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Nigeria : Corruption
balisée et nouveau départ ?
Selon le baromètre mondial de la corruption de Transparency
International (TI), les efforts des gouvernements africains pour lutter
effectivement contre la corruption restent une préoccupation importante.
La moyenne annuelle de corruption dans le monde est de 28 sur une
échelle où 100 correspond au pays le plus corrompu dans le monde et 0
celui qui l’est le moins. Avec un niveau de corruption estimé à 64 et un
espoir estimé à 62 que ce fléau va s’améliorer entre 2008-2011, le
Nigéria demeure un pays à risque. Ce risque est corroboré par une
détérioration de l’index de la perception de la corruption de TI,
passant de 14 à 22 [1] entre 2003 et 2007. Il existe aussi une
corrélation forte entre les corrupteurs, la corruption des élites
dirigeantes et la corruption du citoyen lambda. Pour accéder à des
services, la "petite" corruption rampante devient un mode opératoire
banalisé [2] que les entreprises tendent tant bien que mal à
intégrer dans leur plan d’affaires et prévision d’investissement au
Nigéria. 1. Corruption et Zéro Tolérance : engagement et
réalité A la lumière de ces statistiques peu flatteuses, il
convient de s’interroger sur l’approche du Président nigérian Umaru
Yar’Adua qui affiche sans ambages sa détermination pour combattre la
corruption. Il n’a pas hésité à ouvrir des dossiers compromettants pour
l’ex-président Olesegun Obasanjo qui l’a pourtant "investi" le 29
mai 2007 en lui cédant les clés de la présidence et du palais d’Aso
Rock. La vérité des urnes au Nigéria reste un sujet tabou puisque la
communauté internationale semble s’accommoder d’une certaine
"démocratie à l’Africaine". Le paradoxe tient dans le fait que
l’ex-président Obasanjo, longtemps considéré comme le "Monsieur
Transparence" pour avoir été un ancien haut responsable de TI, a
tenté sans succès de combattre, à sa manière, la corruption au Nigéria.
Il est de fait considéré comme le responsable des élections
présidentielles du 21 avril 2007 jugées comme les moins crédibles du
Nigéria par la majorité des observateurs locaux et internationaux car
entachées de plusieurs irrégularités. Face à une population désabusée et
aspirant à la paix, le nouveau Président Umaru Yar’Adua a vite démontré
une volonté, semble-t-il réelle, de se faire adouber en s’attaquant à la
racine du risque numéro 1 de Nigéria, la corruption. Sa popularité s’est
accrue au point que le citoyen nigérian semble devenir amnésique sur la
valeur démocratique du scrutin électoral qui l’a hissé à la tête de cet
Etat fédéral. Toutefois au crédit de Mr. Obasanjo, il faut reconnaître
qu’il a, d’après lui, "éliminé" le risque de changement violent de
gouvernement qui semblait être une sorte de culture politique (coup
d’Etat et contre-coups). Cette forme de démocratie "cooptation" est bien
loin des normes démocratiques internationalement acceptées.
Il faut alors s’interroger sur les raisons qui poussent l’actuel chef
de l’Etat à laisser une procédure d’investigation suivre son cours avec
comme objectif affiché d’entendre et de poursuivre l’ex-président
Obasanjo devant la justice pour malversations et corruption présumées.
En réalité, face à une crise énergétique endémique, une commission
anti-corruption menant des enquêtes parlementaires a permis à des hauts
fonctionnaires fédéraux de faire des révélations embarrassantes sur,
entre autres, la mauvaise et non-transparente gestion des politiques sur
l’énergie, les infrastructures et l’eau sous la présidence de
l’ex-Président entre 1999 et 2007.
L’exemple le plus cité reste l’inauguration en 2006 d’une centrale
électrique dans un des Etats du sud-est dite Cross River. En réalité, on
trouve au lieu et place de cette centrale électrique un espace non
viabilisé et non débroussaillé. Sur un autre plan, plus de 30 sociétés
auraient bénéficié de contrats gré à gré alors qu’elles n’ont pas été
enregistrées au Nigéria. L’objet des contrats n’a souvent été exécuté
que partiellement ou carrément n’a même pas connu un début d’exécution
sur le terrain. Certaines de ces sociétés figurent sur la liste de la
Banque mondiale enregistrant les sociétés suspectées d’être des agents
de la "corruption". La société allemande Lahmeyer s’est vue attribuer un
contrat de 3,2 million de USD pour réaliser une étude de faisabilité
pour un méga-projet de barrage hydroélectrique de 2600 Megawatt "the
Mambilla hydropower project" dans le nord du Nigéria. A ce jour, un
simple "bungalow" reste visible à côté de l’emplacement du barrage…
D’après la commission d’investigation, les experts de la société
allemande ne sont jamais venus sur le terrain. La société se déclare
non-coupable mais les sommes ont disparu.
Quelques jours avant de quitter ses fonctions de Président, Mr.
Obasanjo a pu organiser l’opération suivante. Le "Mambilla hydropower
project" devait être financé par un prêt de la China Exim Bank pour
un montant approximatif de 1,6 milliards de USD. En échange et dans la
logique de la coopération "gagnant-gagnant" de la Chine, la China
National Offshore Oil Corporation (CNOOC) devait se voir attribuer
quatre blocs regorgeant de pétrole dans le cadre d’une cession au plus
offrant. La Chine qui n’a pas de politique précise sur la corruption n’a
pas non plus de préoccupation d’ordre éthique dès qu’il s’agit des
problèmes de développement. Ainsi, le Président de la célèbre China Exim
Bank déclara en décembre 2007 que "vous ne pouvez stopper le
développement d’un pays à cause de la corruption… Cela ne nous avance à
rien. Vous ne pouvez refuser de manger parce que vous pourriez vous
étouffer"[3]. Ainsi, alors que la Banque mondiale a estimé que
depuis 1970, le gouvernement nigérian a engrangé plus de 390 milliards
de USD des revenus du pétrole, il n’en demeure pas moins vrai que près
de 120 millions des 140 millions de nigérians vivent avec moins de 2 USD
par jour. Les conséquences sont dramatiques et se nomment corruption,
mal-développement, destruction de l’environnement et pauvreté abjecte.
Des retraits de plusieurs milliards de USD en provenance des revenus
du pétrole auraient été purement retirés sur les comptes de l’Etat sur
simple ordre de la présidence. Des sociétés d’Etat ont été cédées bien
au-dessous de leur valeur réelle dans des conditions suspectes à des
amis proches de l’ex-exécutif. Les chiffres varient mais 16 milliards de
USD seraient le montant qui ne trouverait pas de justificatif crédible.
Bref, le silence du principal concerné, Mr. Obasanjo, et la popularité
du Président en exercice sont de nature à ouvrir le champ à des luttes
intestines, préjudiciables à la stabilité des institutions. En réalité,
c’est bien le mode de gestion non-transparent de l’ex-président
fonctionnant en petits comités de personnalités influentes et proches
qui est en cause et que l’actuel Président s’évertue à modifier.
D’après les dépositions de l’ex-ministre des finances, puis des affaires
étrangères, Mme Dr. Ngozi Okonjo-Iweala et l’ex-ministre des "Minérais
solides" Mme Dr. Obiageli Katryn Ezekwesili [4], les procédures d’appel
d’offre n’ont pas été respectées notamment pour les projets intégrés de
production d’énergie. Si personne ne doute de la véracité des propos de
ces deux ministres actuellement en poste à la Banque mondiale, la
question reste ouverte de savoir pourquoi elles n’ont pas démissionné
face à ce que "radio trottoir" qualifie de "corruption gargantuesque".
La gestion plus que présidentielle de l’ex-président et les pressions
invisibles des lobbies sur leurs sécurités personnelles peuvent ouvrir
le champ à un début d’explication. A ce titre, le comité d’investigation
attend d’ailleurs l’autorisation de la Banque mondiale de laisser les
deux personnalités venir témoigner au Nigéria. Mais la réalité est
résumée dans cette adage populaire : "si vous vous attaquez à la
corruption, la corruption, telle un boomerang, vous attaquera en
retour". Ainsi d’accusateur, vous risquez de devenir l’accusé. Cela pose
le problème de la protection des témoins et des membres des comités
d’investigation y compris parlementaires. Le problème se pose pour tous
les membres des gouvernements successifs de l’ex-Président Obasanjo même
si certains aujourd’hui comme le vice-président Atiku Abubakar semblent
vouloir s’éloigner des critiques formulées contre celui qu’ils
encensaient il y a bien peu longtemps. Le nom de plusieurs autres
ministres tels Mr. Tony Anenih, l’ex-ministre pour le travail et
l’habitation connu sous le diminutif "Mr. Fix it" reviennent au devant
de l’actualité [5]. La haute cour de justice a aussi mise en
accusation la fille de Mr. Obasanjo, Mme Iyabo Obasanjo-Bello, qui était
la présidente du comité du Sénat en charge de la santé à l’époque, deux
ex-ministres de la santé Mme Adenike Grange (ministre) and Mr. Gabriel
Adjuku (Ministre d’Etat) qui ont dû démissionner en mars 2008 ainsi que
des hauts responsables de l’administration. La Commission des crimes
économiques et financiers (EFCC) [6] a lancé contre eux 54 charges qui
se résument pour le moment à la disparition de 4 millions de USD (470
millions de Naira) [7]… Le Président Yar’Adua a déclaré qu’il ne
protègerait personne et laissera la commission (EFCC) poursuivre toute
personne qui aura été reconnue coupable. La zéro tolérance à la
corruption semble bien en route et ne laissera pas impunie les nombreux
"cadeaux" de fin d’année distribués pour apurer les reliquats
financiers sur les comptes du gouvernement. Tel un gentleman, l’actuel
Président a donné l’instruction que toutes les agences gouvernementales
retournent l’argent non dépensé au Trésor fédéral dans les meilleurs
délais…On ne s’est pas bousculé au portillon. 8 des 36 gouverneurs ont
déjà perdu leur immunité afin de permettre à la Commission
anti-corruption de faire son travail. Mais le procès risque de durer
plusieurs années et les présumés innocents sont actuellement libres de
leur mouvement. 2. Santé du Président et santé du Nigéria : risques
nouveaux ? Démarré le 8 novembre 2007 et après des discussions
âpres entre l’exécutif et les parlementaires, le budget pour l’année
fiscale 2008, qui s’élève à 2.748 milliards de nairas dont 1.888
milliards de Nairas pour les charges récurrentes, a été approuvé en
présence, entre autres, du Vice-Président Goodluch Jonathan, le
président du Sénat Senator David Mark et le porte-parole adjoint de la
Chambre des représentants, Hon. Usman Bayero Nafada.
Juste après une signature retardée du budget 2008 du Nigéria, le
Président Yar’Adua a dû partir le 14 avril 2008 d’une manière un peu
précipitée pour Wiesbaden en Allemagne pour se faire soigner. La version
officielle de la maladie d’après Mr. Olusegun Adeniyi, conseiller
spécial en charge de la communication du Président Yar’Adua, serait une
réaction allergique alors que plusieurs sources parlent d’un problème
rénal qui aurait déjà été mentionné lors de la campagne électorale et
même bien avant. Toutefois, le Président, dont la présence était prévue
le 15 avril 2008 à Dakar à la réunion du Nouveau partenariat pour le
développement de l’Afrique (NEPAD), a finalement demandé à la dernière
minute à son ministre des affaires étrangères Mr. Ojo Maduekwe de le
représenter à cette réunion. Alors, les spéculations autour de la
santé d’un Président reprennent de plus belle. Ce dernier semble
retrouver une certaine aura auprès de la population pour sa
détermination à réduire la pauvreté, à s’attaquer à la corruption y
compris celle qui pourrait toucher l’ancien Président, sa famille et ses
collaborateurs notamment dans le secteur de la réalisation
d’infrastructures. En filigrane, c’est bien de la responsabilité et de
l’obligation de rendre des comptes à la population de manière
transparente qui est en train de se mettre en place avec le Président
Yar’Adua. Les lobbies puissants qui s’évertuent à freiner ce mouvement
ont déjà été montrés du doigt et les exégèses quant à l’origine
"ésotérique" éventuelle de la maladie du Président vont bon train. Mais
l’économie du pays va de mieux en mieux. La santé du Président
pourrait se révéler être un risque réel et assombrir les perspectives
économiques et politiques du Nigéria même si le taux de croissance
économique se situe au-delà des 6% depuis 2005 [8] avec une moyenne
annuelle de l’inflation en constante diminution, de 17,8% en 2005 à 8,3%
en 2006 et 5,4% en 2007. La banque centrale a atteint ses objectifs, ce
qui témoigne d’un sérieux retrouvé. Mais la hausse des prix agricoles,
notamment l’impact de la priorité donnée à l’exportation sur la
production vivrière, les conséquences des importations dépendantes de
l’augmentation du prix du pétrole pourraient conduire à revoir à la
hausse de l’inflation au cours du premier semestre de 2008. La bonne
nouvelle se trouve dans le fait que le secteur hors pétrole est en train
de connaître une croissance annuelle remarquée de l’ordre de 9% soutenue
par une croissance du crédit offert et une demande en provenance tant
des secteurs privés que publics. Cette croissance est freinée par
l’insécurité grandissante dans le Delta du Niger et l’arrestation en
Angola en février 2008 de Henry Okah, que l’on croit être le fondateur
et la tête pensante du mouvement pour l’émancipation du Delta du Niger (MEND)
[9]. L’épreuve de force qui a débuté entre ses partisans et le
Gouvernement d’une part et, les collusions entre certains gouverneurs et
la "MEND" d’autre part, doivent être considérées comme de nouveaux
risques. L’instabilité de la région du Delta, notamment les
perturbations dans l’approvisionnement pétrolier, ne pourraient avoir
finalement qu’un effet de moins en moins marginal sur le marché
international tout en augmentant le stress lié justement à l’absence
d’anticipation des crises dans un environnement mondial caractérisé par
une Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) qui se refuse à
demander à ses membres d’augmenter la production pétrolière pour faire
baisser les prix mondiaux. Le démarrage du projet sous-régional de
pipeline de gaz [10] pourrait améliorer la croissance économique du pays
au niveau fédéral. Le surplus pétrolier enregistré depuis quelques
années a malgré tout permis d’augmenter l’épargne et d’apurer la dette
extérieure. Les remises de dettes consenties par le Club de Paris et les
remboursements par avance du Gouvernement Obasanjo ont aussi contribué à
améliorer la situation macroéconomique du Nigéria. A ce titre, l’accès
direct du Nigéria au marché financier international est un signe de
confiance pour les investisseurs d’autant plus que la notation du pays
est bonne et que les rentrées fiscales sont en augmentation. Il faut
malgré noter que la réforme du secteur bancaire (89 banques ont été
regroupées en 25 banques à la fin de 2005) commence aussi à porter ses
fruits puisque ce type de "recapitalisation" en fonds propres
permet une plus grande offre sur le marché du crédit et contribue à
soutenir directement les entrepreneurs locaux et donc l’emploi. De plus
avec des réserves officielles qui sont passées d’environ 18 millions à
54 millions de USD entre 2004 et 2007, l’image du Nigéria est réellement
en train de changer auprès des investisseurs malgré les craintes liées à
la corruption et leurs conséquences sur la stabilité à long terme.
L’appréciation du risque Nigéria peut se résumer à la notation de Fitch
Ratings [11] qui a "crédité" le Nigéria d’un BB- pour 2006 et
2007. Standard and Poor’s a aussi reconfirmé cette notation. Ce bon
résultat est d’autant plus significatif que le pays a été comparé à
d’autres pays émergents comme l’Afrique du sud, le Brésil, l’Indonésie,
la Malaisie, la Turquie, l’Ukraine, le Vénézuela et le Vietnam. Ainsi,
le travail important fait par l’administration Obasanjo doit être
reconnu malgré les insuffisances notées plus haut. Il importe de
consolider cette situation afin d’asseoir définitivement la confiance
par la cohérence de la gouvernance politique et économique et la
stabilité projetée sur les marchés internationaux. La protection des
investisseurs joue alors un grand rôle dans la perception du risque
Nigéria. Face à quelques pays émergents, le Nigéria est en train de
s’ouvrir sur le plan de la transparence de l’information financière
(voir tableau ci-dessous).
|
Environnement des affaires : Protection des investisseurs, Avril
2006
(Transparence et protection par la divulgation de l’information
financière et le titre de propriété)
Index de 0 (minimum de protection) à 10 (maximum de protection) |
|
Nigéria |
Afrique du sud |
Brésil |
Indonésie |
Malaisie |
Turquie |
Algérie |
Venezuela |
Vietnam |
|
6 |
8 |
5 |
8 |
10 |
8 |
6 |
3 |
4 |
|
Source : World Bank, World Development Indicators 2007,
pp. 272-274. |
Le respect de la mise en œuvre des réformes économiques au niveau
fédéral ne doit pas occulter le fait qu’au niveau des gouverneurs, la
situation est plus controversée. Les investissements sont en
accroissement au niveau fédéral mais c’est bien la gestion sage et
prudente des revenus pétroliers et le paiement dans les temps de la
dette extérieure qui contribuent à donner cette nouvelle image du
Nigéria. La zone d’ombre pour l’investisseur étranger reste bien la
volonté du Nigéria de rediscuter tous les accords avec les groupes
pétroliers sur son territoire. Cette annonce avait été faite en octobre
2007 par Rilwany Lukman, l’ex-conseiller présidentiel et Président du
comité de réforme du pétrole et du gaz sur la base du manque à gagner du
Gouvernement et la "mauvaise" compensation reçue des investisseurs qui
continuent à s’y opposer en affirmant qu’ils sont en train de recouvrir
leur coût d’investissement. Il faut savoir que la Russie, le Venezuela
et l’Algérie ont déjà modifié les termes de leur contrat les liant aux
investisseurs dans ce secteur [12].
Si les améliorations récentes de la gouvernance macroéconomique sont à
louer, il faut croire que le défi de l’organisation institutionnelle et
les faiblesses chroniques de l’infrastructure et les incertitudes sur la
capacité effective du Président convalescent à réellement s’attaquer à
la corruption constituent des zones grises. De plus, au niveau des
petites et moyennes entreprises, il y a de sérieuses difficultés à
obtenir des bilans, à fortiori des bilans fiables. Les recouvrements de
créances laissent à désirer d’autant plus que les institutions
financières venant en appui aux secteurs productifs et de soutien à la
productivité restent tributaires de l’amélioration globale de l’état de
la corruption dans le pays.
En conséquence, malgré un marché important et demandeur, les entreprises
et plus particulièrement les PME/PMI restent en général peu performantes
et travaillent encore pour beaucoup en isolation. La probabilité moyenne
de défaut des entreprises dépend beaucoup de la relation préparatoire et
de la confiance établie avant toute transaction. L’avenir devrait se
jouer sur une meilleure structuration des agglomérations et une
intégration des chaînes de valeur où capacités productives peuvent rimer
avec qualité et exportation. Si les approches de délocalisation et de
partenariat d’entreprises prennent le dessus dans les années à venir,
alors les transactions interentreprises pourraient sérieusement
"démultiplier" les possibilités de croissance économique dont le partage
sous forme de pouvoir d’achat distribué reste un véritable défi dans un
pays où les inégalités et la distribution équitable des revenus restent
un défi.
Nigéria : un nouveau départ ? Malgré les difficultés
du passé, le Nigéria a libéralisé le régime de protection des
importations et a adopté le tarif extérieur commun de la Communauté
économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui est passé de
29% à 12%. Le Président Yar’Adua est déterminé à continuer la politique
de privatisation et d’attribution de contrats concessionnels dans les
domaines aussi divers que l’acier, la pétrochimie, les mines, les ports
et les infrastructures en général. Le dynamisme de la bourse de valeurs,
l’inflation maîtrisée, des réserves plus que substantielles’, un secteur
non-pétrolier en pleine expansion et un secteur bancaire prêt à
accompagner les entreprises locales par un accès accru et diversifié au
crédit permettent de conclure que si la communauté internationale
soutient la détermination de l’actuel Président d’infléchir le taux de
corruption, alors Umaru Musa Yar’Adua, le Président du Nigéria, a toutes
les chances de réussir la réforme en 7 points qui passe par le
développement du capital humain, les réformes économiques,
l’amélioration du transport, du secteur énergétique, l’environnement
légal, la réforme électorale et l’épineux problème du Delta du Niger.
La communauté internationale toute entière gagnerait à harmoniser ses
positions en intégrant le document commun à l’agence de développement du
Royaume Uni (DFID ) [13] et le groupe de la Banque mondiale. Ce document
vient soutenir la stratégie nationale de développement (NEEDS – National
Economic Empowerment and Develpoment Strategy). En s’engageant pour
mettre en œuvre l’initiative portant sur la transparence des industries
extractives du Nigéria, et après avoir été enlevé de la liste des pays
où s’opèrent des blanchiments d’argent [14], le Nigéria peut redevenir
la locomotive de l’ensemble de la sous-région. Mais si la lutte contre
la corruption n’accouche que d’une souris, l’effet pourrait alors
devenir pervers et créer des émules dans la sous-région et ailleurs.
L’impunité et l’irresponsabilité en matière de gouvernance économique à
la tête des Etats africains pourraient alors s’ériger en droit commun et
limiter les effets de manche sur la lutte contre la corruption.
Toutefois, le sommet biannuel d’affaires Europe-Afrique organisé par le
NEPAD à Hambourg en Allemagne du 28 au 30 avril 2008 pourrait servir de
nouveau départ puisque de nombreuses personnalités nigérianes [15] y
seront représentées et s’inscrivent dans cette logique de rendre des
comptes et d’accepter d’être tenues responsables pour des erreurs de
gestion. Il restera alors aux entreprises européennes d’insister que
celles qui s’inscrivent dans la logique de la responsabilité sociale de
l’entreprise puissent bénéficier de quelques facilités fiscales.
Conclusion : mettre en pratique la responsabilité sociale de
l’entreprise Le Président du Nigéria Umaru Yar’Adua a décidé (juin
2008), avec beaucoup de courage, de mettre fin à la coopération
stratégique et au contrat avec la société pétrolière SHELL au profit
d’autres sociétés pétrolières de renom qui pourraient respecter un tant
soit peu les préoccupations environnementales et les besoins des
populations locales. Il est en train de promouvoir la responsabilité
sociale des entreprises sur le sol nigérian, dans la région du Delta
plus particulièrement. Si plusieurs chefs d’Etat de pays pétroliers
pouvaient suivre cet exemple qui ressemble à une petite révolution dans
le milieu, les Africains verront leur bien-être s’améliorer rapidement.
Les chefs d’Etat gagneraient en crédibilité et respect.
Par Dr. Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence "Afrology"
06 juin 2008
Source : Article paru dans la Revue Risques internationaux n. 99 sous
"Nigeria 2008 : Dossier risques et opportunités" pp. 23-27 ; voir
www.risques-internationaux.com
Notes
1. International Monetary Fund, IMF Country Report n. 08/64, February
2008, p. 21.
2. Transparency international, Rapport sur le Baromètre mondial de la
corruption de 2007 de Transparency International, Berlin, décembre 2007,
voir
http://www.transparency.org/policy_research/surveys_indices/gcb/2007
3. Peter Bosshard, “Power sector scandal leaves Nigéria’s poor in the
dark”, in REUTERS, 1 April 2008; la phrase en anglais est la suivante :
« You can’t stop a country’ s development because of some corruption…
That does not help. You cannot refuse to eat because you might choke » .
4. Toutes les deux ont des postes de haute responsabilité à la Banque
mondiale.
5. Doublas Anele, “Obasanjo and His Critics (3)”, in Vanguard, Lagos, 6
April 2008; Mr. « Fix it » était chargé de régler tous les dossiers
épineux pour l’ex-pPésident et son parti. Son attachement à la
démocratie et son volonté de servir le peuple sont de plus en plus mis
en doute aujourd’hui.
6. The Economic and Financial Crimes Commission (EFCC) en anglais.
7. Camillus Eboh, “Nigéria ex-president’s daughter charged with graft”,
REUTERS, 8 April 2008
8. IMF, op. cit., p. 4.
9. MEND = The Movement for the Emancipation of the Niger Delta
10. West African Gas Pipeline Company : voir
http://212.96.8.17:81/
11. Fitch Ratings: 2007 Sovereign Credit Ratings for Nigéria by Fitch
Ratings, Press Conference, voir
www.fmf.gov.ng/fileupload/Press%20Releases/fitch_emt%20PRESS.doc
12. Economic Intelligence Unit, Nigeria Country Report, December 2007,
p. 13.
13. DFID = The Department for International Development (DFID): c’est la
structure responsable au sein du gouvernement du Royaume Uni en charge
de la promotion du développement durable et la réduction de la pauvreté.
14. The Financial Action Task Force (FATF) on Money Laundering list of
non-complying countries.
15. Les personnalités nigérianes suivantes seront présentes : Dr.
Goodluck Jonathan, vice president de la République fédérale du Nigéria ;
Alhaji Aliko Dangote, PDG du Groupe Dangote ; Chief Ikechi Ohaki,
Gouverneur de l’État de Imo ; Mme Evelyn Oputu, PDG de la Banque de
l’industrie ; Mr. Donald Duke, ex-gouverneur de l’Etat de Cross River ;
Chief Adutimi Alaibe, CPDG de NDDC ; Mr. Charles Ugwu, Ministre du
commerce et de l’industrie ; Chief Ojo Mduekwe, Ministre des affaires
étrangères, etc. ; voir ALLAFRICA, Nepad Council Organises Europe Africa
Business Summit, in Leadership (Abuja), 9 April 2008, see
http://allafrica.com/stories/200804090424.html and
http://www.ibusiness.de/termine/tm/609049356.html
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Yves Ekoué Amaïzo

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