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Vérité des urnes et
neutralité coupable :
Le vote des Africains va devoir être compté !
Introduction : la Démocratie de l'autosatisfaction en Afrique
J'ai été un si bon dirigeant que pour "me récompenser" et
"récompenser le peuple", je reste au pouvoir. Voici la phrase
magique qui est à la base de toutes les entorses à la démocratie en
Afrique. Il suffit de citer les pays comme le Zimbabwe, le Kenya ou le
Libéria du côté des pays anglophones ou alors du côté francophone, le
Gabon, le Togo, la Centrafrique, la Côte d'Ivoire, le Niger ou même la
Guinée où des agents sous-traitants discrets parfois bien clairement
identifiés tentent, de manière subtile et souvent avec succès, à
modifier la vérité des urnes en Afrique. Le tout est régulièrement
camouflé sous des manifestations et des heurts parfois violents qui
créent la diversion et permet aux donneurs d'ordre de se donner une
bonne conscience tout en rejetant les responsabilités sur une
désorganisation technique bien orchestrée.
A y réfléchir de près, il s'agit bien de l'émergence
de la démocratie de l'autosatisfaction unilatéralement décrétée par ceux
qui sont au pouvoir ou ceux correspondant aux choix de certains pays
occidentaux drapés dans les oripeaux d'une structure floue appelée
"la communauté internationale". Les dites recommandations étrangères
y compris des Etats africains ne se font pas sans des soutiens directs,
cimentant les réseaux multiformes. Néanmoins, personne n'est dupe du
fait que les grandes puissances, prêtes à donner des leçons de
démocratie à deux vitesses, ne sont intéressées fondamentalement que par
les ressources stratégiques, les avantages économiques ou les positions
géostratégiques. Heureusement, des pays comme le Mali ou le Ghana
sauvent l'honneur des Africains et ont choisi, grâce à la qualité et
l'intégrité de leurs dirigeants, au pouvoir comme dans l'opposition, de
rendre réalité la Démocratie sans faire référence à des valeurs revues
et des principes corrigés selon les intérêts bien compris des "en-haut-d'en-haut",
de l'intérieur comme de l'extérieur.
1. La Démocratie au rabais pour l'Afrique: entre report de dates et
annonces unilatérales
Lorsqu'on parle de Démocratie, il s'agit bien sûr d'une démocratie
représentative héritée des pays occidentaux et appliquée dans des
territoires découpés par les mêmes Occidentaux pour mieux favoriser un
Etat-Nation suite aux indépendances juridiques et moins une Nation-Etat
si l'intervention coloniale n'avait pas eu lieu. Mais la segmentation
des ethnies et des peuples africains entre des frontières factices
transforme la démocratie représentative en des luttes de promotion de
chefs ethniques au point où il devient plus intéressant de défendre les
intérêts des Occidentaux (ex-colonies) pour accéder au pouvoir et le
conserver. C'est cette segmentation non sollicitée qui conduit souvent
au vote ethnique, tant décrié par les mêmes Occidentaux qui ont pourtant
tout fait pour que ce système fonctionne à leur avantage. Il s'agit donc
d'une démocratie au rabais et en façade.
A partir de là, les mêmes Occidentaux, sur les
recommandations expresses de certains dirigeants de l'Union africaine et
d'institutions sous-régionales africaines, ont choisi de s'aligner sur
ce qui semble dorénavant être le mot d'ordre unilatéralement imposé en
matière électorale en Afrique : Toute mauvaise élection, à savoir non
transparente, non libre, ne reflétant pas la vérité des urnes et parfois
entachée de sang de citoyens qui luttent pour l'avènement d'une
démocratie effective, est mieux que pas d'élection du tout.
Pourtant, c'est bien une partie de cette communauté internationale qui a
fait de l'ingérence en Côte d'Ivoire au point de conduire à une guerre
absurde et coûteuse pour les membres de la communauté internationale les
plus actifs sur place.
Le paradoxe de la situation est tel que à vouloir
imposer une démocratie par télécommande sans prendre en compte les
dynamiques locales, les intervenants extérieurs ont conduit la Côte
d'Ivoire vers une situation inédite, celle de faire que ce pays ne
connaît toujours pas d'élections présidentielles, même si des annonces
vagues prévoient des élections présidentielles en octobre 2010. Il est
donc possible de rester au pouvoir près de 10 ans sans élections en
Afrique. Il s'agit d'une démocratie hors constitution. Les électeurs,
eux, n'ont qu'à bien se tenir et attendre car ce n'est certainement pas
ce qu'ils ont souhaité pour leur pays.
Pour le cas spécifique de la Côte d'Ivoire, il faut
remarquer que les dates des élections n'arrivent plus à être déterminées
par les forces extérieures au pays, ce qui ailleurs conduit à des
élections précipitées, bafouées, facilitant les modifications
informatiques des fichiers et des résultats qui n'ont plus qu'à paraître
plausibles pour que les médias politiquement corrects et bien payés
fassent le reste du travail de légitimation électorale, rarement contre
les intérêts des mêmes pays occidentaux directement impliqués dans le
pays. Il suffit d'ailleurs d'insister que les milices et soldats
sécessionnistes désarment avant que les élections n'aient lieu, pour que
les nouvelles dates d'élections présidentielles deviennent élastiques et
la période choisie propice. Les dates exactes n'ont qu'à attendre. Le
report des dates devient la règle et le respect des dates une exception.
Ailleurs et plus particulièrement dans les zones
contrôlées par la Françafrique, la technique rôdée consiste à faire
voter pacifiquement les électeurs dans la paix, et s'assurer auparavant
que tous les protagonistes candidats aux élections ne contesteront pas
les résultats qui seront annoncés... Mais c'est bien là le problème. Les
résultats annoncés ne sont pas toujours les résultats des urnes, encore
moins le choix des électeurs. Que s'est-il passé avec les comptages
électroniques qui étaient censés empêcher les fraudes ? Que s'est-il
passé avec les commissions et autres comités électoraux dits
"indépendants" ? Ceux-ci n'arrivent plus à transmettre les vrais
résultats sortis des urnes. Le pouvoir dominant estime qu'il faut les
ajuster avant leur publication surtout lorsque de nombreux responsables
des bureaux de vote font l'objet d'intimidations, voire de menaces de
mort et finissent généralement par céder à l'appât du gain facile...
Des sommes d'argent ou d'arrangements divers sont
souvent proposés en deux parties. La première partie permet d'obtenir
l'accord des responsables des bureaux de vote pour annoncer ce que
souhaite le pouvoir en place, généralement sous la menace d'une armée
non républicaine. La seconde partie n'est souvent jamais payée car les
menaces se sont élargies à la famille de celui ou celle qui, naïvement
et par peur, n'a pas pu s'organiser avec d'autres pour faire éclater la
vérité des urnes.
2. Le élections africaines : "qui perd gagne !"
Mais là où la Communauté internationale et plus particulièrement l'Union
européenne joue à "qui perd gagne" est lorsque cette dernière finance à
coûts d'Euros, provenant des contribuables européens, des élections en
Afrique où les souches des bulletins de vote ne correspondent pas avec
le bulletin de vote lui-même. Il y a donc falsification de fait, ceci en
amont et l'Union européenne ne procède à aucune vérification... La cour
des comptes de l'Union européenne tomberait en syncope si ces mêmes
méthodes devaient s'appliquer en Europe dans les 27 pays membres.
En réalité, il faudra réellement que la Cour des
comptes procède à un audit sans complaisance et rigoureux. Pour cause,
l'Union européenne a souvent sous-traité son budget d'aide, voire
parfois l'ensemble des procédures d'allocation des fonds, soit au
gouvernement local, soit à une structure bilatérale de développement,
soit à des réseaux de bureaux spécialisés dont la transparence se
confond avec l'obscurité de la forêt noire.
Quand pour l'honneur les observateurs de l'Union
européenne en charge des élections en Afrique finissent par déclarer que
rien ne va et amoncellent des listes impressionnantes et longues
d'irrégularités graves et grossières, le donneur d'ordre, lui, se
contente alors de la fameuse "Toute mauvaise élection, à savoir non
transparente, non libre, ne reflétant pas la vérité des urnes, est mieux
que pas d'élection du tout". Alors, on légitime à tour de bras les
élections africaines où "qui perd, gagne" ! Ceci est d'autant plus
courant depuis que la crise financière de 2008 a mis en exergue les
problèmes budgétaires en Europe suite au choix collectif d'aller sauver
des banques et institutions financières au lieu de sauver l'emploi et
les capacités productives en Europe et aux Etats-Unis [1].
3. Les contre-pouvoirs africains : une dynamique interne qui compte
sur elle-même
Il n'est donc pas étonnant d'assister à la montée en puissance de
contre-pouvoirs africains, tant au niveau national que dans la diaspora.
Les électeurs africains, surtout ceux des pays de la Françafrique,
veulent absolument avoir leur mot à dire. La naïveté, les promesses non
tenues, les formes nouvelles de dynasties qui ne profitent pas aux
populations dans leur grande majorité, et surtout les humiliations
multiples et diverses assorties de mesures de vengeance qui prennent la
forme de "chasses aux sorcières en période post-électorale" se
multiplient et tendent à durcir les positions entre le pouvoir et les
électeurs. Les organisations citoyennes font ce qu'elles peuvent mais si
les chefs de syndicats, après avoir défendu leurs membres, se retrouvent
ministres pour mieux oppresser ces derniers, on peut se demander comment
peut-on trahir les valeurs et les populations défendues depuis tant
d'années. Le rôle dévolu de certains chefs de structures de
contre-pouvoirs dans des pays africains n'est plus seulement de façade
mais est devenu anti-républicain.
Pourtant, c'est une volonté de rechercher la vérité
des urnes et surtout le retour de la confiance et de la cohésion sociale
qui auraient dû passionner et motiver tout un chacun. En fait, pas du
tout ! Chacun mesure ses forces et ses appuis, s'en assure dans le cadre
de réseaux ésotériques ou religieux. Si la légitimation occidentale des
élections "qui perd gagne" est donnée, même parfois du bout des lèvres,
alors tout est permis pour que l'on refasse toutes les prochaines
élections comme celles d'avant. Entre le vote des électeurs africains
dans leur grande majorité et la vérité des urnes, il y a un fossé
abyssal. Le pouvoir africain veut conserver le pouvoir. Les puissances
occidentales s'assurent que leurs intérêts resteront mieux préservés si
le pouvoir en place reste maintenu mais est gêné dans son action par une
opposition molle dont on peut phagocyter les meilleurs éléments, quand
l'argent, la délation et la trahison n'ont pas déjà fait leur travail de
déconstruction des partis d'opposition. Mais le comble est que l'on
puisse parfois voir des responsables de partis politiques reconnus comme
de l'opposition dite "radicale" finir par se ranger du côté de ceux
qu'ils ont combattu pour des raisons d'argent. Il faut en effet parler
de sommes autour de 9 milliards de $US pour réussir une telle opération
de conversion aux valeurs non républicaines, en tous les cas, c'est ce
qui semble s'être passé au Togo après les élections présidentielles de
mars 2010.
Les partis d'opposition, parlons-en ! Mis à part
quelques pays comme Maurice, l'Afrique du sud, quand est-ce que des
élections démocratiques ont eu lieu au sein des partis politiques
d'opposition africains pour en choisir les dirigeants et les délégués ?
Quand est-ce que les positions de la base sont prises en considération,
à moins qu'elles ne soient instrumentalisées ou imposées, du fait de
considérations alimentaires et d'insécurité de l'emploi ? Bref, la
pauvreté ambiante et les nombreux écueils à l'indépendance financière
(salariale ou en termes de revenus) des électeurs africains, conduisent
à des élections où la vérité des urnes relève souvent d'une décision
unilatérale de l'Administration centrale, un simple décret du pouvoir en
place quant il ne s'agit pas purement et simplement d'une annonce
régularisée par la suite par des instances juridiques comme la Cour
constitutionnelle.
4. L'armée africaine : un corps habillé par qui ? Et pour défendre
qui ?
Alors, si l'armée n'était pas en embuscade quand elle n'est pas pour un
temps convertie en police de répression juste avant, pendant et après
les élections présidentielles ou législatives, alors oui la vérité des
urnes pourrait transparaître. Mais que vaut la voix des sans voix en
Afrique ?
Avec la Chine qui tend à transmettre en Afrique d'une
part des formes nouvelles de pouvoir d'achat, qui reste à améliorer, et
d'autre part, de l'infrastructure, pour réduire les coûts de transaction
sans compter les accès à des financements sans les conditionnalités
imposées par les institutions de Bretton Woods, alors oui d'ici une
dizaine d'années, l'Afrique aura majoritairement un continent où les
dirigeants élus reflèteront la vérité des urnes.
En attendant cette échéance, ce sont les votes
ethniques, la compétition entre les intérêts bien compris de groupes
d'arrivistes gourmands doublés par des bandes d'incompétents adeptes de
la médiocrité et ne connaissant que la force et le viol, voire le
meurtre pour survivre, qui construiront la démocratie palliative en
Afrique. En effet, les pays occidentaux s'en contentent à coups de
promotion coûteuse auprès des médias politiquement corrects devenus, au
demeurant, des intermédiaires financiers qui ne font que collecter
l'argent des Etats africains pour polir l'image de ces derniers. Ces
adeptes de la falsification de la vérité de l'information et par
extension de la vérité des urnes sont en train de priver les populations
de leur droit le plus absolu d'exister : le droit de vote et le droit de
voir la vérité des urnes s'exprimer sans interférence des partis au
pouvoir.
Généralement, tout ceci ne se fait pas seul.
L'absence de vérité des urnes s'accompagne d'une privation des libertés
fondamentales, de la liberté de la presse, de l'absence de séparation
des pouvoirs entre l'exécutif et le judicaire et plus globalement de
l'absence d'un Etat de droit et de la transparence. Peut-on alors encore
parler de démocratie représentative ? Peut-on parler d'une démocratie
constitutionnelle lorsqu'il suffit de trouver le bon prix pour acheter
les opposants de longue date ayant réussi, parfois, à se donner l'image
d'opposants radicaux ?
Si l'aide au développement ne sert plus en Afrique
qu'à faire des semblants d'observations pour aboutir à des semblants de
démocratie, alors il y a non seulement deux poids deux mesures, mais un
vrai malentendu qui finira par la révolte des citoyens, ceux, les
en-bas-d'en-bas, qui se voient priver de la vérité des urnes. Si les
pouvoirs qui ont usurpé, à plusieurs reprises, la vérité des urnes,
estiment que le peuple restera muet jusqu'à la nausée, ils font fausse
route. L'Internet, malgré les nombreuses coupures d'électricité, les
coûts prohibitifs en Afrique et les écoutes systématiques des pouvoirs
publics, arrive malgré tout à fédérer les populations. La Diaspora, par
exemple, est de plus en plus présente dans les affaires nationales et
les nationaux lui font appel. Cette diaspora, si elle ne se trahit pas,
devrait servir de vecteur de la démocratie en Afrique. Malheureusement,
les pays fournisseurs d'aide publique au développement évitent
soigneusement de confier des dossiers et expertises à la Diaspora
africaine tout en clamant une neutralité dans les affectations de fonds.
Ces mêmes Occidentaux n'hésitent pas à fournir de l'argent et des
équipements aux armées africaines devenues pour l'occasion des
protecteurs de la contre-vérité des urnes. A croire que l'anti-républicanité
est en émergence en Afrique au point de déboucher sur des dynasties non
pas royales, mais familiales.
5. De la Françafrique à l'Obamafrique : la fin de la postcolonie ?
Il n'y a aucun mal à concéder une défaite électorale sauf en Afrique et
plus particulièrement dans les pays de la Françafrique. Il est vrai que
lorsque des réserves de minerais sont identifiées dans le pré-carré et
de plus en plus en dehors du pré-carré, certains pays occidentaux ne
passent plus par le canal de la voie officielle et diplomatique, mais
par les entreprises étroitement liées à l'Etat ou parti politique au
pouvoir. Ils en oublient les principes et valeurs qui conduisent à la
manifestation de la vérité des urnes et font du "business comme
d'habitude", sur le dos des populations africaines. L'intéressement
au capital pour les pauvres ? Connais pas dans le monde de la
Françafrique !
Mais ne serait-ce pas cela que l'on reproche aux pays
émergents arrivant en force en Afrique tant par la porte du secteur
public que du secteur privé ? Il suffit de rappeler le silence de la
Chine, l'Inde, le Brésil, la Corée du Sud, et même l'Afrique du Sud sur
la gouvernance démocratique et le respect de l'Etat de droit pour se
rendre à l'évidence que le silence sur la vérité des urnes pourrait ne
pas sortir des cercles restreints des mouvements citoyens et de quelques
vrais humanistes et démocrates.
Comment comprendre les protestations molles de la
communauté internationale, de l'Organisation des Nations Unies (ONU), de
l'Union européenne lorsqu'en toute connaissance de cause, l'Union
africaine et les organisations sous-régionales africaines comme la
Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), sans
oublier certains médiateurs africains en mission de sous-traitance pour
des puissances extérieures à l'Afrique quant il ne s'agit pas
d'entreprises transnationales, choisissent la neutralité coupable[2]
comme réponse à la contre-vérité des urnes. Taire la vérité des urnes,
n'est-ce pas se faire complice de la contre-vérités des urnes ? A
supposer alors que tout ce beau monde soit indifférent, le vote des
Africains va devoir être compté ! A défaut, ce sont les citoyens qui
risquent d'imposer cet élément fondamental d'un Etat de droit et d'une
démocratie non palliative.
Le Président des Etats-Unis ne peut se permettre de
créer un "fan club" avec la plupart des 17 chefs d'Etat africains
qui commémorent le cinquantenaire des indépendances cette année. Pour se
démarquer de l'ambigüe invitation française des armées non-républicaines
au défilé du 14 juillet 2010, Barack Obama a choisi d'inviter le 4 août
2010 à Washington, à la Maison blanche, de jeunes Africains, 60 % ayant
moins de 30 ans, des représentants de la Diaspora et des organisations
de la société civile, le secteur privé et les officiels de son
Gouvernement. Le repère commun repose sur "la bonne gouvernance et
les opportunités économiques", ce qui d'ailleurs représente le thème
principal du partenariat entre les Etats-Unis et les nations africaines
[3]. Il faut d'ailleurs préciser que le partenariat au "biberon"
fait partie des nouvelles stratégies américaines pour changer le monde,
thème qui a été promu lors du la 9e session annuelle du forum de
coopération économique entre les Etats-Unis et l'Afrique subsaharienne
organisé autour de la loi pour la croissance et les opportunités en
Afrique (AGOA, African Growth Opportunity Act) signé en 2000 et
renouvelé jusqu'en 2015 pour soutenir les échanges commerciaux entre
l'Afrique subsaharienne et les Etats-Unis, ceci sur une liste de
produits déterminés par les Etats-Unis avec une prépondérance pour les
hydrocarbures. Des sessions ont eu lieu sur l'Agribusiness dans la ville
de Kansas, dans le Missouri avec les 38 pays éligibles à l'AGOA. Le Togo
n'a rempli que 4 des conditions sur une trentaine et n'a pas été invité.
6. Alternance bloquée : absence de soutien aux partis démocratiques
de l'opposition
Les mouvements citoyens africains, les partis d'opposition appliquant la
démocratie en leur sein et le secteur privé africain qui ont introduit
la responsabilité sociale et l'éthique dans leurs principes doivent
convaincre le Président Barack Obama de poursuivre cette nouvelle
stratégie de concertation avec l'Afrique de demain. Les Etats-Unis
peuvent convaincre certains dirigeants européens de faire de même, sans
hypocrisie. Barack Obama, en refusant de s'afficher avec les dirigeants
africains dont certains médaillés de la contre-vérité des urnes, vient
de poser un acte historique. Il faudra néanmoins que les invitations
adressées aux jeunes responsables de la société civile se concrétisent
aussi par des invitations de responsables de partis d'opposition
africains dont les modalités de fonctionnement sont démocratiques.
Car c'est bien le refus de soutenir les oppositions
démocratiques dans des pays comme l'Irak, l'Iran, l'Afghanistan ou même
en Arabie Saoudite qui a conduit les Etats-Unis à se lancer dans des
guerres coûteuses en argent et en vies humaines pour accéder à des
matières premières, que ce soit des hydrocarbures ou tous les minerais
identifiés en Afghanistan.
C'est bien le refus des ex-pays coloniaux en Afrique
de soutenir les partis démocratiques d'opposition en Afrique qui a
conduit à une situation de blocage de l'alternance politique dans la
plupart des pays et semble favoriser les dynasties familiales ou
claniques dans l'espace francophone en Afrique. Assurément, le mot
rupture doit avoir un sens à géométrie variable selon que l'on est en
Afrique ou en France. Le vrai problème est que ces régimes ont cumulé
des déficits budgétaires exorbitants au point d'être incapables de créer
des richesses pour une grande majorité des citoyens. Face aux révoltes
en émergence, le besoin pour les populations de sanctionner la mauvaise
gestion devient un impératif. La seule manière de s'en sortir
pacifiquement et démocratiquement est que les votes des Africains soient
comptés en toute transparence sans intervention pour modifier les
résultats des urnes. La vérité des urnes n'est plus un choix. C'est une
nécessité avant que les Etats ne deviennent défaillants tant la vérité
des comptes fait aussi défaut.
L'Administration Obama devrait revoir en profondeur
sa politique étrangère et faire son mea culpa sur les choix stratégiques
faits par le passé, choix qui ont sous-estimé, voire marginalisé, le
soutien aux oppositions démocratiques dans les pays où sévit la
contre-vérité des urnes. Cette erreur stratégique a permis à plusieurs
dirigeants africains de bloquer les alternances normales à la tête de
l'Etat. Le soutien à 115 jeunes responsables africains et leur vision de
l'Afrique sur les 50 prochaines années ne peut devenir réalité que si
Barack Obama n'oublie pas de rappeler à ceux qui sont au pouvoir
aujourd'hui les conséquences de leur mauvaise gouvernance. Ces derniers
se contentent généralement souvent de parler des 50 prochaines années
sans vision.
La vérité est qu'il y a besoin de préparer le futur
africain par une diplomatie intelligente et régionale avec des
partenariats ciblés préservant l'écologie, ceci dans le cadre d'une
prévisibilité de l'environnement des affaires et des investissements
massifs dans les infrastructures physiques de réduction des coûts de
transaction. Sur ces derniers points, l'influence de la Françafrique est
nettement en baisse. L'Afrique est donc en mutation avec peut-être le
début de la fin de la postcolonie [']. Cependant attention qu'à force de
voir le monde occidental, les pays industrialisés et riches repousser
les frontières de l'application de la vérité des urnes aux calendres
grecques, certains pays émergents ne viennent prendre leur place en
perpétuant les pratiques malsaines de la postcolonie. Car jusqu'à nouvel
ordre, il n'a jamais été entendu que la Chine, l'Inde ou le Brésil
fondent leur partenariat sur la qualité de la vérité des urnes. Donc si
l'on n'y prend garde, le vrai danger n'est pas l'arrivée des pays
émergents en Afrique, mais la reconduction de pratiques postcoloniales
repoussant dans le temps la fin de l'humiliation des populations
africaines, comme le rappelle Aminata Traoré [5].
Conclusion : capacité dilatoire et neutralisation des contre-pouvoirs
citoyens
Ceux qui croient à la démocratie aux Etats-Unis ou en Union européenne
comme au demeurant en Afrique devraient refuser de transférer l'argent
de leurs impôts pour réaliser en Afrique ou ailleurs des élections sans
vérité des urnes, surtout quand les observateurs de l'Union européenne
ont relevé une liste interminable d'irrégularités graves devant conduire
à l'invalidation du scrutin et ouvrir la voie à de nouvelles élections.
Mais, la neutralité coupable prend alors la relève et c'est le silence
et l'indifférence. De quelle démocratie parlons-nous? Une démocratie
falsifiée pour les Africains et une démocratie "pure et parfaite" pour
les Occidentaux ? Les contribuables européens gagneraient à demander des
comptes à l'Union européenne pour de telles incohérences et anomalies
qui ne font pas honneur à cette illustre institution. Par ailleurs,
entériner sans contrôler les affirmations sans preuves des institutions
sous-régionales ou continentales africaines sur les résultats des
élections dans certains pays africains conduit à s'illusionner sur la
réalité de la démocratie en Afrique, avec les surprises explosives et
incontrôlables dont seront responsables ceux-là mêmes qui ont laissé la
contre-vérité des urnes faire son chemin contre l'avis des
contre-pouvoirs des mouvements citoyens.
La pression des pairs qui est un mécanisme puissant
pour faire avancer les valeurs ne marche pas en Afrique. En fait, cela
marche à l'envers. La pression des pairs sert justement à justifier et
légitimer la contre-vérité des urnes. Il est certain que l'on ne peut
que trouver ces pays parmi les derniers du monde où il fait bon vivre,
comme le constate le rapport d'un sondage de Gallup Wellbeing Surveys[6]
qui classe le Togo au 155e rang sur 155 Etats en précisant que c'est le
pays où l'on souffre le plus en comparaison au Danemark où l'on est le
plus prospère et heureux.
Les mots démocraties, liberté, responsabilité devant
les électeurs, vérité des urnes et surtout le principe sacré de rendre
des comptes au citoyen n'existent plus -s'ils ont jamais existé- dans la
langue que se parle certains politiciens locaux, ceux du pouvoir comme
certains de l'opposition.
L'incapacité de faire émerger la vérité des urnes ne
relève plus de la mauvaise gouvernance mais bien de la mauvaise foi, du
dol et donc de l'usurpation. Il s'agit d'un délit et lorsqu'il y a viol,
emprisonnement de citoyens et morts, de crimes. L'impunité légitimée par
la communauté internationale et de l'Union européenne laisse perplexe
sur les effets de manche dans les médias de cette dernière.
La démocratie des pays du centre est-elle différente
de celle des pays de la périphérie ? Quelle civilisation [7]
souhaite-t-on créer pour dans les années à venir, surtout après le bilan
très peu glorieux des cinquantenaires qui ont suivi l'indépendance pour
la plupart des pays africains ? Le bulletin de vote de l'Africain
peut-il sans impunité faire l'objet d'usurpation et de contre-vérité
alors que le bulletin de vote de l'Occidental ne souffre pas de
contestations ?
Lors des prochaines échéances électorales, les
institutions qui financent ces élections sans vérité des urnes devraient
apprendre à écouter les populations et les expertises indépendantes
disponibles tant au plan national que dans la Diaspora et dans les
mouvements citoyens africains. Cela leur permettra au moins d'éviter de
se faire berner par la capacité dilatoire des régimes militaro-civils
africains qu'elles ont elles-mêmes contribué à perpétuer, parfois sous
forme de dynastie sur le continent. A ne pas y prêter garde, cette
indifférence intéressée pourrait à terme fonder les bases d'un système
d’usurpation graduelle et légitimée de tous les contre-pouvoirs
africains qui n'arrangent pas les pouvoirs locaux et internationaux.
05 août 2010
Dr. Yves Ekoué AMAÏZO
Directeur du groupe de réflexion, d’action et d’influence "Afrology"
Site perso: http://www.amaizo.info
1. Yves Ekoué Amaïzo, Crise financière mondiale. Des réponses
alternatives de l'Afrique, éditions Menaibuc, Paris 2010. 2. Yves
Ekoué Amaïzo (sous la dir. de), La neutralité coupable. L'autocensure
des Africains, un frein aux alternatives ?, avec une préface du feu
Professeur Abel Goumba et une postface de Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo,
collection "Interdépendance africaine", éditions Menaibuc, Paris, 2008,
446p. 3. AllAfrica, 'Obama celebrates 50 years of 17 African
countries' independence', in Afronline, the voice of Africa, see <http://www.afronline.org/?p=6408>
4. Jean François Bayard, Les études postcoloniales. Un carnaval
académique, éditions Karthala, Paris,2010 5. Aminata Traoré, Traoré,
A., L’Afrique humiliée, éditions Casbah, Paris, 2010, 6. Global
Wellbeing Surveys2010 (Washington D.C.) porte sur 155 pays et repose sur
une large palette et diversifiée d'approches économiques permettant de
trouver une solution au bien-être des populations dans leur ensemble. Si
82 % de la population Danoise est considérée comme prospère et vivant
dans un bien-être, le rapport trouve qu'au Togo, ce chiffre est de 8 %,
classant ce pays comme bon dernier dans le classement. Il s'agit d'un
sondage d'opinion conduit entre 2005 et 2009 sur 155 pays. Il s'agissait
de classer les pays en trois catégories avec une catégorie pour les pays
où l'on souffre le plus, les pays où les difficultés sont importantes et
les pays prospères. Les marges d'erreur s'élevant à 5,8 %, il y a lieu
de considérer les résultats comme inquiétants pour les politiques de
migration. voir < http://www.gallup.com/poll/126977/Global-WellBeing-Surveys-Find-Nations-Worlds-Apart.aspx
> visité le 30 Juillet 2010. 7. Samir Amin Du capitalisme à la
civilisation, éditions Syllepse, Paris, 2008. |
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