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Pas d'élections en
Guinée en 2010 :
Un Gouvernement de transition sans les hommes en treillis ?
Lors des changements de pouvoir non préparés, les autocrates
africains semblent avoir opté pour le "après-moi, le déluge". Les
militaires qui prennent le pouvoir en Afrique, avec l’exception notable
de Jerry Rawlings au Ghana ou Amani Toumani Touré au Mali pour ne citer
qu’eux, affirmaient qu’ils ne sont là que pour "redresser la situation"
et n’avaient "pas l’intention de se présenter aux élections". Le Togo
entre 1967 et 2005 a brillé avec de telles affirmations [1] .
La population qui croit naïvement que le futur sera
mieux que le passé, en accepte les termes malgré elle, puisque tout ceci
se passe dans le cadre de coups de forces, d’intimidation et musellement
sous toutes les formes barbares, brutales ou subtiles des leaders de
l’opposition dédiés à leur peuple. Paradoxalement, il s’agissait tout
simplement d’une mobilisation pacifique pour la démocratie qui a été
réprimée dans le sang.
1. CEDEAO : une facilitation de plus ?
En réalité, aucun de ces militaires ne quitte le pouvoir de son plein
gré, et lorsqu’ils partent, c’est pour mieux revenir en usant
d’artifices constitutionnels originaux. C’est ainsi que le 23 décembre
2009, Dadis Camara, l’actuel président autoproclamé du Conseil national
pour la démocratie et le développement de la Guinée (CNDD), avait
promis, dès sa prise de pouvoir à la veille de Noël 2008, de ne pas se
présenter aux élections présidentielles [2].
Face au massacre des populations locales, l’Union
africaine devrait finalement décider des sanctions à prendre en
concertation avec les membres d’un groupe de contact élargi comprenant
les partenaires traditionnels de la Guinée à l’internationale et en
Afrique. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
(CEDEAO) avec le Président nigérian en exercice Umaru Musa Yar’Adua a
opté pour la discussion en envoyant le Président du Burkina-Faso, Blaise
Compaoré, comme facilitateur (décision du 2 octobre 2009). Ce dernier
bénéficie d’une double expérience avec la facilitation en voie de
réussite pour la Côte d’Ivoire et celle très mitigée au Togo.
Avec l’envoi d’un facilitateur, les autorités
africaines, sans moyens financiers et avec les promesses non tenues ou
régulièrement retardées de la communauté internationale de financer les
troupes africaines au Soudan ou en Somalie, "bottent" en touche
discrètement. En effet, l’envoi d’une force de paix en Guinée n’est plus
à l’ordre du jour avec les conséquences sur la sécurité des populations
et des "leaders" politiques guinéens. En remplacement de la force
d’interposition, comme cela coûte moins cher et permet de gagner du
temps, c’est l’envoi d’une Commission d’enquête, que l’ONU ne manquera
pas de soutenir, qui risque d’être retenu comme cela a eu lieu dans les
deux autres pays mentionnés plus haut. La lenteur de ce processus et
l’impunité qui s’en suit systématiquement finit par discréditer cette
approche qui in fine conduit à la gouvernance du "chien qui aboie et
la caravane passe", surnom donné aux Nations Unies par les
populations qui perdent patience.
Bref, la CEDEAO va tenter de mettre en œuvre ce qui a
déjà été convenu, c’est-à-dire des élections présidentielles en Guinée
au 31 janvier 2010. Le succès viendrait de la capacité du Facilitateur à
faire respecter ces termes sans la participation du Capitaine Dadis
Camara, ni aucun membre de la CNDD. En cas de refus du Président
autoproclamé, la Facilitation devra mettre en œuvre, en partenariat avec
la communauté internationale, des options d’interventions plus musclées.
Au demeurant, le succès des facilitations africaines dépend finalement
de la bonne volonté du pouvoir en place puisque la contrainte du manque
d’argent chronique limite les pouvoir de la CEDEAO, comme l’expérience
récente du Niger en témoigne. Les avancées sont possibles quand les
rapports de force entre les protagonistes se modifient grâce à des
pressions réelles, bellicistes et directes sur les protagonistes ne
recherchant pas la paix. Ce n’est qu’à cette condition que la sagesse
peut reprendre ses droits.
Les approches de la communauté internationale, étant
de plus en plus stéréotypées avec une sous-traitance indirecte aux
institutions africaines, n’arrivent plus à avoir des impacts concrets
sur un changement véritable. Avec des Etats dirigés parfois par des
dirigeants africains souffrant d’une véritable légitimité populaire
effective, la communauté internationale ne fait qu’avaliser sans fautes
la plupart des coups de forces. Ceci est d’autant plus accentué que la
crise financière liée à la dérégulation a asséché les finances
occidentales. Les puissances occidentales n’interviendront directement
qu’en dernier ressort lorsque leurs propres intérêts seront
effectivement menacés.
2. C’est au peuple de faire des propositions, et non Dadis Camara
Après les massacres perpétrés contre les citoyens par une partie de
l’armée inculte dotée d’une culture grégaire, il importe de se demander
pourquoi après 51 ans d’hégémonie autocratique de Sékou Touré, Lansana
Conté et de Dadis Camara, le peuple guinéen doit encore verser son sang
[3], les femmes être violées dans le stade de football au lieu et place
des matchs, les leaders de l’opposition "proprement" bastonnés,
les morts disparaître à la morgue et les blessés au même titre que les
journalistes et les opposants se terrer pour éviter les règlements de
compte.
Qui peut accepter de faire un gouvernement d’union
nationale avec des responsables d’assassinats alors que le degré de la
liberté d’expression se mesure à la force de l’intimidation par les
armes. La mauvaise foi est patente puisque cette option aurait eu
beaucoup de chances d’être acceptée dès la prise du pouvoir après la
mort du Président Lansana Conté, si le président autoproclamé [4] du
Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), le
Capitaine Moussa Dadis Camara, l’avait proposé. Les morts n’auront-ils
alors servi à rien, puisque c’est encore le Président autoproclamé Dadis
Camara qui propose, sous sa direction, un Gouvernement d’union
nationale. Mais c’est le monde à l’envers. C’est au peuple de faire des
propositions de sortie de crise, et non Dadis Camara qui n’a pas versé
son sang et a, semble-t-il, envoyé sa femme et ses enfants au Maroc [5].
3. La responsabilité des partis de l’opposition et l’impunité
Les partis d’opposition n’ont pas tiré sur le peuple guinéen. Toutefois,
ce sont les opposants politiques guinéens qui n’arrivent pas, comme au
demeurant au Togo, au Gabon et ailleurs en Afrique, à comprendre
l’importance d’une candidature commune soutenue par les citoyens bien
avant les échéances électorales afin d’amener la partie de l’armée
républicaine à rejoindre leur camp. Les élections africaines, un
mécanisme de représentativité par les urnes, quand celui-ci n’est pas un
simple canular orchestré de l’extérieur par certains membres éminents de
la communauté internationale, supposent une coopération mutuelle totale
au niveau des chefs des partis pouvant incarner l’alternance. Bien sûr,
lorsque certains de ces chefs de l’opposition, en catimini, vont
négocier des postes avec les régimes autocratiques et dictatoriaux,
c’est tout le processus électoral qui est vicié dans ses fondements.
C’est cette émergence d’une nouvelle catégorie de politiciens africains
prônant l’opportunisme ou la transhumance en politique sans d’ailleurs
faire la fine bouche quand il s’agit de ventrologie, qui a, entre
autres, décrédibilisé la démocratie à l’africaine, la transformant en
démocrature.
Les populations sans voix et sans pouvoir sont alors
simplement utilisées comme de la chair à canon. L’impunité ambiante
permet d’avoir le taux le plus élevé de criminels qui circulent
librement dans les pays africains. Et surtout, avec les pressions
ethniques, les vieux principes du droit d’aînesse fondé sur l’abus de
l’âge et tant de traditions culturelles en marge du progrès ont bloqué
la volonté de l’innovation politique et condamné les jeunes à manifester
leur mécontentement, réprimés dans le sang. Tant que les entorses à la
démocratie ne se transforment pas en massacres des populations et que
cela devient visible et connu de tous, certains pays continuent leur
collaboration militaire avec en filigrane la possibilité d’accéder à des
matières premières ou de renouveler des contrats venant à échéance qui
pourraient être attribués à d’autres pays plus compétitifs.
Même la Diaspora semble impuissante face à un
Capitaine Dadis Camara, tête de pont d’un groupe de militaires sans foi,
ni âme qui ne peuvent quitter le pouvoir pour se retrouver devant des
tribunaux internationaux, puisque chacun sait que les tribunaux en
Afrique n’ont pas pour objet de punir mais de permettre de ne pas aller
devant les tribunaux internationaux, comme en témoignent les manœuvres
dilatoires d’Hissène Habré au Sénégal. Les complicités des autorités
sénégalaises ne peuvent plus reposer uniquement sur l’absence de budget
dont les montants extensibles posent d’autres questions sur la finalité
même de ce procès.
4. L’irresponsabilité d’une bande armée et la coopération militaire
française
Ce n’est pas l’armée guinéenne qu’il faut condamner mais bien la bande
de la garde présidentielle rattachée directement au Capitaine Dadis
Camara, bande armée qui, semble-t-il, peut mettre en otage de manière
conjoncturelle Dadis Camara lui-même et des pans entiers d’hommes en
treillis soumis à un système d’ordre. Peut-on réellement parler d’une
armée incontrôlée alors que quelques simples militaires extrémistes
peuvent "faire du nettoyage d’opposants" sans être inquiétés. Fallait-il
que certains dirigeants présents sur le terrain choisissent
l’affrontement en maintenant la mobilisation pour la démocratie alors
que la Junte militaire avait interdit la manifestation ? On ne peut donc
pas exonérer le rôle de certains leaders de l’opposition qui avaient
d’ailleurs, semble-t-il, changé le plan original, consistant à attendre
le retour de New-York d’un des leurs, Alpha Condé, Président du
Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) avant toute action d’envergure.
Si cette erreur de jugement et de naïveté consistant à croire qu’au
pire, tout ceci se finirait par de simples emprisonnements, alors il y a
bien des calculs politiques intra-opposition témoignant bien de la
difficulté à organiser une véritable fédération de l’opposition en
Guinée. Plus grave, il y a un vrai problème d’analyse de la capacité de
nuisance et de nettoyage de certains militaires africains, renforcés
dans leur objectif par une certaine coopération militaire venue
d’ailleurs.
S’il faut mettre en doute cette thèse, alors, c’est que ce problème est
plus profond car certains chefs d’État de la sous-région ne pouvaient
pas ne pas être au courant de la décision des opposants de manifester
malgré l’interdiction de la junte militaire. Il ne s’agit d’ailleurs pas
véritablement de militaires, mais d’un groupe d’hommes en treillis
militaires, qui encore tout récemment bénéficiait de la coopération
militaire française. Le Ministre français des affaires étrangères,
Bernard Kouchner, a déclaré que "La France a décidé la suspension
immédiate de sa coopération militaire avec la Guinée. Elle réexamine
parallèlement l'ensemble de son aide bilatérale" . Si cette
coopération militaire s’était arrêtée le 23 décembre 2008, peut-être que
la situation en Guinée aurait évoluée autrement [7]. La "rupture"
à la française semble intervenir bien tard et soulève aussi la part de
responsabilité de ce pays dans ces massacres sans nom. Les vieilles
approches françaises cachées sous des "indulgences exorbitantes à
géométrie variable pour des légitimités usurpées" ne fonctionnent
plus de manière automatique en Afrique francophone. Un alignement de ce
pays sur les positions de l’Union européenne aurait certainement fait
réfléchir la junte militaire pendant les fêtes de fin d’année 2008. Il
faut espérer que la France restera neutre en évitant de réveiller les
antagonismes ethniques dont les déliquescences sont perceptibles dans
l’impossible candidature commune des partis d’opposition.
Le groupe d’hommes en treillis semble avoir réussi le pari de s’imposer
tranquillement face à une communauté internationale s’appuyant sur
l’Union africaine, qui elle-même est à l’écoute d’un groupe de chefs
d’État africains, lequel hésite sur le fait d’intégrer ou pas Dadis
Camara dans le "syndicat des chefs d’État" ou d’utiliser
l’argument de l’amnistie pour permettre une transition en douceur. La
Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’est
s’empressée de condamner, en oubliant qu’elle est aussi en partie
responsable de la situation présente pour n’avoir pas voulu condamner
clairement le Président Lansana Conté lors des précédentes crises dans
ce pays. Bref, personne n’est responsable, tout le monde condamne, et
des voix s’élèvent pour mener des enquêtes qui finiront comme au Togo
sans suite dès qu’il s’agit de "punir quelqu’un"… Cela permettra
à des experts, après de nombreux mois d’enquêtes, de conclure en
demi-teinte que les torts sont partagés, ce que les Nations Unies
considèrent encore trop souvent comme un consensus.
5. L’Afrique négocie avec des "lâches irresponsables" ?
Mais qui se soucie de ces femmes violées, certaines avec des baïonnettes
achetées au marché noir et contaminées de virus de tous genres ?
L’humiliation gratuite, le déshonneur, le silence coupable… bref la
neutralité coupable[8] de nous tous, peuvent-ils faire passer, encore
cette fois-ci, cette barbarie et ce viol de la souveraineté d’un peuple
tout entier par le compte des pertes et profits ? La palabre africaine,
alors que la force est du côté des meurtriers, pose problème.
Le peuple guinéen est un peuple courageux et
audacieux et a osé braver, à mains nues, des hommes dont toute la
puissance se résume à leur capacité à tirer sur des innocents pour mieux
s’assurer leur silence, et indirectement celui des partis politiques.
Mais ce sont des LÂCHES qui n’osent pas assumer leur brutalité, ni leur
bestialité encore moins leur inhumanité. Les religieux de confessions
musulmanes, chrétiennes, animistes ou juives feraient mieux d’élever
leurs voix pour condamner de tels actes. Les tribunaux humains ne
pourront en fait jamais rendre justice au peuple guinéen pour de tels
torts alors que la faute et la responsabilité semblent disparaître petit
à petit : responsabilité sans faute d’hommes en treillis [9], selon le
Capitaine Dadis Camara ? Responsabilité de certains partis de
l’opposition selon le même Capitaine ?
Mais peut-on être juge et meurtrier ?
6. Qui veut encore punir le peuple guinéen ?
Quelle que soit la vérité, la vraie responsabilité est en dehors de la
Guinée. C’est le refus de la communauté internationale de soutenir,
depuis les indépendances juridiques, les partis d’opposition qui ont
opté pour la démocratie et l’alternance. Cette communauté internationale
est elle-même prise en otage par certains de ses membres qui veulent
garder d’une part, des pré-carrés contribuant à la richesse
outre-Afrique et d’autre part, donner des leçons à un pays qui a rejeté
bruyamment la "grande alliance avec la Métropole" en 1958. Sékou Touré
l’a dit : "Nous préférons la liberté dans la pauvreté que la servitude
dans l’opulence". Il fallait donc indirectement punir ce peuple pour
cette audace afin d’éviter que d’autres ne s’amusent à jouer avec de
tels concepts dans le futur… C’est finalement dans cette logique que
s’inscrit le Président autoproclamé, le Capitaine Dadis Camara, en
organisant le silence des cimetières dans un stade de football en
Guinée.
Mais c’est que la jeunesse guinéenne est tout
simplement en train d’innover autour de ce concept. Les institutions
internationales, africaines, sous-régionales et même les partis
politiques d’opposition sont dépassés. La seule structure que l’on
croyait organisée en Guinée, à savoir les militaires, ne l’est pas. Une
grande partie de l’armée subit la loi de quelques chefs, armés jusqu’aux
dents, reconnaissables à leurs bérets rouges quand ils ne sont pas en
civil. Ce n’est donc pas la gendarmerie… Mais ces chefs autocrates au
sein de l’armée ont vite compris qu’il était de leur intérêt de museler
les partis d’opposition en faisant couler le sang, espérant stopper à la
base toute velléité future d’associations d’individus qui pourraient
mettre en cause leur pouvoir.
En réalité, ils ne comprennent pas pourquoi "on" ne
leur donne pas le temps de "construire leur maison" avant de quitter
éventuellement le pouvoir en insistant sur des élections en janvier
2010.
7. Oublier les élections de janvier 2010 ?
En n’ayant pas condamné l’arrivée au pouvoir d’hommes en treillis dès le
départ avec des mesures plus vigoureuses que les critiques d’usage,
c’est l’ensemble des protagonistes de ce dossier qui sont
co-responsables des morts, des blessés et des humiliés. La solution ne
peut donc plus se trouver dans les élections de janvier 2010 puisque le
Capitaine Dadis Camara s’insurge contre le fait qu’on lui refuse le
droit de se présenter aux élections, droit reconnu à tout citoyen
guinéen. Il y a donc vraisemblablement de l’ingérence.
La volonté d’aller trouver un "sage" africain, le
Président du Burkina-Faso, Blaise Compraoré, pour faire avancer ce
dossier selon l’Agenda des "hommes en treillis militaires" relève plus
de manœuvres dilatoires risquant de profiter au pouvoir des hommes en
treillis. Par ailleurs, le "sage" africain n’est pas "Zorro", ni "Nelson
Mandela" et ne dispose pas des moyens militaires et financiers
nécessaires pour faire partir un groupe de malfrats en treillis qui
n’intimident que parce qu’ils disposent d’armes à feux et des pouvoirs
régaliens d’un Etat. Le Capitaine Dadis Camara est clair. Il ne quittera
pas le pouvoir à moins que l’on vienne l’y chercher, et c’est ce qu’il a
toujours cherché à faire comprendre à toute la communauté guinéenne,
africaine et internationale. Mais certains, naïvement, refusent de
l’écouter. D’autres, y compris dans une fausse opposition, ont cru qu’il
y avait plus d’intérêts à garder ces "gens" au pouvoir en maquillant
tout ceci comme une œuvre de la fatalité… non sans s’être fait promettre
des postes par la Junte militaire.
Après la période classique du "sauveur", du
"justicier", du "redresseur de tort" dont les résultats tangibles sont
écrits avec le sang des guinéens et l’humiliation de tout un peuple, il
est temps que les principaux dirigeants de l’alternative guinéenne
acceptent de former une équipe commune pour un gouvernement de coalition
pour une période de transition d’au moins 2-3 ans renouvelable, qui
devra nécessairement se faire sans la participation des hommes en
treillis, des apprentis sorciers mercenaires de la politique. La
communauté internationale doit en accepter le principe, quitte à mettre
tout en œuvre pour soutenir les propositions qui ne peuvent émaner de
funestes meurtriers du peuple guinéen.
Puisque c’est la présomption d’une possible
candidature du Capitaine Dadis Camara qui a conduit à des assassinats
gratuits et horribles dans ce pays, alors ces élections doivent être
reportées aux calendres grecques en demandant aux forces alternatives de
retrouver en leur sein la volonté de proposer un gouvernement de
transition. En effet, rien ne garantit des élections libres,
transparentes et sécurisées sauf si les magiciens des élections truquées
électroniquement reçoivent leur contrat pour usurper la vérité des urnes
en Guinée et ailleurs en Afrique francophone.
Il est demandé alors au Capitaine Dadis Camara et son
équipe de quitter pacifiquement le pouvoir contre une amnistie délivrée
individuellement car les responsabilités collectives, elles, ne peuvent
faire l’objet d’impunité.
Les dirigeants de l’alternative guinéenne sont-ils capables de s’unir
pour gérer le pays pendant une période transitoire ? Au moins, Dadis
Camara aura servi à cela : unifier l’opposition guinéenne après des
évènements tragiques.
8. L’intervention militaire de la communauté internationale : une
option faisable ?
En cas de refus de démission de la CNDD, la communauté internationale,
qui a péché par le refus systématique de soutenir les oppositions
démocratiques dans ce pays, pourrait faire amende honorable en acceptant
exceptionnellement de mettre en place des mesures d’exception en
intervenant militairement, par le biais des troupes de l’Union
africaine, pour rétablir la transparence, la sécurité, la démocratie et
les libertés. Cette option n’est faisable que si l’intervention se fait
par l’intermédiaire des troupes militaires sous un commandement de
l’Union africaine.
Ce n’est qu’à ce prix que la légitimité du
Gouvernement de coalition sera assurée et que la Guinée retrouvera sa
dignité. A défaut, il faut croire que certains membres de la communauté
internationale continuent à "punir" le peuple guinéen pour son
indépendance, la recherche de sa souveraineté économique, la
construction d’une démocratie et du progrès social, et ce que Noam
Chomsky dénonçait comme étant "la menace du bon exemple". Il faut donc
espérer que la communauté internationale soutiendra ce Gouvernement de
transition sans les hommes en treillis, ce qui pourrait permettre
d’inscrire dans la mémoire collective et l’histoire de la Guinée que
Dadis Camara au même titre que Lansané Conté, n’était qu’une punition du
peuple guinéen. Le principe du partage du pouvoir, privilégié par les
dirigeants africains alors que les rapports de force sont asymétriques,
apparaissent de plus en plus comme des bombes à retardement.
Un peu de courage ne gâte pas la sauce gombo [10]!
Dr Yves Ekoué Amaïzo,
Directeur du Groupe de réflexion, d'action et d'influence "Afrology"
4 octobre 2009
1. FIDH, « Togo : élections présidentielles : présidence à vie pour
EYADEMA ? », FIDH online, 6 mai 2003, voir <
http://www.fidh.org/elections-presidentielles > 2. Rédaction, «
L’Union africaine va imposer des sanctions contre la CNDD », in Guinée
News Online, 18 septembre 2009, voir : <
http://www.guineenews.org/articles/article.asp?num=200991818385>
3. 157 morts des organisations non gouvernementales, et 57 de sources
gouvernementales et plus de 1200 blessés ; cf. Vincent Hugeux, « Les
embarras de Paris en Guinée », in L'Express.fr, 29 septembre 2009, voir
<http://www.lepost.fr/article/2009/09/29/1718667_les-embarras-de-paris-en-guinee.html>
4. Louise Cuneo, « Moussa Dadis Camara, président autoproclamé et
controversé », in Le Point, 30 septembre 2009, voir <
http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2009-09-30/guinee-portrait-moussa-dadis-camara-president-autoproclame-et-controvers/924/0/381724>
5. Source : les membres de la Diaspora guinéenne
6. Le Monde, « La France suspend sa coopération militaire avec la Guinée
», in Le Monde.fr et Reuters, 29 septembre 2009, voir : <http://www.lemonde.fr/afrique/article/2009/09/29/la-france-suspend-sa-cooperation-militaire-avec-la-guinee_1246879_3212.html>
7. Pamibéogo Ouédraogo, « Guinée: Joyandet aboie, Dadis passe », in
AllAfrica Online, 25 août 2009, voir :
<
http://fr.allafrica.com/stories/200908260134.html > 8. Yves Ekoué
Amaïzo (sous la dir.) , La neutralité coupable : L’autocensure des
Africains, un frein aux alternatives ?, avec une préface d’Abel Goumba
et une postface de Godwin Tété-Adjalogo, « collection interdépendance
africaine », éditions Menaibuc, Paris, 2008
9. Ismaël Kabiné Camara et Stéphanie Plasse, « Massacre en Guinée :
l’armée échappe-t-elle à Dadis Camara ? », Afrik.com, 30 septembre 2009,
voir <
http://www.afrik.com/article17660.html> 10. Une paraphrase du
dicton togolais : « Trop de viandes ne gâchent pas la sauce ».
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Yves Ekoué Amaïzo

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