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Cote d’ivoire et la démocratie sélective
de la communauté internationale
Selon Madame le Représentant du Haut-commissaire des droits de
l’Homme, les 50 morts et 200 blessés [1] à la veille des fêtes de la fin
d’année en Côte d’Ivoire sont en train de transformer l’imbroglio
politique ivoirien en un imbroglio sécuritaire. Malgré les déclarations
faites de part et d’autre d’avancer vers une "solution", pour le moment
sans compromis et sans violence, la réalité sur le terrain porte les
stigmates de combats non visibles que se livrent les partisans des deux
"Présidents" de la Côte d’Ivoire, suite au viol du processus électoral
lors de la proclamation des résultats de la présidentielle du 28
novembre. Les positions intransigeantes des deux parties - relayées
parfois par la Communauté internationale - au lieu de préserver le rôle
d’arbitre de celle-ci et d’être la source première de la solution en
Côte d’Ivoire, pourraient transformer cette dernière en problème.
Les solutions africaines de sortie de crise ne peuvent plus être
considérées comme non-opérationnelles puisque la Communauté
internationale, du fait de ses ingérences pas toujours discrètes, a
failli - malgré tout l’argent englouti dans les élections – dans son
action pour faire émerger la vérité des urnes en Côte d’Ivoire.
1. Election ivoirienne : un formidable gâchis financier
Le sentiment premier qui émerge à la suite des élections présidentielles
controversées en Côte d’Ivoire comme au demeurant dans de nombreux pays
africains, est un formidable gâchis financier. Les sommes importantes
qui ont été engagées, plus de 300 millions d’Euros [2], pour que ces
élections soient sécurisées, libres et transparentes pourraient avoir
été dépensées pour revenir purement et simplement à la case départ,
situation qui prévalait déjà en filigrane en 1993 à la mort du Président
Félix Houphouët-Boigny. En effet, les mêmes candidats à la présidence de
la République étaient déjà directement ou virtuellement en compétition
pour la succession du "vieux", nom affectueux que le Peuple ivoirien
attribuait à leur feu Président charismatique. Ce n’est donc pas une
question d’argent qui a fait déraper le processus de retour à la
normalisation démocratique en Côte d’Ivoire. Vraisemblablement, c’est :
- d’une part les ingérences étrangères directes ou indirectes avec en toile de
fond la défense des intérêts de ceux qui considèrent encore la Côte d’Ivoire
comme une entité indissociable de leurs pré-carrés économiques. Ces ingérences
multiformes, publiques comme privées et occultes, s’organisent pour choisir un
candidat et le soutenir financièrement et militairement, y compris avec l’appui
indirect de l’ONUCI (Organisation des Nations Unies Côte d’Ivoire), puisqu’une
grande partie des soldats de l’ONU possède la nationalité de l’ex-puissance
coloniale et appartient à la force Licorne stationnée en Côte d’Ivoire ; et
- d’autre part la conception toute clanique et patrimoniale de l’Etat où
celui qui détient le pouvoir considère avec son réseau, - en l’occurrence pour
la Côte d’Ivoire (Laurent Gbagbo et sa femme Simone) -, qu’il ne peut perdre les
élections démocratiques, et doit conserver le pouvoir même s’il faut faire des
entorses au processus démocratique. Malheureusement, le fait de ne pas avoir
prévu un délai supplémentaire à la Commission électorale indépendante (CEI) pour
recompter ou éventuellement procéder à nouveau au vote dans les régions
contestées, a bloqué le principe de transparence. A vouloir annoncer sous la
pression de la Communauté internationale, les résultats provisoires sans la
prise en compte des contestations comprenant aussi celles du premier tour et
fort du fait que tous les protagonistes semblaient avoir accepté la CEI comme
instance pour annoncer les résultats provisoires, ceux du camp de Laurent Gbagbo
qui ont empêché l’annonce des résultats doivent présenter des explications plus
convaincantes pour expliquer leur geste anti-démocratique ; et enfin
- en l’absence d’une annonce officielle de la CEI qui a été empêchée, la
Cour Constitutionnelle aurait pu choisir de procéder à une vérification, voire
une sorte de troisième tour en procédant à un nouveau vote dans les espaces
contestés. Les affirmations selon lesquelles Alassane Ouattara aurait obtenu 54
% des voix n’ont pas été confirmées par la Cour constitutionnelle ivoirienne. Au
contraire, celle-ci a affirmé que c’est Laurent Gbagbo qui serait crédité de 51
% après annulation du vote suite à l’invalidation dans les circonscriptions où
il y a eu la guerre. Le retour à la normalisation n’ayant pas eu lieu dans les
faits, le vote n’aurait pas été libre et transparent dans ces zones. Au lieu
d’apporter un démenti à cela au niveau de la CEI, tout le monde voulait en finir
au plus vite avec ces élections. Mais c’est surtout la pression occidentale qui
s’en est suivie qui a conduit à une fuite en avant et une précipitation dans les
annonces de résultats définitifs d’un comptage contesté. La Cour
constitutionnelle ivoirienne, constituée et contrôlée comme dans la plupart des
pays africains par le pouvoir en place, a donc logiquement fait son choix.
2. Frustration du peuple ivoirien : les démocraties importées dans
l’impasse
C’est la Cour constitutionnelle qui décide qui est Président ou qui ne
l’est pas. La Communauté internationale s’aligne, non sans avoir pris la
précaution d’amener l’Union africaine et les institutions sous
régionales à se soumettre aux principes et non sur les faits et les
dynamiques internes du pouvoir. C’est ainsi qu’en cette année 2010, le
Gabon ou le Togo ont élu leur Président, contrairement aux résultats
sortis des urnes. La frustration des Peuples togolais ou gabonais est à
l’image de celle du Peuple de Côte d’Ivoire.
Mais la Communauté internationale a trouvé cela presque normal,
considérant presque comme un sport national, cette forme de hold-up
électoral en Afrique consistant à falsifier la vérité des urnes. La
morale de cette énième histoire de la démocratie en Côte d’Ivoire, est
qu’il y a eu usurpation de la vérité des urnes sans que personne ne
puisse réellement prouver si les contestations du camp de Laurent Gbagbo
sont moins légitimes que les affirmations de victoire qu’affiche le camp
d’Alassane Ouattara soutenu par la Communauté internationale. Et comme
personne ne veut recompter ou refaire le vote dans les zones où les
résultats ont été annulés par la Cour constitutionnelle, la Communauté
internationale et l’ONUCI sont entrées dans l’émotion et le passionnel.
La frustration du Peuple ivoirien n’en est que plus grande alors que
chacun croyait sortir enfin des conflits politico-militaires. Le Peuple
ivoirien est pris en otage. La solution définitive, à terme, sera de
nouvelles élections sur la base d’une constitution ivoirienne importée
d’ailleurs et revue dans le cadre d’une approche afrocentrique. Il faut
alors tout faire pour éviter la médiation de "Blaise Compaoré" car les
résultats obtenus tant en Guinée (au premier tour), au Togo et en Côte
d’Ivoire ne peuvent pas être à l’image des 80 % de voix obtenus dès le
premier tour par ce dernier. Cette médiation par personne interposée ne
marche pas et a conduit à la guerre en Côte d’Ivoire.
Après avoir répété en boucle avant ce deuxième tour des élections
présidentielles que l’"on est fatigué, et pourvu que le meilleur
gagne", les Ivoiriens et Ivoiriennes doivent prendre leur courage à
deux mains, laisser les émotions de côté et opter pour la paix. La
période transitoire qui s’ouvre avec ou sans l’un ou l’autre des
Présidents n’est pas porteuse de paix. C’est au contraire, le
dépassement de concepts importés qu’il y a lieu de mettre en opération.
Il faut "palabrer" avec les responsables d’Alassane Ouattara,
d’Henri Konan Bédié et de Laurent Gbagbo pour un partage de pouvoir au
cours d’une période transitoire. Cela a été fait au Congo démocratique
avec plus ou moins de succès et de paix avant l’ère où Joseph Kabila a
régné seul. Il faut donc savoir que pour l’Afrique, dès lors que la
"démocratie occidentale - de celui qui gagne, parfois sans refléter la
vérité des urnes - "gouverne seule en Afrique" et s’y trouve mise en
œuvre, l’Afrique recule et les pires exactions réapparaissent. Cette
approche permet de perpétuer la gestion de la postcolonie et de la
dépendance économique.
Pour éviter de faire de la Côte d’Ivoire un nouveau Congo, toutes
proportions gardées, les dirigeants africains soucieux de l’avenir du
Peuple ivoirien tant pour la préservation de la paix que du partage du
pouvoir, doivent cesser de copier des modèles importés de démocraties
qui détruisent les équilibres dynamiques d’organisation de la cohésion
sociale en Afrique.
3. Entre exil et rupture : faire pression, exiger ou palabrer ?
Au départ, après l’interdiction faite à la CEI de prononcer les
résultats des élections présidentielles ivoiriennes, Alassane Ouattara
bénéficiait véritablement d’une sympathie généralisée. Avec les
injonctions de certains chefs d’Etat occidentaux qui ne font plus de
différence entre leur préfet et la souveraineté d’un Etat comme la Côte
d’Ivoire, ce crédit pourrait s’amenuiser au fil du temps. En effet, les
conseils que lui prodigue cette Communauté internationale conduisent à
limiter ses marges de manœuvres en termes de négociations futures. Car,
croire qu’il n’y aura pas de négociation, c’est faire preuve d’illusions
sur les capacités dilatoires des uns et des autres et oublier que la
Côte d’Ivoire peut vivre sans certaines puissances occidentales. Les
opportunités offertes par les pays émergents et les pays s’ouvrant à
l’Afrique, en lui permettant d’élargir les opportunités, pourraient en
fait créer une sorte de "rupture" à laquelle aspire le Front Patriotique
ivoirien de Laurent Gbagbo. Le paradoxe serait que cette "rupture"
clamée par certains chefs d’Etat occidentaux se fasse à leur initiative
et contre leurs intérêts en Côte d’Ivoire.
A moins de verser dans une tentative de "kidnapper Laurent Gbagbo et
son entourage" comme la Communauté internationale l’a fait pour le
Président Jean Bertrand Aristide d’Haïti, actuellement en exil en
Afrique du Sud, les options de l’élimination physique ne peuvent honorer
cette même Communauté internationale. Seules les pressions pourraient
aboutir à faire partir Laurent Gbagbo en exil, en s’interrogeant sur le
niveau de sa sécurité dans les pays africains très peu respectueux des
engagements dans ce domaine.
Certains responsables de la Communauté internationale sont en train de
devenir une partie du problème au lieu de demeurer une partie de la
solution. Ainsi, les sanctions annoncées qui pourraient toucher
individuellement le cercle rapproché de Laurent Gbagbo pourraient en
définitive se révéler n’être qu’une erreur de stratégie et de
compréhension des dynamiques internes de l’Afrique et plus largement de
l’Afrique de la postcolonie. Ceux qui n’arrivent pas à faire le deuil de
la période coloniale oublient peut-être que la Côte d’Ivoire n’est plus
une colonie, ni au plan politique, ni au plan économique. Il y a des
rapports de force émergents et personne ne songe à revenir en arrière
pour ne jamais sortir de "l’histoire" coloniale, comme en rêvent
certains dirigeants occidentaux et parfois africains devenus leurs
"délocalisations en chair en en os".
Les recettes projetées du budget ivoirien et provenant des hydrocarbures
et des matières premières offrent de nombreuses alternatives sur le
marché international pour continuer à organiser l’indépendance
économique du pays. Aussi, à force de clamer qu’il n’y a pas d’ingérence
et que la Communauté internationale n’a pas eu de candidat, il est
difficile aujourd’hui de ne pas croire que certains chefs d’Etat,
membres de la Communauté internationale, ayant des relais africains tant
dans la politique que dans les réseaux occultes, ont choisi
d’instrumentaliser l’un des deux Présidents de la Côte d’Ivoire.
Notamment Alassane Ouattara, en utilisant les élections pour légitimer
un candidat qui est qualifié de pro-occidental, ceci en référence à son
rôle dans les plans d’ajustements structurels lors de sa carrière au
Fonds monétaire international, ce qui revient en boucle dans la mémoire
des Africains qui accèdent aujourd’hui au pouvoir en Afrique.
Mais, l’une des vraies raisons non-dites est bien que Laurent Gbagbo,
comme Sékou Touré en 1958 a osé tenir tête à plusieurs reprises aux
puissances occidentales au cours des 10 ans de son règne sur la Côte
d’Ivoire. Il a surtout aussi réussi à pacifier son pays en intégrant les
chefs rebelles. Il a malgré tout pu rester au pouvoir malgré les
nombreuses initiatives de déstabilisation qui ont conduit à ce que son
deuxième mandat n’a pas fait l’objet de confirmation par les électeurs
ivoiriens. C’est donc ce mandat "empêché" d’après les partisans de
Laurent Gbagbo qui peut permettre d’expliquer le besoin de partage du
pouvoir que les urnes ne semblent pas avoir clarifié d’après le parti
FPI. Le seul problème est que l’annulation des zones contestées aurait
dû conduire à un recomptage ou alors à un "troisième tour" dans ces
zones afin de faire jaillir la vérité des urnes. Que s’est-il donc passé
au niveau de la Commission électorale indépendante, dominée par la
coalition des partis d’Alassane Ouattara et d’Henri Konan Bédié, pour
que personne n’ait eu la présence d’esprit d’offrir cette alternative ?
Pourquoi tant de précipitation pour annoncer des résultats provisoires
que la Cour constitutionnelle dominée par les amis de Laurent Gbagbo
allait manifestement invalider ? De toute évidence, là encore, il y a eu
des pressions étrangères lesquelles ne sont pas les meilleurs conseils
en matière électorale en Afrique, en Côte d’Ivoire en particulier.
4. Une communauté internationale amnésique : indispensable troisième
tour
Comme à son habitude en Irak ou en Afghanistan, la Communauté
internationale a fait preuve de beaucoup d’arrogance en pensant résoudre
le problème en quelques jours. Elle n’a fait qu’enclencher un processus
en cascade de déstabilisation et de déstructuration de la cohésion
sociale dans ces pays. Elle risque de catapulter la Côte d’Ivoire vers
des voies sans issue pacifique surtout que de nombreux morts répertoriés
ne semblent pas être tous des Ivoiriens mais bien des mercenaires
parlant anglais.
Il est donc demandé à la communauté internationale de ne pas ouvrir un
autre Irak ou Afghanistan en Côte d’Ivoire. L’Afrique est un sol de paix
où les équilibres dynamiques se construisent au rythme des palabres. Il
ne faut pas créer une situation de guerre civile afin de justifier
l’arrivée de la force AFRICOM [3] alors que pour la première fois tous
les chefs d’Etat africains ont préféré - malgré les promesses de
paiements substantiels pour abriter cette force étrangère - éviter que
cette force militaire américaine pour l’Afrique ne soit pas stationnée
sur le sol africain. Le refus de la Communauté internationale de prendre
en considération et de soutenir ce paradigme fondamental de la société
africaine que constitue le "partage des pouvoirs pour conserver la
cohésion sociale" a régulièrement conduit à des échecs dans
l’approfondissement de la démocratie en Afrique. Ni l’exil, ni la
rupture avec la Communauté internationale ne constitue la solution. Il
faut palabrer comme cela s’est fait lors du débat télévisé entre les
deux candidats sauf que cette fois-ci, il faut absolument réintégrer
Henri Konan Bédié dans le jeu car les fraudes du premier tour ont
largement frustré le Parti démocratique de la Côte d’Ivoire (PDCI).
Avec la nouvelle marge budgétaire de la Côte d’Ivoire, il est vrai que
les pratiques impérialistes d’antan, où il aurait suffi d’organiser un
coup d’Etat télécommandé avec quelques militaires africains vassaux pour
que le problème se résolve, ne peuvent plus s’appliquer pour le cas
Gbagbo. Aujourd’hui, la conscientisation d’une partie du peuple ivoirien
et surtout le rejet total des injonctions impériales venues d’ailleurs
contre un dirigeant africain et noir, qui a tenu tête aux diktats en
préservant autant que faire se peut les intérêts des Ivoiriens, sonne de
plus en plus comme une guerre ouverte pour relancer la dé-postcolonisation.
C’est cette même communauté internationale qui a choisi d’imposer les
commissions électorales dites "indépendantes" et surtout de ne
valider que les décisions des cours constitutionnelles non susceptibles
d’appel en Afrique. Alors faut-il rappeler l’amnésie de cette même
Communauté internationale sur les cas récent de fraudes électorales
massives comme en Egypte avec 95 % des voix aux législatives pour le
parti du Président Hosni Moubarak, au Burkina-Faso après 23 ans au
pouvoir où le Président sortant est "réélu" avec 80 % dès le
premier tour avec un silence assourdissant sur le comptage des voix. Le
cas du Gabon (août 2010) ou du Togo (mars 2010) où les résultats ont
purement et simplement été inversés et n’ont pas attiré outre mesure
l’attention d’une certaine Communauté internationale, malgré des appels
pressants de tout un peuple, et pour ce qui est du Togo des séries de
marches de résistances et de veillées de prière sauvagement réprimées
par un groupe de l’armée non-républicaine, bénéficiant de l’impunité et
des financements européens pour leurs équipements, comme les uniformes
mais aussi des casques, des bottes et des grenades utilisées pour tirer
sur les manifestants [4]. Mais l’amnésie de la Communauté internationale
porte plus sur les cas de 2009 avec en Algérie, 90 % des suffrages pour
le Président Abdelaziz Bouteflika, 89,6 % des suffrages pour le
Président tunisien Ben Ali, 79 % des suffrages pour le Président
congolais Denis Sassou Nguesso. Et la Communauté internationale continue
à parler de démocratie transparente et libre. Quand au cas des élections
présidentielles au Soudan, au Kenya ou au Zimbabwe, il a fallu trouver
un compromis que la même Communauté internationale considère comme
impossible en Côte d’Ivoire pour le moment.
5. Une vérité des urnes incomplète en cote d’ivoire
Il ne s’agit pas de défendre Laurent Gbagbo ou Alassane Ouattara. Il est
question de comprendre que les formes institutionnalisées que prennent
les processus démocratiques en Afrique sont héritées des puissances
coloniales et ne contribuent pas à l’émergence d’une démocratie apaisée
en Afrique. Au contraire, ces approches d’élections à un ou deux tours
sont de plus en plus porteuses de contestations et lorsque les écarts
sont importants comme dans le cas de la Côte d’Ivoire, qu’il n’est pas
prévu de recompter, il y a impasse. Le 3e tour dans les circonscriptions
contestées doit avoir lieu. La proclamation de la victoire d’un candidat
sur un autre ne peut être prononcée par une Cour constitutionnelle. Il y
a lieu que le candidat-malheureux accepte les résultats des urnes. Cela
n’est possible que si le troisième tour est prévu dans la constitution
et son financement soutenu par la même Communauté internationale.
Cette Communauté internationale - mettant en œuvre sa politique du
"deux-poids, deux mesures" selon ses intérêts du moment - ne semble
d’ailleurs pas mesurer suffisamment les risques d’implosion sociale qui
pourraient suivre une décision unilatérale, si les solutions devaient se
faire sur la base d’une opération "téléguidée" par les pays occidentaux,
sans le soutien d’une large majorité de la population ivoirienne. La
3ème solution est de laisser l’Union africaine mettre en œuvre une
politique de l’Afrocentricité en laissant le temps au temps et la
diplomatie africaine des conciliabules prendre le relais. Car si
auparavant, les positions de l’ex-colonie étaient rapidement acceptées
ou subies, aujourd’hui, les dynamiques internes africaines ont compris
que la Communauté internationale et les pays la composant ont aussi leur
intérêts à défendre en s’organisent de plus en plus à le faire par le
truchement de personnalités africaines de premier plan. Le problème est
de savoir comment déterminer si les priorités sont d’abord africaines,
en l’occurrence ivoirienne, ou si ces priorités sont d’abord la défense
des intérêts non ivoiriens.
Il serait dommage que cette même Communauté internationale, après
quelques effets de manches sur les médias, finisse par comprendre trop
tard les dynamiques d’organisation du pouvoir africain en interne. Elle
doit au moins cesser de raviver ou même créer indirectement des chocs
ethniques sous le couvert d’une conception simpliste et inopérante de la
démocratie en Afrique, conception qui veut que le gagnant emporte tout
et le perdant part en exil. En Afrique, le consensus a toujours prévalu,
même s’il prend des formes parfois contestables. Mais l’injonction
humiliante envers l’Afrique sous prétexte de rétablir une vérité des
urnes incomplète, pourrait contribuer à mettre en cause le principe même
de l’applicabilité des Constitutions importées d’Occident. Il faut donc
trouver à partir des modèles de constitution de pays comme l’Afrique du
Sud, mais aussi des pays scandinaves, de l’Autriche et de l’Allemagne,
des nouvelles formes de Loi fondamentale, qui permettent un partage
intelligent du pouvoir et incitent certains à quitter le pouvoir lorsque
la vérité des urnes s’impose. Mo Ibrahim qui a lancé un prix doté de 5
millions de $US, avec un montant équivalent pour des projets à l’Afrique
doit revoir sa copie car il n’a n’arrive pas à faire partir les Chefs
d’Etat et son comité depuis deux ans n’arrive pas à trouver un Chef
d’Etat africain méritant. On n’achète donc pas les départs volontaires
du pouvoir. Il vaut mieux consacrer cet argent à comprendre les rapports
de force dynamiques et les coalitions entre pays pour accéder et prendre
possession des richesses naturelles et des capacités productives d’un
pays.
6. La cour pénale internationale empêche l’alternance démocratique en
Afrique
En réalité, c’est cette même Communauté internationale qui menace de
trainer les Présidents africains devant des tribunaux occidentaux comme
la Cour pénale internationale. C’est cette même Communauté
internationale qui ne respecte aucun de ses engagements lorsque les
Présidents après de multiples pressions quittent le pouvoir alors que
l’amnistie leur avait été promise. Le cas de Charles Taylor, ex-agent
occidental et accessoirement Président sanguinaire du Libéria, est
parlant. Il s’est retrouvé devant la Cour pénale internationale après
avoir été livré par son "beau-frère" Olusegun Obasanjo,
ex-président du Nigeria, sur demande insistante de la Communauté
internationale. Il faut croire que les intérêts des pays sont plus
importants que la protection des ex-Présidents sanguinaires africains.
En réponse à cela, les Présidents africains, peu respectueux de la
vérité des urnes, choisissent de s’incruster au pouvoir et comptent sur
la décision de la Cour constitutionnelle et sur le temps pour que les
pays occidentaux reviennent négocier les grands contrats. C’est ainsi
que la démocratie, les droits humains, l’éthique, sont relégués dans les
tréfonds de la mémoire collective des Etats où l’amnésie se conjugue
alors avec "intérêts des Etats qui priment sur ceux des populations".
Encore faut-il se rappeler de l’existence d’une telle mémoire en Afrique
où la quête du gain facile pour les élites au pouvoir suppose qu’ils
consentent à offrir des conditions favorables aux puissances extérieures
notamment dans l’accès aux matières premières. C’est ainsi que face aux
grandes déclarations d’intentions, la parodie d’élections démocratiques
confirmée par les Cours constitutionnelles est soutenue partout en
Afrique, sauf en Côte d’Ivoire. Mais quelles leçons tirer des
expériences des pays comme le Bénin, le Ghana, la Guinée, le Mali ou
même le Sénégal où cette démocratie a malgré tout fonctionné ? Lorsque
les alternances démocratiques n’ont pas fonctionné, c’est que la
démocratie n’existait pas au sein des partis d’opposition et que les
chefs des partis politiques étaient incapables de s’unir pour faire un
front commun sans défaillance.
Pour la Guinée notamment, la partie sanglante de son histoire où des
meurtres ont été perpétrés en direct et des femmes violées en public
dans un stade, les interventions bien peu clairvoyantes de cette même
Communauté internationale lui font porter une partie importante de la
responsabilité collective. Qui a préféré opter pour un Dadis Camara
comme Président de Guinée pour tenter de refaire le coup des "Mobutu,
Bokassa ou Eyadéma ?" dans ce pays ? Qui a cru que l’armée
constituée souvent de militaires antirépublicains pourrait comprendre
les notions subtiles de liberté, de démocratie et de responsabilité et
du sens de la responsabilité individuelle et collective ? Ce sont les
mêmes qui empêchent le Peuple africain de respirer et de profiter de la
vérité des urnes en confisquant la démocratie, comme au demeurant au
Togo ou au Gabon.
Heureusement qu’un vent de justice presque divin semble s’être abattu
sur la Guinée où la vigilance de l’équipe d’Alpha Condé a permis de
mettre à nu l’absence de transparence de la vérité des urnes au premier
tour. Avec la mort suspecte du Président de la commission électorale en
Guinée entre les deux tours de l’élection présidentielle, la sagesse a
repris le dessus et la vérité des urnes a pu triompher. Le candidat
Alpha Condé n’était certainement pas le candidat d’une certaine
Communauté internationale. Mais le vent de la vérité des urnes a soufflé
et semble rencontrer quelques ratés en Côte d’Ivoire du fait d’ingérence
étrangère et d’une précipitation dans l’annonce des résultats sans
prendre en compte les contestations et les annulations demandées par
l’un des candidats. Alors ceux qui soufflent sur la braise, doivent
comprendre qu’après avoir mis Madagascar dans l’impasse démocratique, il
est temps de laisser les Africains mettre en œuvre leur démocratie de la
palabre, sans influence extérieure non sollicitée. Car cette influence
extérieure non sollicitée a aussi des intérêts à défendre et n’est donc
pas neutre.
Si la décision de la Cour constitutionnelle venait à être remise en
cause en Côte d’Ivoire, ce qui semble être le choix de certains membres
de la Communauté internationale, il faudra s’attendre à des réactions
dans les pays comme le Togo ou le Gabon où la Communauté internationale
a choisi de valider la "fausse vérité des urnes" afin de
préserver ses intérêts bien compris.
Les dirigeants africains doivent donc à la veille de 2011 accepter de
créer un Tribunal pénal Africain pour juger des exactions politiques,
économiques et des atteintes aux droits humains de leurs pairs. A
défaut, la cour pénale internationale continuera à empêcher tout
processus juridique de comparution de fonctionner normalement sur la
base de la présomption d’innocence. Les effets collatéraux de cette Cour
pénale bien sélective dans ses choix est qu’elle empêche l’alternance
démocratique en Afrique. Le cas du Soudan, du Togo et du Gabon sont des
preuves parlantes du principe de la sélectivité dans la volonté de la
Communauté internationale de la "bonne ou mauvaise démocratie" en
Afrique.
Au demeurant, tout ce processus démocratique en Côte d’Ivoire s’est fait
avec beaucoup de résistances, au point que les retards ont permis à
Laurent Gbagbo d’accomplir un mandat plein de 5 ans sans élection
démocratique. Il est vrai que la Côte d’Ivoire a subi une guerre de
sécession qui n’a pas pu se terminer par un coup d’Etat. Les solutions
de compromis des "braves" ont volé en éclats avec la proclamation des
résultats de la Cour constitutionnelle considérant le Président en
exercice comme le Président. Avec l’ex-Premier ministre de Laurent
Gbagbo, Guillaume Soro qui rejoint "officiellement" son véritable camp
en devenant le 1er Ministre d’Alassane Ouattara, le pays se retrouve en
sécession politique et peut-être demain géographique. Guillaume Soro, le
Chef des "Forces nouvelles", est considéré par certains comme un des
principaux acteurs de la guerre en Côte d’Ivoire, ce qui n’aurait pas
été possible sans un soutien actif et discret de pays voisins. Mais
lorsque la frontière entre médiation et soutien actif sur le terrain aux
forces nouvelles devient difficile à évaluer, il y a lieu de conclure
que la médiation du Burkina-Faso ne permet pas souvent des sorties de
crise pacifiques, et c’est un euphémisme.
Alors Konan Bédié, candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI)
évincé dès le premier tour, peut se demander - s’il avait choisi
d’insister pour le recomptage des voix au premier tour - s’il n’aurait
pas été choisi plus largement par les Ivoiriens au second tour. Au
moins, la transparence sur les fraudes du premier tour, car il y a eu
fraudes, aurait permis, avec un peu de retard certes, de ne pas
précipiter la tenue du deuxième tour des élections présidentielles. En
effet, la Guinée d’Alpha Condé a justement évité ce piège en procédant
aux recomptages, en démontrant les fraudes, en portant plainte et
surtout en n’allant pas au deuxième tour des élections présidentielles
sans un assainissement et un accord partagé sur les résultats du premier
tour. Peut-être que Laurent Gbagbo a péché par excès de confiance, en
étant persuadé de sa victoire et a omis de porter plainte sur les
fraudes électorales du premier tour des élections présidentielles en
Côte d’Ivoire.
Il importe de s’interroger sur la position de ceux (Etats comme
institutions) qui forment la dite Communauté internationale sur leur
réaction si c’était Alassane Ouattara qui s’était fait proclamer
Président par la Cour constitutionnelle de Côte d’Ivoire et que Gbagbo
était retranché dans un Hôtel au bord de la lagune Ebrié. Les membres de
cette même communauté internationale seraient bien peu nombreux à
"voler" au secours de celui qui aurait attendu longtemps le secours
de l’extérieur. Il est donc bien question de défendre le candidat le
plus favorable à la préservation des intérêts occidentaux, même des
membres influents de la Françafrique n’ont pas à se plaindre des
concessions obtenues en Côte d’Ivoire sous le règne de Laurent Gbagbo.
Suite à des processus démocratiques inadaptés à la culture et aux
pratiques africaines, la Côte d’Ivoire pourrait revivre des périodes de
sécession et de violences reposant sur le refus de partager un pouvoir
issu de la Constitution française. En effet, malgré les aménagements
superficiels d’africanisation d’un processus électoral à deux tours, la
Communauté internationale s’est fait piéger en refusant d’appliquer le
principe de l’Afrocentricité. Les peuples de la Côte d’Ivoire ne doivent
pas se précipiter pour favoriser l’option imposée par la Communauté
internationale en Côte d’Ivoire. Cette option peut gagner si les
négociations à trois, Bédié, Ouattara et Gbagbo peuvent accepter de
refaire les élections dans les zones contestées.
Le principe démocratique de la palabre autour du Baobab où le chef
traditionnel africain et son équipe de conseillers et de devins tentent,
souvent avec succès, de faire des arbitrages sans mettre en cause la
cohésion sociale et la continuité de la vie en commun est absent des
constitutions importées d’ailleurs. Ainsi, en Afrique, partout où il y a
eu une victoire contestée, sans légitimité, et que la population est
muselée par une armée ou des milices au service du pouvoir et ses relais
étrangers, il y a problème. La première leçon est qu’il ne faut plus
accepter dans le cadre de l’Afrocentricité, des élections à un tour en
Afrique, ni de tenir les deuxième tours des élections, si les
contestations du premier tour ne sont pas clarifiées. Le troisième tour
dans les zones contestées devient incontournable.
7. La demi-impartialité de l’ONUCI : j’y suis, j’y reste !
Avec les menaces de certains protagonistes, appuyés par certains pays de
la sous-région qui souhaitent que cette crise se règle par la guerre et
le sang, il faut reconnaître que la diplomatie intelligente semble
perdre de son influence au profit d’une vulgaire confrontation qui
finira par couper le pays en deux. Ainsi, certains cherchent à créer une
situation insurrectionnelle et un état de guerre pour justifier leur
intervention, car la résolution des Nations Unies (chapitre VII)
autorise le "recours à la force en cas de menace contre la paix, rupture
de la paix ou actes d'agression". Mais dans la pratique, l’ONUCI ne
pourra répondre que si elle est réellement agressée directement ou
sécuriser les positions des uns et des autres comme elle le fait
actuellement pour Alassane Ouattara.
Alors que le mandat de l’ONUCI vient d’être renouvelé pour 6 mois, il y
a lieu de rappeler que celui qui dirige les opérations de maintien de la
paix au siège des Nations Unies à New York, Alain Le Roy, est un
français. Il a déjà subi de la part de deux chefs d’Etat africains, au
Tchad et en République démocratique du Congo, une demande expresse de
ces deux gouvernements que les troupes de l’ONU quittent le pays, car en
réalité, la présence de l’ONU n’a pas été très probante en termes de
maintien de la paix et de pérennisation de la cohésion sociale. Le rôle
de l’ONUCI est même mis en cause. Après son séjour des 6 et 7 décembre
2010 à Abidjan et après avoir écouté tous les protagonistes et surtout
le sud-coréen Young Jin Choi, Représentant spécial du Secrétaire général
de l’ONU lui-même sud-coréen, le représentant de l’Union africaine,
Thabo Mbeki, a laissé planer le doute lors de son compte rendu au
Conseil de paix et de sécurité de l’UA, sur celui qui a organisé une
forme de "prise en otage" du Président de la Commission électorale
indépendante au Quartier général d’Alassane Ouattara, à l’Hôtel du
Golfe, afin de faire annoncer des résultats donnant Alassane Ouattara
vainqueur. Cette procédure est bien sûr sujette à caution.
Avec la Côte d’Ivoire, cela fait donc la troisième fois que l’ONU vient
de subir une demande de quitter le territoire africain, ce qui à terme
peut poser le problème de la neutralité de l’ONU en Afrique dans les
missions et opérations de paix. Compte tenu de l’imbroglio
politico-juridique, l’ONUCI décide de rester en Côte d’Ivoire en
s’appuyant sur le fait que l’Organisation reconnaît Alassane Ouattara
comme le seul et unique Président de la Côte d’Ivoire. Si la logique de
la confrontation doit s’accélérer et devenir le seul moyen pour la
Communauté internationale pour sortir la Côte d’Ivoire de la crise,
alors ceux qui veulent faire la guerre en Côte d’Ivoire travaillent
contre le Peuple Ivoirien. L’Afrique a d’autres moyens pour trouver des
solutions. L’Union africaine peut trouver des solutions si la Communauté
internationale accepte de s’effacer et de laisser l’organisation
panafricaine prendre ses responsabilités et mener les négociations sans
précipitations, ni invectives, ni humiliation pour les Africains.
On ne peut pas, sous prétexte de démocratie, en profiter pour s’assurer
d’avance l’accaparement des contrats et richesses ivoiriennes, car c’est
là le vrai problème. Les Ivoiriens et ivoiriennes devraient alors
choisir la cohésion sociale et la paix et surtout réfléchir sur
l’architecture politique qu’il convient de mettre en place. Il ne faut
surtout plus opter pour la solution occidentale consistant à choisir
entre l’un ou l’autre des deux Présidents. Il est question maintenant de
réfléchir à la gestion d’une période de transition où les deux
présidents devront trouver des voies et moyens de travailler ensemble
pour la Côte d’Ivoire. Les sanctions ciblées de la communauté
internationale peuvent se révéler nécessaires pour faire progresser les
négociations, mais restent malgré tout bien superficielles car le
principe de la souveraineté des Etats se pose.
L’ONUCI, l’antenne des Nations Unies en Côte d’Ivoire n’a pas été très
avisée de quitter sa position de sage neutralité pour tenir celle de
partie prenante dans cette histoire. L’ONUCI est devenue juge et partie
pour certains alors que pour d’autres, elle doit faire plus en
rétablissant Alassane Ouattara comme Président de la République.
Pourtant, ce n’est pas sa fonction première. L’ONUCI doit veiller à
rester l’interlocuteur des deux parties en présence et continuer son
travail inlassable de conciliation des positions à priori
"inconciliables", au lieu de s’aligner sur les positions d’une
Communauté internationale très versatile et prise à son propre piège de
la légitimation de Présidents africains non légitimes, sur la base de la
décision de la Cour constitutionnelle. L’ONUCI devrait malgré tout
apporter un démenti formel sur les rumeurs persistantes selon lesquelles
elle aurait "transporté et fourni des armes aux anciens rebelles des
Forces nouvelles" alliés d’Alassane Ouattara. Ainsi déployée depuis 2004
alors que le pays était divisé en deux depuis 2002 avec le nord contrôlé
par les Forces nouvelles et le sud par le Front Patriotique ivoirien, il
y a lieu de s’interroger sur l’impartialité de l’ONUCI composée
d’environ 10 000 agents répartis entre des militaires (casques bleus,
des forces de police et du personnel civil) dont 10 % sont de
nationalité française (environ 800 français) et a bénéficié d’un
commandement français sous mandat onusien, alors que la Force Licorne
française est toujours présente en Côte d’Ivoire avec 900 soldats qui
occupent l'ex-base militaire française du 43e Bataillon d'infanterie de
marine, officiellement fermée depuis juin 2009. L’ONUCI est-elle une
force impartiale au même titre que la Force Licorne française en Côte
d’Ivoire ? La réponse ne peut qu’être ambivalente. L’ONUCI est donc
partialement impartiale ! La solution à la crise ivoirienne ne peut donc
venir de là puisque l’ONUCI s’est comportée comme dans le processus
électoral en Afghanistan, à savoir valider le candidat de la Communauté
internationale.
L’Afrique doit se ressaisir en évitant de suivre les conseils d’Olusegun
Obasanjo qui se retrouve propulsé à nouveau dans des activités de
résolution de conflits alors que son passage au Congo démocratique n’a
fait qu’empirer la situation et son rôle dans la crise togolaise reste
dans la mémoire collective comme celui d’un médiateur qui défend
systématiquement la position des puissances occidentales et celles des
pouvoirs qui lui sont assujettis. Il n’est donc pas neutre et son pays
non plus, si c’est le choix de son Président Goodluck Jonathan de
l’envoyer en mission à sa place alors qu’il est de notoriété publique
que l’actuel président nigérian est un poulain d’Obasanjo. La résolution
des crises en Afrique de l’Ouest pourrait alors connaître des
développements sanglants compte tenu des expériences togolaises.
8. La voie de la sagesse de la commission de l’union africaine
Egal à lui-même, le Président de la Commission de l’Union africaine, le
Dr Jean Ping, après avoir rencontré les "deux présidents", en
présence du Président en exercice de la Commission de la CEDEAO, le
ghanéen James Victor Gbého, a démenti les rumeurs persistantes dans les
médias en affirmant que : "L’UA n’a jamais demandé le départ du
président Gbagbo"[5]. L’Union africaine est dans son rôle. Il ne
faut pas que le syndicat des chefs d’Etats africains sur pression de la
Communauté internationale vienne encore, comme au Togo, gêner l’action
de la commission de l’Union africaine qui tente une nouvelle médiation
dans la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. Le Dr Jean Ping a
toujours placé les valeurs et les principes comme point focal de son
action pour l’amélioration du bien-être des populations africaines.
L’empêcher de faire son travail en toute indépendance et quiétude, c’est
travailler contre les intérêts du Peuple ivoirien et risquer de ne
jamais voir la vérité des urnes transparaître et acceptée par les deux
parties en présence.
En réalité, il n’y a pas eu de vérité des urnes en Côte d’Ivoire et trop
de précipitation des uns et des autres pour annoncer des résultats, ont
conduit à des tensions extrêmes. La communauté internationale ne doit
pas perdre son sang froid et prendre position en dehors du cadre
réglementaire ivoirien. Il semble que seule l’Union africaine, sous la
direction de Jean Ping, est en train réellement d’écouter et de faire la
part des responsabilités des uns et des autres y compris celle du
représentant de l’ONUCI qui semble-t-il a dû répondre à des injonctions
venant de sa hiérarchie pour avoir déplacé le président de la Commission
électorale indépendante au quartier général d’Alassane Ouattara, lequel
a annoncé des chiffres donnant Alassane Ouattara comme le seul président
de la Côte d’Ivoire. Tous ces points méritent des éclaircissements. Si
la Communauté internationale aveuglée par la défense des ses intérêts
propres avant ceux du Peuple ivoirien oublie de choisir la voie de la
sagesse et d’attendre les rapports de l’Union africaine et ses
recommandations, alors les Ivoiriens et Ivoiriennes doivent mettre cette
Communauté internationale de côté, pour éviter une escalade vers
l’insécurité et la guerre. Les appels d’Henri Konan Bédié demandant à
l’armée de faire allégeance à Alassane Ouattara et la demande formulée à
Laurent Gbagbo de remettre le pouvoir, sonnent comme des prises de
positions qui n’ont pas encore pris la mesure de la menace de
l’escalade. Les exemples postélectoraux du Togo, du Kenya, de Madagascar
ou du Zimbabwe ne doivent pas disparaître de la mémoire des dirigeants
africains.
La sagesse commande que tous les protagonistes se retrouvent pour la
palabre africaine, celle où la démocratie africaine prend sa force dans
la recherche de la cohésion sociale et la paix, qui sont à ce prix,
après avoir compris que les menaces et les pressions occidentales
peuvent devenir contreproductives. Aussi, les menaces voilées d’envoyer
encore des personnalités africaines devant la cour pénale internationale
empêchent les alternances démocratiques en Afrique, en Côte d’Ivoire
singulièrement, ce d’autant que les Africains ne sont plus sous le joug
politique et économique de la colonie. La Communauté internationale, à
force d’amnésie sur ses actions fondées sur la primauté de la Cour
constitutionnelle dans le processus électoral, a trop longtemps légitimé
des régimes dont les Présidents n’ont de légitimité que celle que leur
conférait la Communauté internationale.
Il n’y a pas si longtemps qu’un Président d’un pays des droits de
l’homme a proclamé avant la Cour constitutionnelle, l’élection du
Président d’un Etat africain. La communauté internationale doit
comprendre qu’elle porte aussi une grande part de responsabilité dans la
situation actuelle et doit nécessairement changer de méthodes et
d’approche et peut-être faire plus confiance à la Diaspora pour offrir
des solutions de sortie de crise. L’erreur dans le choix des médiateurs
doit aussi être prise en compte, car si le Mali n’était pas intervenu
entre les deux tours en Guinée malgré la vigilance d’Alpha Condé, on
n’assisterait pas aujourd’hui à une investiture du deuxième Président
démocratiquement élu en Guinée depuis 1958.
Pour sortir la Côte d’Ivoire de la crise politico-postcoloniale
actuelle, il y a lieu pour tous les belligérants de se rappeler que
l’Afrique n’est plus sous tutelle et qu’elle risque d’offrir une
résistance nouvelle. La conquête des richesses de la Côte d’Ivoire ne
peut plus se faire sous le couvert d’une démocratie à l’occidentale qui
déstabilise un grand nombre de pays africains et frustre les populations
africaines. Ce n’est pas pour cela que celui qui sait qu’il a usurpé la
vérité des urnes ne doit pas s’éclipser au nom de cette même vérité des
urnes. Pour ce faire, il faut refaire la palabre démocratique africaine,
celle qui préserve la cohésion et la paix d’un grand pays comme la Côte
d’Ivoire. Ceux qui veulent la guerre à tout prix et qui ont été à
l’origine de la sécession de la Côte d’Ivoire, ne travaillent pas pour
la paix, ni pour le bien des populations ivoiriennes mais
vraisemblablement pour des intérêts étrangers. La Côte d’ivoire n’a
jamais produit une arme de guerre et n’a pas vocation de servir de champ
de bataille, pour ceux qui produisent des armes de guerre pour venir les
utiliser sur le sol ivoirien. Chacun n’a qu’à réfléchir à tout ceci
avant de se positionner pour défendre la vérité des urnes pacifiquement.
Dr Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence "Afrology"
22 décembre 2010
© Afrology.com et amaizo.info
1. RFI, « Côte d'Ivoire : calme précaire, l'ONU dénonce
des violations massives des droits de l'homme», RFI, voir
<http://www.rfi.fr/afrique/20101220-cote-ivoire>, accédé le 20 décembre
2010.
2. 300 millions d’Euros équivalent à tout le transfert de l’argent de la
Diaspora togolaise envoyé au Togo en 2010.
3. US Africa Command, « Questions and Answers about AFRICOM », in U.S.
Africa Command, voir <http://www.africom.mil/AfricomFAQs.asp> ainsi que
Robert Mueller, “The Truth About AFRICOM”, in Foreign Policy, voir
<http://www.foreignpolicy.com/articles/2010/07/21/the_truth_about_africom>,
accédé le 20 décembre 2010 ; il s’agit d’un véritable point focal pour
l’Afrique parmi les 6 sièges régionaux du Département d’Etat pour la
Défense américaine dédié aux relations militaires avec 53 Etats
africains. Afin d’améliorer la sécurité globale, les Etats-Unis ont
décidé de travailler de concert avec les Etats et les institutions
africaines pour créer une sécurité régionale et apporter des réponses en
termes de capacités militaires en temps de crises. Ces apports viendront
en principe en appui aux efforts des Africains eux-mêmes.
4. Voir les articles y référant sur www.cvu-togo-diaspora.org, l’un des
sites du Collectif pour la Vérité des Urnes, un mouvement citoyen.
5. César Etou et Boga Sivori, « Après une audience avec le chef de
l’Etat, hier Jean Ping : « L’UA n’a jamais demandé le départ du
président Gbagbo » » in Notre Voie, Abidjan news online, samedi 18
décembre 2010, voir <http://news.abidjan.net/h/383822.html?n=383822>,
accédé le 21 décembre 2010.
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Yves Ekoué Amaïzo


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