personne ne croit plus que la vérité
des urnes puisse être respectée, si la diplomatie intelligente du
pouvoir penche du côté des valeurs africaines de la vérité, du
solidarisme et de la liberté. Lors des récentes élections de
Guinée-Bissau, la victoire, sans irrégularités majeures, de Malam Bacai
Sanha, alias "Mambas", avec plus de 63% des voix a été acceptée par son
rival malheureux Kumba Yala lequel a immédiatement reconnu sa défaite et
a accepté de jouer le jeu de la démocratie en qualité d’opposant. Cela
témoigne bien de la volonté des populations de décider de l’avenir de
leur pays… c'est une vraie leçon aux narcotrafiquants qui contrôlaient
ce pays depuis quelques décennies et ne fournissaient ni travail, ni
salaire décent à l'ensemble de la population.
Il devient urgent alors de s'interroger sur les
besoins de création de richesses en Afrique sans que cela ne soit limité
à du simple commerce, ou à des approches patrimoniales, proches de
l'usurpation des efforts des Africains travailleurs. Il faut retrouver
les moyens de libérer les énergies africaines de transformation des
produits locaux pour un marché de proximité d’abord, régional ensuite
afin de servir en priorité les intérêts des populations. C'est aussi
cela le développement des capacités productives. Pourtant, ce sont les
mêmes qui viennent tardivement et de manière opportuniste profiter de la
vague de la nouvelle gouvernance qui s'opposent à la mise en œuvre des
initiatives liées au développement des capacités productives en Afrique.
Il n’y a pas de partenariat solidaire sans une refonte des accords de
partenariats économiques fondés sur le développement des capacités
productives et les infrastructures et les institutions d’appui en
Afrique.
5. Partenariat solidaire : transformation et capacités productives
D'emblée le principe de la charité de l'aide comme mode de sortie de la
pauvreté en Afrique doit être exclu. C’est au contraire la volonté et la
diffusion effective des contenus technologiques à des fins de résilience
en Afrique qui doivent servir d'instruments de mesure de l'efficacité du
partenariat solidaire entre les Nations. Ce nouveau partenariat
solidaire doit reposer sur une dialectique du changement, de
l'alternance et de la mutation. Barack Obama l'a rappelé :
"Toutefois, le véritable signe de réussite n’est pas de savoir si nous
sommes une source d’aide perpétuelle qui aide les gens à survivre tant
bien que mal, mais si nous sommes des partenaires dans la création des
capacités nécessaires pour un changement transformateur."
En réalité, c'est d'un déclic puissant dont l'Afrique a besoin pour
ouvrir une nouvelle ère de progrès, de justice et de prospérité
partagée. Barack Obama a choisi de s'inscrire à côté des pays qui l'ont
compris comme le Ghana et les sept autres pays visités par Mme Clinton
et tient à soutenir d’autres souhaitant aussi rejoindre ce nouveau club
lequel, assurément, est différent du syndicat des chefs d'État
africains. Il y a en fait Rupture avec le discours de Dakar du président
français, Nicolas Sarkozy ! De nouvelles opportunités sont offertes mais
ne peuvent devenir réalité que si l'éthique, les valeurs africaines et
une organisation collective prennent le pas sur les approches
parcellaires, contradictoires et égoïstes, parfois sous le couvert de
l'intégration régionale ! Il reste à l'Afrique à apprendre qu’elle
détruit ses propres atouts, ses propres idées, et ses propres ressources
humaines lorsqu’elle choisit de considérer en priorité ce qui ne
provient pas des Africains dans son processus de prise de décision. Il
faut s'étonner que de nombreuses décisions importantes soient prises en
Afrique sans un comité contradictoire d'experts africains. Comment
peut-on aboutir à un éclairage scientifique sans parti pris en refusant
aux experts africains, y compris ceux de la Diaspora, de prendre part à
la vie de la cité, et donc de faire de la politique au-dessus des
ethnies et des partis politiques ?
Comment est-ce que 54 États peuvent avoir décidé
d'approuver en 2004 une initiative de développement des capacités
productives et refuser ensuite de la mettre en œuvre en préférant opter
pour la simple commercialisation des produits non transformés ? Oui,
c'est aussi cela l'Afrique des dirigeants avec leurs contradictions. Si
on avait procédé à un vote démocratique d'un tel projet de société, ces
décisions erronées, aux dépens des populations africaines sans défense,
n'auraient pas vu le jour. Mais la crise de confiance dans le consensus
de Washington qui a totalement échoué à mener les pays africains vers la
prospérité, la crise d'un système néo-libéral dénué d'humanisme et de
solidarisme qui transforme, de force, l'Afrique en un vaste réservoir,
que dis-je, un grand "puisoir" de ressources non transformées est en
train de se déliter.
C'est à cette révolution que nous invite Barack Obama.
Pour le moment, de nombreux dirigeants tentent de faire le dos rond en
espérant que la réalité des relations d'affaires reprendra le dessus…
Sans faire du bruit et en se fondant sur les réseaux parfois occultes,
parfois mafieux, c'est comme cela que la Françafrique retrouve ici et là
en zone franc, ses lettres de noblesse d'antan, sans toutefois être
nommée… La prise de conscience du Président américain,
métis assimilé à un noir, ne change pas la donne sur le fond. Il a
permis au moins de dire quelques vérités à certains dirigeants africains
se considérant au-dessus des lois. Imaginez que Barack Hussein Obama ait
été un simple noir de la Diaspora africaine avec une carte de séjour en
train de périmer et qu'il ait prononcé ce discours. Il est quasiment
certain qu'il risquait d'être accueilli avec moins d'honneur, quand il
ne s'agissait pas tout simplement d'aller en prison pour "outrage à un
chef d'État"… Il devrait demander "pardon", dire qu'il s'est trompé et
renoncer à faire de la politique à jamais, condition que Léopold Sedar
Senghor avait posé pour laisser son opposant et ex-premier ministre
Mamadou Dia, pour le sortir des geôles sénégalaises alors que ce dernier
souffrait de glaucome… La libération de Mamadou Dia a eu lieu alors que
ce dernier était devenu aveugle… On attend encore le monument érigé au
courage et à la mémoire de cet Africain hors pair qui a eu pour seul
tort, de s’attaquer à la corruption et aux corrupteurs…
Oui, il faut replacer le discours d'Obama dans le contexte africain de
susceptibilité des dirigeants. La plupart des Africains censés ont
prononcé tout ou parti d'un tel discours et ne sont pas repartis vivants
d'Afrique. Barack Obama doit aussi être conscient que de nombreux
africains qui tenteraient de répéter son discours pourraient être
poursuivis. Son administration devra donc nécessairement faire du suivi
et permettre que les organisations de défense de la liberté et les
journalistes puissent prendre attache avec les ambassades américaines
sur place en cas de menace de la part des dirigeants des États qui se
sentiraient concernés par le discours d'Accra.
En effet, en comparaison et pour revenir au discours
de Dakar de l’actuel Président français, on ne retrouve nullement
l’esprit du donneur de leçon condescendant… Une grande partie de
l'Afrique s'est offusquée et l’a fait savoir bruyamment quand elle n'a
pas simplement considéré ce discours comme le signe du non-lieu de la
rupture. Le nègre de service en a pris pour son grade, mais a promis de
recommencer… L’Afrique n’a qu’à avancer sans se laisser distraire par
ceux qui ne défendent que leurs intérêts sans se soucier des intérêts
des populations africaines.
6. Arrêtez de diviser l'Afrique et négocions un nouveau contrat
social
Toute forme de réussite future des États-Unis en Afrique comme des
autres partenaires passe par la création de capacités productives et
d'institutions d'appui pour en assurer la pérennisation. Elle ne peut se
faire sans les Africains dans toutes leurs diversités et pluralités.
Mais ce n'est pas en les divisant entre eux que cela pourra faire
émerger cette nouvelle gouvernance. Obama rappelle que : "Nous sommes
tous répartis selon nos identités diverses, de tribu et d’ethnie, de
religion et de nationalité. Mais se définir par son opposition à une
personne d’une autre tribu, ou qui vénère un prophète différent, cela
n’a aucune place au XXIe siècle. La diversité de l’Afrique devrait être
source de force et non facteur de division. Nous sommes tous enfants de
Dieu." Pourtant, certains enfants de Dieu croient fondamentalement
que leur culture est supérieure à celle d’autres enfants de Dieu.
L'eurocentralité qui sied aux Accords de partenariat Économique de
l'Union européenne, l'unilatéralisme qui émane de la Loi sur la
croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA ) et du
Millenium Challenge Account américain doivent être revisités d'un point
de vue de l'Afrocentralité. Les Accords de Partenariat économiques
proposés par l’Union européenne ne pourront pas y échapper. "Business
as usual" et la bureaucratie seront proscrits. Il faudra aussi y
rajouter l’arrogance de certains officiels américains. Les méthodes
africaines de travail devront aussi changer pour devenir plus agiles.
Il est clair maintenant que l’aide dit "budgétaire"
privilégiée par l’Union européenne et l’aide dit "projet"
privilégiée par les États-Unis ne marchent pas et favorisent en fait la
corruption et les corrupteurs. L’approche de la Chine en privilégiant le
troc et les contreparties change la donne surtout lorsque le volet
éthique ne semble pas être une priorité. Le nouveau partenariat avec
l’Afrique du Président Obama doit faire ses preuves puisque la
contractualisation dépend encore beaucoup du degré d’unilatéralisme et
du rapport de force de l’un des partis. On est à
l'aube d'une nouvelle forme de solidarisme multipolaire, un préalable à
la nouvelle gouvernance qui ne peut plus tolérer que les solutions aux
problèmes des Africains se traitent uniquement avec des dirigeants
africains qui n'ont pas passé l'épreuve de la vérité des urnes avec
succès.
S’il y a un problème d'immigration des minorités
visibles en Occident, c'est bien parce que la vérité des urnes ne
fonctionne pas en Afrique et que l'Occident n'intègre que par ajustement
du marché. La migration, comme au demeurant la nouvelle gouvernance,
doivent être négociées avec les acteurs concernés surtout lorsque la
légitimité des dirigeants fait défaut. Bref, c'est toute la relation
État à État qui doit être revisitée… Cela risque d’ailleurs de remettre
en cause le fonctionnement actuel des Nations Unies ou de l'Union
africaine qui n'acceptent que le point de vue d'États, y compris ceux
qui sont bien éloignés de la vision contenue dans le discours de Barack
Hussein Obama, Président des États-Unis d'Amérique. Il est donc
impossible à des acteurs de la société civile d’accéder à des postes ou
tout simplement d’influencer au plan institutionnel la décision de ces
institutions étatiques. Le problème commence dès que la légitimité ou
l’unilatéralisme des rapports de force notamment militaires et la
dépendance financière envers les donateurs principaux formatent les
décisions qui vont à l’encontre des intérêts de populations sans
défense. Il faut simplement accepter de négocier le
nouveau contrat social sans donner l'exclusive à des représentants
illégitimes des populations africaines. Alors, oui, Obama est
visionnaire et il peut affirmer qu’"une nouvelle ère de progrès a
débuté. Ce moment peut être celui où nous verrons, une fois de plus,
triompher la justice. Oui, nous le pouvons. Merci beaucoup. Que Dieu
vous bénisse."
La diplomatie intelligente suppose donc une volonté
réelle, un soutien effectif au partenariat solidaire et l'introduction
des capacités productives au centre des relations économiques pour
sortir l'Afrique de la dépendance économique. Aussi, pour "déverrouiller
les potentialités de l’Afrique", il faudra ensemble avec Barack Hussein
Obama "déverrouiller les dirigeants africains pour libérer les
Africains".
Dr. Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du groupe de réflexion, d'action et d'influence "Afrology"
3 août 2009
1. Version française, voir http://www.20mai.net/2009/07/12/version-francaise-du-discours-dobama-prononce-au-ghana/,
voir aussi annexe numéro 1 ci-dessus d’où son tiré les extraits
mentionnés dans le texte. 2. Yves Ekoué Amaïzo, "Des Solutions pour le
Togo : libérons les énergies", Contribution au Congrès Mondial de la
Diaspora Togolaise, 25 juillet 2009, voir "www.cmdtogo.org et
www.amaizo.info et "Pourquoi Obama n’est pas allé au Togo ?", sur <
http://www.togocity.com/article.php3?id_article=3953 > 3. Yves
Ekoué Amaïzo (sous la coordination de), L'Afrique est-elle incapable de
s'unir ? Lever l'intangibilité des frontières et opter pour un passeport
commun, avec une préface de feu Prof. Joseph Ki-Zerbo, collection
"interdépendance africaine", éditions L'Harmattan, Paris, 2002. 4.
Yves Ekoué Amaïzo (sous la directeur de), La neutralité coupable.
L'autocensure des Africains, un frein aux alternatives ?, avec une
préface du feu Professeur Abel Goumba et une postface de Têtêvi Godwin
Tété-Adjalogo, collection "interdépendance africaine", éditions Menaibuc,
Paris, 2008. 5. Nicolas Sarkozy, "Allocution de M. Nicolas SARKOZY",
Président de la République, prononcée à l'Université de Dakar, Sénégal,
26 juillet 2007 ; voir
<
http://www.elysee.fr/elysee/elysee.fr/francais/interventions/2007/juillet/allocution_a_l_universite_de_dakar.79184.html
> 6. AFRICOM : Le Commandement Militaire des Etats-Unis d’Amérique
pour l’Afrique a été créé le 6 février 2007 sous le Président Bush
(USAFRICOM) et est devenu opérationnel le 2 octobre 2008. L’AFRICOM est
le résultat d'une réorganisation interne de la structure du commandement
militaire des États-unis qui crée un état-major responsable des
relations militaires entre les États-unis et les pays africains, ainsi
que du soutien militaire à la politique étrangère des États-unis.
AFRICOM essentiellement axé sur la prévention des conflits plutôt que
sur les opérations militaires traditionnelles, AFRICOM était censé
travailler étroitement avec les nations et organismes africains pour
renforcer la situation sécuritaire dans toute la région et leur capacité
de répondre aux crises, créant un environnement plus stable propice à la
croissance économique et politique. Il s’agit donc d’appuyer
unilatéralement la sécurité, le développement, la diplomatie et la
prospérité en Afrique. Il est aussi question d’améliorer les capacités
sécuritaires des Africains. Il n’est officiellement pas question
d’établir de nouvelles concentration ou des bases militaires en Afrique.
Les chefs d’État ont pour la première fois collectivement refusé
l’instauration d’AFRICOM sur le sol africain. AFRICOM est en principe
basé à Stuttgart en Allemagne. 7. Jean Ping, Et l'Afrique brillera de
1000 feux, éditions l'Harmattan, Paris 2009. 8. Molefi Kete Asante, L'Afrocentricité,
traduction de Ama Mazama, éditions Menaibuc, Paris, 2003. 9. Merle
Kellerhals, "Le FMI va accorder de nouveaux prêts aux pays à faible
revenu", in America.gov, 30 juillet 2009, voir <http://www.america.gov/st/econ-french/2009/July/20090730153225esnamfuak0.9406244.html>
10. Yves Ekoué Amaïzo, De la dépendance à l'interdépendance.
Mondialisation et marginalisation. Une chance pour l'Afrique. Collection
"interdépendance africaine", éditions l'Harmattan, Paris, 1998. 11.
Hilary Clinton, "Statement of Senator Hillary Rodham Clinton, Nominee
for Secretary of State Senate Foreign Relations Committee", January 13,
2009, voir <
http://foreign.senate.gov/testimony/2009/ClintonTestimony090113a.pdf>
12. AGOA: La loi sur la croissance et les possibilités économiques en
Afrique (African Growth Opportunity Act), voir
<
http://www.america.gov/st/econ-french/2009/July/20090721133044liameruoy0.7832453.html
> 13. Millenium Challenge Account des Etats-Unis: Obama demande au
Congrès américain de lui accorder 1,4 milliards de $US pour soutenir les
activités du MCA en 2010, soit plus de 63 % d’augmentation par rapport à
2009 ; voir
<
http://www.mcc.gov/mcc/press/releases/release-050709-presidentobama.shtml
>.
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Yves Ekoué Amaïzo

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